Chapter 1: TOM ELVIS JEDUSOR
Notes:
Bonjour à tous !
Me revoilà avec une nouvelle histoire. Hé oui, je me lance dans quelque chose que je considère d’un peu plus dur : Harry qui élève Tom. Je ne sais pas si je vais arriver à bien décrire l’évolution d’une telle relation, qui, on se le dira, sera… ma foi… malsaine. Je tiens toutefois à dire que Tom ne verra jamais Harry comme son père. Pour Harry, ce sera un peu plus complexe, je le crains.
Bien entendu, pour moi Tom restera le dominant dans cette relation, même s’il est plus jeune que Harry. Il s’agira d’une histoire où l’on observe la progression de notre sombre et magnifique sorcier.
Je dois aussi dire que les chapitres sont plutôt longs. Je suis en train de terminer d’écrire le troisième (encore incomplet) et j’en suis pour un total de 47 000 mots pour 3 chapitres incomplets. Étant donné la longueur desdits chapitres, vous comprendrez que ma vitesse de publication ne sera pas constamment régulière. Contrairement à ma dernière histoire (Le Maître de la mort), je pense que je dois laisser mijoter un peu plus les choses. Toutefois, je vous rassure, je sais vers où je veux aller. En général, du moins.Il y aura certainement des scènes difficiles et sexuelles dans un futur. Je vous mets donc en garde immédiatement. Je ne code pas encore « explicite » dans le classement, mais cela changera à coup sûr.
Le premier chapitre est du point de vue de Tom uniquement. Le point de vue changera toutefois selon mes envies.
Alors sur ce, bonne lecture !
SeverusRiddle
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Chapter Text
CHAPITRE 1
TOM ELVIS JEDUSOR
Une araignée était suspendue dans les airs, prise dans un étau incompréhensible. Aucune soie ne la retenait, aucune toile autour d’elle. Mais elle flottait, aussi incroyable que cela puisse paraître. Elle écartait ses huit pattes et les ramenait près d’elle dans la recherche d’un appui fixe. Or, l’une de ses pattes se fit happer par de maigres doigts qui l’étirèrent, l’étirèrent et l’étirèrent. Lentement, très lentement. Puis, elle s’arracha de son céphalothorax dans l’écho d’un rire.
Tapi dans le coin de sa chambre, Tom s’amusait avec la bestiole. Elle avait osé fouler son espace de vie, la seule pièce qu’il considérait comme sa maison, l’unique endroit où il pouvait respirer à son aise, sans sentir sa gorge s’étrangler. Lui qui entretenait avec une minutie parfaite son pitoyable royaume, les angles et ses deux meubles de toute poussière, il pouvait bien torturer une simple araignée. Et si elle décidait d’accoucher de rejetons ? De les enrouler dans de la soie dans un coin caché de sa chambre, derrière son sommier ? Tom fronça les sourcils, plissa le nez de dégoût. Peut-être même que l’araignée pondrait ses œufs dans sa précieuse boîte en carton, celle qui contenait tous ses trophées durement recueillis. Il ne pouvait le tolérer. Un long sourire malveillant étira ses fines lèvres, puis, sans scrupule, continua son activité : il arracha une seconde patte, puis une autre, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un tout petit corps frétillant, toujours en suspension.
C’était un beau spectacle.
Tom laissa vagabonder ses fantasmes : comment réagirait Amy Benson devant l’araignée handicapée ou même devant les pattes encore sous l’emprise de convulsions ? Elle qui détestait les opilions, peut-être serait-elle soulagée de voir que le garçon s’en débarrassait ? Bien sûr que non : la fillette serait effrayée par son pouvoir et le traiterait une fois de plus de monstre, comme Dennis Bishop et Billy Stubbs.
Les enfants de l’orphelinat Wool craignaient Tom, tout comme Mme Cole, la directrice de l’endroit. Et Tom ne cherchait pas à corriger cette situation et l’encourageait plutôt. La peur lui permettait la tranquillité, les jeux d’esprit et surtout, la possibilité d’aiguiser son intellect. Tom détestait de toute façon les autres orphelins. Il les trouvait répugnants avec leurs joues sales, leur nez glaireux et leurs loques bien trop grandes. Ils ne possédaient aucune fierté, contrairement à Tom qui s’efforçait de maintenir une image impeccable. Tous les matins et tous les soirs, il se savonnait le visage, effectuait une toilette partielle, car le bain était seulement une fois par semaine. Il peignait ses cheveux, ajustait au mieux ses vêtements, laçait ses chaussures.
Il devait être parfait.
Ces réflexes, Tom les avait acquis dans les premières années de sa vie. Les familles qui venaient pour adopter des enfants observaient ce genre de choses. Elles aimaient ce qui était joli, propre et soigné. Et Tom ne faisait pas exception. Il était un beau garçon, avec sa peau pâle, ses cheveux sombres sans cesse bien coiffés, son nez droit, son maintien aristocratique. Et pourtant… Jamais les adultes ne s’attardaient longuement sur lui. Il était toujours présenté en dernier, par obligation. Ses yeux trop perçants étaient jugés certes intelligents, mais aussi effrayants. Sa personne dégageait une aura bien trop étrange, trop lourde. Aucun adulte ne reconnaissait sa valeur. Alors, bien vite, Tom avait abandonné l’idée d’être adopté. Il se trouvait au-dessus de la masse, au-dessus de tous les autres. Les adultes étaient bien trop idiots pour discerner sa grandeur. Il soupçonnait d’ailleurs Mme Cole de prévenir les familles dans un chuchotis bien placé sur les curieux événements survenant autour de lui, ce qui le désavantageait dans une potentielle adoption.
Une fois, lorsqu’il avait aidé à la cuisine avec Amy Benson, le chaudron d’eau bouillante destiné aux pommes de terre avait explosé au pied de l’orpheline, éclaboussant ses jambes découvertes. L’accident mémorable avait provoqué d’horribles brûlures au deuxième degré. Depuis, la fillette couvrait honteusement sa peau lésée de longs bas. À un autre moment, Eric Whalley avait poursuivi Tom sans relâche dans le jardin de l’orphelinat pendant qu’il cherchait un endroit calme pour lire. Près du vieil arbre en décomposition, une branche s’était détachée et avait heurté le visage du garçon. Le flot sanguin avait été un spectacle incroyable. Il avait perdu connaissance au pied de Tom, victime d’une commotion cérébrale. Et que dire de l’excursion de l’été dernier alors que Tom visitait une caverne avec Amy et Dennis ? Les pauvres enfants étaient ressortis traumatisés par des ombres. Bien entendu, davantage d’événements particuliers entouraient Tom, mais la liste était bien trop longue pour la relater dans son entièreté.
Une latte du plancher craqua dans le corridor près de la chambre. Tom relâcha son emprise sur ce qui restait de l’araignée ; la porte s’ouvrit au moment où le corps de la bestiole heurtait le sol. Mme Cole, la matrone de l’orphelinat, se tenait sur le seuil, son visage anguleux avec une pointe d’anxiété. Elle portait des vêtements austères, gris, dont une longue jupe qui retombait sur des collants tout aussi cendrés. Les bras croisés telle une armure, elle observait Tom d’un air sévère.
— Que fais-tu au sol ? N’as-tu pas une chaise pour t’y asseoir ?
Avec lenteur, Tom se releva, dépoussiéra son uniforme et écrasa la pauvre araignée sous la semelle de son soulier.
— Vous avez raison, Mme Cole, répondit-il d’une voix mesurée.
Puis il attendit, les mains dans le dos, la posture bien droite. La femme se présentait rarement à sa chambre.
— Nous aurons un invité ce soir, lui dit-elle. Il désire visiter les lieux, voir les orphelins, et a fortement insisté pour apporter le gâteau.
Tom fronça les sourcils. Jamais un tel événement ne s’était produit dans le passé. Les adultes venaient et repartaient tout aussi rapidement, sans jamais rester pour le repas. Et apporter le dessert ? Quelle étrange idée !
— Alors, Tom, continua-t-elle, je te demande d’adopter une attitude normale. Me suis-je bien fait comprendre ?
D’un sourire froid, le garçon hocha la tête, habitué aux reproches constants. Même si la plupart étaient réellement de son fait.
— Bien entendu, Mme Cole. Comme toujours.
La directrice renifla, le scruta de la tête aux pieds puis disparut dans le couloir sans refermer la porte. Tom souleva son pied et observa la carcasse aplatie sur le plancher. Il allait devoir tout nettoyer maintenant : le cadavre souillait son pathétique royaume.
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Le reste de la journée passa relativement vite. Tom s’était enfermé dans ce que Mme Cole appelait la bibliothèque afin de s’y reposer. Un roman sur les cuisses, il le feuilletait sans vraiment le regarder. Combien de fois le lisait-il ? Il ne pouvait le dire : la diversité d’histoires faisait pitié. Il avait dévoré tous les livres de l’orphelinat, sans aucune exception. Outre nettoyer sa chambre et effectuer ses tâches obligatoires, les activités demeuraient pauvres. Les orphelins jouaient souvent dans le jardin, mais Tom n’y participait pas. Il préférait réfléchir, tenter de comprendre son pouvoir. Seul, il arrivait parfois à soulever des objets, à les déplacer et même, à les faire disparaître. Il l’avait d’ailleurs expérimenté sur le lapin de Billy, mais avait échoué à sa grande frustration. Il s’était alors questionné. Pourquoi un petit animal serait-il plus difficile à faire disparaître qu’une poupée ? Sa conclusion s’était formée autour du fait qu’il s’agissait d’un être vivant.
Or, Tom arrivait à plier certains esprits à sa volonté ou à y plonger, ce qui, toutes les fois, lui étirait un sourire carnassier et le consolait dans ses autres essais infructueux.
Les seuls êtres vivants que Tom affectionnait étaient les serpents. Au printemps, lorsque le sol dégelait et se gorgeait d’eau pour créer de vilaines flaques de boue, il trouvait souvent ces créatures dans le jardin. C’était d’ailleurs durant ces moments qu’il se permettait de traîner avec les autres enfants. Mais traîner était un bien grand mot. Ceux-ci l’évitaient comme la peste lorsqu’ils l’entendaient siffler aux serpents. L’horreur tapie dans leurs yeux valait tout l’or du monde. Tom appréciait cette faculté que lui seul détenait. Ce don lui rappelait son exception, sa grandeur et surtout, son intellect au-dessus des autres.
Tom observa l’horloge. L’invité arriverait bientôt. À contrecœur, il se leva, retourna dans sa chambre pour étudier son reflet et s’assurer de sa perfection, et descendit l’escalier pour attendre dans le hall avec l’ensemble des enfants. Il allait perdre une soirée à jouer les faux-semblants. Et pourquoi ? Pour une personne qui apportait un gâteau à leur pathétique tablée ? Mais il ne pouvait le nier : la curiosité lui rongeait le ventre, creusait un trou dans son corps déjà bien vide.
Amy revêtait sa plus belle robe, celle déchirée à l’arrière et d’un rose décoloré. Ses cheveux étaient coiffés en nattes alors qu’une rougeur d’excitation teintait ses joues habituellement pâles. Billy, quant à lui, soutenait son stupide lapin entre ses bras, le caressant sans relâche comme pour le rassurer. La bestiole glapissait. À ce son, Tom sentit une forte envie de tordre son petit cou poilu pour le faire taire à tout jamais. Un jour, il s’occuperait de l’animal. Un jour. Dennis et Eric jouaient aux billes sur le sol et criaient lorsqu’un coup portait. Cette vision plissa les yeux de Tom. Comment Mme Cole pouvait-elle tolérer ce comportement ? Habituellement, elle les grondait. Mais elle semblait accaparée par diverses pensées, le regard fixé sur une porte silencieuse près de l’entrée. Elle attendait son convive avec des mains moites qu’elle essuyait contre son habit.
Une grande vague d’adoptions avait eu lieu dans les derniers mois : il restait peu d’enfants à l’orphelinat. Si l’invité cherchait à devenir parent, il serait fort déçu du choix restreint. Il repartirait rapidement. Tom eut un sourire cruel à cette pensée : encore des gamins affligés par le ridicule espoir d’être aimé. Amy se tendit près de lui, témoin de sa réaction. Bien vite, Tom afficha un visage poli comme il avait appris à le faire et attendit avec les autres que l’invité se montre.
Des coups furent portés à l’entrée. Mme Cole sursauta au bruit, puis s’empressa d’ouvrir la porte. Le soleil de fin de journée voila un moment la silhouette sur le seuil. Tom plissa les yeux afin de les ombrager de ses cils.
— Bonsoir Mme Cole, entendit-il.
La voix était chaleureuse, douce comme le velours, mais aussi chantante que la braise d’un foyer. La voix d’un homme.
— M. Peverell, salua la matrone, un plaisir de vous voir à l’orphelinat. Entrez, entrez donc, et laissez-moi vous débarrasser de votre manteau.
Un homme, ou plutôt, un jeune homme s’invita dans l’entrée, à l’air terriblement naïf, ne caressant pas encore la vingtaine. Il était plus petit que la moyenne — ne dépassant guère la vieille matrone —, un corps frêle recouvert d’un long manteau noir, mais chic. Des gants protégeaient ses mains par le temps froid, mains qui tenaient une énorme boîte contenant assurément le dessert. Son visage, imberbe, dégageait une chaleur que l’on observait peu chez les adultes. Sa masse de cheveux indisciplinés retombait devant des lunettes à la monture ronde et des yeux d’un vert émeraude. Tom sentit une agitation inhabituelle en lui. Son rythme cardiaque augmenta sa cadence, comme victime d’un étrange sentiment.
M. Peverell tendit la boîte enrubannée à son hôte, retira ses gants puis son manteau. Tom remarqua une bague ornant l’un de ses index, mais de sa distance, il ne put détailler les motifs. Lorsque l’invité fut débarrassé, il se tourna vers les orphelins, tous alignés devant lui. Tom se tenait toutefois légèrement en retrait, le visage crispé.
— Bonsoir à vous, dit l'homme avec bienveillance.
Il plongea les mains dans les poches de son pantalon de tweed et retira des poignées de bonbons.
— Allez, servez-vous, les enjoignit-il.
Mme Cole claqua de la langue, ce qui attira l’attention de tous.
— Oh ! s’exclama l’homme. Bien entendu, je vous déconseille fortement d’accepter des bonbons d’inconnus dans la rue…
Une rougeur envahit ses joues et Tom sentit naître un sourire ironique sur ses lèvres. Quel sot maladroit ! Mme Cole hocha le menton pour signifier aux enfants qu’ils pouvaient maintenant prendre l’offrande.
— Vous êtes si gentil, monsieur ! s’exclama Eric alors qu’il piochait une friandise. N’est-ce pas, Amy ?
— Oh oui ! répondit-elle, la main empoignée à sa robe pour une petite révérence.
Tom observa ces créatures orphelines s’arracher les bonbons avec dégoût, mais s’efforça de garder un visage lisse, déserté de sa répulsion. L’invité s’approcha de Tom, une friandise tendue dans la main.
— Le cadeau est aussi pour toi, lui dit-il.
L’homme regardait son visage, mais ne croisa jamais ses yeux. Jamais. Comme s’il les évitait. À ce constat, Tom fronça les sourcils, crispa la mâchoire. Un profond sentiment de rejet s’insinua en lui, plus fort que lors de toutes les visites d’adoption, et plus insidieusement. Il avait l’impression qu’une mare d’encre tachait son cœur, remplaçait son sang pour noircir tout son intérieur. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il avait envie — plutôt besoin — que cet inconnu le regarde, le voit vraiment. Il désirait avec ardeur que Peverell saisisse son potentiel. Ce puissant sentiment était très contradictoire avec ses habituelles émotions et son idéal d’isolement, de calme et d’indépendance. Quelque chose de magnétique tourbillonnait autour de cet homme.
— Tom, ne sois pas mal élevé, le gronda Mme Cole, maintenant derrière son invité.
D’une main moite et livide, Tom accepta difficilement la friandise, mais prit le temps de le remercier poliment. Il vit un sourire hésitant étirer ses lèvres, puis l’observa tourner les talons pour suivre la directrice.
— Venez, la table est installée. Vous pourrez vous y sustenter.
Les orphelins suivirent les adultes, Tom à l’arrière. Son esprit réfléchissait. Ce monsieur Peverell semblait si jeune, bien plus jeune que tous les adultes ayant pénétré l’orphelinat dans une optique d’adoption. Quel était le réel but de sa visite ? Et Mme Cole qui remuait et se frottait continuellement les mains contre sa robe. Tom ne comprenait pas. Il ne saisissait d’ailleurs pas sa propre agitation de plus tôt. Jamais un adulte n’avait créé un tel sentiment en lui. Alors, pourquoi cet inconnu ? Il ne laisserait pas ce Peverell l’affliger. C’était hors de question !
Ils arrivèrent dans leur pathétique salle à manger, une soupière chaude déjà sur la table. Tous s’installèrent sur les vieilles chaises bancales alors que Martha, une employée de Mme Cole, s’occupait de servir les convives comme lors d’une vraie réception. Elle commença par une louche du potage à M. Peverell, les joues étrangement rougies, puis continua avec la directrice et les enfants. Tom fut le dernier servi, mais n’en fit aucun cas : cela lui permit de scruter leur invité à son aise.
Malgré son visage affable, Tom put y lire un certain malaise, un non-dit, voire une réticence. Si de tels sentiments animaient l’homme, pourquoi perdait-il son temps à ce lamentable repas ? Il était bien nanti, cela se voyait. Il était propre, portait des vêtements de qualité. Seuls ses cheveux détonnaient sur l’impeccabilité de son ensemble, comme s’il peinait à les dompter.
Tom attendit que leur invité ait pris la première cuillerée avant d’entamer lui-même sa soupe, comme l’usage le demandait. L’ustensile en bouche, la crème enroba ses papilles. Étonnamment, le goût était mieux que jamais. Le cuisinier avait tout donné pour ce repas, même s’il restait médiocre. Tom dut d’ailleurs se retenir d’engloutir l’entièreté de sa soupe et d’imiter les autres orphelins qui salissaient leur visage, étranger à un menu avec des saveurs plus rehaussées.
— Alors, M. Peverell, comment trouvez-vous l’orphelinat ?
Mme Cole entama la discussion d’un ton léger alors qu’elle hochait la tête vers Martha pour approuver le potage.
— Eh bien, pour ce que j’en vois, l’endroit me semble bien austère pour des enfants, avoua-t-il d’un sourire contrit.
Tom cligna des yeux. Il ne s’attendait pas à une telle honnêteté. Toutefois, si l’homme détenait un statut important, il aurait été étonnant que celui-ci s’empêche une réponse franche, malgré sa naïveté. Les traits de Mme Cole se durcirent légèrement alors que certains orphelins affirmaient les propos de M. Peverell du menton.
— Mais je comprends que les dépenses sont difficiles, continua l’homme, le visage empreint de douceur, alors qu’il essuyait sa bouche salie de soupe.
M. Peverell semblait maladroit : il se tachait continuellement le menton, le bout du nez et avait laissé tomber sa cuillère au moins à deux reprises dans un bruit sonore sur la nappe en dentelle. Soit c’était un incapable, victime de gaucherie, soit il était nerveux. Tom s’exaspéra de ce comportement, lui-même possédait de meilleures manières à table que l’invité.
— J’aimerais bien me présenter, si vous me le permettez.
— Bien entendu, allez-y.
L’homme se tourna vers les enfants, le visage souriant. Il ne regardait aucun orphelin précisément, se concentrant plutôt sur ce qu’il allait dire.
— Bonsoir, les enfants, je me nomme Harry Peverell, commença-t-il. Vous pouvez m’appeler monsieur, M. Peverell ou bien Harry. Personnellement, je préfère Harry.
Ses yeux chaleureux survolèrent les têtes devant lui sans s’arrêter sur celle de Tom, qui le fixait de ses pupilles sombres.
— Je vous ai apporté mon dessert préféré, révéla-t-il.
— Oh ! Qu’est-ce que c’est ? s’exclama Amy qui avait un peu trop la dent sucrée.
Peverell s’amusa un moment, ses yeux verts pétillants comme le champagne.
— Une tarte à la mélasse.
— Génial ! s’enjoua Billy, son lapin sur ses genoux. Je n’ai jamais eu la chance d’y goûter.
Tous les orphelins exprimèrent leur impatience, sauf Tom qui demeurait silencieux. Son esprit s’énerva plutôt, voulant comprendre la raison de la présence de l’homme. C’était sûrement plus que de partager du gâteau.
— Des présentations nécessitent l’introduction de tout le monde, ne croyez-vous pas ? affirma alors Tom d’une voix ni dure ni douce, juste sous contrôle.
Mme Cole se racla la gorge et lança un regard d’avertissement au garçon, mais Tom l’ignora, fixant Peverell sans ciller. Mais même son intervention ne lui permit pas de rencontrer les yeux de l’invité. Ce dernier eut toutefois un rire et hocha la tête.
— C’est bien vrai, répondit-il. Pourquoi ne faisons-nous pas un tour de table pour nous présenter ?
Amy fut la première à parler, les joues roses de gêne, dévoilant aussi ses intérêts, dont le dessin. Dennis et Eric poursuivirent, exposant leur passion pour les billes et la capture de grenouilles. Billy, quant à lui, présenta son lapin alors qu’il l’embrassait sur le bout du museau. Tom remarqua l’étrange regard de Peverell pour l’animal : il le scrutait comme s’il se remémorait un souvenir presque insaisissable. Peut-être avait-il déjà eu un lapin ? Que donnerait Tom pour frôler ses pensées ? Mais ce n’était pas convenable autour de la table. Il manquait encore de concentration.
— Et toi, mon garçon ?
Tom croisa pour la toute première fois les yeux de Harry Peverell. Son estomac se tordit, ses dents se serrèrent. Son cœur battit plus fort, empreint d’une anxiété inexpliquée. Mais il soutint ces deux magnifiques émeraudes, sans détourner le regard.
— Tom Elvis Jedusor, se présenta-t-il avec calme, en apparence du moins. 8 ans.
— Enchanté, Tom, répondit Peverell, un sourire inconfortable contre ses lèvres. Y a-t-il quelque chose que tu aimes ?
— Lire, répliqua-t-il, comme si c’était la chose la plus évidente.
Et Peverell eut un rire entendu, pas le moins du monde surpris.
— Et vous, monsieur, qu’est-ce que vous aimez ?
L’invité écarquilla les yeux, ne s’attendant pas à cette question. Il pencha la tête sur le côté, comme le faisaient les chiots, révélant la peau blanche de son cou, et prit un moment pour réfléchir. Pouvait-on apprécier assez de choses pour se perdre dans les choix ?
— La tarte à la mélasse, le vent, un bon feu de cheminée et davantage, je dirais. Ah oui, Noël !
Ce dernier propos fit rire les enfants. Tom plissa le nez, ne sachant comment réagir. Peverell affectionnait que des choses puériles. Aimer le vent ? Quelle connerie ! Et Noël… Il se força toutefois à afficher un sourire poli, puis revint à sa soupe. Il trouvait difficile de faire bonne mesure devant l’homme marginal. Quelque chose dans son regard l’incitait à dévoiler sa véritable personnalité. Ou bien, voyait-il clair en Tom ? Voyait-il la noirceur de son âme ? Mais comment pourrait-il le faire alors qu’ils se rencontraient pour la première fois ?
Rendu au dessert, Tom scruta les joues de Peverell. Chaque fois qu’il avalait une bouchée de la tarte, deux fossettes se creusaient. Celles-ci ressortaient déjà à chacun de ses sourires, mais elles s’imposaient davantage en ce moment, comme si l’invité dégustait réellement le dessert au lieu de l’engloutir comme tous les autres. Du bout de sa fourchette, Tom détacha une petite pointe de la tarte et la porta à sa bouche. Il fronça les sourcils. En effet, c’était assez bon. Il reprit trois minuscules morceaux avant de repousser l’assiette, fatigué du sucre.
— Alors, les enfants ? s’informa Peverell. N’est-ce pas délicieux ?
— Oh oui, monsieur ! s’exclamèrent-ils.
— Je vous rapporterai une surprise lors de ma prochaine visite, promit-il avec un sourire qui découvrait ses dents blanches.
— Vous allez revenir, Harry ? s’étonna Billy, offrant son doigt sucré à son lapin.
Tom n’aurait pas besoin de tuer l’animal, Billy s’en chargerait bien assez vite avec de telles manies.
— Bien entendu, approuva Peverell avant de se tourner vers Mme Cole. Je vais vous soutenir financièrement pour les rénovations de l’orphelinat.
Des cris s’élevèrent et Tom resta abasourdi. Voilà donc la raison de sa présence. Mme Cole espérait obtenir de l’aide pécuniaire pour l’établissement. Et voilà que Peverell tombait du ciel, cet homme qui jamais n’était venu ici auparavant.
— Vraiment ? souffla-t-elle, les larmes aux yeux. Je… Comment vous remercier ?
— En assurant des repas adéquats et complets à tous les enfants, madame.
— Ce sera fait, affirma-t-elle.
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Tom reposait dans son lit, les yeux grands ouverts. Il fixait le plafond sans réellement le voir. Il repensait au repas et au sourire de Peverell — surtout à ses fossettes. Elles le dérangeaient, comme si leur apparition témoignait d’une vraie émotion positive. À son attitude chaleureuse et à l’étrange offre pour l’orphelinat. Cet inconnu était fortuné, sans aucun doute. Pourquoi s’embêtait-il à les aider ? Cette générosité devait certainement lui rapporter quelque chose. Mais quoi ? Et quel emploi occupait-il ? Il était stupide et ô combien naïf ! Le garçon crispa ses poings. Il revoyait les grands yeux verts de l’homme, ressentait encore l’agitation qu’un tel regard éveillait en lui. Et ça l’énervait. Qu’était-ce cette faiblesse ? Jamais une personne n’avait provoqué autant de remous en lui. Il se trouvait au-dessus des autres !
Il se tourna dans son lit qui grinçait atrocement et plissa le nez. Peverell allait revenir, il l’avait dit. Et Tom ne pouvait s’empêcher d’avoir lui aussi envie de le revoir.
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Lors d’un matin enneigé, où des tourbillons de flocons cherchaient à pénétrer l’orphelinat chaque fois que la porte principale s’ouvrait, Harry Peverell revint. Tom se trouvait dans le hall, sur un fauteuil déchiré, puisque les autres orphelins envahissaient la bibliothèque. Et le hall était plus chaud que sa chambre et donc, plus confortable. L’homme, ou plutôt le jeune homme, se souvint-il, se détaillait mieux à la lumière du jour. Tom pouvait davantage évaluer ses traits dans la fleur de l’âge, et ce, même si la neige le recouvrait. Comme un chien, il secoua sa tignasse de jais et retira son manteau qu’il accrocha à une patère. Puis, il se retourna et croisa les yeux de Tom, qui le scrutaient depuis son arrivée.
— Oh, bonjour Tom, dit-il avec une certaine hésitation. Pardonne-moi, je ne t’avais pas vu.
Il se souvenait de son nom… Tom sentit sa gorge se serrer. Et pourquoi lui demandait-il de l’excuser ? Ça n’avait aucun sens. Était-ce une façon d’être poli ?
— Bonjour, répondit-il simplement, son livre ouvert sur les genoux, l’estomac tordu comme à leur première rencontre.
Peverell baissa les yeux et remarqua l’objet.
— Que lis-tu ? l’interrogea-t-il, comme s’il essayait de s’intéresser à lui alors qu’aucun adulte ne le faisait.
C’était pathétique.
— Frankenstein de Mary Shelley.
— Un bon livre, approuva Peverell. Que préfères-tu dans cette histoire ?
Tom referma le roman, la bouche pincée. Jamais un adulte ne lui posait ce genre de question. Sauf à l’école, mais de façon désintéressée. C’était… rafraîchissant.
— Qu’il est possible de ramener un mort à la vie ou, du moins, de créer un être puissant de toute pièce.
Une étrange lueur vacillait dans les yeux verts de Peverell. Il semblait analyser sa réponse, sans toutefois y émettre son grief sur l’immédiat. Sa bouche se tordait de malaise, ses fossettes se creusèrent. Mais il hocha le menton, signe qu’il avait bien écouté le garçon. Vers ce dernier, il pencha la tête et découvrit une partie de son front de ses cheveux hirsutes. Une pâle cicatrice en forme d’éclair ornait sa peau.
— Le personnage de Victor a une énorme responsabilité envers Frankenstein. Il est, après tout, son créateur. Il a certes réussi un triomphe scientifique, mais il échoue lamentablement sur le plan moral, abandonnant sa créature qui avait besoin de lui. Cette triste histoire est bien plus qu’une question de vaincre la mort, Tom, termina Peverell d’une voix sèche.
Tom se mordit l’intérieur de la joue, furieux. Il se sentait infantilisé. Et pourtant, il venait de recevoir une leçon… Une leçon d’un adulte qui s’intéressait à lui. Et ça, il ne pouvait pas l’ignorer. Comme s’il avait senti son courroux, Peverell adoucit son expression.
— Je sais que tu es un garçon brillant. Il n’est pas toujours évident de saisir la philosophie derrière une histoire.
Pinçant ses lèvres, Tom hocha la tête. Il avait envie de lui cracher au visage qu’il n’était pas idiot, mais s’abstint.
— Je te laisse à ta lecture, je dois voir Mme Cole. Peux-tu m’indiquer son bureau, s’il te plaît ?
D’un doigt pointé vers la gauche, Tom lui montra le chemin en silence. Peverell le remercia et s’éloigna du garçon. Tom réalisa à ce moment toute la tension qui agitait ses muscles et chercha à les détendre. Lorsque le son des pas de l’homme s’évanouit dans le couloir, il se leva pour suivre le même chemin. Il vivait à l’orphelinat depuis sa naissance : aucun recoin ne lui échappait. Et il connaissait le meilleur endroit pour espionner la conversation dans le bureau de Mme Cole.
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— Martha va nous apporter du thé, roucoula Mme Cole. Avez-vous une préférence ?
— Du thé noir, je dois l’avouer.
Tom, assis dans l’obscurité derrière une porte entrebâillée, tendait l’oreille dans un silence absolu. Il se trouvait dans un cabinet de toilette, relié non seulement au couloir, mais aussi au bureau de Mme Cole. La porte du cabinet dans le corridor était en tout temps barrée, mais Tom avait vite appris à la déverrouiller avec son pouvoir. Ce n’était pas toujours facile, mais il y arrivait avec de plus en plus d’aisance.
— Je suis heureuse de vous voir, continua Mme Cole d’une voix pâteuse, le nez rougi.
Elle était ivre une fois de plus. Tom remarqua le regard de Peverell : il fixait d’un air désapprobateur une bouteille de rhum sur le bureau de la matrone.
— Je viens vous rencontrer pour les dernières formalités. J’ai les documents avec moi.
Peverell les sortit de l’une de ses poches et Tom fronça les sourcils. N’était-il pas anormal de retirer cette épaisse liasse de papier d’un pantalon ? Comme un tour de magie… L’homme les déposa sur le bureau, sous le nez de Mme Cole. Martha choisit ce moment pour cogner à la porte, un plateau recouvert d’un service à thé.
Peverell se versa sa propre infusion, ajouta un gros nuage de crème et le sucra d’une bonne cuillère. Il porta la tasse à ses narines, puis la huma. Tom observa ses épaules se détendre sous les arômes.
— Je vous verserai cette somme tous les mois, puis nous réévaluerons la situation l’année prochaine.
Les yeux de Mme Cole s’arrondirent.
— Un tel montant est… est… Comment puis-je vous remercier ?
— Comme je vous l’ai spécifié lors de ma dernière visite, je demande à ce que tous les orphelins soient bien nourris et aient des repas complets. Bien entendu, je veux que les lieux physiques s’améliorent pour les enfants. Pourquoi ne pas créer une salle de jeu rien que pour eux ? Je pensais aussi à une cour clôturée, plus sécuritaire dans cette partie de Londres.
Peverell porta la tasse à ses lèvres et savoura son thé, fermant les yeux un instant. Tom se demanda brièvement quel goût cela pouvait avoir pour générer un tel réconfort chez l’homme.
— Et surtout, il faut absolument régler l’isolation dans toutes les pièces. Je suis certain que les enfants meurent de froid.
Tom crispa ses mains : Peverell dégageait une lumière tout à fait inhabituelle pour un adulte. Il était si généreux, c’était incompréhensible. Presque insupportable. Était-ce pour cela que le cœur de Tom battait si vite ?
— Je vous le promets, M. Peverell. Votre générosité ne sera jamais oubliée.
Mme Cole semblait sincère, les yeux luisants par les effets de l’alcool, mais aussi par l’émotion. Quelque chose se passa d’une façon infime à graduelle : Peverell secouait sa jambe de nervosité, doucement, puis fortement. Ses lèvres se tordirent, son front se plissa.
— Et pour l’adoption, avez-vous analysé mon dossier ?
Tom sursauta et dut agripper sa bouche de ses mains tremblantes pour étouffer son souffle. De violents remous surgirent en lui, noyant ses poumons, son estomac, ses entrailles. Peverell voulait réellement adopter un orphelin ? Lequel ? Amy ? Tom avait bien vu les yeux doux de l’homme sur la fillette lorsqu’elle faisait ses courbettes écœurantes dans son affreuse robe déchirée. Tout son être s’anima d’une grande fureur. Il réalisa à ce moment qu’il espérait du plus profond de son âme être l’enfant choisi alors qu’il n’envisageait plus l’adoption depuis des lustres.
Un reniflement s’éleva de Mme Cole.
— Êtes-vous certain de l’enfant ? Je peux vous montrer les fiches que je tiens de mes orphelins. Vous pourriez les étudier afin de faire un choix éclairé.
— J’apprécie vraiment votre aide, mais je sais déjà lequel je veux avoir sous ma tutelle.
Tom, crispé de la tête aux pieds, se trouvait si proche de l’entrebâillement de la porte qu’il risquait de s’exposer. Il se recula en silence, mais garda ses oreilles grandes ouvertes.
— Je dois vous mettre en garde, M. Peverell… Tom est un enfant particulier.
Les mains de plus en plus tremblantes, Tom sentit sa gorge se nouer. Elle devint si sèche qu’il crut avaler du sable. L’air même y pénétrait avec difficulté.
— Oui, je l’ai remarqué, poursuivit-il.
Tom crispa la mâchoire, le cœur au bord de l’explosion, les mains maintenant moites.
— C’est un garçon brillant, vif d’esprit et qui a besoin de stimulation intellectuelle. Je pense être la personne idéale pour lui apporter ces besoins.
Seul, dans le noir, le faible rayon de lumière éclaira les yeux écarquillés de Tom. Pour la première fois de sa vie, il se faisait remarquer. Pour la première fois de sa vie, quelqu’un réalisait sa valeur. Un drôle de tourbillon émotionnel flottait dans le cœur du garçon. L’impression que sa tête allait se fissurer en deux sous l’afflux sanguin ne le quittait pas.
— Vous avez raison, acquiesça Mme Cole. Mais certains événements se produisent lorsqu’il est…
— Mme Cole, la coupa Peverell un peu durement, une main devant lui, j’apprécie votre sollicitude, mais ma décision est prise. Je veux adopter Tom si, bien sûr… il accepte.
À ce moment, Tom sortit du cabinet de toilette et se précipita le plus silencieusement possible au deuxième étage. Il croisa Billy et son stupide lapin, mais l’ignora. Ses pensées se chamboulaient, il perdait son calme. Il s’enferma dans sa chambre et s’assit sur son lit.
Peverell voulait adopter Tom.
Tom allait quitter cet endroit.
Tom aurait une maison.
Tom aurait un tuteur qui saisissait son intelligence.
Les mains moites, il les essuya sur son pantalon puis attendit, tremblant. Après quelques minutes, sa respiration se calma et bientôt, personne n’aurait cru possible que le garçon eût une perte de contrôle émotionnelle.
Les minutes s’égrenèrent. Des coups se portèrent enfin contre sa porte.
— Oui ?
Alors qu’elle s’ouvrait, Tom se tourna vers Mme Cole qui l’observait, le visage incertain. La crainte tout comme la joie semblaient y danser à tour de rôle.
— Tom, tu as de la visite.
Harry Peverell entra dans la chambre, ses traits illisibles. Un sourire fluctuant, voire forcé, flottait entre eux. Les deux émeraudes de l’homme l’étudiaient comme s’il se questionnait sur ses motivations d’adoption avant qu’il ne soit trop tard. Voulait-il ou non le prendre à sa charge ? Tom crispa ses petites mains.
— Tom, le salua-t-il à nouveau, j’aimerais prendre un moment avec toi pour discuter. Puis-je ?
Peverell pointa la chaise, demandant ainsi l’autorisation pour s’y asseoir. Tom hocha la tête pendant que Mme Cole quittait la pièce, un dernier regard pour l’homme, tout en refermant la porte.
— Comme tu le sais déjà, je souhaite t’adopter. Qu’en penses-tu ?
Tom plissa les yeux, la bouche pincée.
— Comment pourrais-je savoir vos motivations alors que vous venez tout juste de me les annoncer ?
Il était, semblait-il, heureux, mais tout aussi soupçonneux. Dernier sentiment renforcé par un soudain rire franc de Peverell.
— Ne te cachais-tu pas dans la pièce adjacente au bureau de Mme Cole ?
— Comment le savez-vous ? murmura Tom, encore et toujours méfiant, entre ses dents serrées.
— Tom, ta présence attire l’attention, souffla Peverell, doucement. Mais ne t’inquiète pas, Mme Cole n’a rien remarqué.
Était-ce un compliment ou une critique ? Les mains crispées, Tom changea de sujet d’un ton sec pour revenir au plus important.
— Pourquoi voulez-vous m’adopter ? Est-ce une plaisanterie ?
Le visage de Peverell se durcit et Tom regretta un instant ses paroles. Toutefois, il le cacha et haussa plutôt le menton d’un air hautain. L’homme allait-il changer d’avis face à son impolitesse ?
— Non, je ne plaisanterais jamais sur un tel sujet, Tom. Ce serait tout simplement cruel. Si je suis ici, c’est pour savoir si tu as envie de venir avec moi. J’ai une petite maison, suffisante pour deux, où tu pourrais grandir et où je pourrais faire ton éducation. Tu aurais ta chambre et nous pourrions devenir… une famille.
Ces derniers mots étaient tombés dans un instant de flottement, ce qui rendait Tom encore plus vigilant. Ses lèvres s’aplatirent, ce qui semblait faire hésiter Peverell.
— Alors… Acceptes-tu de…
— C’est évident ! lâcha Tom avec arrogance. C’est d’ailleurs une question idiote !
Peverell se recula un instant, le visage un peu livide. Tom se mordit l’intérieur de la joue, comprenant qu’il devrait tacher de prudence envers son nouveau tuteur. Cet homme, étincelant comme le soleil, serait facilement affecté par la noirceur de Tom. Et s’il voulait vivre autre part qu’à l’orphelinat Wool, Tom devrait faire des efforts. Ainsi, il étira ses lèvres en un sourire qu’il espérait agréable.
— C’est un affreux endroit, ici, expliqua-t-il plus doucement. Je pense que vos dons financiers pourront améliorer l’orphelinat, j’en suis certain même, mais cela ne remplacera jamais une véritable maison.
Peverell lui offrit un doux sourire et se leva, le visage résolu.
— Eh bien, puis-je t’aider pour tes bagages ?
— Nous partons bientôt ?
— Bien entendu, tous les documents sont presque réglés.
Tom scruta son environnement, sans émotions.
— Je n’ai pas grand-chose, dit-il. Vous pouvez finaliser les papiers pendant que je m’occupe de ma valise.
— Bien, fit Peverell.
Il marcha jusqu’à la porte puis se retourna. Une fois de plus, son visage vacillait.
— Je n’autorise pas les objets volés, annonça-t-il avec une certaine lenteur. D’accord, Tom ? Tu devras les rendre à tes amis.
Puis Peverell s’effaça de la chambre, laissant Tom à ses sombres pensées. Amis ? Ce mot ne signifiait rien pour Tom. Et comment Peverell pouvait-il savoir pour ses trophées ? C’était sûrement la faute de cette vieille Mme Cole, la garce. Elle voyait un peu trop clairement en lui et avait préféré prévenir l’homme de sa dépendance. Mais Tom aurait bien d’autres occasions pour refaire sa collection. D’un geste brusque, il ouvrit son armoire et extirpa sa boîte en carton de la plus haute tablette. Il sortit les objets qu’il avait dérobés dans les dernières années avec un sentiment de convoitise encré en lui. Parmi les trophées, il reconnut la vieille poupée d’Amy, l’œil manquant, le bras déchiré.
Un sourire sardonique étira ses traits. S’il ne pouvait pas les avoir, pourquoi les autres orphelins le pourraient-ils ?
Tom ouvrit la fenêtre de sa chambre et, un trophée à la fois, les jeta du deuxième étage avec son pouvoir afin qu’ils pourrissent dans la neige, derrière la clôture, telle une épave sur un lit blanc maculé par les saletés de la ville. Ce qui était magnifique avec l’emplacement de sa chambre, c’était qu’aucune autre fenêtre — hormis celle de la cuisine — n’observait le même paysage. Avec un faible pourcentage de chance, les objets seraient retrouvés au printemps, le temps ayant eu ses droits sur la médiocrité des matériaux.
Satisfait, il referma la fenêtre et entreprit de faire sa valise. La tâche fut vite accomplie. Tom observa une dernière fois son environnement, sans une once de regret, sans réelles émotions. Puis, il sortit de sa chambre pour atterrir dans le couloir froid et sombre de l’orphelinat. Il atteignit rapidement les escaliers, mais croisa une fois de plus Billy et son stupide lapin assis sur une marche. D’un regard glacial, Tom le fixa sans ciller.
Il retira ses pensées précédentes. Il possédait un seul regret : ne pas avoir pu pendre cette fourrure vivante à la poutre de la piaule de Billy. Un sourire mauvais étira ses lèvres.
— Où vas-tu avec ta valise ? s’informa Billy, les yeux écarquillés d’incompréhension.
Le visage fendu de satisfaction, Tom lui répondit d’un ton glacial.
— M. Peverell m’a adopté. Je vais donc habiter avec lui.
Billy se figea d’horreur.
— Quoi ? Mais… mais… comment est-ce possible ? Un garçon aussi sombre que toi ?
Tom se pencha doucement jusqu’à ce que ses lèvres atteignent l’oreille de l’orphelin.
— Mais ça… Il ne le sait pas, n’est-ce pas ?
Billy devint livide, la bouche tremblante. Celui-ci serra avec plus de force son lapin, pensant ainsi le protéger de l’abominable démon. Tom renifla de dégoût, puis reprit son chemin, sa lourde valise à son poing. Ses pas s’arrêtèrent près du bureau de Mme Cole alors que ses sens restaient aux aguets. Quelques minutes passèrent et enfin, son nouveau tuteur se présenta devant lui, des papiers à la main.
— Regarde Tom, c’est officiel, lui dit-il tout doucement. Tu es maintenant mon fils adoptif.
Ses petites mains agrippèrent avec avidité les documents d’adoption. Ses yeux les parcoururent. Son nom reposait effectivement sur les formulaires : Tom Elvis Jedusor.
— Ne prend-on pas le nom de famille de son tuteur ? demanda-t-il, les sourcils froncés.
— Ce n’est pas toujours le cas, répondit Peverell, la voix cherchant à cacher un inconfort. J’ai décidé de te laisser le choix du nom de famille. À ta majorité, tu opteras pour celui que tu désires.
Que signifiait cette décision ? Harry Peverell se prévoyait-il une échappatoire si l’adoption tournait au désastre ? Ou bien était-ce réellement pour lui laisser un choix considéré comme important ? Après tout, jamais il ne verrait Peverell comme son père. Il paraissait bien trop jeune et Tom était bien trop indépendant. Des émotions contradictoires s’élevaient toutefois en lui : il se sentait heureux de cette latitude, mais étrangement anxieux d’une éventuelle remise en question. Tom devrait faire de gros efforts pour devenir l’enfant parfait.
— Es-tu inquiet ? entendit-il de la voix masculine alors que Mme Cole arrivait près de l’homme, les bras croisés d’angoisse.
Cette question lui tortilla la bouche, lui plissa le nez.
— Bien sûr que non, répondit-il.
Il redonna les papiers d’adoption à Peverell et attendit, sagement.
— Eh bien, merci encore Mme Cole. Je vous ferai parvenir les dons tous les mois, rappela Peverell.
— Je vous souhaite tout le bonheur du monde, répondit-elle en s’inclinant.
Peverell se retourna et marcha jusqu’au hall. Tom le suivit, les yeux fixés sur la main de l’homme. Devait-il la prendre ? Tous les enfants adoptés, lors de leur départ, saisissaient la main de leurs nouveaux parents. Mais Tom ne voyait pas Peverell ainsi, jamais cela ne changerait. Mais peut-être que l’homme désirait avoir un bon garçon avec d’excellentes manières ?
— Aimerais-tu que je porte ta valise, Tom ? Elle semble lourde.
Tom scruta le visage soucieux de son tuteur. Puis lui tendit sa malle.
— Merci, répondit-il d’une voix polie.
Peverell eut un sourire chaleureux en agrippant le bagage. Il reprit le chemin, tout en jetant des coups d’œil derrière lui afin de s’assurer que Tom le suivait bel et bien. Ils sortirent sur le porche. Un véhicule noir luisant attendait au bout du trottoir menant à la rue.
— J’ai loué une voiture pour le trajet, expliqua Peverell. J’en ai certes une, mais je suis un piètre conducteur sur les longues distances.
Un vieil homme à la barbe grisonnante sortit du véhicule lorsqu’il vit Peverell et Tom. Il se dirigea vers le coffre arrière et débarra le capot. Peverell y glissa la valise de Tom puis ouvrit l’une des portières afin d’inviter l’enfant à s’asseoir sur la banquette. Bientôt, tous furent installés dans l’embarcation qui s’ébranla sur la route.
Une partie du trajet se fit en silence. Tom considérait d’un œil excité le paysage changé vers sa nouvelle vie. Il s’éloignait enfin de l’orphelinat pour connaître la joie d’habiter une véritable maison. Un fourmillement intérieur témoignait de son agitation. Mais bien vite, son regard se porta sur Peverell qui observait aussi la modification de l’horizon. L’homme semblait si jeune. Il possédait un nez droit, qui se retroussait joliment. Son agréable mâchoire se découpait sous les rayons du soleil filtré par la vitre. Les cheveux, quant à eux assez long, partaient dans tous les sens comme un véritable désastre. Mais quelques mèches arrière retombaient gracieusement sur une nuque gracile. Ne connaissait-il pas le peigne ?
Tom pouvait le dire, l’homme était beau. Cette sorte de beauté naturelle, négligée. Peverell tourna son visage vers lui, brûlé par son analyse du regard.
— As-tu une question, Tom ? s’enquit-il.
Il y en avait effectivement une qui lui incendiait les lèvres.
— Vous me semblez assez jeune pour adopter. Quel âge avez-vous ?
— 24 ans, répondit-il, ses grands yeux verts fuyant vers le paysage.
— Vraiment ? répliqua-t-il en fronçant les sourcils. Vous me semblez plus jeune que ça…
Peverell resta silencieux, mais Tom vit ses mains se contracter. Ce dernier plissa encore plus ses traits. Finalement, plusieurs questions titillaient sa langue empoisonnée.
— Est-il normal d’adopter un enfant à 24 ans ?
— Je croyais que les règles de ce pays exigeaient la majorité pour adopter, et ce, malgré l’apparence physique, claqua Peverell.
Le silence tomba. Même le chauffeur faisait bien attention pour ne pas le briser ou le violer d’un regard par le rétroviseur central. Tom sentit une tension désagréable fourmiller ses mains, ses bras, ses épaules. Sa question était peut-être trop inconvenante. Il devrait plutôt remercier l’homme de sa générosité, mais c’était beaucoup trop lui demander, pour lui et sa langue de vipère. Puis, un long soupir s’éleva de Peverell. Ce dernier appuya son front contre la vitre et se perdit dans le paysage, les doigts crispés contre son manteau. Tom crut un instant qu’il continuait à l’ignorer, mais il répondit finalement d’un ton bas et las.
— Eh bien, je suis malheureusement seul dans cette vie. J’ai donc voulu aider un orphelin pour lui offrir une existence confortable. Et cet orphelin, c’est toi Tom.
Tom s’agita sur son siège. Il était… reconnaissant, mais garda une fois de plus cette information pour lui.
— Où allons-nous ? questionna-t-il.
— Dans le Devon, répondit son tuteur. Ma maison se trouve à l’extrémité d’un petit village.
Et le silence revint. Le chauffeur leur lançait parfois des coups d’œil dans le rétroviseur et commentait leur avancée. Tom avait les mains moites. Il avait hâte. La dernière fois qu’il avait ressenti une telle excitation fut lorsqu’il avait fait pousser des furoncles sur le visage de Dennis Bishop.
Le temps s’écoulait, le soleil baissait. Peverell s’était assoupi contre la portière, la respiration régulière. Même ainsi, l’homme dégageait une aura chaleureuse. Tom, quant à lui, ne put fermer l’œil. Il assimilait tous les changements de l’horizon. L’après-midi touchait à sa fin lorsque la voiture emprunta enfin un chemin rocailleux, bordé de terre et de verdure endormie sous la neige. Depuis un moment, la nature primait sur les désolantes habitations. Ce nouveau paysage en rien gris et sombre allégea le cœur de Tom.
Une maison s’éleva dans la pénombre, un véhicule garé près de l’entrée. Un petit cottage rustique, en pierres. Avec la végétation gelée et le vol des flocons, la fresque était sublime. Tom retint son souffle : jamais il n’avait vu un aussi joli endroit. La voiture s’immobilisa enfin, éveillant Peverell. Il battit des paupières, révélant ses deux globes verts.
— Je suis désolé, Tom. Je me suis assoupi.
Tom ne répondit rien, beaucoup trop absorbé par sa future demeure. Il ouvrit la portière et s’élança à l’extérieur, le cœur tremblant. Il devait se ressaisir. Il souffla un moment. Peverell s’approcha une fois le chauffeur remboursé et la malle entre ses mains.
— Bienvenue à la maison, entendit Tom alors qu’il fixait les grandes fenêtres. Laisse-moi te faire visiter.
Peverell marcha jusqu’à l’entrée et ouvrit la porte lorsqu’elle fut débarrée. Il déposa la valise sur un tapis en jute. Puis, il éclaira la maison d’une douce lumière chaude. Tom s’arrêta, laissant son tuteur refermer la porte derrière lui.
— Ce n’est pas énorme, mais c’est notre maison.
Tom cligna des yeux, émerveillé. Il retira ses bottillons et s’avança dans l’ombilic de la demeure. L’entrée donnait sur le salon où reposait l’âtre d’une cheminée en briques rouges. Un vieil escalier séparait la pièce de la cuisine, non loin, qui accueillait une table ronde, en bois, avec quatre chaises. Les teintes étaient claires avec quelques touches dorées. Le plafond strié de poutres boisées retenait des plantes grimpantes.
— Par ici, à gauche, indiqua Peverell, c’est ma chambre. Et tout en haut des marches se trouve deux pièces et une salle de bain. Tu pourras choisir celle que tu veux pour ta chambre.
Tom ne comprenait pas comment gérer ses émotions. Elles débordaient rarement, sauf s’il s’agissait de colère. Et encore, il se contrôlait assez bien. Mais ça… Que ressentait-il ? Sa lèvre inférieure tremblait. Alors, il se la mordit pour l’arrêter. Heureusement, Peverell ne le regardait pas. Tom s’avança vers l’escalier, sa malle à la main.
— Puis-je monter ?
— Oui, laisse-moi te montrer, insista Peverell avec une certaine joie.
Ils grimpèrent l’escalier. Tom étudia les deux chambres et choisit celle qui offrait une vue sur le jardin. La pièce était simple, sans ornement. Un lit trônait au centre tandis qu’un bureau de travail meublait le dessous de la fenêtre. Une commode boisée complétait le tout.
— Nous pourrons acheter des décorations au village pour personnaliser ta chambre, lui promit Peverell, un sourire au visage. Je te laisse t’installer. Tu pourras me retrouver en bas lorsque tu seras prêt.
Et l’homme sortit de la pièce. Tom referma la porte et observa plus attentivement son environnement. Il ouvrit l’armoire sans la moindre trace de poussière et toucha les draps de son lit. Une courtepointe argentée le recouvrait. Il le contourna et s’approcha de la fenêtre et du bureau. Il alluma la lampe et caressa la surface du meuble. Une volonté se dessina sur son visage : il ne pouvait pas quitter cet endroit. Il ne le pouvait pas. Il entreprit de défaire sa valise et rangea ses objets aux emplacements qui lui convenaient. Ses vêtements, eux, se firent suspendre dans la penderie. Puis, il s’installa sur son lit.
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Une odeur s’éleva dans l’air. Elle vint chatouiller les narines de Tom qui s’était assoupi sur son lit. Lorsqu’il ouvrit les yeux, le soleil avait disparu, laissant la lune naître dans le ciel. La chambre éclairée par la lumière de sa lampe était déjà plus chaleureuse que celle délaissée à l’orphelinat. Il ouvrit doucement la porte et écouta attentivement. Peverell fredonnait une mélodie accompagnée du son d’un couteau contre une surface en bois. Il cuisinait.
Tom fit un détour à la salle de bain, s’étonnant du carrelage bleuté et argenté, et descendit l’escalier le plus silencieusement possible. Quelque chose bouillait dans une casserole, une sauce vibrait dans un récipient. Ça sentait bon et Tom saliva.
— M. Peverell, dit-il alors que l’homme continuait de hacher ce qui ressemblait à du persil, j’ai fini de m’installer.
Son tuteur ne le regardait pas et Tom sentit son cœur se durcir.
— Pourrais-tu m’aider avec la table ? Il faudrait mettre les napperons et les ustensiles.
Peverell lui indiqua où trouver les objets et Tom s’attela à la tâche en grinçant des dents. Pourquoi avait-il l’impression que son tuteur évitait son regard ? C’était… énervant. Il s’appliqua à bien dresser la table, les couverts aux bons endroits.
— J’espère que tu aimes les pâtes, dit Peverell avec une voix presque automatique, les yeux attachés à ses gestes. Je les adore, je ne mangerais que ça.
Tom ne savait pas ses préférences culinaires. Les choix à l’orphelinat Wool revenaient régulièrement à une bouillie grossière et sans saveur avec du pain rassis.
— Je suis certain que je vais adorer, répondit-il avec un grand sourire.
Peverell leva son regard et l’observa de ses paupières plissées. Il l’analysait, Tom en était sûr. Le garçon demeura immobile, affrontant cette étude d’un visage figé dans une expression qu’il voulait accueillante. Il eut l’impression que l’homme décortiquait son âme, qu’il voyait clair en lui. Et ce, peu importe tous les masques qu’il porterait. Mais c’était idiot et… impossible. Ce constat lui fit toutefois peur : il cacha cette émotion en l’enfouissant au mieux derrière son sourire intact. Or, ses mains ne l’écoutèrent pas, elles se tortillaient ensemble. Finalement, le visage de Peverell s’adoucit.
— Tom, tu n’as pas à jouer un rôle ici. Je suis là pour t’éduquer, pour t’apprendre la valeur de la vie. S’il y a quelque chose que tu n’aimes pas, je dois le savoir. Il est normal d’avoir des goûts différents, nous sommes tous, après tout, uniques. Il est juste…
Peverell se mordit la lèvre, hésitant. Son regard se raffermit toutefois.
— Il est juste essentiel de comprendre qu’une limite existe, que des lois sont mises en place pour la sécurité de tous et que chaque existence est importante.
Tom croisa les bras, la tête penchée sur le côté. Cette discussion devenait intéressante.
— Chaque vie ? répéta Tom avec scepticisme. Je crois au contraire que certaines vies sont plus importantes que d’autres.
Les épaules de l’homme se raidirent. Il continua toutefois sa tâche et servit les plats de pâtes ainsi qu’un bol de salade. Il invita Tom à s’asseoir et appuya son menton sur le dessus de ses mains, coudes sur table.
— J’aimerais que tu m’expliques pourquoi tu penses ça, dit-il en plongeant ses yeux émeraude dans ceux de Tom.
Celui-ci sentit son ventre se tortiller, sa bouche s’assécher. Tom baissa les yeux sur son plat. Venait-il d’éviter le regard de Peverell ? Il renifla un instant et fut happé par l’odeur de la sauce. Elle allécha ses papilles gustatives, les humidifiant à nouveau. Même l’aspect de la nourriture était un régal pour la vue.
— Il y a du parmesan sur la table si tu veux rehausser le goût, lança Peverell, un petit sourire aux lèvres.
Tom survola un instant le fromage, mais ouvrit plutôt la bouche.
— Certaines vies sont plus importantes que d’autres, car elles sont plus utiles, siffla-t-il alors qu’il agrippait la fourchette et la cuillère afin d’y enrouler les pâtes. Par exemple, il est dans l’intérêt de tous de protéger le premier ministre d’attaques terroristes en lui octroyant des gardes du corps plutôt qu’à un… voyons voir, un fermier. Personne n’ira protéger un pat… un simple fermier.
Sa langue avait fourché, le qualificatif « pathétique » avait voulu glisser de ses lèvres.
— Si on étudie la situation de ton exemple, il semblerait étrange d’octroyer des gardes du corps à un fermier, je te l’accorde. Le premier ministre et le fermier n’ont pas le même rôle en société. Ils n’attirent pas le même danger. Par contre, le fermier apporte quelque chose d’important : il cultive nos terres, nous offre de la nourriture à la table. Il nous permet de combler un besoin de base essentiel : manger. Le fermier est un être sensible et se doit d’être protégé par la loi. Que ce soit le premier ministre ou bien le fermier, les deux comblent un rôle pour les intérêts de la communauté. Seulement, leur rôle diffère. Mais cela ne justifie pas que la valeur de leur vie soit inégale.
Peverell goûta à son plat. Ses lèvres se tachèrent de sauce tandis que ses joues se creusèrent et se colorèrent de rose.
— Dans ce cas-ci, le premier ministre aurait avantage à protéger le fermier s’il veut que celui-ci exerce ses fonctions et lui apporte de bonnes moissons, poursuivit-il.
Tom demeura silencieux. Il comprenait les mots de Peverell, mais il ne les aimait pas. Il pensa aux orphelins laissés derrière lui et, peu importe comment il observait les choses, la valeur de sa propre existence surpassait la leur. Il était plus important.
— Ce n’est pas facile de rester moral dans nos décisions, ajouta Peverell. La proximité et l’amour que l’on a pour certaines personnes créent bien souvent du favoritisme. On a tendance à vouloir protéger ceux qui nous ressemblent. Mais je crois qu’il est important de se rappeler que tous ont le droit à la vie.
— Alors, pourquoi m’avoir seulement adopté moi et non tous les autres enfants ? critiqua Tom, les yeux plissés. N’ont-ils pas le droit d’avoir eux aussi une famille ? Votre comportement a-t-il seulement été moral ? Et comment avez-vous déterminé que le meilleur enfant était moi plus qu’un autre ? Avez-vous été juste dans votre choix ?
Peverell souleva son visage, livide. Et Tom sentit une étrange satisfaction s’infiltrer dans ses veines, couler jusqu’à son cœur. Il dut taire cette envie de sourire cruellement. L’homme ne s’attendait pas à une telle réplique et chercha à cacher sa culpabilité. Voilà donc un point faible intéressant à manier.
— Tu es un garçon intelligent, Tom. Ton esprit est vif.
Ses grands yeux verts ne mentaient pas. Peverell le pensait réellement. Tom sentit son petit cœur noir battre un peu plus fort.
— Il m’est malheureusement impossible d’adopter tous les orphelins, mais… avoir pu… Peut-être que j’aurais dû… Peut-être que je devrais…
La satisfaction de plus tôt s’évapora bien vite. Elle fut remplacée par la peur et Tom sentit ses entrailles se glacer. Peverell allait-il revoir son choix, maintenant ? Allait-il retourner Tom à l’orphelinat et étudier davantage tous les profils des enfants ? Ou bien, aller chercher un autre orphelin pour se donner bonne conscience ?
Non… Non ! Hors de question !
— Je… Je vous remercie de m’avoir choisi. Je vous serai éternellement reconnaissant, insista Tom avec une certaine panique dans la voix tout en scrutant l’homme, qui l’observait encore avec hésitation. Je veux que vous et moi — seulement nous deux — formions une famille.
Il était franc. Et le soulagement fit fondre la glace de son cœur lorsque Peverell lui offrit un sourire affectueux.
— Il m’est difficile de croire que tu as seulement 8 ans, souffla Peverell. Tu es le premier enfant que je rencontre avec autant d’intellect.
Tom plissa le nez. Il savait bien que d’un point de vue génétique, il était encore un gamin, mais il n’aimait pas ce mot. Il ne lui collait pas à la peau. Il avait parfois l’impression d’être un homme enfermé dans le corps d’un enfant.
— Et vous, difficile de croire que vous avez seulement 24 ans, répliqua-t-il alors qu’il mangeait une première bouchée du plat.
Ses yeux s’écarquillèrent. C’était bon. Incroyablement bon.
— Tu aimes ? entendit-il.
Peverell le scrutait et Tom fut incapable de répondre. Sa bouche refusait de lui obéir, un peu comme si elle trahirait ses pensées internes. Elle préférait d’ailleurs profiter du salé du plat. Alors, il hocha la tête pour le contenter. Il vit le visage de l’homme se réjouir du moment.
Le reste du repas se déroula dans un silence étonnamment agréable. Peverell poussait parfois des commentaires comme « Peut-être qu’un peu plus d’ail la prochaine fois… » ou « L’infusion du romarin dans le beurre aurait gagné avec une minute de plus ». Mais Tom ne souleva pas le fait que son tuteur parlait seul. Il enregistrait toutes les informations qu’il entendait ou observait afin d’établir un tableau de plus en plus précis de l’homme devant lui. Chaque détail collecté lui apportait un savoir, un pouvoir, qui lui permettrait une éventuelle manipulation ou emprise sur Peverell.
Tom termina son plat avec appréciation, il se retint même de recueillir le reste de la sauce avec son index. Le regard de Peverell le scrutait, un léger sourire aux lèvres. Ses yeux verts brillants affichaient des émotions complexes, difficiles à comprendre. Ce constat irrita Tom.
— Le repas fut agréable, commenta ce dernier avec politesse. C’est différent de l’orphelinat.
Les yeux de Peverell scintillèrent de reconnaissance, ses lèvres s’étirèrent. Il était touché par le compliment. Et Tom sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Comment un simple compliment aussi anodin pouvait-il générer autant de gratitude ? C’était un mystère. Alors qu’il repoussait son assiette dans l’optique de se lever, Peverell s’élança vers le réfrigérateur en trébuchant dans ses pieds.
— Il y a un dessert ! s’exclama ce dernier avec empressement.
Tom se rapprocha de la table.
— J’ai fait un gâteau que je pense que tu pourrais aimer. Tu ne sembles pas apprécier lorsque c’est trop sucré, je me trompe ?
Plissant les yeux, le garçon l’étudia avec prudence.
— J’ai cru comprendre que tu tolérais le sucre à petite dose. Enfin, c’est ce que j’ai observé à l’orphelinat. J’ai donc fait un gâteau aux anges avec un coulis fruité. Ça reste sucré, mais beaucoup moins que la tarte à la mélasse.
Tom regarda la couronne de dessert que Peverell déposait devant lui : elle était simple, sans fioritures. Le gâteau semblait moelleux. Jamais il n’avait dégusté cette pâtisserie. Il laissa son tuteur lui trancher et lui servir une part, le tout rehaussé d’un peu de coulis. D’une fourchette, il déchira un morceau et le goûta. Il resta une fois de plus sans voix.
Jamais il n’avait mangé meilleur gâteau. Il était léger, moelleux, fondant et aussi doux que le miel. Même la texture nuageuse émerveillait sa bouche. Ses joues se colorèrent un peu.
— Je note ton appréciation, le taquina Peverell. Selon moi, la tarte à la mélasse est bien supérieure, mais ce gâteau n’est pas si mal.
Tom plissa les paupières en regardant l’homme un brin trop fier.
— Vous ne me semblez pas être une personne difficile avec le sucre, siffla Tom. Les deux parts de tarte lors de votre première visite à Wool et l’énorme cuillère de sucre dans votre thé de ce jour… J’en déduis que vous vivez pour les douceurs et que vous appréciez particulièrement votre dessert du moment.
Peverell eut un sourire moqueur.
— Eh bien, je vois que tu m’observes attentivement.
Le cœur de Tom s’arrêta un instant. Ses joues se vidèrent de son sang avant que celui-ci afflue à nouveau avec force. Elles se colorèrent comme deux pommes, ce qui fit réagir le garçon. Il poussa sa chaise et, raide comme une barre, se leva.
— Je vous remercie pour le repas, dit-il de sa voix hachée. Je vais me reposer.
Peverell l’observa sans moquerie cette fois et hocha la tête.
— N’hésite pas à utiliser la salle de bain, l’eau est chaude ici.
Puis il débarrassa la table pendant que Tom grimpait l’escalier tel un automate. Alors qu’il s’enferma dans sa chambre, le visage en feu, ses pensées tournoyaient sans cesse. N’était-il pas normal d’étudier un inconnu ? Et surtout, son actuel tuteur ? Pourquoi se sentait-il embarrassé d’une simple phrase ? Tom secoua la tête. Il devait être fier de son sens de l’observation. Et il était, après tout, au-dessus des autres. Il était donc déjà anormal. C’était une grande force qui lui apporterait bien des avantages dans l’avenir. Alors, il continuerait à scruter Peverell et à noter tout ce qui lui donnerait des armes, du pouvoir pour le manipuler.
Satisfait de sa reprise de soi, il écouta le conseil de son tuteur et se glissa sous la douche.
888
Assis dans son lit, Tom feuilletait son livre d’un air distrait. La faible lumière de la lampe était suffisante pour lire les mots, mais ceux-ci tombaient dans le tourbillon de pensées du garçon. Il se sentait étrange. Son environnement différait tellement de Wool qu’un malaise lui grugeait une partie de l’estomac. C’était curieux. Pourquoi ? Tom affectionnait la routine serrée, ce que l’orphelinat lui offrait malgré la monstruosité des lieux. Il était après tout travaillant, préférant occuper son esprit plus qu’à le laisser pourrir. Mais assis là, dans un lit récent, dans une chambre presque vide, ses habitudes se brisaient. Alors qu’il tournait une autre page, il se rassura : il développerait une nouvelle routine.
Trois coups furent portés contre sa porte.
— Entrez.
La tête de Peverell se glissa par l’ouverture, montrant des yeux incertains. Il observa distraitement l’environnement avant de poser son regard nerveux sur le visage impassible de Tom.
— Je… je me demandais si tu désirais que je te fasse la lecture.
Comme pour confirmer ses dires, l’homme brandit un livre devant lui.
— Me faire la lecture ? répéta Tom incrédule. Pourquoi ?
Son ton était sec, mais son cœur gonflait. L’idée ne lui déplaisait pas, même s’il préférait s’isoler lors d’une telle activité. La porte s’ouvrit complètement pour révéler la silhouette menue de Peverell. Il sortait de la douche : ses cheveux étaient légèrement humides et il portait un horrible pyjama rayé et déformé, bien trop grand pour lui.
— Eh bien, je pensais que nous pourrions créer une routine, tu vois ? Une tradition, sans que ce soit tous les soirs, à ta guise.
La nervosité de Peverell contamina un moment Tom, qui ne montrait rien. Son tuteur semblait craindre le rejet. L’enfant laissa planer le doute un instant, remplaçant son angoisse par une étrange satisfaction, comme s’il menait la danse. Puis, avec douceur, il ouvrit la bouche :
— C’est une bonne idée.
Il scruta alors le visage de Peverell, qui s’illumina. Il était heureux. Pendant qu’il approchait la petite chaise du bureau près du lit, Tom referma son propre livre.
— J’ai apporté cette histoire, le renseigna Peverell en le lui montrant.
Il s’agissait d’Alice aux pays des merveilles. Jamais Tom n’avait pu le lire au complet à l’orphelinat, puisqu’il manquait un peu plus de la moitié des pages alors que les autres restaient illisibles. Sa curiosité s’éveilla.
— Si tu aimes autant les livres, nous pourrions te dresser une belle bibliothèque là, dans ce coin, poursuivit Peverell avec humeur. Qu’en penses-tu ?
Les yeux de Tom observèrent l’espace désigné et il sentit à nouveau une agréable secousse au niveau de son ventre.
— Je… Oui, dit-il simplement.
Lentement, Peverell tourna les premières pages et s’arrêta au chapitre 1 : Dans le terrier du Lapin.
— Alice, assise auprès de sa sœur sur le gazon, commençait à s’ennuyer de rester là à ne rien faire ; une ou deux fois elle avait jeté les yeux sur le livre que lisait sa sœur ; mais quoi ! pas d’images, pas de dialogue !
La voix de Peverell était plaisante, chaleureuse et captivait l’attention de Tom. Elle roulait sur lui comme le faisaient les frissons dus au froid ou à l’agréable sensation d’une couverture chaude à la sortie d’un bain particulièrement glacé. Jamais un adulte ne lui avait fait la lecture et il s’étonnait d’aimer ça.
Le temps filait avec douceur pendant qu’Alice tombait dans un grand puits pour se retrouver dans un long couloir. Tom trouvait la protagoniste stupide. Elle était tout simplement imprudente. Mais il ne pouvait nier comprendre sa curiosité de suivre un lapin qui parle.
— Au cou de cette petite bouteille était attachée une étiquette en papier, avec ces mots « BUVEZ-MOI » admirablement imprimés en grosses lettres.
Peverell poursuivit sa lecture, mais un ricanement s’éleva de son auditeur. Il l’observa avec intérêt.
— Alice n’est pas complètement idiote, répondit Tom. Elle pense au moins à vérifier si c’est du poison au lieu de suivre aveuglément l’inscription. Mais elle reste quand même frivole. Elle boit toute la potion au lieu de simplement en prendre une petite quantité pour voir les effets. Elle se laisse gagner par le plaisir que cela lui procure. Elle n’a aucune volonté.
— C’est une enfant, Tom. Et c’est un conte.
Tom grogna un moment pour lui signifier de continuer : il ne répondrait pas plus. Il voulait entendre la voix de son tuteur. Lorsque l’histoire arriva au moment du petit gâteau, un nouveau ricanement surgit de sa gorge. Peverell s’arrêta et lança un regard amusé à Tom.
— Elle a compris son erreur la première fois avec la potion, elle a évité de manger complètement le gâteau. Elle pourra donc se servir de ce qui lui reste pour une prochaine fois. Ce qui est plus rusé.
Peverell lui offrit un sourire difficile à interpréter, prêt à reprendre sa lecture, mais Tom l’en empêcha.
— Auriez-vous été capable de vous arrêter de manger le gâteau, monsieur ?
Il faisait référence à son amour du sucre et Peverell rit sans ombre à cette question, dévoilant ses dents et ses fossettes. Une chaleur s’alluma dans le thorax de Tom. Les derniers mots du chapitre s’envolèrent et le livre se referma. Peverell se pencha vers Tom et brandit une main vers ses cheveux, mais l’abaissa au dernier moment. Tom fronça les sourcils, cherchant à comprendre le comportement de son tuteur, mais aussi l’avalanche d’émotions en lui. Il détestait les contacts physiques, ils le dégoûtaient. C’était plein de bactéries et de saleté. Mais cette main, il aurait aimé la sentir un moment.
— Nous continuerons demain soir, souffla Peverell en remettant la chaise à sa place et en éteignant la lampe. Bonne nuit, Tom.
Et il partit, refermant légèrement la porte pour laisser filtrer un peu de lumière de la maison.
888
Le soleil se glissait par la fenêtre de la chambre jusqu’au lit de Tom. Celui-ci papillonna quelques fois des paupières, puis se réveilla complètement. Il sortit de ses couvertures, l’oreille aux aguets. Il n’entendait aucun bruit, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’il était le seul debout. À pas feutrés, il alla à la salle de bain et descendit les escaliers sans les faire grincer. Peverell n’était pas au salon ni dans la cuisine. Dormait-il encore ?
Sur la pointe des pieds, il se dirigea vers la chambre de l’homme. Tout était silencieux. Étonnamment, la porte était entrebâillée. Tom aurait pensé que Peverell préférait préserver son intimité, mais peut-être était-ce pour s’assurer que tout se passait bien dans la nuit. Il jeta un coup d’œil à l’intérieur. L’odeur de la pièce le frappa de plein fouet : la bergamote. Son intensité étourdit un instant le garçon, qui se ressaisit afin d’étudier l’environnement.
La pièce était sombre puisque les lourds rideaux de velours étaient tirés. Un immense lit en bois sculpté — une tête de lion — trônait au centre de l’espace, bien plus gros que le sien, dans lequel reposait Peverell, endormi. Plusieurs objets décoraient les environs : des cadres qui semblaient protéger des photos, des bibelots, des livres, des plantes. Des morceaux de vêtement meublaient le plancher, prouvant que son tuteur manquait d’ordre. Une table de travail près de la fenêtre cachée d’étoffes était couverte de branches d’arbre avec d’étranges outils et un raque recueillant des bouts de bois. C’était curieux. La silhouette humaine se retourna dans ses draps d’un soupir, sans toutefois se réveiller. Tom se détourna de la vision et décida de faire le petit-déjeuner.
Dans le réfrigérateur se trouvaient des œufs, du lait, quelques légumes, des fruits et aucune tranche de lard. Tom repéra de la farine et du sucre — évidemment — dans les armoires et décida de concocter des crêpes. Il avait faim et détenait une cuisine entière pour lui tout seul. Il pouvait bien s’amuser un peu. Il s’y connaissait un brin en cuisine, assez pour faire de la pâte à crêpes, du moins. Alors qu’il mesurait les ingrédients, un sourire sournois étira ses lèvres. Son attitude responsable et parfaite attirerait l’émerveillement de son tuteur, sans aucun doute. Un peu de manipulation pour le faire entrer dans ses bonnes grâces et mieux le manier. L’odeur de la pâte à crêpes s’éleva dans l’atmosphère lors de sa cuisson. Tom profita d’un moment d’accalmie pour mettre la table comme il l’avait fait la veille, sans oublier d’y ajouter du miel et de la confiture pour l’éventuelle garniture. Alors qu’il finissait la cuisson de la dernière pâtisserie, il perçut les pas de Peverell dans le salon.
— Ça sent très bon, entendit-il.
Sa voix était enrouée de sommeil, un peu rauque.
Tom se retourna et eut un choc devant le désastre des cheveux de l’homme. Finalement, Peverell prenait le temps de se peigner, il en avait la preuve à ce moment même. Ses couettes semblaient avoir rencontré un pétard et se dressaient de façon anormale sur le dessus de sa tête. On aurait dit un nid d’oiseau. Ce constat lui souleva un sourire moqueur. Peverell fronça les sourcils et se gratta le crâne avant de bâiller longuement.
— Pourquoi ris-tu ?
— Je ne ris pas.
— Bon, pourquoi ce sourire, alors ?
Tom pencha la tête sur le côté, les yeux scrutateurs.
— Vos cheveux sont un réel désastre, lui avoua-t-il alors qu’il déposait l’assiette de crêpes sur la table.
Peverell eut un rire.
— Je sais, répondit-il en haussant ses épaules.
Tom plissa le nez de dégoût face à son attitude. S’ils étaient pour sortir un jour, devant d’autres êtres humains, Peverell allait devoir faire des efforts sur son apparence physique. Et ce, même s’il était naturellement beau. Ce n’était pas une raison pour paraître… négligé.
— Merci pour le repas ! s’exclama Peverell, le miel déjà entre ses doigts.
Il se servit quelques crêpes qu’il badigeonna généreusement de sucre doré. Puis, fourchette à la main, il se délecta des pâtisseries, ses fossettes aux joues à nouveau creusées.
— C’est très bon.
Et Tom reçut un réel sourire de plaisir. Sa gorge se coinça et il toussota. Il ne comprenait pas Peverell : tantôt, il était réticent, prudent envers Tom, l’étudiant comme s’il lisait son esprit et voyait la noirceur de son âme, plus tard, il lui balançait sa chaleur et sa bienveillance au visage, comme s’il était un simple enfant.
— Qu’aimerais-tu faire aujourd’hui ? demanda Peverell alors qu’il portait un morceau à sa bouche et qu’un filet de miel glissait sur son menton.
Ce geste agrippa les yeux de Tom. Ils tombèrent sur l’anneau autour de son index. Maintenant, à cette distance, il pouvait observer les armoiries de la bague : un triangle équilatéral séparé en deux, un cercle en son centre. Qu’est-ce que ça pouvait bien signifier ? Jamais il n’avait vu ce motif.
— Des livres, répondit-il tardivement, reportant difficilement son regard sur le visage de l’homme. J’aimerais trouver des livres.
— Il y a une petite librairie au village, répliqua Peverell. Elle n’est pas immense, mais on peut y commander des articles.
L’excitation gagna Tom : il pourrait posséder ses propres livres, neufs. Le repas fini, Peverell apporta la vaisselle dans l’évier. Il proposa à Tom de s’en charger seul, mais ce dernier refusa. Il devait jouer le parfait enfant jusqu’au bout. Pendant que son tuteur fredonnait une horrible chanson entendue à la radio, il essuya les ustensiles, les assiettes et tout le reste. Puis, il partit se changer. Une fois satisfait de son image, il attendit dans le salon que Peverell le rejoigne.
L’homme sortit de sa chambre, habillé étrangement. Son pantalon était un peu trop large. Il revêtait une chemise sous un pull difforme en tricot, d’un rouge vif. Il portait un énorme « H » jaune comme motif. Ses cheveux étaient certes moins en désordre, mais manquaient plus de soins que ce que Tom avait observé de son tuteur lors de ses visites à l’orphelinat. En fait, il comprit que Peverell se moquait de son apparence : il avait seulement fait des efforts les premières fois que le garçon l’avait vu.
Tom eut un claquement de langue. Quel tableau allaient-ils offrir en public ? Lui, le jeune garçon peigné à la perfection, ses vaguelettes égales que l’on pouvait mesurer à la règle et Peverell, l’homme adulte qui semblait sortir de la corde à linge après une tempête ? Il avait l’air d’un adolescent perdu dans ses vêtements.
— On y va ? demanda Peverell, souriant.
Tom hocha la tête et enfila ses bottes et son manteau. Le vent froid le saisit à l’extérieur. Il remonta son écharpe et suivit Peverell jusqu’à la voiture.
— Tu t’assois à l’avant ?
— Et pourquoi pas ? grogna Tom.
Peverell haussa les épaules et embarqua dans le véhicule. Il observa les commandes, puis se gratta la tête. Tom eut un mauvais pressentiment.
— Savez-vous au moins comment conduire ?
— Bien sûr ! marmonna-t-il alors qu’il entrait la clef dans le contact. C’est juste que je ne l’utilise pas très souvent. Seulement pour certaines courses loin au village.
Tom plissa le nez : il sentait un certain mensonge derrière son histoire. Ou plutôt, certains non-dits.
Le bruit du moteur s’éleva et lentement, Peverell actionna les commandes pour reculer la voiture de l’entrée. Elle s’ébranla sur le chemin, par grands coups.
— Arrêtez d’appuyer sur le frein, bon sang ! s’énerva Tom, dont la nuque et les épaules se raidirent sous le stress.
— Ton langage, jeune homme ! gronda Peverell sans toutefois le regarder, les yeux braqués sur la route. Par où dois-je aller, déjà ?
Tom retint un gémissement. Le chemin allait être long !
— Ah oui, je me souviens.
Était-il toujours aussi loquace lorsqu’il conduisait ? Tom compta les secondes qui se transformèrent en minutes. Son cœur bondissait dans sa poitrine durant les tournants et il comprit qu’il n’aimait pas la conduite de Peverell. Il n’avait aucun talent. Lorsque la voiture se stationna près d’un trottoir, Tom réalisa que ses ongles s’enfonçaient avec force dans le tissu du siège. Il sortit en coup de vent, le souffle court. Il inspira profondément par le nez, soulagé d’être sur la terre ferme.
Ses yeux rencontrèrent finalement la façade de la librairie, plus ou moins bien entretenue. Un écriteau « ouvert » s’affichait sur la porte.
— Nous sommes arrivés à bon port, se réjouit Peverell, un sourire légèrement honteux. Puisque nous sommes au village, autant en profiter pour faire plusieurs achats.
Irrité, Tom pénétra dans le magasin, faisant retentir une clochette. Plusieurs livres meublaient les bibliothèques poussiéreuses et même le sol, faute d’endroits pour les ranger. Un vieil homme, cigare à la bouche, monocle à l’œil, observait un cahier sur le comptoir. En fait, il écrivait sur les papiers et Tom reconnut des mots croisés. Le marchand les accueillit d’un signe de tête.
— Vous êtes nouveau ici ? demanda-t-il.
— Oui, avoua Peverell en lui tendant la main et en se présentant. J’ai acheté un cottage plus loin sur le chemin.
— Peverell, ce nom ne me dit rien, répondit le vieil homme en se caressant le menton.
— Ce n’est pas grave, ajouta Peverell alors que Tom s’éloignait dans les rangées pour étudier les trésors.
Le garçon passa son doigt sur toutes les tranches qu’il voyait, agrippant certains livres : Vingt Mille Lieues sous les mers, Voyage au centre de la terre, Le dernier des Mohicans et quelques livres d’histoires et de mathématiques. Bientôt, ses bras furent si pleins qu’une tour se balançait maladroitement contre lui à chacun de ses pas. Peverell le retrouva et l’aida avec ses choix.
— Eh bien, tu ne lésines pas sur mon porte-monnaie, remarqua l’homme, les yeux écarquillés.
Tom se figea un moment. L’excitation l’avait tellement gagné qu’il avait oublié de faire bonne mesure et ne pas exhiber son égoïsme. Avec hésitation, il leva son regard vers Peverell afin d’étudier son expression pour adopter sa réaction. Mais il fut surpris de constater que les émeraudes pétillaient avec douceur.
— Je suis content que tu me montres ce que tu désires, approuva-t-il. Et l’achat de livres, à mon sens, n’est jamais superflu.
À la caisse, il observa Peverell payer ses nouveaux biens et remercier chaleureusement le vieil homme, lui promettant de revenir dans un avenir pas trop lointain. Il porta les achats à la voiture, plus précisément dans le coffre arrière, avant de se tourner vers Tom.
— Il y a un magasin plus loin pour des articles de décoration. Aimerais-tu y jeter un œil ?
Tom avait envie de rentrer à la maison — son esprit marqua un arrêt à cette pensée et au mot « maison » — pour lire un peu, mais il sentait son cœur trop fragile pour reprendre la route immédiatement. Alors, il hocha la tête. Il suivit donc son tuteur sur le chemin, scrutant les environs. Des hommes et des femmes voguaient dans les rues, emmitouflés dans des vêtements chauds. Des enfants sales hurlaient et jouaient avec une cannette dans l’une des allées vides du village. Ceux-ci remarquèrent Tom, le saluant avec étonnement. Mais celui-ci détourna les yeux avec dédain. Bien vite, les villageois les pointèrent et leur adressèrent des signes de la main.
— Pourquoi attirons-nous autant l’attention ? grogna Tom, le nez plissé.
— Nous sommes nouveaux, expliqua Peverell. Les villageois se connaissent bien entre eux, en général. Alors, ils se demandent qui nous sommes.
— N’habitez-vous pas ici depuis longtemps ?
— Non, lui avoua-t-il. J’ai acheté cette maison dans l’optique de l’adoption. Je pensais que ce serait un endroit chaleureux pour t’élever.
Les yeux de Tom étudièrent la silhouette de son tuteur. Un doux sentiment s’installa dans son ventre. Mais il s’effaça bien vite au rappel de l’accoutrement de l’homme. Heureusement, et malgré ses étranges pantalons volumineux, son manteau noir cachait son abominable pull rouge. Ils arrivèrent bientôt devant une nouvelle façade, nommée Objets d’art, plus soignée que celle de la librairie. Peverell ouvrit la porte, suivi par Tom. Une odeur écœurante d’encens pénétra les narines du garçon, qui s’empressa de se couvrir le nez de son foulard. Contrairement à leur premier arrêt, la boutique était propre, absente de poussière. Tout était bien rangé et s’exposait fièrement à la lumière du jour. Il y avait plusieurs bricoles et Tom zigzagua parmi les allées.
Des bibelots de toutes sortes, des porte-bouteilles, des écrins dorés, des paniers et plus encore ornaient le décor. Tom aimait posséder — ses trophées qui pourrissaient maintenant dans la neige lui manquaient — des objets durement acquis. Là, dans ce magasin, les clients devaient fournir la monnaie, et puis voilà ! Ils obtenaient. Toutefois, une bouteille renversée avec un bateau en son cœur attira son attention. Il scruta le bibelot, comprenant qu’il devait être très difficile de confectionner un tel objet. La patience devait être la clef du succès.
— As-tu trouvé quelque chose qui te plaît ? s’informa Peverell avec un panier-roulette à la main.
Gardant ses yeux sur le bibelot, Tom répondit :
— Je ne sais pas.
Puis, il jeta un coup d’œil à Peverell, qui haussait un sourcil, puis au contenu de son panier : des vases, des coussins bigarrés et dépareillés, une toile avec un affreux hibou blanc, plusieurs plantes et d’autres babioles.
— C’est beaucoup de couleur… marmonna Tom d’un plissement douteux de la bouche.
— Ça va ajouter de l’éclat au salon.
— Hum…
Peverell poussa le panier, un léger sourire aux lèvres.
— Allez, choisis des choses pour ta chambre, insista-t-il en tournant l’allée.
Les yeux de Tom revinrent sur le bateau dans sa prison de verre : c’était onéreux. Il passa son chemin et agrippa des coussins verts, un jeté argenté, un nécessaire d’écriture avec du papier et un bibelot de serpent. Il trouva Peverell observant un carillon en bois.
— Non ! s’exclama Tom. C’est bruyant.
— Mais non, écoute, insista l’homme.
D’un geste de la main, il caressa l’objet. Les pièces de bois se heurtèrent dans une sonorité plus basse qu’au souvenir de Tom. C’était moins agressant que ceux en cuivre.
— Tu vois ? se réjouit Peverell. Je le prends.
Et avant que Tom ne puisse dire quoi que ce soit, le carillon reposait dans le panier. Ils allèrent payer leurs achats lorsque la voix de Peverell s’éleva :
— Je prendrai aussi le bibelot : le bateau dans la bouteille.
Tom se figea.
— C’est un bon choix, approuva la vendeuse. Cette pièce a été confectionnée par un navibotelliste réputé à Londres : Herman McMillen. Je vais vous l’emballer pour bien le protéger.
Alors que la dame s’effaçait parmi les allées, Tom scruta le visage de Peverell.
— C’est de la folie, siffla-t-il. Le bibelot est magnifique, mais c’est trop cher.
Peverell se pencha à la hauteur du garçon, confrontant directement ses yeux sombres.
— C’est le seul objet qui a titillé ton attention parmi tous les autres, insista l’homme. Tu le qualifies même de magnifique. Je veux te faire ce cadeau. Alors, chéris-le adéquatement.
Tom pinça ses lèvres et avala difficilement. Quelque chose coinçait dans sa gorge : la gratitude. En deux jours, Tom vivait des émotions diverses, différentes à celles plus sombres tournant autour de la jalousie, de la colère, du dégoût ou de la haine. Il avait l’impression que son cœur flottait dans de la ouate… Et la crainte de s’habituer à de tels sentiments l’étreignit sévèrement.
La femme revint, le paquet dans les mains.
— Et voilà !
Peverell termina le paiement, remettant sa liasse d’argent dans la poche de son manteau, et conduisit le panier à l’extérieur jusqu’à la voiture. Bien vite, le coffre arrière déborda. Une fois le panier retourné, ils remontèrent dans le véhicule, le cœur de Tom déjà au bord des lèvres.
Au soulagement du garçon, ils arrivèrent au cottage en un seul morceau. Peverell avait évité tant bien que mal les fossés. Celui-ci avait mis en faute les plaques de gel et Tom, lui, avait affirmé que c’était dû à son affreuse incompétence. Ils déchargèrent le coffre arrière puis entreprirent de décorer la maison avec leurs achats.
Peverell cloua le cadre de l’étrange hibou près de la cheminée, sous les yeux désapprobateurs de Tom. Les coussins se firent jeter sur les divans et les plantes — déjà nombreuses — se logèrent dans la salle de bain et dans la cuisine. Le carillon trouva sa place sur l’une des poutres du plafond, près de la porte arrière extérieure. Ce constat découragea Tom, se disant que chaque fois que la porte s’ouvrirait, le carillon sonnerait.
— Peux-tu porter ses oreillers dans ma chambre, s’il te plaît ? Je vais solidifier la toile.
Effectivement, le tableau pendouillait étrangement contre le mur. Tom s’exécuta et pénétra l’antre de son tuteur. La même odeur du matin le frappa de plein fouet. Il inspira un moment la bergamote, puis déposa les oreillers sur le lit. D’un coup d’œil vers la porte, il vérifia l’emplacement de Peverell — il observait le cadre, la tête penchée sur le côté, comme s’il cherchait à orienter ses yeux avec ceux du hibou. Il s’attarda un instant dans la pièce, s’approchant des photos.
Un rouquin et une gamine aux dents avant prédominantes souriaient largement sur la photo. Le garçon portait un pull ressemblant étrangement à celui de Peverell, mais avec un « R ». Tom plissa le nez : les deux enfants semblaient avoir bougé un moment, mais c’était tout simplement impossible. Les autres photos étaient absentes de personnes, ce qui était encore plus étonnant. Peut-être que Peverell attendait de se faire de nouveaux souvenirs ? Un épais livre, se méprenant à un album, attira son attention.
— Tom, que fais-tu ?
Peverell se trouvait dans l’entrée de sa chambre, les bras croisés, l’épaule appuyée contre le chambranle. Il le scrutait avec raideur, les sourcils froncés.
— Je t’ai demandé de déposer les oreillers, pas d’inspecter ma chambre, lui reprocha-t-il. Aimerais-tu que je fasse de même avec la tienne ? Il faut dire qu’en tant que tuteur, ce serait dans mes droits.
Tom sentit ses joues brûler. Une colère sourde lui comprima l’estomac en imaginant Peverell virer ses tiroirs à l’envers. Il n’arriva pas à soutenir son regard vert étincelant et détourna bien vite les yeux pour observer la moquette rouge au sol. Il était furieux contre l’homme, mais aussi contre sa faiblesse.
— Pardon, marmonna-t-il. J’ai vu la photo et j’étais curieux.
Peverell se rapprocha et observa ladite photo d’un œil vif, désapprobateur : il semblait l’avertir de rester sage, ce qui était tout à fait incongru. Tom sentit la main de son tuteur se déposer sur son épaule et le pousser vers le salon. Le contact le raidit, tout en créant un léger fourmillement. Ce n’était pas désagréable.
Une fois sorti de la chambre, Tom analysa le tableau. Le hibou était droit. Il grimpa les escaliers, puis entreprit de décorer son sanctuaire. Il observa le résultat et surtout, le bibelot du bateau qui reposait sur son bureau devant la fenêtre. Certes, c’était encore vide, mais c’était toujours mieux que les murs miteux de l’orphelinat. Il agrippa un livre et redescendit au salon. Un feu ronflait maintenant dans la cheminée et Tom s’installa près de celui-ci, une couverture sur lui. Peverell fit de même sur l’autre canapé.
888
Les jours passèrent et Tom se complaisait enfin dans une certaine routine. Certes, seulement quelques semaines s’étaient écoulées depuis son adoption, mais chaque jour représentait un souffle nouveau dans ses poumons. Le matin, il se levait, prenait le temps de lire un livre d’histoire ou de mathématiques et de rédiger des notes, avant de filer sous la douche pour se laver. Il s’habillait, coiffait ses cheveux, puis descendait dans la cuisine. Parfois, il préparait le repas et d’autres fois, c’était Peverell qui s’y attelait. Ils déjeunaient toujours ensemble. En fait, ils partageaient tous les repas. Peverell trouvait ça important : ils étaient maintenant une famille. Ce mot ressortait régulièrement de ses lèvres, comme s’il s’y accrochait avec espoir. Tom ne dépréciait pas son vocabulaire, mais il redoutait que Peverell lui exige de l’appeler « père » ou bien « papa ». L’homme ne devait pas s’illusionner de chimères. Jamais Tom ne le verrait ainsi. Jamais.
Le reste de la journée, soit Tom se promenait dans les rues pour visiter les environs et les quelques demeures sur le chemin, soit il lisait près du feu. Il lui arrivait de dessiner ou d’aider aux tâches de la maison — surtout l’époussetage et le rangement — et le soir, Peverell lui faisait la lecture. Pour Tom, c’était le meilleur moment de la journée, mais jamais il ne l’avouerait. Il avait déjà bien assez de barrières à se l’admettre. Peverell s’installait toujours sur la chaise qu’il avançait près du lit et, de sa voix réconfortante, poursuivait l’histoire en cours. Ils avaient terminé Alice quelques jours plus tôt et Tom avait émis plusieurs fois sa vision du personnage, la trouvant idiote et mièvre. Et Peverell souriait toutes les fois où ils en discutaient.
— Tu sais, lui avait dit Peverell avec solennité, l’un des messages dans Alice tourne autour du fait qu’il est difficile de garder son âme d’enfant en vieillissant. Il est de plus en plus complexe de trouver du merveilleux dans son quotidien. Et, en tant qu’adulte, cette enfance perdue devient un objet de désir, voire de nostalgie. Tout est si magique lorsque l’on rêve sans crainte.
Peverell souriait tristement à ses mots, comme s’il les digérait et les vivait au moment même de leur prononciation. Et Tom avait froncé les sourcils, cherchant à comprendre. Mais il n’y arrivait pas : pour lui, il n’était pas un enfant normal. La vie était sombre, sans lumière. La seule lueur existante et nouvelle dans son quotidien provenait de Peverell.
Son tuteur laissait Tom gérer son temps. Ce dernier commençait à trouver cela curieux et bien vite, il sut la raison.
Le soleil se couchait tranquillement pendant que Tom tournait l’une des pages de son roman. Un feu pétillait dans l’âtre pendant qu’il se détendait dans son coin habituel. Peverell s’approcha avec une tasse de thé — ce qu’il buvait toujours — pour s’installer sur le même fauteuil que Tom. Ce détail différait des derniers jours. Alors, le garçon releva les yeux et l’observa.
— Comment te sens-tu depuis que tu vis ici ? commença doucement Peverell.
Avec prudence, Tom répondit :
— Bien. J’aime beaucoup la maison et votre prévenance.
Peverell hocha la tête, le visage indéchiffrable.
— J’ai voulu te laisser du temps pour t’adapter, souffla-t-il, ses yeux verts dans ceux de Tom. Pour que tu te mettes à l’aise. Toutefois, il faut parler de l’école.
Ah, voilà… L’école. Tom n’avait rien contre cette institution, elle représentait même son havre de paix lorsqu’il vivait à l’orphelinat. Mais il devait s’avouer avoir oublié ce détail de l’éducation.
— Aimerais-tu que je t’inscrive à l’école ?
Cette question souleva des sentiments contradictoires en Tom : l’envie, la curiosité, le désintérêt et la frustration. Il n’arrivait pas à saisir tout ce chamboulement émotif. La chose qu’il comprit était qu’il se sentait bien dans ce cottage avec Peverell.
— Et vous, que faites-vous ? Vous ne travaillez pas ?
Au lieu de répondre à la question, il l’attaqua en l’interrogeant à son tour. Peverell se gratta l’arrière de son crâne, sa tasse de thé dans son autre main.
— J’ai… hérité d’une grande fortune. Alors… Je suis sans emploi pour le moment. Je travaille sur quelques projets, mais rien de plus.
Tom ferma son livre sur ses genoux et se tourna complètement devant son tuteur. Il le scruta avec intensité, cherchant à comprendre quels étaient ses projets, mais Peverell ne s’épancha pas sur le sujet. Celui-ci était tout autre : il concernait l’école.
— J’ai entendu dire que certaines familles faisaient l’école à la maison pour leurs enfants… marmonna Tom, les yeux toujours fixés sur son tuteur alors que son cœur s’affolait un moment. Serait-ce une option envisageable ?
Peverell pencha la tête sur le côté comme le ferait un chiot, puis étudia sérieusement la question. Plusieurs émotions difficiles à déchiffrer voyageaient sur son visage. Mais une en particulier s’invitait de l’avant : la solitude. Tom n’était certes pas un adulte aux yeux de la société — même s’il se voyait de la sorte — et était terrible dans la compréhension de ses propres sentiments, mais… il lisait bien les gens. Il lui arrivait de saisir quelques-unes de leurs pensées lorsqu’ils réfléchissaient trop fortement. Elles s’imposaient à lui naturellement. Toutefois, avec son tuteur, jamais le phénomène ne s’était produit, et ce, même s’il essayait avec une absolue concentration. Comme en ce moment-ci. Or, même sans sa capacité à entrer dans les pensées de son tuteur, Tom avait bien vite compris que Peverell avait un besoin affectif plus grand qu’un adulte normal, comme une éponge avec l’eau. Celle-ci se gorgeait, mais s’asséchait bien vite, jamais rassasiée. Peverell devait absorber tout l’amour qu’il pouvait, et ce, jusqu’à une saturation quasi inexistante. Ça et le fait qu’il montrait une certaine crainte à l’abandon.
Tom retint le sourire carnassier qui cherchait à naître contre ses lèvres.
— Je vous avoue, monsieur, que je viens tout juste de vous trouver, susurra-t-il.
Peverell se redressa avec méfiance sur le fauteuil. Pourquoi ? Tom usait pourtant de sa langue d’or, celle qui manipulait tout le monde sans exception. S’y prenait-il mal ?
— Ça fait beaucoup de changement en peu de temps, poursuivit-il avec hésitation cette fois-ci. Je veux apprendre… S’il est possible de le faire avec vous… J’aimerais éviter de m’éloigner de vous pour le moment.
Les yeux de Peverell s’adoucirent enfin. Le cœur de Tom devint plus léger. Son tuteur était si naïf !
— Eh bien, bégaya Peverell, je vais m’informer auprès de l’école du village pour les détails. Oui, ce serait possible. Je dois juste avoir un certain soutien pour quelques matières.
Il plongea ses émeraudes dans l’ombre des iris de Tom.
— Toutefois, je pense qu’il serait bien pour toi de rencontrer d’autres enfants. Tu ne peux pas rester isoler avec un homme, tu dois socialiser avec d’autres humains de ton âge.
La fureur s’éleva dans la poitrine du garçon. Avec une telle force qu’elle déborda de ses lèvres, ce qui lui arrivait rarement.
— Socialiser avec des enfants, vous dites ? Je l’ai fait tous les jours de ma vie ! J’ai grandi dans un orphelinat ! Tous les jours, j’ai dû apprendre à partager, à laisser de l’espace aux autres et même à torcher les bambins. Alors, pardonnez-moi de vous contredire, mais mon besoin immédiat est de créer un lien de confiance avec l’adulte qui a décidé de m’adopter. Le même adulte qui me décrit comme brillant, vif d’esprit. Si c’est le cas, je crois bien qu’étudier à la maison ne changera rien à mon intellect, n’est-ce pas ?
Tom se tut, un peu essoufflé. Ses joues étaient rouges et la frustration irritait encore son visage. Et Peverell, face à lui, l’observait avec surprise, les yeux écarquillés. D’un geste maladroit, il porta son thé à ses lèvres et prit une gorgée. Il ouvrit la bouche, mais la referma bien vite. Une tempête de satisfaction s’éleva en Tom, qui se concentrait à garder une expression impassible. Mais ce fut difficile : il goûtait déjà la victoire de son petit discours.
Peverell hocha alors la tête.
— Je comprends, souffla-t-il. Si c’est ce que tu désires, je vais écrire à l’école et je t’enseignerai à la maison. Mais une routine stricte sera fixée.
— Aucun problème, répondit Tom, ravi.
Oui, il était heureux et ce constat lui fit froncer les sourcils.
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Une tour de livres reposait sur la table de cuisine : histoire, géographie, mathématiques, français et sciences. Tom écoutait Peverell lui rabâcher certaines règles de grammaire déjà connues du garçon, mais malheureusement obligatoires au programme scolaire reçu par la poste. Alors, il laissa la voix de son tuteur glisser sur lui comme le ferait une caresse. Ça lui rappelait les lectures de Peverell le soir, avant de dormir. Sa voix calme, égale, apaisait le vilain en lui, ou plutôt, éveillait un sentiment de douce euphorie.
— Le déterminant introduit toujours un nom dans la phrase, récita Peverell, les yeux fixés sur la leçon de français. Il ne peut pas être employé seul.
Tom hocha la tête, puis scruta son tuteur d’un regard plissé. Il trouvait surprenant qu’un homme tel que lui soit seul, sans parenté, sans conjointe. Le garçon n’allait pas s’en plaindre, mais Peverell possédait plusieurs atouts hautement recherchés par la société et surtout, chez les femmes célibataires : richesse, gentillesse, beauté et prévenance. Alors, pourquoi préférait-il former une famille avec un orphelin ?
Une vague de chaleur inonda son ventre. Tom avait été choisi par cet homme, parce qu’il voyait son potentiel. Son tuteur avait beau être naïf, il n’était pas stupide.
— Peux-tu me montrer les déterminants dans cette phrase, Tom ?
Tom observa l’exercice et pointa sans faute tous les bons éléments. C’était d’une facilité monotone.
Les heures s’égrenèrent, Tom fut libéré pour une période libre. Avec grâce, il se leva et scruta le paysage extérieur par la fenêtre du salon. Le froid laissait enfin la place aux vents tempérés. La neige fondait tranquillement, signe que le printemps montrerait bientôt le bout de son nez.
— Je vais prendre l’air, informa-t-il Peverell, qui préparait de l’eau chaude pour un éventuel thé.
— Bien, lui répondit-il alors qu’il cherchait les feuilles de thé noir. L’air frais nourrit le cerveau et un cerveau bien alimenté retient mieux l’enseignement.
Tom cacha son sourire dans l’écharpe qu’il venait tout juste d’enrouler autour de son cou : Peverell aimait bien sortir des phrases philosophiques. D’un dernier regard vers son tuteur qui laissait tomber le pot de sucre par mégarde, Tom quitta le cottage et se promena sur le chemin de la maison. Cela faisait déjà plusieurs semaines qu’il vivait sous le toit de Peverell. Malgré les nombreux jours écoulés, l’homme balançait encore entre la bienveillance et la prudence. Chaque fois que Peverell posait ses yeux sur lui, Tom sentait naître une dualité. Il analysait ses phrases, les scrutait au peigne fin, et ce, même si ça ne servait à rien. Tom n’avait qu’à user d’un mot doux pour apaiser les réticences de l’homme, qui fondait comme la glace au soleil.
Peverell lui avait d’ailleurs demandé une fois de le tutoyer. Il disait trouver étrange de vouvoyer les membres de sa famille. Mais Tom ne le voulait pas. C’était une limite difficile à franchir. Dépendrait-il réellement de son tuteur s’il l’outrepassait ? Malgré l’éclat de Peverell, l’attrait de sa lumière, Tom devait éviter de se brûler. Il préférait garder son autonomie.
Tom plissa le nez à cette pensée. S’il envisageait vraiment son indépendance, pourquoi avait-il désiré que Peverell lui fasse l’école à la maison ? Ses pas voguèrent sur la route boueuse, la nature morte encore loin de reprendre ses habituelles couleurs. Ce qu’il appréciait de sa nouvelle demeure était que les voisins résidaient hors de vue. Le cottage était dans un cul-de-sac, entouré de plaines et de magnifiques arbres.
Au bout d’un moment, Tom rebroussa le chemin et revint vers la maison. Toutefois, en amont d’un fossé, des taches noires attirèrent son attention. D’un pas furtif, il s’avança et observa sa découverte. Devant lui se trouvaient des corbeaux qui dévoraient un lièvre. Tom ramassa une pierre et chassa les oiseaux avec le projectile. Puis, il s’agenouilla près de l’animal — un œil crevé sûrement par le bec des rapaces. Le lièvre avait le ventre déchiré, les entrailles déchiquetées hors de sa cavité. Du sang rouge vif inondait la terre humide.
Tom sentit son rythme cardiaque s’emballer. Cette fresque morbide le charmait. De ses mains, il caressa le cadavre, constatant que le décès était récent. La carcasse était chaude et le sang à peine coagulé. Que pouvait encore cacher le petit corps devant lui ? Et s’il ouvrait davantage son ventre, pourrait-il trouver son cœur ? Alors que ses doigts s’enfilaient parmi les intestins du lièvre, Tom entendit une voix l’appeler. Seulement, celle-ci était beaucoup plus proche que ce qu’il aurait voulu.
— Tom ? Nous devrions reprendre la leçon, annonça Peverell à quelques mètres derrière lui.
Sa voix s’éteignit un instant, avant de poursuivre, tremblante :
— Que fais-tu ?
Le garçon, toujours accroupi au sol, tournait le dos à son tuteur. Ses pensées s’amassaient à une vitesse folle : que devait-il faire ? Était-il normal qu’un enfant joue avec un cadavre ? Comment réagirait Peverell en constatant le lièvre mort à ses pieds ? Tom se crispa, le corps et l’esprit empoisonnés par la panique.
— Tom ! répéta durement Peverell, la voix grave. Qu’as-tu fait ?
Peverell voyait donc l’animal écorché… Avec lenteur, Tom se releva, les mains barbouillées de sang. Il se retourna, sans fixer son tuteur, le visage inexpressif. Du moins, il essayait. Ses lèvres commencèrent toutefois à trembler, alors, il se les mordit pour les cacher.
— Tom, regarde-moi ! le somma Peverell en colère, dévasté par ce qu’il découvrait.
Il leva le regard et fut choqué par la lueur des yeux de son tuteur. Ceux-ci avaient toujours été magnifiques, mais là, ils brillaient de mille éclats, encore plus verts qu’auparavant. Ils s’écarquillaient d’horreur et un sombre jugement naissait sur le visage de Peverell. Ce dernier détail dévasta Tom, malgré la beauté de ses traits. Il ne voulait pas que Peverell le fixe ainsi, comme tous les enfants de l’orphelinat, comme Mme Cole. Il devait étinceler aux yeux de son tuteur. Il souhaitait l’éblouir.
— Je… je…
Il fronça les sourcils. Pourquoi bégayait-il ?
— As-tu tué ce lapin, Tom ? siffla Peverell d’une voix froide, inconnue aux oreilles de l’enfant.
— Non, je ne…
— Dis-moi la vérité ! s’écria-t-il, sans réserve. Bon sang, Tom ! As-tu éventré ce pauvre animal ? Pourquoi tes mains sont-elles tachées de sang ? Es-tu… Es-tu…
Peverell, dément, plongea les doigts en catastrophe dans ses cheveux noir de jais. Lui, brillant comme le soleil, nourrissant un espoir de la manière dont peu d’adultes le faisaient, perdait le contrôle. Les injures pénétrèrent Tom telle la lame d’un couteau. Certes, il avait manifesté de la curiosité devant l’animal éventré. Il avait aussi voulu y baigner les mains pour vérifier si le sang était encore chaud. Mais il n’avait pas tué le lièvre !
— Il était déjà mort lorsque je l’ai trouvé ! hurla Tom, les poings crispés, les yeux tranchants. N’allez-vous pas me croire ?
Son pouvoir s’éleva autour de lui, comme toutes les fois où la fureur empiétait sur sa raison. Ses cheveux voletaient devant un visage débordant d’émotions, les lèvres tremblantes et exposées, le nez rempli de mucus. Il allait se faire jeter. Il retournerait dans ce maudit orphelinat et Amy Benson, Billy Stubbs, Eric Whalley et Dennis Bishop se moqueraient de lui, lui rappelant à quel point il était un monstre, un pauvre enfant indésirable, une erreur de la nature. Eh bien, soit, il épouserait ces étiquettes avec fierté !
— Vous êtes comme tous les autres, poursuivit-il avec une telle haine que son pouvoir bouscula Peverell de quelques centimètres. Comme Mme Cole, comme le prêtre de l’église qui a voulu m’exorciser !
Tom, les yeux humides, fixait le visage de Peverell qui se décomposait à chacun de ses mots. Ou bien était-ce dû à la crainte de son étrange pouvoir qui le repoussait ?
— Vous voyez ? Vous avez adopté un monstre, hurla le garçon, les joues trempées de larmes. Mme Cole vous avait pourtant averti.
D’un grand geste de la main, Tom écarta son tuteur avec sa capacité surnaturelle et courut sur le chemin jusqu’au cottage. Peverell lançait des mots derrière lui, mais il ne les écoutait pas. Son cerveau baignait dans la fureur, mais davantage dans la panique. Peverell le retournerait à l’orphelinat. Il allait quitter cet endroit bien meilleur que ce à quoi il aspirait comme enfant.
Tom n’eut pas besoin d’ouvrir la porte : son don s’en chargea. Ne prenant pas le temps de retirer ses bottes et son manteau, il grimpa à l’étage et laissa exploser son pouvoir. Les murs tremblèrent, le lit craqua, les livres s’envolèrent, la fenêtre se fissura. Une véritable tempête emportait tous les objets de la pièce. Même son bibelot : la bouteille se cassa et le petit bateau s’échoua au sol dans un bruit terrible.
Puis tout devint calme. Tom se laissa choir par terre, le visage blême, les yeux collés contre le bibelot fracassé. Il se rendit compte que cet objet, il le chérissait bien plus que ce qu’il prétendait.
— Tom ! cria Peverell au bas des marches.
L’escalier craqua dans la précipitation de l’homme, qui s’arrêta sur le seuil pour observer la pièce de ses yeux écarquillés. Il y avait quelque chose à être choqué. Tom avait des pouvoirs qui dépassaient la raison humaine et Peverell venait de le découvrir. Il devait avoir peur.
Ses pas s’immobilisèrent sous le nez de Tom. Un corps courbé suivit et deux grands bras entourèrent les épaules du garçon. Celui-ci cligna des yeux, son esprit étrangement embrumé.
— Je suis désolé, Tom, dit Peverell contre ses cheveux. Pardonne-moi.
Tom sentit l’étreinte se raffermir alors qu’une douce main lui caressait le dos. Il fut envahi par l’odeur de bergamote et la tiédeur de son tuteur. Avait-il déjà été pris comme cela par un adulte ? Par un être humain ? Répondant à son instinct, Tom enroula ses petits bras autour de Peverell avec une force insoupçonnée. Il enfouit son nez dans ses vêtements, inspirant à pleins poumons. Peverell acceptait son étrange abomination. Et son toucher l’emplissait de contentement et non de dégoût.
— Tu n’es pas un monstre, Tom, souffla son tuteur. Je… j’ai jugé trop rapidement. J’ai été surpris de te voir avec du sang sur les mains, un animal mort à tes pieds. Je sais que tu es curieux, que tu as un esprit vif… Je… Je te crois si tu me dis que tu n’y es pour rien.
Et Tom pleura doucement, agrippant étroitement le corps de son tuteur, qui continuait de lui caresser le dos.
— Ce sont les corbeaux qui l’ont tué, croassa-t-il. J’étais simplement curieux de côtoyer la mort d’aussi près.
Tom tut toutefois ses réelles pulsions, l’envie qui l’avait saisi d’ouvrir un peu plus l’animal pour y écraser son muscle cardiaque. Peverell était bien trop lumineux pour sa part d’ombre.
— Allez-vous me renvoyer ? bredouilla Tom, son cœur affolé devant la perspective de cette possibilité.
La main de Peverell se glissa dans les cheveux du garçon, caressant son crâne du bout des doigts en gestes circulaires. Tom retint le soupir de joie qui tentait de quitter ses lèvres.
— Non, Tom, le rassura-t-il. Tu es comme moi. Je suis là pour t’apprendre.
Lentement, Tom s’éloigna de l’homme, sans toutefois se détacher, pour le fixer dans les yeux. Il ne comprenait pas.
— Comme vous ?
Peverell hocha la tête. Un doux sourire étira ses lèvres, puis, d’un mouvement du poignet et d’un tout petit mot, les objets de la pièce s’envolèrent pour reprendre leur place d’origine. Même le bibelot que Tom affectionnait se répara et retourna sur son bureau, près de la fenêtre cicatrisée. Ce spectacle le laissa sans voix.
— Je suis un sorcier, révéla Peverell avec calme. Tout comme toi. Nous sommes capables de manier la magie.
À cet aveu, Tom sentit naître en lui un fort sentiment de convoitise, une soif d’apprendre, d’exceller et aussi la joie folle d’avoir trouvé une personne partageant le même don. Quelque chose d’exceptionnel le liait à Peverell, les différenciant de tous les autres pathétiques mortels sur la terre. Son cœur se gonfla de gourmandise à cette nouvelle réalité qui s’ouvrait à lui. Et Peverell pourrait le guider vers la grandeur. Afin de devenir le plus puissant, meilleur que tout le monde.
— Donc, mon pouvoir est de la magie ?
— Oui, Tom, confirma son tuteur. Ce qui se passe autour de toi est de la magie accidentelle. Cela arrive à de nombreux enfants-sorciers.
L’euphorie du garçon retomba un peu.
— Il y en a d’autres comme nous ? murmura-t-il avec une déception qu’il cherchait à cacher.
Mais Peverell perça avec aisance son secret et lui ébouriffa les cheveux.
— Bien sûr, mais je dois t’avouer que tu possèdes une maîtrise incroyable de la magie pour ton âge. Je n’ai jamais vu cela auparavant, si ça peut te rassurer.
Les lèvres de Tom s’étirèrent largement à cette remarque. Sa tête s’enfla de fierté. Non seulement Peverell venait de lui révéler qu’un Nouveau Monde s’ouvrait à lui, avec des sorciers, mais Tom se démarquait déjà de la masse. Les misérables orphelins de Wool pouvaient bien trembler devant lui, il pouvait les écraser de son pied à tout moment.
Les traits de Peverell changèrent, passant de la douceur au doute. Et Tom réalisa qu’il avait oublié de masquer les émotions de son visage. Avait-il compris son avarice ? De nouveau, la crainte rampa dans son corps, dans ses veines, jusqu’à meurtrir son cœur. Tom devait user de ruse, faire attention à ce qu’il montrait à son tuteur. Il ne voulait pas partir, il voulait rester auprès de Peverell. Celui-ci devait l’aimer.
Tom jeta à nouveau ses bras autour de l’homme, le serrant avec force.
— Je suis heureux d’être ici avec toi, Harry.
Celui-ci se raidit un instant, avant de complètement se détendre et de retourner l’étreinte au garçon dans un soupir. Tom le sentit lui caresser le dos, les cheveux, tout en lui murmurant des mots réconfortants contre son oreille. Et Tom ne put se retenir : caché dans les vêtements de Harry, il s’autorisa un large sourire acéré.
Notes:
Voilà le premier chapitre.
Comment avez-vous trouvé Tom ? Froid, cruel, mignon ?
J’aime beaucoup les discussions entre Harry et Tom. Je ne suis pas aussi brillante que Tom, et je ne suis pas une grande philosophe. Et donc, je ne pense pas que je détiens un grand argumentaire dans mon écriture. Et je ne pense pas qu’Harry soit le plus incroyable des philosophes non plus. Il fait de son mieux, comme je fais de mon mieux pour l’écriture.
Personnellement, Tom me fait froid dans le dos, mais il soulève aussi ce sentiment qu’on veut le sauver. La scène avec le lapin, je dois avouer qu’il provient d’une de mes craintes des enfants meurtriers. Ça commence toujours par le meurtre d'animaux (bon, peut-être pas, je ne suis pas une experte). Je trouvais que cela collait parfaitement à Tom. Cette envie morbide de découvrir ce qu’est la mort, ce qui sommeille dans un cadavre encore chaud.
Je trouve que les enfants meurtriers font peur. Plus que Voldemort ! Bon, j’exagère peut-être.
À la prochaine !
Chapter 2: HARRY PEVERELL
Notes:
Bonjour à tous,
Voici le chapitre 2. Celui-ci est consacré au point de vue de Harry et reprend entièrement le chapitre 1. Par contre, il y aura quelques ajouts que l’on ne voit pas dans le premier chapitre. J’ai voulu montrer le point de vue de chacun lors de leur rencontre jusqu’à l’incident du lièvre. Je me disais qu’il serait ainsi intéressant pour vous de comprendre ce qui se passe dans leur tête.
Pour les autres chapitres, il y aura une alternance entre Tom et Harry, et parfois, des chevauchements. Toutefois, et pour le moment du moins, je pense que le point de vue principal sera celui de Tom. Ce qui est très différent de mon autre histoire Le Maître de la mort.
Bonne lecture !
SeverusRiddle
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
CHAPITRE 2
HARRY PEVERELL
Sur le pas de la porte, Harry hésitait. Devant lui se trouvait l’orphelinat Wool, aussi lugubre et aussi sombre que dans les souvenirs de la pensine. Ses vieilles fenestrations étaient voilées par de lourds rideaux, mais laissaient filtrer de petits rais de lumière par l’entrebâillement. Il imaginait bien les courants d’air gelés pénétrer les interstices et refroidir les chambres de ces pauvres orphelins. Sous ses gants achetés pour l’occasion, Harry sentit la moiteur de ses mains tremblantes. Il les détendit comme il put, une à la fois, étirant un doigt après l’autre. Le gâteau emballé voltigeait entre ses bras pendant le processus. Il inspira profondément pour se donner du courage.
— Mon cher Maître ne devrait pas trembler de la sorte, lui souffla une voix d’outre-tombe. Vous avez encore la chance de tout reconstruire.
La mâchoire de Harry se contracta. Y arriverait-il cette fois-ci ? Modifier l’avenir pour quelque chose de meilleur n’était pas aussi aisé qu’on le pensait. Il avait déjà essayé, mais avait échoué. Certes, un petit changement pouvait faire boule de neige. Mais pour trouver le chemin satisfaisant, cela demandait un travail assidu. D’un geste nerveux, Harry chercha à replacer ses cheveux en voyant son reflet dans l’une des vitres de l’établissement. Il toussota un moment pour dégager sa gorge, puis cogna.
Seulement quelques secondes s’écoulèrent avant que la vie s’élève derrière la porte.
Celle-ci s’ouvrit sur la directrice de l’orphelinat : Mme Cole. Son visage anguleux s’éclaira en rencontrant celui de son invité. Harry lui offrit un sourire chaleureux avant de pénétrer dans le hall. Immédiatement, ses pieds effleurant à peine le vieux plancher, il sentit la magie pétiller l’air. Une magie silencieuse, qui ne demandait qu’à s’épanouir. Tom Jedusor se trouvait parmi les enfants devant lui. Au prix d’un grand effort, Harry s’ordonna d’éviter son regard, d’éviter de le chercher. Pour le moment, du moins.
— Bonsoir Mme Cole, souffla-t-il avec une voix qu’il espérait chaleureuse malgré la tension de son corps.
— M. Peverell, un plaisir de vous voir à l’orphelinat. Entrez, entrez donc, et laissez-moi vous débarrasser de votre manteau.
Malgré tous les yeux qui le scrutaient, dont les iris sombres qu’il imaginait de Tom, Harry se concentra sur sa tâche. Il tendit la boîte enrubannée à Mme Cole, puis entreprit de retirer ses gants et son manteau. Il avait fait un effort pour être présentable : il portait de beaux vêtements et avait tenté de boucler ses cheveux pour les dompter. Cela cachait un peu son apparence dans la fleur de l’âge. Il espérait insuffler le respect et la confiance chez les enfants, chez Mme Cole, mais surtout chez Tom Jedusor. Il se tourna vers les orphelins, un grand sourire aux lèvres.
— Bonsoir à vous, les salua-t-il en plongeant les mains dans les poches de son pantalon.
Il en retira plusieurs bonbons colorés et de saveurs différentes, un peu comme l’avait fait Dumbledore pour lui. Il espérait alléger la lourde atmosphère qu’occasionnait sa visite. Les enfants semblaient nerveux et rien de mieux qu’une petite douceur pour les détendre. Les orphelins restèrent immobiles, même si leur visage observait avec envie les sucreries devant eux.
— Allez, servez-vous, les enjoignit Harry.
Un claquement de langue s’éleva près de lui : Mme Cole plissait le regard avec désapprobation. Elle ressemblait au professeur McGonagall lorsque celle-ci rabrouait les étudiants à Poudlard, la bouche pincée, les cheveux tirés vers l’arrière. Harry fronça les sourcils, puis il comprit. Il se raidit face à sa maladresse.
— Oh ! Bien entendu, je vous déconseille fortement d’accepter des bonbons d’inconnus dans la rue…
La chaleur envahit ses joues, comprenant qu’il était maintenant un adulte interagissant avec des enfants vulnérables, facilement manipulables. Chez les Moldus, certains enlèvements se produisaient de la sorte. Lorsque Mme Cole hocha le menton pour autoriser les orphelins à se servir, il fut la cible d’une marée de petites mains. L’un des garçons le remercia de sa gentillesse, la fillette lui offrit une jolie révérence tandis qu’un seul enfant restait en retrait. Cet orphelin, plus grand que tous les autres et au maintien aristocratique, scrutait la scène avec le nez un peu plissé, la bouche étrangement étirée. Tom Jedusor peinait à cacher ses émotions. Harry fuyait encore son regard, cherchant le courage pour l’affronter, mais il demeurait très conscient de la présence du garçon. Il l’observait de son champ de vision périphérique.
Un bonbon à la main, Harry s’approcha de Tom pour le lui tendre.
— Le cadeau est aussi pour toi, lui dit-il.
Harry vit le plissement de sa bouche, la crispation de sa mâchoire. Tom semblait réfléchir à toute vitesse, une ombre voilant un instant son visage. Sa magie s’éveillait un peu plus, signe que le garçon était contrarié. Et Harry attendit, la main tendue devant lui, que la friandise soit prise.
Mme Cole rabroua Tom d’un ton sévère pour le ramener à l’ordre. D’un teint livide, l’orgueil froissé, le garçon accepta la sucrerie.
— Merci, monsieur, répondit l’orphelin.
Malgré son hésitation, Harry lui offrit un sourire. Puis, il se détourna pour suivre la matrone jusqu’à la salle à manger. Son cœur battait à tout rompre dans sa cage thoracique. Peu importe l’âge de Tom Jedusor, sa rencontre s’accompagnait toujours d’une forte impression. Déjà, et à un si jeune âge, une puissante magie s’éveillait en lui. Comment un enfant avec un penchant pour la noirceur, grandissant dans un endroit comme celui-ci, pouvait-il développer son sens du bien et du mal, son sens de la moralité ? Harry connaissait bien les jeux de pouvoir entre enfants, il en avait été victime avec son cousin Dudley. Les enfants étaient certes sages et souriants devant les grandes personnes, mais une fois celles-ci hors de portée, la situation changeait.
Dumbledore lui avait souvent répété que Voldemort ne comprenait rien à l’amour. C’était si triste. Il devait remédier à la situation. Devenir un guide pour Tom afin de le mener sur un chemin plus sain.
Toujours derrière Mme Cole, ils arrivèrent près d’une longue table, dressée avec les plus beaux couverts de l’orphelinat — Harry en était certain. Une soupière fumait déjà sur le meuble et son arôme se révélait assez agréable. Harry s’installa sur une vieille chaise pendant qu’une femme, plus jeune que la matrone, lui servait une louche de la soupe. Il la remercia d’un sourire et remarqua que les joues de la femme rougissaient lors de son retrait.
Discrètement, Harry essuya ses mains moites contre le tissu de son pantalon. Il gardait le dos droit et s’efforçait d’agir comme un adulte raffiné. Aucun enfant n’entamait le repas. Même Mme Cole l’observait avec attente. Mal à l’aise d’être le sujet de tant de curiosité, il agrippa sa cuillère et goûta la soupe. La tablée le suivit, ce qui le soulagea d’un poids. L’ustensile lui glissait quelques fois des mains, mais heureusement, personne ne souleva sa maladresse.
Mme Cole entama la conversation sur l’orphelinat, sur ses impressions, et Harry décida d’être honnête. Il souhaitait aider l’établissement avec des fonds réguliers et s’il voulait le mieux pour les enfants, il devait souligner les améliorations nécessaires. La matrone n’aimait pas toujours ses commentaires, mais demeurait silencieuse. Elle espérait après tout le financement.
Un liquide chaud glissa contre le menton de Harry : de la soupe. Le sorcier saisit la serviette et tapota sa bouche avec — ce qu’il souhaitait — finesse. Il se trouvait ridicule. Son éducation n’avait jamais tourné autour des apparences et des manières. Il se sentait comme l’acteur d’un mauvais film. Pour cacher sa gêne, il demanda à se présenter. Les enfants, curieux, ne connaissaient pas son nom.
Avec chaleur, il se nomma et dévoila le contenu de la boîte : une tarte à la mélasse. Les orphelins, heureux, réagissaient avec ravissement. À sa grande surprise, beaucoup d’enfants lui révélèrent n’avoir jamais goûté cette pâtisserie. Seul un orphelin gardait le silence : le visage ombragé, Tom pétillait d’impatience.
— Des présentations nécessitent l’introduction de tout le monde, ne croyez-vous pas ? affirma celui-ci d’une voix ferme.
Cette réaction n’étonnait guère Harry ni Mme Cole, qui se raclait la gorge. Harry laissa échapper un rire de ses lèvres et approuva le garçon. Un tour de table se fit et chaque enfant eut le droit à un temps de parole. Bientôt, ce fut un gamin du nom de Billy qui se présenta, lui et son lapin. L’animal soulevait un certain malaise chez Harry. Selon les souvenirs de la pensine, ce lapin serait sous peu pendu à une poudre par Tom Jedusor. Mais pour le moment, l’animal était sain et sauf. Harry accueillit ce soulagement, puis, sans pouvoir se retenir, posa ses pupilles sur Tom avec intérêt.
— Et toi, mon garçon ?
Leurs yeux se croisèrent pour la première fois. Harry se tendit sur sa chaise, devant ces iris sombres qui le scrutaient. Quelque chose s’éveillait en lui, comme toutes les fois qu’il rencontrait une version de Voldemort. Une forte attraction subsistait entre eux.
— Ne vous inquiétez pas, Maître, murmura la voix d’outre-tombe au creux de son oreille, vous savez bien que l’Horcruxe en vous n’existe plus. Mais vos âmes et vos magies se sont tellement côtoyées qu’elles se reconnaissent malgré les années, malgré la distance temporelle. Elles se sont attachées, presque liées. Un lien demeurera toujours entre vous.
Harry tâchait de cacher sa brève inattention à la table, soutenant toujours le regard de Tom.
— Tom Elvis Jedusor, se présenta celui-ci. 8 ans.
Tom était un bel enfant avec une allure soignée. Il était facile de se méprendre sur son véritable âge. Sa grandeur et sa maniaquerie sur l’apparence portaient à confusion, lui octroyaient de la maturité. Et Harry savait que son esprit aussi ne correspondait pas à celui d’un enfant innocent. Tout son être deviendrait éventuellement une arme.
Harry lui demanda ce qu’il aimait et Tom répondit sans hésitation. Il appréciait les livres, les dévorant les uns après les autres.
— Et vous, monsieur, qu’est-ce que vous aimez ?
Surpris, Harry observa Tom avec une certaine prudence. Cette question, qui semblait innocente au premier abord, était un test. Le garçon cherchait des failles à exploiter. D’un sourire chaleureux, la tête penchée sur le côté, Harry répondit avec douceur.
— La tarte à la mélasse, le vent, un bon feu de cheminée et davantage, je dirais. Ah oui, Noël !
Les enfants rirent de bon cœur, mais Tom ne se joignit pas à l’hilarité générale. Cette réponse semblait plutôt le contrarier. Il affichait un air poli, mais ses yeux cachaient une certaine irritation. Irritation que Harry perçut au moment qu’elle s’éveilla. Il continua toutefois à soutenir ouvertement son regard, sans ciller une seule fois.
Le reste du repas passa rapidement. Ils mangèrent la tarte, Harry dégustant chaque morceau de sucre comme une finalité. Il voyait bien que Tom n’appréciait pas les desserts trop sucrés, mais il ne regrettait pas son choix : tous les orphelins se régalaient et cette vision embaumait son cœur.
Il souleva à un moment qu’il reviendrait dans les prochains jours, provoquant l’excitation générale. Il confirma à Mme Cole son aide financière contre de bonnes conditions pour les orphelins, puis il partit de Wool, plus bouleversé qu’il aurait pensé.
Dehors, dans la neige, Harry observa un instant le ciel. La lune éclairait les rues et les quelques passants sur les trottoirs. Jetant un coup d’œil derrière lui, il prit un chemin pour se mettre à l’abri des regards. Il trouva la ruelle empruntée plus tôt et s’appuya contre les pierres d’un bâtiment.
— Vous avez bien géré, entendit-il. Tom Jedusor n’a pas arrêté de vous observer de toute la soirée. Vous avez éveillé sa curiosité.
— Toute nouveauté attire son attention, murmura Harry, ce n’est pas un très grand exploit. Et comme vous avez dit, nos magies se reconnaissent.
Harry garda le silence pendant un moment. Une douleur tiraillait ses tempes.
— Comment un enfant peut-il démontrer autant de magie ? Ça me glace le sang.
— Vous aussi faisiez preuve d’un grand pouvoir enfant, rétorqua la voix. Ce sont vos ambitions qui différaient à cet âge. Tom Jedusor veut trop.
Harry hocha la tête et observa un moment l’intérieur de ses poignets maintenant découverts. Les Reliques de la Mort s’imprimaient sur chacun d’eux, telle une pâle cicatrice. À certains moments, la Mort l’accompagnait dans son quotidien depuis qu’il était devenu son Maître. Étrangement, à son tour, elle était devenue sa plus grande amie. Parfois, il désirait l’étreindre pour en finir, mais la Mort lui rappelait toujours qu’il pouvait changer les choses. Qu’un moyen existait pour éviter autant de sacrifices.
Hier encore, Harry l’avait questionné.
— Pourquoi m’aidez-vous ? lui avait-il demandé. Plusieurs sacrifices ne signifient-ils pas plusieurs âmes dans votre royaume ?
Il avait senti la Mort lui sourire à ce moment.
— Chaque âme a le droit de vivre son heure, lui avait-elle répliqué. Mais je ne peux posséder qu’un seul Maître. Une seule personne peut me gouverner et déjouer la finalité. Tom Jedusor ne détient pas ce droit. La division de son âme est une ignominie. C’est pourquoi je vous aide, Maître. Vous m’aidez par la même. Pour changer ce déshonneur fait à la Mort, tout en offrant un meilleur chemin à celui qui a réussi une telle prouesse.
Lorsque Voldemort avait détruit l’Horcruxe fusionné à Harry Potter en 1998, il avait aussi fait disparaître le sorcier. La Mort s’était alors dévoilée aux yeux de Harry dans la gare de King’s Cross, sous les traits d’Albus Dumbledore. Ils avaient longuement discuté des règles érigeant ce monde. Son statut de Maître de la Mort lui ouvrait de nouvelles voies, de nouvelles possibilités. Ainsi, après une profonde concertation, Harry avait pris la décision de revenir dans le passé, de voyager sur la ligne temporelle.
Son premier retour en 1942 s’était révélé désastreux. Harry avait échoué et Tom Jedusor avait à nouveau séparé son âme avec la mort de Mimi Geignarde. Malgré sa relation naissante et son affection pour le sombre sorcier, Harry avait convenu avec la Mort de tout recommencer afin de respecter les vœux de sa nouvelle amie. Il avait donc plongé plus loin pour revenir plus près d’une source potentiellement manipulable, en 1934, où Tom n’était qu’un enfant.
La lignée des Peverell, éteinte, revivait grâce à Harry, seul héritier légitime à ce jour avec son statut immortel. Cela faisait bien rire le sorcier, lui qui était mort plusieurs fois. Mais ce nouveau nom de famille lui octroyait des bénéfices lui permettant de se concentrer sur ses objectifs : Tom Elvis Jedusor.
— Je dois réussir, murmura Harry avec ardeur, toujours appuyé contre un bâtiment dans la ruelle près de l’orphelinat Wool. Il me reste très peu de chance. Si je meurs, je pourrai replonger à la naissance de Tom, c’est tout.
— Ou avant, répondit la Mort. Peut-être aurait-il été préférable de revenir après 1934, mais avant 1942 ?
— Nous avions convenu que l’éducation de Tom l’aiderait singulièrement sur le chemin de la moralité, lui reprocha Harry en pinçant l’arête de son nez. Et si je me recroisais dans le futur ?
La Mort se moqua de son Maître.
— Je vous ai déjà assuré que votre présence s’était effacée dans le futur, que ce soit en 1942 ou dans les années 1990. Le fait que vous plongez dans le passé modifie toute la ligne temporelle.
C’était vrai. Harry avait oublié ce détail. Hermione, sa chère Hermione, lui avait tellement rabâché que les sorciers jouant avec le temps et se croisant, comme s’ils rencontraient un miroir, devenaient fous. Pourquoi... pourquoi n’avait-il pas réussi à arrêter Tom Jedusor dans les années 1940 ? Il pourrait reposer en paix, pleurer ses morts avant de s'éteindre à son tour.
Lisant dans ses pensées, la Mort répondit :
— Car la volonté d’immortalité de Tom Elvis Jedusor est incommensurable.
Une seule règle s’imposait pour le Maître de la Mort : voyager dans le passé uniquement et avant la date de son décès. Car chaque décès renouvelait tout le processus et Harry devait se réincarner dans un nouveau corps décédé — sans toutefois perdre son apparence d'origine.
Harry soupira. Il n’était pas certain d’être en mesure d’élever un enfant, et encore moins Tom. Ce dernier semblait si intelligent, si vif d’esprit. Comment pourrait-il y arriver ? En lui offrant de l’amour ? La tête appuyée contre la pierre, les yeux fermés, il se permit de respirer. Il devait réfléchir à la suite des choses, mais la soirée avait été épuisante. Son lit l’attendait.
— Merci de m’avoir accompagné pour cette soirée, murmura-t-il à la Mort. Je te rappellerai en cas de besoin.
Il sentit la Mort s’incliner près de lui et disparaître pour ses autres obligations. S’assurant une fois de plus de sa solitude par des coups d’œil autour de lui, Harry transplana dans son cottage.
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Debout au centre du salon, Harry observait l’intérieur de sa nouvelle maison. Il aimait son atmosphère paisible, sa simplicité et, surtout, son cachet champêtre. La cheminée en briques rouges, les poutres boisées au plafond, le vieil escalier en bois, la cuisine paysanne… L’endroit se révélait propice pour apaiser les tensions. Certes, l’héritage des Peverell venait avec un immense manoir caché, protégé par une magie ancienne, et des elfes de maison, mais Harry trouvait le tout un peu trop grand pour lui, trop riche. Il n’aimait guère l’idée de loger dans une demeure pouvant héberger cinq familles. Et surtout, il pensait qu’un environnement plus élémentaire était bien mieux pour élever un orphelin. La décision n’avait pas été simple, comme tout ce qui concernait Tom Jedusor, et Harry avait beaucoup réfléchi : il voulait l’élever dans un lieu sans magie. Pour le moment, du moins. Gagner la confiance de Tom sans user de magie pour l’impressionner le séduisait.
Tom Elvis Jedusor vivait pour la sorcellerie : tout ce qui s’y rapportait se révélait être la chose la plus extraordinaire au monde. Rien d’autre ne semblait exister à ses yeux. Elle représentait son seul réconfort, son unique désir, son envie de persévérer. Grandir dans un orphelinat absent d’amour et de compassion — ou limité — avait dû éteindre la plus petite lueur d’espoir de se faire accepter, ce qui l’avait poussé à prendre un malheureux chemin. Et une fois la magie apparue dans sa vie, Tom s’y était consacré corps et âme jusqu’à se détruire et devenir Lord Voldemort. Dans la première vie de Harry, du moins.
Un rayon lumineux s’échoua sur le sol, ramenant Harry au présent. Il devait agrémenter la maison de quelques couleurs et d’objets. Des plantes, surtout grimpantes, seraient les bienvenues, égaieraient le salon et la cuisine. Les poutres boisées seraient idéales pour les accueillir. Alors, Harry commença à modifier certains éléments du décor à l’aide de sorts, mais s’arrêta bien vite. Ils allaient bientôt être deux dans cette demeure : Tom aimerait peut-être participer.
Harry se concentra sur sa chambre — il avait décidé de prendre celle près de l’entrée, ne sait-on jamais — et s’amusa à créer différentes ambiances pour trouver celle qui lui convenait. Après tout, jamais il n’avait pu faire cette activité auparavant. La chambre chez les Dursley était stérile de Harry, mais contaminée de Dudley. À Poudlard, il dormait dans un dortoir magnifique, mais standard à tous. Puis, c’était tout. Il plaça quelques photos — des éléments que la Mort avait accepté de lui laisser pour se raccrocher à l’espoir — sur son bureau et sa table de chevet avant de se pencher pour observer les personnes chéries devant lui.
Ron et Hermione, habillés avec des tricots de Mme Weasley, lui souriaient avec entrain, le cœur joyeux à la suite d’une victoire de Gryffondor au Quidditch. Le bras du rouquin s’enroulait autour de l’épaule de leur amie, révélant tout son amour pour elle. Harry eut une douce expression. Il les aimait tellement. Les pauvres, jamais ils n’avaient su son sacrifice pour détruire l’Horcruxe lié à son âme dans la forêt interdite. Et lui était mort, sans pouvoir anéantir le dernier fragment en Nagini et Voldemort lui-même.
— Lorsque Tom sera là, chuchota-t-il aux clichés, il va examiner les photos. Il faudra rester immobile — du moins, jusqu’à ce qu’il soit au courant qu’il est un sorcier —, sinon, je vous range tous à nouveau dans un sombre sac.
Hermione hocha la tête avec une lueur malicieuse tandis que les oreilles de Ron virèrent au cramoisi. Les autres photos — dont une de Ginny — s’éloignèrent vers le cadre pour se cacher. Harry eut un sourire satisfait, teinté d’une infinie tristesse. Lors de son retour dans les années 1940, il avait énormément pleuré ses êtres chers, au point de s’aveugler à des moments cruciaux. Au point d’échouer auprès de Tom.
Quelques jours passèrent. Harry profita de ceux-ci pour organiser la maison, mais aussi pour acquérir une voiture. Il n’était pas un conducteur adroit. Il préférait largement le moyen de locomotion des sorciers. Mais cet achat restait nécessaire. Vivre comme un Moldu impliquait de voyager sans la magie. Et le village n’était pas tout près, ce qui occasionnait quelques difficultés pour d’importantes courses. Malheureusement, ses piètres performances le convainquirent de payer un chauffeur pour effectuer la grande route de Wool jusqu’au cottage.
Il neigeait lorsque Harry arriva devant l’orphelinat. Les flocons tourbillonnaient et se collaient à ses cheveux. Une fois de plus, il avait fait un effort sur son apparence. C’était la dernière ligne droite pour l’adoption de Tom. Malgré son optimiste, Harry tremblait intérieurement. Comment pourrait-il donner l’amour nécessaire à un enfant comme Tom ? Il connaissait une partie de ses traumatismes vécus — et certains non vécus pour le moment —, tout comme la vérité : Tom possédait un esprit différent des autres garçons et filles de son âge. Il avait une personnalité particulière. C’était un enfant surdoué, brillant. Bien plus que Harry. Hermione aurait été dans une meilleure position pour l’élever. Or, il n’avait pas voyagé sur la ligne temporelle sans raison.
Harry soupira, puis entra. Son hésitation sur le pas de la porte l’avait couvert encore plus de neige. Il secoua ses cheveux, puis retira son manteau avant de ressentir une magie connue. Et là, il croisa les yeux sombres de Tom, assis bien droit sur un fauteuil déchiré. Il se tenait avec élégance.
— Oh, bonjour Tom, dit Harry avec une certaine hésitation devant l’intensité de son regard. Pardonne-moi, je ne t’avais pas vu.
Le garçon le détaillait, ou plutôt, l’analysait comme s’il était sous un microscope. D’un coup d’œil, Harry vérifia ses vêtements afin de constater s’il y avait un dégât. Mais tout semblait en ordre.
— Bonjour, répondit Tom.
Harry pencha ses yeux sur l’enfant et remarqua le livre ouvert sur ses cuisses. Curieux, il l’interrogea sur sa lecture. Montrer de l’intérêt à Tom n’était pas une mauvaise idée.
— Frankenstein de Mary Shelley.
— Un bon livre, approuva Harry qui l’avait déjà lu enfant. Que préfères-tu dans cette histoire ?
Tom referma le roman, la bouche pincée. Un étrange jeu de lumière passa sur son visage. Harry n’arrivait pas à interpréter son expression, mais elle ressemblait à un trouble, voire un étonnement.
— Qu’il est possible de ramener un mort à la vie ou, du moins, de créer un être puissant de toute pièce.
Harry sentit son cœur tomber dans son estomac comme le ferait une pierre dans l’eau d’un lac. Un grand inconfort s’éveilla en lui. L’enfant rêvait-il si tôt de l’immortalité ? Comment pouvait-il réagir à ça ? Comment répondre ? Par la communication, c’était le moins qu’il puisse faire. Alors, Harry se rapprocha et se pencha un peu plus vers le garçon pour l’observer dans les yeux.
— Le personnage de Victor a une énorme responsabilité envers Frankenstein. Il est, après tout, son créateur. Il a certes réussi un triomphe scientifique, mais il échoue lamentablement sur le plan moral, abandonnant sa créature qui avait besoin de lui. Cette triste histoire est bien plus qu’une question de vaincre la mort, Tom, dit-il alors plus sèchement qu’il le voulait.
Immédiatement, les yeux de Tom se durcirent. Sa bouche se tordit étrangement. Mais, une autre lueur s’éveilla dans ses pupilles : un intérêt. Harry voyait cet intérêt comme un espoir. Il s’adoucit.
— Je sais que tu es un garçon brillant. Il n’est pas toujours évident de saisir la philosophie derrière une histoire.
Tom pinça les lèvres dans une moue curieusement mignonne, puis l’approuva. Il semblait vouloir ajouter son grain de sel, mais ne le fit pas, ce qui fit sourire Harry.
— Je te laisse à ta lecture, je dois voir Mme Cole. Peux-tu m’indiquer son bureau, s’il te plaît ?
Cette question était plus une politesse qu’une réelle demande. Le garçon lui pointa le chemin et Harry s’éloigna, satisfait de sa rencontre. Il savait certes que l’adoption serait un grand défi, voire gigantesque, mais il devait essayer.
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Assis dans le bureau de Mme Cole, Harry observait la femme terminer ce qui ressemblait à une lettre. Avec précision, elle la referma d’un cachet ciré, puis rangea son nécessaire à écrire. Elle posa ensuite ses yeux sur Harry, une lueur perplexe à leur surface.
La matrone semblait épuisée et soucieuse. Son nez et ses joues rouges, tout comme son regard vitreux, témoignaient qu’elle avait abusé de l’alcool.
— Merci de m’accueillir, Mme Cole, amorça Harry avec douceur. Je vous rends visite en vous prévenant seulement la veille… Je sais fort bien que votre temps est précieux.
Mme Cole balaya les paroles d’un geste impatient de la main. Ses doigts se refermèrent sur son verre et elle but d’un trait le liquide fort qu’il contenait. Harry attendit un moment, son oreille percevant des bruits derrière une porte entrebâillée. Il ne savait pas qu’elle était la pièce cachée, mais il ressentit la présence de Tom. Sa magie pétillait jusque dans le bureau. Il évita de regarder dans sa direction, mais laissa naître un sourire sur ses lèvres.
— Martha va nous apporter du thé, roucoula Mme Cole. Avez-vous une préférence ?
— Du thé noir, je dois l’avouer.
Mme Cole hocha la tête, ses yeux filant un instant vers la bouteille de rhum comme si elle voulait s’en resservir.
— Je suis heureuse de vous voir, continua Mme Cole d’une voix pâteuse.
Harry expliqua la raison de sa présence, tout en retirant les papiers dûment remplis pour non seulement le soutien financier pour les prochains mois, mais aussi pour l’adoption de Tom. Il voulut remettre les documents d’un geste assuré, mais sa main tremblait légèrement. Déposer cette liasse amorçait une nouvelle page, un défi sans aucun doute difficile à relever.
La porte s’ouvrit sur la même femme ayant rougi sous les mots anodins de Harry lors du dernier repas. Elle déposa le service à thé et repartit, à nouveau en émoi. Harry se servit aussitôt en appréciant chacun de ses gestes. Depuis sa première mort, celle qui l’avait libéré de l’Horcruxe, Harry s’était trouvé une passion pour le thé à sa renaissance. La boisson le réchauffait, apaisait son esprit. Son corps n’avait jamais retrouvé sa chaleur d’antan. Il n’était pas froid, mais toujours d’une tiédeur anormale pour un humain normal. Le thé revigorait son énergie. Et heureusement, il en appréciait le goût. Harry en avait discuté avec la Mort et celle-ci lui avait alors avoué adorer la boisson. Cette nouvelle passion semblait venir avec son titre de Maître de la Mort.
Il ajouta un gros nuage de crème et une bonne quantité de sucre dans sa tasse. Lorsqu’il huma les arômes, il sentit tout son corps se détendre. Après une gorgée, Harry expliqua :
— Je vous verserai cette somme tous les mois, puis nous réévaluerons la situation l’année prochaine.
Mme Cole, qui avait parcouru les papiers d’un œil rapide, arrondit les yeux face au montant. Harry observa une incroyable incompréhension s’éveiller chez la dame, mais aussi une profonde reconnaissance.
— Un tel montant est… est… Comment puis-je vous remercier ?
Étonnamment, elle bégayait. Une douce joie s’éleva en Harry, se sentant enfin utile, et ce, depuis un long moment. Un geste aussi simple, alors qu’il avait les moyens financiers pour l’appliquer, allait aider de nombreux enfants.
— Comme je vous l’ai spécifié lors de ma dernière visite, je demande à ce que tous les orphelins soient bien nourris et aient des repas complets. Bien entendu, je veux que les lieux physiques s’améliorent pour les enfants. Pourquoi ne pas créer une salle de jeu rien que pour eux ? Je pensais aussi à une cour clôturée, plus sécuritaire dans cette partie de Londres.
Harry avala une autre gorgée de thé, savourant le liquide brûlant qui glissait le long de son œsophage pour réchauffer son estomac. Il appréciait la chaleur dans son corps toujours tiède. Puis, il reprit la parole pour préciser l’urgence de régler l’isolation des pièces. Il aperçut une ondulation différente au niveau de la magie de Tom derrière la porte. Il ne comprenait pas la signification d’un tel changement, mais il y avait un petit quelque chose qui affectait le garçon.
— Je vous le promets, M. Peverell. Votre générosité ne sera jamais oubliée.
Harry la scruta : elle semblait sincère, ce qui le rassura. Mais ce soulagement s’effaça pour laisser place à une angoisse plus profonde. Ils arrivaient finalement au sujet qui lui tenait le plus à cœur : l’adoption de Tom. Il savait que Mme Cole magouillait contre le garçon auprès des potentielles familles d’adoption. La matrone s’inquiétait de laisser filer l’orphelin qui présentait un tempérament différent, dangereux. Ce geste, bien que Harry le désapprouvait, visait à protéger les familles de la noirceur de Tom. Car il était vrai que le garçon ne pouvait pas se retrouver dans n’importe quelle famille, du moins, à son âge actuel.
Sans le remarquer, Harry secouait sa jambe de nervosité. Le front plissé, il apporta le sujet sur la table.
— Et pour l’adoption, avez-vous analysé mon dossier ?
Harry sentit la magie de Tom s’élever derrière la porte. Elle était instable, violente. Le garçon était encore jeune, et, malgré sa puissance, il n’était pas surprenant qu’il ait du mal à la contrôler. Ses émotions se reflétaient dans celle-ci, pour le moment du moins. Ce détail soutiendrait Harry pour mieux saisir les véritables sentiments de Tom.
Mme Cole observait Harry, le regard perçant. Elle renifla avec un apparent dédain.
— Êtes-vous certain de l’enfant ? Je peux vous montrer les fiches que je tiens de mes orphelins. Vous pourriez les étudier afin de faire un choix éclairé.
— J’apprécie vraiment votre aide, mais je sais déjà lequel je veux avoir sous ma tutelle.
Mme Cole ne pourrait jamais le faire changer d’avis. Il avait voyagé sur la ligne temporelle pour ce moment, pour élever Tom et l’empêcher de diviser son âme. La matrone dut sentir sa certitude infaillible, car elle ne put se retenir de le mettre en garde sur le sujet de Tom.
Une nouvelle vague de magie pétilla dans l’air, mais cette fois-ci, d’un ton plus doux. Harry crut même entendre la respiration étouffée de l’enfant. Il reporta toutefois son visage vers Mme Cole et lui accorda le point que Tom était… particulier. Il loua alors le garçon et insista sur le fait qu’il était la meilleure personne pour l’éduquer. Une petite voix dans sa tête se moquait de lui, mais il lui fit la sourde oreille.
— Vous avez raison, acquiesça Mme Cole. Mais certains événements se produisent lorsqu’il est…
— Mme Cole, la coupa Harry un peu durement, une main devant lui, j’apprécie votre sollicitude, mais ma décision est prise. Je veux adopter Tom si, bien sûr… il accepte.
Peut-être que Tom refuserait de se faire adopter ? Harry n’avait jamais envisagé une telle chose. Son estomac se tordit de crainte. Si l’enfant rejetait la demande, que pourrait-il faire ? Comment l’aider, l’amener sur un chemin différent de loin ? Harry se pinça le nez, un soudain mal de tête l’accaparant. Il entendit en sourdine Mme Cole l’inviter hors de son bureau. Il la suivit, puis monta jusqu’à l’étage devant la chambre de Tom Jedusor. Son souffle se bloqua un moment dans sa gorge.
Mme Cole frappa contre la porte, puis une voix incertaine s’éleva.
— Tom, tu as de la visite.
Harry entra dans la chambre, l’esprit embrumé. Ses pensées tournoyaient. Une voix lui chuchotait qu’il était fou de vouloir élever un enfant, lui qui avait un passé malheureux. Qui était-il pour lui apporter l’amour et la sécurité d’une famille alors qu’il n’en avait jamais eu ? Une autre voix lui sifflait qu’il était inconscient, qu’il allait souffrir à cause de l’enfant. Qu’il finirait certes par l’aimer, mais que jamais Tom Jedusor ne lui retournerait son affection ! Qu’il était impensable qu’un garçon révélé à devenir un puissant et ténébreux sorcier se soucie de lui ! Alors, Harry sombrerait dans la tristesse.
Croisant les yeux sombres de Tom, Harry tenta de sourire. Mais c’était difficile, surtout lorsque l’enfant en question le déchiquetait de ses yeux avec une étrange curiosité.
— Tom, le salua Harry, j’aimerais prendre un moment avec toi pour discuter. Puis-je ?
Il se permit de désigner la chaise pour demander l’autorisation de s’y asseoir. Les deux seraient ainsi plus confortables pour parler de la raison de sa présence. Mme Cole quitta la pièce pendant qu’il s’installait sur le meuble une fois que Tom eut accepté sa requête.
— Comme tu le sais déjà, je souhaite t’adopter. Qu’en penses-tu ?
Harry s’étonna de ses propres mots, qui étaient incroyablement imprudents. Sans surprise, Tom les analysa, les yeux plissés, la bouche pincée.
— Comment pourrais-je savoir vos motivations alors que vous venez tout juste de me les annoncer ?
Un rire sincère franchit les lèvres de Harry. Il n’y avait pas à dire : Tom avait un esprit vif et prudent, bien contraire à lui. Alors, autant jouer franc jeu.
— Ne te cachais-tu pas dans la pièce adjacente au bureau de Mme Cole ?
— Comment le savez-vous ? murmura Tom, méfiant, entre ses dents serrées.
Harry eut un doux sourire. Le garçon comprenait sa propre valeur, mais n’arrivait pas à croire qu’une autre personne pouvait en savoir plus que lui. Assis sur son lit, le dos droit, les yeux légèrement vacillants devant son regard, Harry lui trouva un air adorable.
— Tom, ta présence attire l’attention, souffla-t-il avec calme. Mais ne t’inquiète pas, Mme Cole n’a rien remarqué.
L’attitude de Tom changea une fois de plus. Était-ce pour se protéger ? Harry se questionna un instant alors que le garçon lui cracha ces mots :
— Pourquoi voulez-vous m’adopter ? Est-ce une plaisanterie ?
Une colère sourde s’éleva alors en Harry. Si seulement Tom comprenait tout ce qui impliquait son adoption pour lui. Cette accusation le choqua. Harry pouvait être bien des choses : un martyre, une tête brûlée… Mais il n’était pas cruel. Venir séduire un orphelin avec une possible adoption en plaisanterie, c’était d’une horrible méchanceté.
Et Tom qui le regardait d’un air hautain… Il devait comprendre que Harry n’était pas ainsi.
— Non, je ne plaisanterais jamais sur un tel sujet, Tom. Ce serait tout simplement cruel. Si je suis ici, c’est pour savoir si tu as envie de venir avec moi. J’ai une petite maison, suffisante pour deux, où tu pourrais grandir et où je pourrais faire ton éducation. Tu aurais ta chambre et nous pourrions devenir… une famille.
Le silence lourd s’éternisa. Harry commençait à regretter la folie qui l’avait conduit à ce moment précis. Et Tom qui le fixait avec vigilance ne l’aidait pas.
— Alors… Acceptes-tu de…
— C’est évident ! lâcha Tom avec arrogance. C’est d’ailleurs une question idiote !
Le cœur de Harry tomba dans sa poitrine. Le sorcier sentit même son sang quitter son visage alors que son corps reculait instinctivement. La réponse de Tom était étrange. Certes, il acceptait avec force de l’accompagner, mais son ton impérieux et son impolitesse paralysèrent Harry. Ce comportement ne pouvait pas être toléré. Aurait-il la capacité de recadrer Tom ? Un nouveau doute s’immisça dans son esprit et Harry regrettait presque que la Mort ne soit pas là pour lui tenir compagnie.
— C’est un affreux endroit, ici, expliqua Tom plus doucement, se mordant les lèvres. Je pense que vos dons financiers pourront améliorer l’orphelinat, j’en suis certain même, mais cela ne remplacera jamais une véritable maison.
Une véritable maison. C’était de simples mots, mais ô combien significatifs ! Pour Harry, du moins. Il comprenait ce désir d’appartenir à un lieu. Ils se ressemblaient en quelque sorte. Ce constat le soulagea de la précédente lourdeur et il offrit un doux sourire au garçon.
— Eh bien, puis-je t’aider pour tes bagages ?
— Nous partons bientôt ?
— Bien entendu, tous les documents sont presque réglés.
Harry observa le profil de Tom scruter son environnement, sans émotion. Il semblait déjà se détacher de l’endroit. Lorsqu’il ramena son regard sur Harry, ce dernier constata quelque chose de nouveau. Là, une petite lueur naissait : quelque chose ressemblant à la joie.
— Je n’ai pas grand-chose, dit Tom. Vous pouvez finaliser les papiers pendant que je m’occupe de ma valise.
— Bien.
Harry marcha jusqu’à la porte puis se retourna. Il hésita un moment, se demandant s’il devait ou non parler. Mais… Il lui semblait important de passer le message et surtout, il refusait que Tom apporte ses trophées à la maison. Ils devaient tous les deux commencer leur vie de famille sur de nouvelles bases.
— Je n’autorise pas les objets volés, annonça-t-il avec une certaine lenteur. D’accord, Tom ? Tu devras les rendre à tes amis.
Le visage de Tom changea. Il semblait furieux, mais surtout incertain de ce qu’il devait faire. Alors, Harry ne lui laissa guère le temps de répliquer et s’effaça de la chambre. Ses pas le menèrent dans le couloir où il croisa le garçon au lapin. Malheureusement, Harry n’avait pas retenu son prénom, mais il eut une pensée positive : l’animal resterait sain et sauf avec le départ de Tom.
Harry alla finalement conclure tous les papiers et une fois la tâche accomplie, sortit du bureau de Mme Cole. Tom se trouvait déjà sur le seuil, sa valise entre les doigts. À cette vision, Harry lui tendit les documents.
— Regarde Tom, c’est officiel, lui dit-il tout doucement. Tu es maintenant mon fils adoptif.
Le garçon agrippa avec fougue les papiers, les arrachant presque des mains de Harry. Celui-ci observa son corps trembler, ses yeux exorbités parcourir avec rapidité les lignes du document. Puis, Tom tressaillit et fronça les sourcils.
— Ne prend-on pas le nom de famille de son tuteur ? demanda-t-il.
Harry lui expliqua qu’il trouvait important de lui laisser le choix de son nom de famille lors de sa majorité. Après tout, le sorcier savait bien qui étaient les ancêtres de Tom, qu’il était l’héritier de Salazar Serpentard. Peut-être pourrait-il revendiquer ce nom dans le futur ? Peut-être que s’appeler Peverell ne l’intéressait pas. Harry ne voulait rien lui imposer, il faisait cela par bienveillance. Toutefois, son explication semblait créer un remous dans les émotions de Tom, tout comme dans sa magie.
— Es-tu inquiet ? le questionna-t-il.
— Bien sûr que non, répondit Tom en plissant le nez et en tortillant sa bouche.
Harry reprit les papiers et remercia Mme Cole de son hospitalité. Une fois les formalités réglées, il rejoignit le hall, Tom près de lui. D’un coup d’œil au garçon, Harry le vit qu’il observait sa main avec intensité et eut un malaise. Quel tuteur ingrat il faisait !
— Aimerais-tu que je porte ta valise, Tom ? Elle semble lourde.
En tant que parent adoptif, il devait bien aider l’enfant avec son bagage. Il croisa le regard de Tom, qui lui tendit la malle.
— Merci.
Le garçon était si poli. Harry sentit son cœur fondre un moment, mais se ressaisit rapidement. Il ne devait pas oublier ce qui se cachait derrière ce joli minois. Tom était un excellent manipulateur.
Une fois à l’extérieur, Harry fut soulagé de voir que le chauffeur se trouvait dans une voiture noire, près du trottoir. Il expliqua à Tom son incompétence à la conduite, puis ils s’installèrent à l’arrière lorsqu’ils furent prêts à partir.
Le paysage défilait derrière la vitre et Harry se concentrait sur celui-ci. Son cœur battait avec force. Il était angoissé de son nouveau destin. Élever Tom Jedusor… S’il avait su cela pendant la guerre de son époque, il aurait ri à gorge déployée. Et le voilà assis sur une banquette avec le garçon, en 1934. Plongé dans ses pensées, il sentit Tom frôler son esprit. Incroyable. Déjà à un si jeune âge, il démontrait une habileté pour la legilimancie… S’en rendait-il seulement compte ? Or, il n’y avait aucun danger pour Harry. Celui-ci s’était certes amélioré en occlumancie, mais en tant que Maître de la Mort, personne ne pouvait pénétrer son esprit. Seule sa propre volonté pouvait révéler le futur, rien d’autre. D’après la Mort, du moins.
Tom le scrutait depuis un moment, sans se lasser. Harry tourna le visage vers lui, curieux et avec un air interrogateur.
— As-tu une question, Tom ?
Les lèvres minces du garçon se tordirent avec hésitation, puis s’ouvrirent :
— Vous me semblez assez jeune pour adopter. Quel âge avez-vous ?
— 24 ans, répondit Harry.
Il fuit le regard de Tom, embarrassé. Harry n’était pas un très bon menteur et Voldemort avait toujours été doué pour les reconnaître. 24 ans… S’il comptait l’âge de sa mort, plus le temps passé en 1942 et les quelques semaines en 1934, cela ne totalisait pas 24 ans, mais il devait bien se vieillir un peu. Puisqu’il ne possédait plus ce luxe, et ce, depuis qu’il avait rassemblé toutes les reliques maintenant incrustées dans la chair de ses poignets.
— Vraiment ? entendit-il. Vous me semblez plus jeune que ça…
Harry resta silencieux, les mains contractées contre lui. Que pouvait-il répondre à ça ? Qu’il n’avait pas tort ?
— Est-il normal d’adopter un enfant à 24 ans ?
Pourquoi l’enfant insistait-il sur le sujet ? Sentait-il que Harry était anormal ou qu’il était malaisé de parler de ça ?
— Je croyais que les règles de ce pays exigeaient la majorité pour adopter, et ce, malgré l’apparence physique, claqua-t-il.
Le silence tomba. Même le chauffeur faisait bien attention pour ne pas le briser ou le violer d’un regard par le rétroviseur central. Harry ne pouvait pas se laisser mener par la langue acérée de Tom. C’était lui l’adulte, bon sang ! L’enfant devrait reconnaître les limites permises.
La magie de Tom se modula : de tranchante à vaseuse. Harry perçut ou voulut percevoir cela comme du regret. Il soupira, puis colla son front contre la vitre du véhicule. Une minute passa avant qu’il parle.
— Eh bien, je suis malheureusement seul dans cette vie, dit-il d’un ton las. J’ai donc voulu aider un orphelin pour lui offrir une existence confortable. Et cet orphelin, c’est toi Tom.
Il entendit la banquette craquer, puis une question se soulever.
— Où allons-nous ?
— Dans le Devon, répondit Harry. Ma maison se trouve à l’extrémité d’un petit village.
Et le silence revint. Le chauffeur leur lançait parfois des coups d’œil dans le rétroviseur et commentait leur avancée. Et Harry perdit la notion du temps, s’assoupissant contre la porte de la voiture.
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Une secousse éveilla Harry. Il cligna quelques fois des paupières, puis vit le cottage. Ils étaient enfin arrivés. Tom était près de lui, mais gardait les yeux sur la maison. Ils pétillaient. Harry apprécia cet éclat de bonheur dans le regard du garçon.
— Je suis désolé, Tom. Je me suis assoupi.
Tom ne répondit rien, beaucoup trop absorbé par la demeure. Il ouvrit la portière et s’élança à l’extérieur. Harry s’amusa de cette réaction. Il s’occupa de payer le chauffeur, le remerciant du service rendu, sortit la valise de Tom et s’approcha enfin du garçon.
— Bienvenue à la maison. Laisse-moi te faire visiter.
Alors que Tom fixait toujours les grandes fenêtres de la demeure, Harry marcha jusqu’à celle-ci afin d’ouvrir la porte. Il entra, déposa la valise au sol et alluma les lumières. Tom s’arrêta près de lui, les yeux à nouveau scrutateurs.
— Ce n’est pas énorme, mais c’est notre maison.
Harry s’appuya contre le mur et laissa Tom explorer son environnement. Il n’arrivait pas à déchiffrer les émotions sur le visage du garçon, qui était plutôt calme. Même sa magie ondulait avec douceur. Ses yeux parcouraient le salon, la cuisine, le plafond, l’escalier.
— Par ici, à gauche, indiqua alors Harry, c’est ma chambre. Et tout en haut des marches se trouve deux pièces et une salle de bain. Tu pourras choisir celle que tu veux pour ta chambre.
Le cœur de Harry s’interrompit : la lèvre inférieure de Tom tremblait sous son émoi et il se la mordit pour soit la cacher, soit l’arrêter. Le garçon vivait une émotion certainement positive et ne savait guère comment la gérer. Immédiatement, Harry détourna le regard pour lui laisser son jardin secret, faisant comme s’il n’avait rien vu. Il ne voulait pas que Tom se sente brimer dans son intimité. Avoir été témoin de cette réaction gonfla toutefois sa poitrine de bonheur.
— Puis-je monter ? questionna l’enfant.
Tom maîtrisait bien sa voix.
— Oui, laisse-moi te montrer, insista Harry avec joie.
Ils grimpèrent l’escalier. Harry s’arma de patience jusqu’à ce que Tom choisisse la chambre avec vue sur le jardin. Il pensait d’ailleurs que c’était le meilleur choix. Certes, la chambre était vierge de vie, accueillant seulement des meubles, mais la luminosité était fabuleuse dans le jour.
— Nous pourrons acheter des décorations au village pour personnaliser ta chambre, lui promit Harry, un sourire au visage. Je te laisse t’installer. Tu pourras me retrouver en bas lorsque tu seras prêt.
Et il sortit de la pièce pour permettre à Tom de s’acclimater à son nouvel environnement. Il descendit dans la cuisine et s’arrêta un instant, appuyé contre le comptoir. Maintenant, ils étaient deux dans la maison. Ils devraient apprendre à cohabiter, mais Harry ne devait pas perdre de vue que Tom était un enfant ayant besoin d’une attention particulière et surtout, d’amour.
Harry ouvrit le réfrigérateur et observa les ingrédients. Ce soir, il cuisinerait des pâtes et de la salade. Alors, il se mit au travail, plongé dans ses pensées.
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Balançant les hanches, les mains occupées à hacher des fines herbes, Harry fredonnait un air de jazz. Il aimait bien la musique et pensa, alors qu’il passait proche de se couper un doigt, que l’achat d’un tourne-disque pourrait être une bonne idée. Cela pourrait égayer l’atmosphère de la maison. Après tout, les années 1930 étaient bien différentes des années 1990 : Harry était assez déboussolé sans une télévision fonctionnant sans cesse pour Dudley.
La maison sentait bon : une sauce cuisait doucement sur le feu alors que des pâtes n’attendaient plus qu’à se faire bouillir. Il espérait un excellent repas pour Tom.
— M. Peverell, entendit-il.
Harry s’arrêta un très bref instant à couper le persil, mais reprit son mouvement, embarrassé. Habituellement, il sentait Tom arriver, sa magie du moins. Là, il ne l’avait pas perçu, ni même entendu. Gêné d’avoir été surpris, il évita le regard du garçon.
— Pourrais-tu m’aider avec la table ? Il faudrait mettre les napperons et les ustensiles.
Il lui indiqua où trouver le matériel et observa discrètement Tom du coin de l’œil s’atteler à la tâche. L’enfant s’appliquait, faisant sourire Harry.
— J’espère que tu aimes les pâtes, dit-il avec une voix presque automatique, les yeux attachés à ses gestes. Je les adore, je ne mangerais que ça.
Tom gardait le silence alors qu’il déposait le dernier ustensile sur la table. Puis, il parla :
— Je suis certain que je vais adorer, répondit-il.
Harry l’observa. Il le vit sourire, mais scruta plutôt l’arrière de son masque, ce qu’il cachait. Tom ne montrait pas son véritable visage. Il jouait un rôle pour plaire, Harry en était certain. C’était un geste de préservation, il en était conscient. Et il aimait bien la politesse de l’enfant, mais il voulait voir sa vraie personnalité afin de mieux saisir comment agir pour l’aider à faire les bons choix. Harry ne sut combien de temps il l’analysait, mais il comprit que les secondes s’étaient écoulées lorsqu’il aperçut les mains de Tom se tortiller ensemble, et ce, même si l’enfant gardait un sourire stable.
— Tom, tu n’as pas à jouer un rôle ici. Je suis là pour t’éduquer, pour t’apprendre la valeur de la vie. S’il y a quelque chose que tu n’aimes pas, je dois le savoir. Il est normal d’avoir des goûts différents, nous sommes tous, après tout, uniques. Il est juste…
Harry se mordit la lèvre, hésitant. Il raffermit toutefois son regard. Cette leçon était importante. Peut-être qu’il était trop tôt, mais il ne pouvait pas laisser passer cette occasion — si seulement il existait un guide pour comprendre comment devenir parent. Tom vivait maintenant sous son toit, il l’avait sous sa responsabilité. Et l’une des plus importantes était qu’il comprenne le respect d’autrui, leur limite.
— Il est juste essentiel de comprendre qu’une limite existe, que des lois sont mises en place pour la sécurité de tous et que chaque existence est importante.
Tom croisa les bras, la tête penchée sur le côté. Mais étrangement, le garçon ne semblait pas se fermer à la discussion, mais plutôt s’ouvrir avec un certain intérêt.
— Chaque vie ? répéta Tom avec scepticisme. Je crois au contraire que certaines vies sont plus importantes que d’autres.
Harry se tendit alors qu’il servait les plats de pâtes et le bol de salade. Il prit place à la table, encouragea Tom à l’imiter, puis observa le garçon, le menton appuyé sur ses mains, coudes sur la table. Il plongea ses yeux dans ceux de l’enfant.
— J’aimerais que tu m’expliques pourquoi tu penses ça.
Harry le scruta avec une certaine intensité et il fut surpris de voir Tom baisser le regard. Mais ce dernier étudia le plat devant lui, impassible. Pour le faire réagir, Harry parla :
— Il y a du parmesan sur la table si tu veux rehausser le goût.
Tom survola un instant le fromage, mais ouvrit plutôt la bouche.
— Certaines vies sont plus importantes que d’autres, car elles sont plus utiles, siffla-t-il alors qu’il agrippait la fourchette et la cuillère afin d’y enrouler les pâtes. Par exemple, il est dans l’intérêt de tous de protéger le premier ministre d’attaques terroristes en lui octroyant des gardes du corps plutôt qu’à un… voyons voir, un fermier. Personne n’ira protéger un pat… un simple fermier.
Harry fronça les sourcils. Comment un enfant avec si peu de chance depuis la naissance pouvait-il penser ainsi ? Peu d’orphelins obtiendraient un grade si haut au courant de leur vie. Un enfant abandonné, jamais adopté, ayant peu d’ambition, possédait déjà moins de chance d’acquérir une routine de vie acceptée par la société. Cela signifiait-il qu’il valait moins ? Un rescapé de guerre, une jambe amputée, mais ayant protégé son pays devenait-il un rebut de la société à cause de son membre en moins ? Certes, certains humains réussissaient à se sortir de leur misère. Mais cela ne signifiait pas que les malheureux ne se distinguant pas aux yeux de la société ne méritaient aucun respect.
— Si on étudie la situation de ton exemple, il semblerait étrange d’octroyer des gardes du corps à un fermier, je te l’accorde. Le premier ministre et le fermier n’ont pas le même rôle en société. Ils n’attirent pas le même danger. Par contre, le fermier apporte quelque chose d’important : il cultive nos terres, nous offre de la nourriture à la table. Il nous permet de combler un besoin de base essentiel : manger. Le fermier est un être sensible et se doit d’être protégé par la loi. Que ce soit le premier ministre ou bien le fermier, les deux comblent un rôle pour les intérêts de la communauté. Seulement, leur rôle diffère. Mais cela ne justifie pas que la valeur de leur vie soit inégale.
Harry goûta à son plat et se satisfit du résultat. La sauce crémeuse était salée à la perfection et ses arômes s’imprégnaient bien sur les pâtes.
— Dans ce cas-ci, le premier ministre aurait avantage à protéger le fermier s’il veut que celui-ci exerce ses fonctions et lui apporte de bonnes moissons, poursuivit-il.
Tom demeurait silencieux. Harry le regarda un instant, comprenant qu’il analysait sa réponse.
— Ce n’est pas facile de rester moral dans nos décisions, ajouta-t-il. La proximité et l’amour que l’on a pour certaines personnes créent bien souvent du favoritisme. On a tendance à vouloir protéger ceux qui nous ressemblent. Mais je crois qu’il est important de se rappeler que tous ont le droit à la vie.
— Alors, pourquoi m’avoir seulement adopté moi et non tous les autres enfants ? critiqua Tom, les yeux plissés. N’ont-ils pas le droit d’avoir eux aussi une famille ? Votre comportement a-t-il seulement été moral ? Et comment avez-vous déterminé que le meilleur enfant était moi plus qu’un autre ? Avez-vous été juste dans votre choix ?
Le souffle de Harry se coupa, un peu comme s’il avait reçu un grand coup dans l’estomac. Il sentit le sang quitter son visage alors que son esprit retournait les mots empoisonnés de Tom. Et Harry se sentit coupable. Il avait les moyens d’adopter plusieurs enfants avec la fortune des Peverell. Son coffre-fort débordait de pièces. Il avait même le manoir, Merlin ! Il aurait pu offrir une meilleure vie aux orphelins. Il était égoïste de choisir seulement Tom.
— Tu es un garçon intelligent, Tom. Ton esprit est vif, affirma Harry. Il m’est malheureusement impossible d’adopter tous les orphelins, mais… avoir pu… Peut-être que j’aurais dû… Peut-être que je devrais…
Mais… Mais non. Certes, plusieurs enfants restaient à l’orphelinat. Or, Harry offrait un soutien financier pour améliorer leurs conditions de vie. Il était retourné dans le passé pour prendre Tom Jedusor en charge pour le mener sur un meilleur chemin. Juste cela représentait beaucoup. Car s’il réussissait, c’était pour le plus grand bien de tous. Perdu dans ses pensées, Harry ne vit pas l’angoisse naître au fond de Tom. Mais il l’entendit dans sa voix :
— Je… Je vous remercie de m’avoir choisi. Je vous serai éternellement reconnaissant, insista le garçon avec une certaine panique dans la voix tout en scrutant l’homme, qui l’observait encore avec hésitation. Je veux que vous et moi — seulement nous deux — formions une famille.
Aux derniers mots, Harry sentit son cœur bondir et un sourire agrandir ses lèvres. C’était son souhait le plus profond : avoir une famille près de lui, ce qu’il avait presque obtenu avec les Weasley. Peut-être… Peut-être que lui et Tom arriveraient à quelque chose…
— Il m’est difficile de croire que tu as seulement 8 ans, souffla-t-il. Tu es le premier enfant que je rencontre avec autant d’intellect.
Et ceci lui apporterait de grands enjeux dans le futur. Il vit Tom plisser le nez comme s’il n’appréciait pas le compliment. Étrange.
— Et vous, difficile de croire que vous avez seulement 24 ans, répliqua-t-il.
Le reste du repas se passa étonnamment bien. Ils mangeaient en silence, mais celui-ci n’était pas lourd. En fait, Harry l’entrecoupait avec quelques commentaires personnels sur ce qu’il pourrait améliorer de son plat la prochaine fois. Tom avait terminé son repas, ne laissant que quelques traces de sauce. Ce constat fit plaisir à Harry qui nota cette recette dans les appréciations du garçon. Peut-être pourrait-il faire un livre avec les préférences de Tom ? Aimerait-il cela ?
Alors que Tom repoussait son assiette, Harry se précipita vers le réfrigérateur pour le dessert. Il expliqua ce qu’il avait mitonné pendant qu’il servait la part au garçon. Lorsque ce dernier goûtait une pointe du gâteau aux anges, Harry vit ses joues se colorer un peu.
— Je note ton appréciation, le taquina-t-il. Selon moi, la tarte à la mélasse est bien supérieure, mais ce gâteau n’est pas si mal.
Tom plissa les paupières.
— Vous ne me semblez pas être une personne difficile avec le sucre, siffla-t-il. Les deux parts de tarte lors de votre première visite à Wool et l’énorme cuillère de sucre dans votre thé de ce jour… J’en déduis que vous vivez pour les douceurs et que vous appréciez particulièrement votre dessert du moment.
Harry eut un sourire moqueur. Voilà quelque chose d’intéressant.
— Eh bien, je vois que tu m’observes attentivement.
Les joues de Tom se colorèrent comme deux pommes et Harry les observa avec étonnement. C’était la première fois qu’il notait autant de couleur sur le visage de l’enfant. Celui-ci se leva.
— Je vous remercie pour le repas, dit-il de sa voix hachée. Je vais me reposer.
Il était embarrassé et c’était assez mignon. Harry l’observa sans moquerie cette fois et hocha la tête.
— N’hésite pas à utiliser la salle de bain, l’eau est chaude ici.
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Un livre à la main, Harry se tenait devant la porte de Tom. Une fois la cuisine nettoyée, il avait pris sa douche et avait revêtu son pyjama. Maintenant, il voulait proposer quelque chose à l’enfant, mais cela l’angoissait quelque peu.
Il cogna trois coups à la porte. Puis, il se fit inviter à entrer. Harry glissa sa tête par l’ouverture et observa l’environnement. Bien, Tom avait signé l’endroit de sa présence. Il posa finalement les yeux sur le visage impassible du garçon.
— Je… je me demandais si tu désirais que je te fasse la lecture.
Harry lui montra le livre entre ses mains.
— Me faire la lecture ? répéta Tom incrédule. Pourquoi ?
Poussant un peu plus la porte, Harry pénétra dans la chambre, pieds nus. Tom le scruta de la tête aux pieds avec la bouche aplatie.
— Eh bien, je pensais que nous pourrions créer une routine, tu vois ? Une tradition, sans que ce soit tous les soirs, à ta guise.
Harry était nerveux. Le ton de Tom avait été sec, mais quelque chose s’agitait dans ses yeux, comme une sorte de curiosité. Accepterait-il ou le repousserait-il ? Harry serra un peu plus fort le livre entre ses mains.
— C’est une bonne idée, entendit-il.
Immédiatement, Harry s’illumina à cette réponse. Il rapprocha la chaise du bureau près du lit de Tom, heureux de pouvoir tenter d’établir un lien avec l’enfant. Il lui présenta le livre d’Alice aux pays des merveilles, un sourire aux lèvres. L’intérêt de Tom était titillé et Harry lui proposa d’installer une bibliothèque pour tous ses futurs livres si c’était quelque chose qu’il désirait. Puis, lentement, Harry entreprit de lui faire la lecture du chapitre 1 : Dans le terrier du Lapin.
— Alice, assise auprès de sa sœur sur le gazon, commençait à s’ennuyer de rester là à ne rien faire ; une ou deux fois elle avait jeté les yeux sur le livre que lisait sa sœur ; mais quoi ! pas d’images, pas de dialogue !
Harry prenait plaisir à lui faire la lecture. Il aurait aimé, enfant, qu’on fasse de même pour lui. Alors, il y mit tout son cœur et son expressivité pour animer le conte. Pendant que l’histoire avançait, Tom démontrait des expressions parfois drôles, parfois adorables. Mais ses pincements de lèvres révélaient qu’il trouvait Alice idiote.
— Au cou de cette petite bouteille était attachée une étiquette en papier, avec ces mots « BUVEZ-MOI » admirablement imprimés en grosses lettres.
Harry poursuivit sa lecture, mais un ricanement s’éleva de son auditeur. Il l’observa avec intérêt.
— Alice n’est pas complètement idiote, répondit Tom. Elle pense au moins à vérifier si c’est du poison au lieu de suivre aveuglément l’inscription. Mais elle reste quand même frivole. Elle boit toute la potion au lieu de simplement en prendre une petite quantité pour voir les effets. Elle se laisse gagner par le plaisir que cela lui procure. Elle n’a aucune volonté.
— C’est une enfant, Tom. Et c’est un conte.
Tom grogna un moment pour lui signifier de continuer, ce que Harry fit. Mais il fut bientôt arrêté au moment du petit gâteau. Tom ricanait, puis prit la parole sous le regard amusé de Harry.
— Elle a compris son erreur la première fois avec la potion, elle a évité de manger complètement le gâteau. Elle pourra donc se servir de ce qui lui reste pour une prochaine fois. Ce qui est plus rusé.
Rusé comme un Serpentard, pensa Harry. Et il ne doutait pas que Tom aurait été encore plus intelligent et n’aurait pas commis la première erreur d’Alice. Puis, il fut surpris de la question du garçon :
— Auriez-vous été capable de vous arrêter de manger le gâteau, monsieur ?
Un rire s’échappa de la gorge de Harry. Ce dernier plissa les yeux de bonheur tout en observant Tom. Finalement, ils finirent le chapitre. Harry ferma le livre et voulut caresser les cheveux de l’enfant. Mais il arrêta son mouvement sous l’expression étrange de Tom. Il n’arrivait pas à déterminer s’il acceptait ou non le contact physique et préférait éviter tout acte embarrassant.
— Nous continuerons demain soir, souffla-t-il en remettant la chaise à sa place et en éteignant la lampe. Bonne nuit, Tom.
Et il partit, refermant légèrement la porte pour laisser filtrer un peu de lumière de la maison. Harry descendit les escaliers, le livre avec lui. Il alla le déposer dans sa chambre où il s’installa à son bureau, devant son plan de travail. Là, sous la faible lumière de sa lampe, il empoigna ses outils et se mit à gratter un morceau de bois. Il s’agissait d’aubépine.
Harry n’utilisait plus de baguette magique depuis sa première mort. Sa fidèle alliée, en houx au cœur de phénix, jumelle de la baguette de Voldemort, avait péri lors de sa quête des Horcruxes. Il s’était retrouvé avec la baguette de Drago Malefoy en 1942, l’utilisant plutôt comme subterfuge. Mais lors de sa deuxième mort, cette baguette était restée derrière lui. Ici, en 1934, il ne possédait plus rien. Mais il n’en avait pas besoin pour canaliser sa magie, plus depuis que les Reliques de la Mort s’étaient liées à lui. La Baguette de Sureau coulait dans ses veines, tout comme la pierre de résurrection et la cape d’invisibilité.
Ainsi, Harry avait acquis un nouveau passe-temps : la fabrication de baguettes. Peut-être pourrait-il envisager de trouver un maître en la matière pour son apprentissage. Mais pour le moment, il se familiarisait avec le bois et les outils.
Le temps s’écoulait, la lune maintenant haute dans le ciel. Aucun son ne provenait de l’étage : Tom devait dormir. Lentement, Harry sortit de sa chambre et grimpa les marches. Puis, il observa la forme endormie par l’entrebâillement de la porte. Tom était paisible, ce qui le rassura. Il lui était étrange de penser que le passé de Voldemort se retrouvait dans sa maison. Comme quoi le destin pouvait s’interposer dans un enchaînement d’événements où les hommes y voyaient de l’illogisme. Harry se détourna et décida de dormir à son tour.
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Une agréable odeur titilla les narines de Harry. Emmêlé dans ses couvertures, son oreiller pressé contre son ventre, il entrouvrit les yeux. Un long bâillement s’échappa de sa bouche coulante de salive tandis que sa main plongea dans sa crinière de jais. Quelqu’un cuisinait et ce n’était pas lui. Harry s’extirpa du lit, son ample pyjama froissé, puis boitilla jusqu’à la cuisine.
Tom s’affairait à la cuisson de crêpes. La table était mise et tout semblait… improbable.
— Ça sent très bon, dit-il.
Sa voix était enrouée de sommeil, un peu rauque.
Tom se retourna pour l’observer, écarquillant les yeux à sa vue. Ceux-ci parcoururent sa silhouette, mais s’attardèrent sur ses cheveux. À ce constat, Harry fronça les sourcils avant de se gratter le crâne.
— Pourquoi ris-tu ? bâilla-t-il.
— Je ne ris pas.
— Bon, pourquoi ce sourire, alors ?
Tom pencha la tête sur le côté, les yeux scrutateurs.
— Vos cheveux sont un réel désastre, lui avoua-t-il alors qu’il déposait l’assiette de crêpes sur la table.
Harry eut un rire. Que pouvait-il faire de plus ? Ce n’était que la stricte vérité.
— Je sais, répondit-il en haussant ses épaules.
Une ombre de dégoût voltigea sur le visage de l’enfant, ce qui fit rire un peu plus Harry. Tom semblait aimer faire particulièrement attention à son apparence physique. Tout le contraire de lui. Harry n’avait aucun problème à paraître négligé. Mais cela semblait déranger le garçon.
Ils s’installèrent pour le repas et Harry lui lança des compliments. C’était vraiment très bon et il ne se gênait pas pour le souligner. Tom s’étouffa à ses mots, ce que Harry ne comprit pas. Qui n’aimait pas les compliments ? Mais une chose qu’il fut certain : il ne détestait pas se lever avec un petit-déjeuner déjà prêt. Mais, il ne ferait jamais comme les Dursley : l’obliger à préparer tous les repas du matin, sans exception.
— Qu’aimerais-tu faire aujourd’hui ? demanda Harry alors qu’il portait un morceau à sa bouche et qu’un filet de miel glissait sur son menton.
— Des livres, répondit Tom, les yeux errant sur le menton et la main de Harry avant de les remonter à son visage. J’aimerais trouver des livres.
— Il y a une petite librairie au village, répliqua-t-il. Elle n’est pas immense, mais on peut y commander des articles.
La magie de Tom pétillait agréablement à la mention de la librairie : il semblait intéresser à faire quelques courses en famille. Harry prépara l’évier pour la vaisselle pendant que Tom insistait pour l’aider. Il accepta, le sourire aux lèvres, fredonnant son air de jazz de la veille.
Tom partit se changer, tout comme Harry. Il retira son pyjama et enfila un pantalon confortable, une chemise et son pull préféré : le tricot qu’il portait lors de sa première mort. C’était un souvenir d’une extrême importance pour lui. Même si le vêtement devenait difforme et étiré avec les années, il adorait le porter. Peut-être pourrait-il essayer divers sorts pour l’ajuster à nouveau à sa taille. Il tenta de peigner ses cheveux, mais reposa rapidement le peigne sur sa table de chevet. Il s’observa un moment dans le miroir et haussa les épaules. Ce n’était certes pas parfait comme lors de ses visites à l’orphelinat, mais c’était lui : Harry Potter. Ou plutôt, Harry Peverell.
Dans le salon, Tom l’étudia une nouvelle fois de la tête aux pieds avant d’émettre un claquement de langue. Harry ne put retenir un sourire, surtout devant le physique impeccable de l’enfant.
— On y va ? demanda-t-il.
Tom hocha la tête et enfila ses bottes et son manteau. Le vent froid soufflait fort à l’extérieur. Harry s’approcha de la voiture, les clefs entre ses doigts.
— Tu t’assois à l’avant ? se surprit-il en voyant le mouvement de Tom.
— Et pourquoi pas ? grogna celui-ci.
Harry haussa les épaules et embarqua dans le véhicule. Ce n’était pas bien grave, après tout. Il observa les commandes, puis se gratta la tête. La magie de Tom commença à tourbillonner étrangement.
— Savez-vous au moins comment conduire ?
— Bien sûr ! marmonna Harry alors qu’il entrait la clef dans le contact. C’est juste que je ne l’utilise pas très souvent. Seulement pour certaines courses loin au village.
Le bruit du moteur s’éleva et lentement, Harry actionna les commandes pour reculer la voiture de l’entrée. Elle s’ébranla sur le chemin, par grands coups.
— Arrêtez d’appuyer sur le frein, bon sang ! s’énerva Tom, raidi sur son siège.
— Ton langage, jeune homme ! gronda Harry, qui cherchait à se concentrer. Par où dois-je aller, déjà ? Ah oui, je me souviens.
La voiture fila sur la route. Harry repensa à M. Weasley lors de son entrée en deuxième année. L’homme était bien meilleur conducteur que lui et il était un sorcier ayant été élevé par des sorciers ! Tom émettait parfois des gémissements lors des secousses et Harry trouvait ses réactions quelque peu exagérées. Ils n’étaient pas dans le fossé ! Finalement, ils arrivèrent à la librairie où Harry prit le temps de se présenter au marchand. C’était un vieil homme au visage sympathique. Du coin de l’œil, Harry vit Tom s’effacer entre les rangées pour y dénicher des trésors.
— Alors, M. Peverell, marmonna le vieux marchand. Comment trouvez-vous le village ?
Harry, accosté au comptoir, plissa le nez sous la fumée du cigare.
— Je n’ai pas eu la chance de le visiter en profondeur, je dois vous avouer.
— Il le faudra bien si vous voulez que votre jeune frère fréquente des enfants de son âge, le sermonna le marchand.
Harry sentit son cœur bondir, puis il grimaça. Son frère… N’aurait-il pas dû dire « fils » ? Et même ce qualificatif sonnait étrange. Bien que Tom soit effectivement son fils adoptif, Harry avait énormément de difficulté à assimiler ce mot, à le coller sur le visage du garçon. Tom Elvis Jedusor était tellement de choses… Trop de choses pour Harry. Le définir était impossible.
— Il s’agit de mon enfant adoptif, répondit-il, malaisé. Et vous avez raison : il va mourir d’ennui à s’isoler avec moi pour seule compagnie.
— Oh ! s’exclama l’homme pendant que Harry fronçait les sourcils. Pardonnez-moi, vous me sembliez bien jeune pour être père.
— Père adoptif, précisa une fois de plus Harry. Je suis dans la fin vingtaine, mentit-il.
— Eh bien, j’aimerais connaître votre cure de jeunesse, mon petit !
Harry grimaça de plus belle. Existait-il un sort pouvant troubler son image ? Pourtant, Mme Cole n’avait pas fait autant de chichis devant l’aspect de Harry. Mais il est vrai qu’il avait été tiré à quatre épingles lors de ses passages à Wool.
— Le petit n’a pas de mère ?
— Elle est décédée, répondit prudemment Harry. Je… Un lien particulier existe entre nos familles et lorsqu’il est tombé orphelin, j’ai décidé de le prendre sous mon aile.
— Vous êtes un homme bon, répliqua le marchand. Si jamais vous cherchez à connaître quelques dames du village, je suis certain qu’un gaillard comme vous saura attirer leur attention. Il y a Bertha, une jolie femme dans la trentaine, elle aime bien les jeunots comme vous.
Harry le remercia et trouva rapidement une excuse pour s’éloigner du vieux marchand. Des sueurs froides glissaient dans son dos. Peut-être que la Mort pourrait faire quelque chose pour l’aider.
Il retrouva bien vite Tom, une pile de livres entre les bras.
— Eh bien, tu ne lésines pas sur mon porte-monnaie, remarqua-t-il, les yeux écarquillés.
Il vit Tom se figer. Harry regretta un instant sa taquinerie et lui offrit un grand sourire.
— Je suis content que tu me montres ce que tu désires, approuva-t-il. Et l’achat de livres, à mon sens, n’est jamais superflu.
Ils passèrent à la caisse et Harry paya le plus rapidement possible avant que le vieil homme émette des commentaires dérageant devant le garçon. Puis, après avoir déposé leurs achats à la voiture, ils se dirigèrent sur le trottoir pour la prochaine boutique.
La rue était animée : des enfants jouaient avec plaisir, des couples se baladaient main dans la main, une vieille dame nourrissait des chats errants. Quelques villageois les pointaient du doigt et Harry les salua avec chaleur.
— Pourquoi attirons-nous autant l’attention ? grogna Tom, le nez plissé.
— Nous sommes nouveaux, expliqua-t-il. Les villageois se connaissent bien entre eux, en général. Alors, ils se demandent qui nous sommes.
— N’habitez-vous pas ici depuis longtemps ?
— Non, lui avoua-t-il. J’ai acheté cette maison dans l’optique de l’adoption. Je pensais que ce serait un endroit chaleureux pour t’élever.
Ils arrivèrent bientôt devant une nouvelle façade, nommée Objets d’art. Harry pénétra la boutique, Tom sur ses talons. Plusieurs objets hétéroclites décoraient les étagères. Une forte odeur d’encens voltigeait dans l’atmosphère et Harry se revit dans son premier cours de divination. Une fois de plus, Tom s’éloigna dans les allées et il en fit de même. Il trouva un tableau qui lui rappelait Hedwige : Harry le prit immédiatement. Il serait beau dans le salon, près de la cheminée. Il agrippa quelques coussins et des objets décoratifs. Puis, il retrouva Tom qui observait avec une certaine intensité un bibelot.
Derrière l’enfant, Harry l’étudia. L’objet était magnifique et avait dû demander un travail minutieux. Tom acquérait ses trophées en les dérobant. C’était ainsi qu’il possédait les choses. Mais peut-être que s’il obtenait un bibelot par gentillesse, un présent qui l’intéressait vraiment, cela lui montrerait la beauté de la bienveillance ?
— As-tu trouvé quelque chose qui te plaît ? s’informa Harry avec son panier-roulette à la main.
— Je ne sais pas, répondit Tom alors qu’il arrachait son regard du bateau pour les poser sur le panier de Harry. C’est beaucoup de couleur…
— Ça va ajouter de l’éclat au salon.
— Hum…
Harry poussa le panier, un léger sourire aux lèvres.
— Allez, choisis des choses pour ta chambre, insista-t-il en tournant l’allée.
Près de la caisse se trouvait un carillon en bois. Il était magnifiquement sculpté. Harry s’imaginait en créer un, mais avec des baguettes magiques. Mais, cela lui prendrait encore plusieurs années avant d’acquérir le talent de l’artiste ayant produit l’œuvre devant lui.
— Non ! s’exclama la voix de Tom, maintenant près de lui. C’est bruyant.
— Mais non, écoute, insista Harry en caressant l’objet.
Les pièces de bois se heurtèrent dans une sonorité basse, réconfortante.
— Tu vois ? se réjouit-il. Je le prends.
Ils allèrent enfin payer leurs achats, Tom toujours aussi silencieux.
— Je prendrai aussi le bibelot : le bateau dans la bouteille, informa Harry à la vendeuse.
Il sentit Tom se figer près de lui.
— C’est un bon choix, approuva la femme. Cette pièce a été confectionnée par un navibotelliste réputé à Londres : Herman McMillen. Je vais vous l’emballer pour bien le protéger.
Alors que la dame s’effaçait parmi les allées, il vit le visage de Tom le scruter avec intensité.
— C’est de la folie, siffla-t-il. Le bibelot est magnifique, mais c’est trop cher.
Harry se pencha à la hauteur du garçon, confrontant directement ses yeux sombres. Tom semblait en colère, mais derrière cette émotion s’en cachait une plus profonde : l’envie. Et Harry voulut combler ce petit désir chez Tom. Il voulait lui montrer qu’il pouvait lui offrir des cadeaux, qu’ils formaient une famille.
— C’est le seul objet qui a titillé ton attention parmi tous les autres, insista-t-il. Tu le qualifies même de magnifique. Je veux te faire ce cadeau. Alors, chéris-le adéquatement.
Tom pinça ses lèvres et avala difficilement. Il n’ajouta rien, au plaisir de Harry.
La femme revint, le paquet dans les mains.
— Et voilà !
Ils repartirent par la suite vers la voiture. Harry voyait bien que Tom anticipait la route, mais il ne fit aucun commentaire. Peut-être devrait-il plus s’entraîner à la conduite ? Une fois au cottage, ils déchargèrent le coffre arrière puis entreprirent de décorer la maison avec leurs achats.
Harry s’occupa du cadre en priorité. Il aimait l’idée de voir Hedwige tous les matins en sortant de sa chambre. Les objets trouvèrent leur place, sauf les oreillers que Harry demanda à Tom de porter dans sa chambre. Il avait du mal avec le cadre et ne comprenait pas pourquoi. Ce n’était pourtant pas si difficile d’installer un clou dans le mur.
Il se débattit quelques fois, mais comprit finalement qu’il y avait plutôt un problème avec l’armature du cadre. Ce constat le soulagea. Il commençait à se trouver incompétent. Lorsqu’il se retourna, il ne vit Tom nulle part. Était-il encore dans sa chambre ? Harry ne cachait pas grand-chose, mais il n’aimait pas trop que le garçon s’attarde dans son lieu d’intimité. Il pénétra donc son sanctuaire et vit l’enfant observer les photos.
— Tom, que fais-tu ?
Il espérait avec force que Ron et Hermione demeuraient immobiles sur la photo. C’était peut-être une mauvaise idée de laisser ses cadres sur sa table de chevet, mais les cacher lui retournait davantage l’estomac. Harry, les sourcils froncés, scruta Tom avec raideur.
— Je t’ai demandé de déposer les oreillers, pas d’inspecter ma chambre, lui reprocha-t-il. Aimerais-tu que je fasse de même avec la tienne ? Il faut dire qu’en tant que tuteur, ce serait dans mes droits.
L’enfant vira au rouge. Sa magie s’anima avec férocité. Harry avait touché juste avec son reproche. L’esprit du Tom s’enflammait et ses yeux fuyaient une fois de plus les siens.
— Pardon, marmonna le garçon. J’ai vu la photo et j’étais curieux.
Harry se rapprocha et observa ladite photo d’un œil vif, désapprobateur : heureusement, celle-ci était immobile. Mais pour combien de temps ? Il déposa la main sur l’épaule de Tom — il le sentit se tendre — et le poussa hors de sa chambre. Tom n’aimait pas se faire toucher : Harry respecterait cela à l’avenir.
De retour dans le salon, il vit Tom fixer le tableau avant de se détourner pour monter à l’étage. Il profita de ce moment pour allumer un feu dans la cheminée. Une douce odeur boisée, agrémentée de cendre, s’éleva dans les airs et réconforta Harry, de retour dans la salle commune de Gryffondor. Plus tard, Tom descendit pour s’installer près de l’âtre et Harry l’imita, en silence.
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Plusieurs jours après l’adoption de Tom, lors du petit-déjeuner, Harry agitait l’une de ses jambes sous la table. Il y appuya l’une de ses mains avec l’espoir d’arrêter son mouvement. Tom, toujours assis avec élégance, buvait son jus d’orange tout en lisant un livre. Il leva son menton, plissant ses yeux sombres.
— Monsieur, pouvez-vous cesser d’agiter votre jambe ? Les vibrations vont avoir raison de la maison : elle va finir par s’écrouler.
Étonné, Harry laissa échapper un rire alors que Tom plissait le nez.
— Justement, Tom… J’aimerais te demander s’il serait possible de m’appeler Harry et de me tutoyer. Tu vois, ça me trouble que tu sois aussi formel avec moi.
Tom plissa davantage le nez avec un certain dédain.
— Je ne te demande pas de m’appeler « père »…
— Jamais ça n’arrivera ! s’exclama l’enfant en le coupant, les yeux brillant étrangement. Enlevez-vous cela immédiatement de votre tête.
La jambe de Harry se paralysa, son corps s’agita sur la chaise. Il pouvait comprendre son désintérêt à l’appeler « père », mais de là à scander avec autant de force que jamais cela n’arriverait… Harry dut s’avouer troublé, voire blessé. Lui qui désirait former une famille. L’enfant pourrait-il l’apprécier un jour ? Et Harry se sentit pathétique de ressentir ce besoin alors que Tom était le passé de Voldemort.
— Je viens de te préciser que je ne te demandais pas de m’appeler « père » ! claqua Harry. J’aimerais juste plus de familiarité, c’est tout !
Les yeux de Tom s’écarquillèrent un instant. Avait-il compris qu’il avait blessé Harry avec ses mots ou était-il surpris de son ton ?
— Je ne suis pas encore prêt à être aussi familier, marmonna Tom entre ses dents. Cela signifierait que je dépendrais trop de vous.
Harry fronça les sourcils, un goût amer en bouche.
— Mais tu es un enfant, Tom ! Bien entendu que tu dépends de moi, dans certaines mesures, rétorqua Harry quelque peu dépassé.
À ces mots, l’enfant ferma brusquement son livre et se leva, les yeux brillants de colère.
— Oui, j’en suis conscient. Et croyez-moi, si je pouvais vivre de façon autonome, je le ferais ! siffla-t-il. Mais notre misérable société ne me le permet pas.
Et il s’éloigna à grands pas à l’étage et claqua la porte de sa chambre. Harry, ahuri, resta un long moment à observer son thé refroidir.
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Après le désastre concernant la familiarité, la poussière était peu à peu retombée. Une routine s’était aussi installée. Harry avait remarqué que Tom aimait garder un horaire stable et s’affairer à des tâches aux mêmes heures. Il le laissait faire, l’observant parfois lors de la journée. Seul le petit-déjeuner demeurait une surprise. Soit il le préparait, soit Tom s’en occupait. À ces moments, Harry profitait du matin pour paresser au lit.
Harry se crispait toujours lorsque Tom l’appelait monsieur ou bien Peverell, mais ne ramena plus le sujet sur la table. Toutefois, il se plaisait à lui rappeler de façon régulière qu’ils étaient une famille. Peut-être qu’un jour Tom accepterait ce fait. Pendant que ce dernier vaquait à ses occupations, Harry en faisait de même. Il travaillait à son bureau, dans sa chambre, à la confection de sculpture de bois, et Tom respectait maintenant son intimité. Jamais il n’avait remis les pieds dans son sanctuaire.
Une chose que Harry comprit rapidement fut le fait que Tom attendait grandement leur rituel du soir. Le garçon appréciait leur séance de lecture, surtout lorsque Harry animait les histoires avec passion. Ce dernier se surpassait et restait assez surpris de son talent : jamais il n’avait pensé détenir une telle habileté de narration.
Deux jours plus tôt, ils avaient fini le livre d’Alice. Tom avait émis plusieurs fois sa vision du personnage, la trouvant idiote et mièvre. Et Harry lui souriait toutes les fois où ils en discutaient.
— Tu sais, lui avait-il dit avec solennité, l’un des messages dans Alice tourne autour du fait qu’il est difficile de garder son âme d’enfant en vieillissant. Il est de plus en plus complexe de trouver du merveilleux dans son quotidien. Et, en tant qu’adulte, cette enfance perdue devient un objet de désir, voire de nostalgie. Tout est si magique lorsque l’on rêve sans crainte.
Ce que Harry aurait fait pour revivre son enfance. Peut-être pas le temps chez les Dursley, mais tous les bons moments avec Ron et Hermione. Il les aurait davantage chéris comme si chaque jour était le dernier. Il aurait aimé redevenir insouciant, vivre sans la crainte d’un avenir incertain et lugubre. Mais cela était impossible. Harry avait alors souri tristement à Tom, qui l’avait scruté avec son habituelle intensité.
Bien vite, Harry dut aborder un sujet plus épineux avec Tom.
C’était le soir, le soleil déclinait à l’horizon. Tom se trouvait à son endroit usuel près du feu et Harry alla le rejoindre, mais sur le même divan cette fois-ci. Sa tasse de thé en main, il attendit de capter l’attention du garçon. Celle-ci ne se fit pas tarder. Leurs yeux se rencontrèrent.
— Comment te sens-tu depuis que tu vis ici ? commença doucement Harry.
Tom répondit avec prudence :
— Bien. J’aime beaucoup la maison et votre prévenance.
Harry était heureux de cette réponse. Il hocha la tête, hésitant.
— J’ai voulu te laisser du temps pour t’adapter, souffla-t-il, ses yeux verts dans ceux de Tom. Pour que tu te mettes à l’aise. Toutefois, il faut parler de l’école.
Il vit les mains de Tom se crisper alors que son visage ne montrait aucunement ses émotions.
— Aimerais-tu que je t’inscrive à l’école ?
Plusieurs ombres glissaient dans les yeux de l’enfant. Harry y reconnut de la curiosité, de l’intérêt, mais aussi du détachement. Et puis, de la frustration. Pourtant, Tom Jedusor aimait apprendre. Il était doté d’un appétit insatiable.
— Et vous, que faites-vous ? Vous ne travaillez pas ?
Surpris, Harry se gratta l’arrière de son crâne, sa tasse de thé dans son autre main.
— J’ai… hérité d’une grande fortune. Alors… Je suis sans emploi pour le moment. Je travaille sur quelques projets, mais rien de plus.
Cette réponse capta un peu plus l’attention de Tom. Il claqua son livre et lui fit complètement face.
— J’ai entendu dire que certaines familles faisaient l’école à la maison pour leurs enfants…, marmonna Tom, les yeux toujours fixés sur Harry. Serait-ce une option envisageable ?
Harry pencha la tête dans une sorte de méditation. Pouvait-il faire l’école à la maison pour Tom ? Était-ce une bonne chose ? Un enfant de son âge devait bien socialiser avec d’autres enfants. Certes, Tom était assez solitaire, mais l’enfoncer davantage dans cette routine ne viendrait-il pas l’isoler et l’encourager à développer de mauvais traits de personnalité ? Ne devrait-il pas voir le vrai monde ? Autre que l’intérieur d’un orphelinat ou bien de ce cottage, aussi confortable était-il ? Toutefois, Harry appréciait l’idée de lui être utile. Il aimait bien prendre soin de Tom. Sans lui, il tournerait rapidement en rond sans savoir quoi faire. Ce n’était pas seulement Tom qui aimait leur nouvelle routine, mais aussi lui.
Toujours plongé dans ses pensées, Tom le ramena à la réalité.
— Je vous avoue, monsieur, que je viens tout juste de vous trouver, susurra-t-il, un étrange rictus aux lèvres.
Harry se redressa avec méfiance sur le fauteuil. Quel était ce sourire ? Il sentait la manipulation ou plutôt la séduction. Tom Jedusor, voire Voldemort, détenait ce talent.
— Ça fait beaucoup de changement en peu de temps, poursuivit-il avec hésitation cette fois-ci. Je veux apprendre… S’il est possible de le faire avec vous… J’aimerais éviter de m’éloigner de vous pour le moment.
Était-ce de la manipulation ou bien y avait-il une portion de vérité derrière ces mots ? Et pourtant, Harry se laissa convaincre et s’adoucit immédiatement.
— Eh bien, bégaya-t-il, je vais m’informer auprès de l’école du village pour les détails. Oui, ce serait possible. Je dois juste avoir un certain soutien pour quelques matières.
Il plongea ses émeraudes dans l’ombre des iris de Tom.
— Toutefois, je pense qu’il serait bien pour toi de rencontrer d’autres enfants. Tu ne peux pas rester isoler avec un homme, tu dois socialiser avec d’autres humains.
La magie de Tom s’étira jusqu’à piquer Harry. Les yeux du garçon lançaient du poison alors que ses lèvres débordaient de fureur.
— Socialiser avec des enfants, vous dites ? Je l’ai fait tous les jours de ma vie ! J’ai grandi dans un orphelinat ! Tous les jours, j’ai dû apprendre à partager, à laisser de l’espace aux autres et même à torcher les bambins. Alors, pardonnez-moi de vous contredire, mais mon besoin immédiat est de créer un lien de confiance à l’adulte qui a décidé de m’adopter. Le même adulte qui me décrit comme brillant, vif d’esprit. Si c’est le cas, je crois bien qu’étudier à la maison ne changera rien à mon intellect, n’est-ce pas ?
Pétrifié, Harry l’observa avec surprise, les yeux écarquillés. Eh bien, le point de vue de Tom était assez éloquent. Dit ainsi, Harry se trouva même un instant idiot d’avoir voulu envoyer l’enfant à l’école. Ne sachant que faire, il porta son thé à ses lèvres et but une gorgée. Il ouvrit la bouche, mais la referma bien vite. Que pouvait-il dire ?
Harry hocha alors la tête.
— Je comprends, souffla-t-il. Si c’est ce que tu désires, je vais écrire à l’école et je t’enseignerai à la maison. Mais une routine stricte sera fixée.
— Aucun problème, répondit Tom, ravi.
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Harry feuilletait le livre de grammaire de Tom, découragé. Le français comportait de nombreuses règles et cela l’étourdissait. Il en arrivait même à penser que les potions étaient bien plus faciles, ce qui le mit en horreur. Et Tom l’écoutait toujours comme un élève modèle.
— Le déterminant introduit toujours un nom dans la phrase, récita Harry, les yeux fixés sur la leçon de français. Il ne peut pas être employé seul.
Harry tourna le livre vers l’enfant, ignorant toutes les pensées qui tournoyaient dans la tête de ce dernier et qui ne concernaient en rien la grammaire.
— Peux-tu me montrer les déterminants dans cette phrase, Tom ?
Tom observa l’exercice et pointa sans faute tous les bons éléments. Harry approuva du menton et poursuivit la leçon. Les heures s’égrenèrent et Harry fut heureux de libérer Tom. En réalité, il appréciait plutôt le fait qu’il pouvait lui-même prendre une pause.
— Je vais prendre l’air, l’informa Tom alors qu’il préparait de l’eau chaude pour son thé.
— Bien, lui répondit Harry pendant qu’il cherchait les feuilles de thé noir. L’air frais nourrit le cerveau et un cerveau bien alimenté retient mieux l’enseignement.
La porte claqua, signe que Tom était sorti. Harry se permit un moment de détente près du feu. Il observait les flammes, sans réellement les voir. Il se remettait beaucoup en question. Agissait-il correctement avec Tom ? Celui-ci pouvait être si froid. Pourtant, son âme n’était pas encore divisée. Il devait bien exister une once de chaleur chez le garçon. Et ce, même si sa personnalité était particulière. Harry désirait lui donner tout l’amour possible, mais Tom n’aimait pas les marques d’affection. Du moins, de ce qu’il montrait. Et Harry voulait respecter cela. C’était important. Le fait qu’il soit présent pour lui, à l’écoute ou bien intéressé… Était-ce suffisant ? Peut-être qu’il devrait rappeler la Mort et discuter un peu. Les conseils seraient bienvenus. Cette pensée fit rire Harry. Si un jour il avait su qu’il demanderait son avis à la Mort…
Harry observa l’heure. Cela faisait un moment que Tom était sorti. Certes, ce n’était pas bien grave. Il était bon pour le garçon de prendre l’air, mais ce n’était pas dans ses habitudes de traîner de la sorte, surtout lorsqu’on savait que l’enfant affectionnait les routines strictes. Harry se leva et enfila son manteau. Il emprunta le chemin principal et observa les alentours avec calme.
Plus loin, près du fossé, il aperçut une silhouette accroupie. Que faisait Tom ? Il semblait avoir trouvé quelque chose d’intéressant pour rester immobile ainsi. Harry s’avança.
— Tom ? Nous devrions reprendre la leçon, annonça-t-il à quelques mètres derrière lui.
Harry sentit son ventre se retourner lorsqu’il entrevit la masse inanimée d’un animal aux pieds de l’enfant, la fourrure teintée de rouge. Que… Que se passait-il ? Avait-il tué l’animal ? Vu qu’il n’avait pas pu pendre le lapin à Wool, il tentait l’expérience sur celui-ci ? Et Tom qui demeurait immobile.
Sa voix poursuivit, tremblante :
— Que fais-tu ?
Tom, toujours accroupi au sol, lui tournait le dos. Il restait de marbre, sa respiration à peine perceptible. Même sa magie semblait s’effacer.
— Tom ! répéta durement Harry, d’un ton grave. Qu’as-tu fait ?
Avec lenteur, Harry vit Tom se relever, les doigts barbouillés de sang. Il lui fit face sans toutefois affronter son regard. Son visage était inexpressif. Mais bien vite, ses lèvres tremblèrent et Tom se les mordit avec force. Harry, quant à lui, était horrifié par la scène. Tom avait du sang partout sur les mains. Son visage pâle lui rappelait la folie de Voldemort. Ses yeux auraient-ils la même lueur démente ? La même teinte cramoisie ?
— Tom, regarde-moi ! le somma-t-il en colère, mais encore plus dévasté par ce qu’il découvrait.
Il devait vérifier ses iris, maintenant ! Le garçon leva les yeux et ce fut lui qui eut un mouvement de recul en scrutant Harry. Celui-ci ne comprenait pas sa réaction, ce qu’il se passait dans son esprit. Là, devant lui, se tenait un enfant avec un regard avide, mais aussi effrayé. C’était tellement contradictoire. Et l’effroi gonfla en Harry. Avait-il déjà perdu la partie ?
— Je… je…
Tom fronça les sourcils devant sa voix.
— As-tu tué ce lapin, Tom ? siffla Harry avec froideur.
— Non, je ne…
— Dis-moi la vérité ! s’écria-t-il, sans réserve. Bon sang, Tom ! As-tu éventré ce pauvre animal ? Pourquoi tes mains sont-elles tachées de sang ? Es-tu… Es-tu…
Harry se sentit dément. Il plongea les doigts en catastrophe dans ses cheveux noir de jais. Lui qui pensait aider l’enfant, voilà que celui-ci jouait avec les intestins d’un lièvre étripé ! Était-ce normal de s’intéresser autant à la mort ? De la provoquer ? Et pourtant, n’en avait-il pas peur ? Non, juste pour lui-même : il semblait la rechercher chez les autres. Harry n’arrivait plus à défaire l’image de Voldemort du Tom devant lui. Tout se confondait.
— Il était déjà mort lorsque je l’ai trouvé ! hurla Tom, les poings crispés, les yeux tranchants. N’allez-vous pas me croire ?
Son pouvoir s’élevait autour de lui, comme toutes les fois où la haine empiétait sur sa raison. Ses cheveux voletaient devant un visage débordant d’émotions, les lèvres tremblantes et exposées, le nez rempli de mucus. Sa fureur était si immense qu’elle frappa Harry alors que lui-même était en colère. Au fond de lui, Harry ressentait de la culpabilité. Avait-il tort ? Il avait, après tout, accusé Tom sans réellement chercher sa version des faits. Il avait sauté immédiatement sur la conclusion que l’enfant était le meurtrier du lièvre. Et si ce n’était pas le cas, il venait de déchirer le faible lien de confiance durement tissé dans les dernières semaines. Chaque mot craché poignardait le cœur de Harry.
— Vous êtes comme tous les autres, poursuivit Tom avec une telle haine que son pouvoir bouscula Harry de quelques centimètres. Comme Mme Cole, comme le prêtre de l’église qui a voulu m’exorciser !
Le visage de Tom, plissé d’animosité, humide de détresse, le fixait avec un sentiment de rejet. Et à ce constat, Harry se décomposa un peu plus… toujours un peu plus. Tom perdait le contrôle de lui, de ses émotions et de sa magie. Celle-ci repoussait Harry avec puissance. Et celui-ci ne tentait même pas de l’apaiser, encore trop secoué par le venin de l’enfant.
— Vous voyez ? Vous avez adopté un monstre, hurla le garçon, les joues trempées de larmes. Mme Cole vous avait pourtant averti.
Harry le vit faire un grand geste de la main, comme s’il fouettait l’air, ce qui l’écarta du chemin. Ses pieds glissèrent au sol pendant que Tom s’éloigna en courant.
— Tom ! hurla-t-il. Attends, j’ai fait une erreur !
Dans la précipitation, Harry trébucha au sol, mais se releva bien vite. Il était bouleversé, regrettait sa réaction hâtive d’accuser le garçon. Il ne lui donnait même pas sa chance. Quel enfant se sentirait aimé dans de telles conditions ? Harry empestait l’idiotie, l’insensibilité. Ce n’était pas lui, pourtant. Il venait de provoquer une profonde détresse chez Tom Jedusor. Tom n’était pas Voldemort… pas encore du moins.
Harry s’empressa de le rejoindre, le garçon déjà bien loin. Il s’engouffra dans la maison et entendit un épouvantable vacarme à l’étage. Comme si des objets fusaient dans tous les sens pour s’écraser sur tout et n’importe quoi. Et puis soudain, debout dans l’entrée, Harry se retint au cadre de porte. Les murs vibraient tout comme le plancher. Un tremblement de terre ? Non, c’était la magie de Tom.
Puis le calme revint.
— Tom ! cria Harry au bas des marches.
L’escalier craqua dans sa précipitation. Il s’arrêta sur le seuil et, les yeux écarquillés, observa le désastre de la pièce. La fenêtre était fissurée, les meubles déplacés, les livres écrasés au sol et le bibelot… fracassé sous le nez de Tom. Harry sentit son cœur se figer : le garçon fixait le bateau de ses pupilles vides. Sans réfléchir, ses pas le menèrent devant la silhouette recroquevillée et ses bras l’enfermèrent étroitement contre lui. Harry s’était certes promis de ne plus toucher Tom si celui-ci détestait cela, mais… l’attitude de l’enfant montrait que l’étreinte était la réponse appropriée.
— Je suis désolé, Tom, dit Harry contre ses cheveux. Pardonne-moi.
Voyant que Tom acceptait le contact, il raffermit sa prise sur le petit corps chaud et lui caressa lentement le dos en cercle dans un rythme régulier. Avec surprise, Harry sentit les bras du garçon s’enrouler autour de lui avec une force insoupçonnée. Tom enfouit même son nez contre son torse en respirant profondément. Malgré la tristesse toujours présente, ainsi que la culpabilité, Harry sentit une douce joie égayer son cœur à la suite de la réaction de Tom. Peut-être accepterait-il de lui pardonner.
— Tu n’es pas un monstre, Tom, lui souffla-t-il. Je… j’ai jugé trop rapidement. J’ai été surpris de te voir avec du sang sur les mains, un animal mort à tes pieds. Je sais que tu es curieux, que tu as un esprit vif… Je… Je te crois si tu me dis que tu n’y es pour rien.
Et Tom se mit à pleurer silencieusement, s’agrippant étroitement à son torse. Devant cet appel, Harry lui caressait le dos avec douceur.
— Ce sont les corbeaux qui l’ont tué, croassa alors Tom. J’étais simplement curieux de côtoyer la mort d’aussi près.
Sous ces mots, Harry ferma fortement les yeux. Il était si stupide. Pourquoi avait-il réagi avec autant de précipitation au lieu d’analyser la situation ? Le sang sur les mains de Tom l’avait interpellé, l’avait bouleversé, l’avait fait douter.
— Allez-vous me renvoyer ? bredouilla Tom avec une étrange voix.
Le cœur de Harry s’arrêta. Quoi ? Bon sang, le garçon croyait vraiment ça ? Harry sentit à nouveau la culpabilité le submerger. Elle pourrait même le noyer. Comment avait-il pu créer un si grand doute chez un si jeune enfant ?
Harry glissa la main dans les cheveux de Tom et se permit de lui caresser le crâne du bout des doigts, un peu comme un massage. Puis, une lumière se fit dans son esprit : il ne pouvait plus cacher son statut de sorcier.
— Non, Tom, le rassura-t-il. Tu es comme moi. Je suis là pour t’apprendre.
Lentement, Tom s’éloigna de l’homme, sans toutefois se détacher, pour le fixer dans les yeux. Il ne semblait pas comprendre.
— Comme vous ?
Harry hocha la tête. Un doux sourire étira ses lèvres, puis, d’un mouvement du poignet et d’un tout petit mot, les objets de la pièce s’envolèrent pour reprendre leur place d’origine. Même le bibelot que Tom affectionnait se répara et retourna sur son bureau, près de la fenêtre cicatrisée. Ce spectacle laissa le garçon sans voix.
— Je suis un sorcier, révéla-t-il avec calme. Tout comme toi. Nous sommes capables de manier la magie.
À cet aveu, le visage de Tom se modula en quelque chose d’incompréhensible. La joie filait sur ses traits, tout comme une grande ambition. Il y avait aussi une sorte d’avidité, déjà bien présente chez le garçon, mais encore plus prononcée. Harry cherchait à ignorer la petite voix dans sa tête lui rappelant que Tom avait une personnalité courtisant la noirceur. Ne venait-il pas d’apprendre à ne pas voir Voldemort en Tom ?
— Donc, mon pouvoir est de la magie ?
— Oui, Tom, confirma-t-il. Ce qui se passe autour de toi est de la magie accidentelle. Cela arrive à de nombreux enfants-sorciers. Tu n’es pas le seul.
Les émotions de Tom semblèrent redescendre un peu.
— Il y en a d’autres comme nous ? murmura-t-il avec une pointe de déception que Harry perçut derrière les mots.
Il lui ébouriffa les cheveux.
— Bien sûr, mais je dois t’avouer que tu possèdes une maîtrise incroyable de la magie pour ton âge. Je n’ai jamais vu cela auparavant, si ça peut te rassurer.
Les lèvres de Tom s’étirèrent largement à cette remarque. Même sa tête semblant s’enfler de fierté. Harry ne pouvait guère lire les pensées de l’enfant, il n’était pas doué en legilimancie. Mais il percevait les ombres dans les yeux de Tom. Son ambition était si grande. Jamais Harry n’avait vu cela chez une autre personne, sauf peut-être Dumbledore.
Comment ne pas douter ? Mais ses incertitudes furent noyées par les bras de Tom qui s’enroulèrent avec force autour de sa taille.
— Je suis heureux d’être ici avec toi, Harry.
Harry ? Celui-ci se raidit. Venait-il réellement de le tutoyer et d’utiliser son prénom ? Il sentit son cœur fondre devant cette nouvelle marque de confiance. Alors, il répondit à son étreinte, la main à nouveau sur son dos, dans ses cheveux, tout en lui murmurant des mots réconfortants afin de renforcer ce nouveau lien de confiance.
Notes:
Et voilà !
Pour le prochain chapitre, nous aurons de nouveaux événements et une évolution de leur relation. Bon, c’est très lent et c’est normal.
Comment trouvez-vous Harry ? Certes, il est un peu plus crédule que mon Harry dans Le Maître de la mort, mais je le veux assez bienveillant, lumineux (et non taciturne… mais s’il risque de le devenir parfois). Je pense que c’est une qualité primordiale pour élever un enfant, surtout un futur Seigneur des Ténèbres…
J’aime beaucoup aussi que la Mort soit présente. Harry est vraiment muni d’une mission particulière. J’aime beaucoup qu’il soit allié à la Mort.
Aimez-vous votre lecture pour le moment ? Merci pour vos encouragements.
À la prochaine !
Chapter 3: PREMIER PAS EN TANT QUE FAMILLE
Notes:
Bonjour chers lecteurs,
Je publie le chapitre 3, mais j’avoue que j’hésitais. J’ai à peine entamé le chapitre 4 (seulement 3 000 mots)… Mais, il semblerait que je carbure aux réactions des lecteurs pour écrire la suite. Bon, pas toujours. Il faut dire que j’aime écrire pour moi-même, pour savoir quelle sera la suite.
Donc, je ne sais pas quand ira le chapitre 4. Vous comprendrez qu’avec la décision d’écrire des chapitres plus longs, plus long est le moment d’attente.
Je voulais aussi vous rappeler que cette histoire ne sera pas fleur bleue. Pour moi, un Tomarry est fondamentalement malsain. Je répète aussi que c’est du « pseudo-inceste », même si je ne le vois pas réellement ainsi. La relation entre Tom et Harry sera complexe. Je pense que même si Harry élève Tom, il a trop côtoyé l’âme de Tom pour le considérer comme son fils. Et comme dit précédemment, Tom ne voit pas Harry comme son père et nourrira de plus en plus une obsession pour lui. Car j’aime Tom ainsi : obsédé et possessif.
Harry ne vieillit pas, vous l’aurez deviné. Mais Tom, oui. Alors, l’intimité plus profonde entre eux (dont je ne sais pas encore comment je vais amener le tout…) sera bien plus tard, du moins, à l’adolescence de Tom.
Il peut y avoir des scènes qui choquent certaines personnes dans les premiers chapitres, comme leur proximité affective. Je vais tenter de rendre le tout naturel, mais aussi chaotique.
Cette fiction tournera autour de la relation qui se tisse entre Harry et Tom. C’est justement la description de cette étrange relation qui me fait vibrer. Et, je sais fort bien que ce n’est pas au goût de tous. Alors, ne soyez pas mal de passer votre chemin.
Pour ceux qui ont des questions ou aimeraient m’écrire, n’hésitez pas. Cela encourage ma plume et me pousse à vous faire découvrir la suite des aventures de nos deux protagonistes. J’écris avant tout pour le plaisir, mais un plaisir partagé est toujours plus savoureux.
Bonne lecture !
SeverusRiddle
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Chapter Text
CHAPITRE 3
PREMIER PAS EN TANT QUE FAMILLE
Assis à la table, un crayon à la main et une feuille devant lui, Tom répondait à des équations mathématiques. Des équations pathétiques et enfantines. Mais il s’agissait du programme obligatoire et il s’y pliait pour obtenir son grade. Il ne lui restait que quelques problèmes à résoudre pour clore enfin son dernier examen. Et puis, ce serait les vacances d’été.
On était en juin : cela faisait déjà plusieurs mois que Tom vivait sous le toit de ce magnifique cottage champêtre. L’air chaud avait remplacé la tiédeur du printemps, apportant une végétation luxuriante et verdoyante. Les oiseaux gazouillaient et le carillon en bois s’agitait sous la légère brise qui traversait les fenêtres ouvertes. Alors que Tom annotait son ultime réponse, son regard se fixa sur la silhouette dansante derrière le comptoir. Harry préparait un gâteau à la vanille pour fêter la fin de l’année scolaire, un grand sourire aux lèvres. Il chantonnait aussi, sans tenir compte des jugements de Tom près de lui, tout en fouettant à la main la crème sucrée à l’aspect vaporeux, mais encore peu volumineux.
Son test maintenant terminé, Tom fit semblant d’écrire. Il profitait de ce moment pour scruter Harry avec une attention particulière. Peu importe le nombre de fois qu’il le décortiquait de ses yeux, l’homme restait une énigme : sa lumière, sa chaleur, son apparence, ses iris émeraude, sa négligence et surtout, sa capacité à comprendre Tom sur des points particuliers comme aucun adulte n’avait réussi. Harry s’était rapidement greffé une place dans le quotidien du garçon. Celui-ci y avait pris goût, savourant chaque instant passé avec l’homme. Cela était bien différent de sa routine à Wool, et Tom n’y reviendrait jamais. Il préférait largement Harry et cette maison. Or, il acceptait encore difficilement ses nouvelles émotions, cet étrange attachement qui le liait de plus en plus à son tuteur, mais entendre celui-ci chantonner, et ce, malgré son manque de justesse, allumait une douce chaleur dans son estomac.
— Ouf ! soupira Harry en cessant ses mouvements du poignet et en se massant le bras.
Il claqua des doigts et la magie continua de fouetter le mélange. Tom absorbait le tableau, les yeux avides et affamés. Harry ne démontrait pas souvent ses capacités magiques, préférant agir comme un Moldu — disait-il —, mais chaque fois qu’il le faisait, Tom goûtait cette incroyable signature. La magie de Harry lui rappelait le soleil, rehaussé toutefois d’une certaine amertume, un peu comme la terre humide mélangée à de la cendre. Ce goût était unique, tout comme son odeur de bergamote. Tom possédait encore peu de connaissances sur le monde des sorciers, mais il ressentait de plus en plus la puissance de Harry. Surtout depuis son éveil au monde de la sorcellerie. Il faut dire que l’homme ne cachait plus son pouvoir comme hier encore, et ce, depuis le tragique événement.
À la suite de l’incident du lièvre, Harry s’était montré étonnamment affectueux envers le garçon. Tom restait parfois réticent devant certains de ces gestes, mais son tuteur ne semblait plus se retenir autant pour lui conférer de la chaleur humaine. Il lui ébouriffait les cheveux — même si Tom grognait son mécontentement toutes les fois, puisqu’il ruinait ses belles boucles —, appuyait sa main tiède sur son épaule pour attirer son attention et lui déposait un doux baiser au sommet de son crâne à la fin de leur période quotidienne de lecture. Ce geste, accouplé à l’histoire, restait le moment de Tom. Il argumentait son point de vue sur des événements particuliers, se détendait au son de la voix de Harry, fixait même le visage de celui-ci sans gêne afin de capter toutes ses expressions, ce petit pétillement au coin de ses paupières, les fossettes creusées à ses joues, l’éclat brillant de ses yeux, sa curieuse cicatrice en forme d’éclair. Il le détaillait sans jamais se rassasier, et Harry ne percevait rien, tellement pris dans son rôle de conteur, aux grands gestes et mimiques. Puis, arrivait le moment de sentir les lèvres de son tuteur contre ses boucles.
La première fois, Tom avait terriblement rougi, ne s’y attendant pas. Harry lui avait alors demandé :
— Préfères-tu que je m’abstienne, Tom ? Je comprendrai si tu n’aimes pas ça. Je veux respecter tes limites.
Tom avait ravalé sa fierté, les mains entortillées et la bouche crispée, et avait répondu d’une toute petite voix :
— Non, ça ne me dérange pas. Tu n’as pas franchi ma limite.
Il s’était longuement demandé pourquoi il avait accepté ce geste affectueux, mais les papillons au creux de son ventre devenaient trop précieux pour lui : il ne voulait pas les perdre. Ce sentiment était nouveau et bienvenu, bien différent du dégoût qu’il ressentait pour les orphelins de Wool et envers la misérable et alcoolique Mme Cole. Harry se modulait à ses yeux, devenant lentement différent. En fait, si Tom était sincère avec lui-même, Harry avait été unique au premier regard.
Et maintenant, tous les soirs, il attendait avec impatience ce geste affectueux contre le sommet de son crâne.
Hormis les matières scolaires, Harry lui enseignait la magie. Il lui expliquait certains sorts domestiques pour l’aider à nettoyer la maison, lui offrait quelques fois des démonstrations plus passionnantes que l’enchantement d’un balai afin de dépoussiérer le sol et lui dévoilait certains principes de leur univers, dont l’importance de respecter le secret de la magie, de rester cacher aux yeux des Moldus.
Cette question de camouflage brûlait les lèvres de Tom, mais il la retint à de nombreuses reprises. Il aimait discuter avec Harry, mais avait vite compris que son tuteur était un homme bon, au cœur pur, baignant dans la lumière. Tout le contraire de Tom qui regorgeait de noirceur. Parfois, il avait peur de dépasser les limites, comme le disait si bien Harry, et raviver cette crainte qui sommeillait en lui : se faire trahir par son tuteur et retourner dans la froideur de l’orphelinat. Un certain trauma était né devant les yeux, certes magnifiques, de Harry, mais incroyablement durs à la suite de la vision du lièvre éviscéré.
Toutefois, un soir, lors d’un repas que Harry dégustait avec autant de délices qu’à son habitude, Tom ne put empêcher la question de glisser de ses lèvres.
— Pourquoi les sorciers devraient-ils s’isoler alors qu’ils sont bien plus puissants que les Moldus ?
En fait, la question avait plutôt été crachée, puisque celle-ci avait été retenue depuis un trop long moment. La mâchoire crispée, Tom observa Harry lever son regard pour l’examiner avec importance. C’est ce qu’il aimait chez cet homme. Oui, il voyait Tom comme un enfant, mais il lui parlait toujours avec un grand sérieux lorsque les sujets devenaient importants, un peu comme il le ferait avec un adulte. Il reconnaissait Tom et cela valait tout l’or du monde.
— À cause de l’Histoire, Tom, répondit Harry en déposant son ustensile pour joindre ses mains devant lui. Avant la signature du Code International du Secret Magique en 1689, les sorciers étaient persécutés par les Moldus. Pour eux, la magie représentait le danger, une incroyable incompréhension terrifiante et menaçante pour eux. Les mœurs étaient complètement différentes à cette époque… plus arriérées. La chasse aux sorcières était devenue une nécessité. Les gens traquaient les sorciers pour se protéger, créant l’hystérie parmi les Moldus.
Tom sentit la colère s’éveiller en lui, puis gronder. Les Moldus, ces êtres insignifiants, privé de magie, réussissaient quand même à provoquer un Code International pour obliger les sorciers à se cacher. Ce n’était pas les insectes qui devaient mener le monde, ceux-ci devaient se faire écraser par les plus forts. Il crispa les poings et tenta de détendre son corps. Lorsqu’il capta le regard de son tuteur, il sut que ce dernier lisait en lui.
— Tom, prononça doucement Harry, le bien et le mal, c’est une question très difficile à résoudre. Le bien et le mal se trouvent partout, autant chez les Moldus que chez les sorciers. Personne n’est à l’abri de la folie. Et les humains réagissent tous de façon différente devant la peur. Je suis d’accord que certaines réactions sont inacceptables, mais celles-ci peuvent survenir autant chez les sorciers.
— Mais les Moldus sont en plus grand nombre ! s’exclama Tom avec dureté. S’ils décidaient de nous exterminer, ils pourraient le faire.
— Il faudrait que les Moldus se rassemblent en grand nombre, un très grand nombre, pour vaincre la puissance des sorciers. Malheureusement ou heureusement (selon le point de vue), d’abondants conflits existent entre les Moldus, entre les pays. Pour soulever une telle puissance, il faudrait qu’une véritable menace s’érige contre l’ensemble des Moldus, Tom.
Tom observa les mains de Harry se crisper, sa posture raidie par une pensée qui lui était inconnue, mais qu’il désirait ardemment connaître. Il avait souvent envie d’ouvrir la boîte crânienne de son tuteur pour y plonger les doigts afin de fouiller son cerveau. Il étira alors sa conscience pour caresser très doucement la surface de son esprit, mais comme toujours, il se heurta à la totale noirceur. Un sentiment de frustration s’éleva en lui. Pourquoi arrivait-il à saisir des bribes de pensées chez les orphelins et certains adultes, mais pas chez son tuteur ? Était-ce parce qu’Harry était un sorcier ?
— Et les sorciers possèdent la magie, poursuivit Harry alors qu’il reprenait ses ustensiles pour continuer son repas, et certains sorciers provoquent la peur autour des Moldus, qui ne comprennent rien à notre univers. Je crois que l’équilibre entre nos deux mondes est fragile, mais est nécessaire pour y vivre de façon agréable, que ce soit les sorciers et les Moldus. À quoi servirait la vie si ce n’était pas pour la vivre ?
— Mais l’équilibre pourrait devenir plus avantageux pour les sorciers, insista Tom, les yeux plissés. Pourquoi vivraient-ils en cage pour protéger les Moldus ? Comme tu as dit, les mentalités étaient arriérées, alors, elles ont donc évolué. Peut-être serait-il temps de trouver une solution viable à ce problème.
Harry pencha la tête sur le côté, les lèvres pincées.
— Eh bien, peut-être devrais-tu te lancer en politique après tes études ? Afin de trouver une solution pacifique pour l’ensemble des êtres vivants ? Ce serait un beau défi, digne de ton intelligence.
Tom renifla, avant d’enfourner une cuillère de riz dans sa bouche. La politique ? Ce n’était pas une mauvaise idée. Peut-être devrait-il se renseigner davantage sur la politique des sorciers. Alors que ses pensées tourbillonnaient autour d’une vision de lui-même en âge avancé, devant des fidèles qui l’écoutaient avec intérêt et vénération, cette vision lui procura une indescriptible chaleur au creux du ventre. Un sourire presque maniaque cherchait à naître sur son visage.
— Tom, entendit-il, revenant à la surface et lissant les traits de son visage, j’aimerais que tu vives ton enfance avant d’envisager une carrière. N’oublie pas la morale d’Alice. Tu auras tout le loisir de négliger le merveilleux en vieillissant, mais il ne faut pas sauter cette étape.
La voix de Harry se voulait rieuse, mais son visage démontrait une émotion différente, sérieuse, vive : une appréhension soulignée d’un filet de crainte. Tom étudia ses traits et sentit son estomac se contracter. Il aimait voir les expressions de Harry, elles étaient toutes éblouissantes, si réelles, contrairement aux siennes. C’était une curiosité pour lui. Parfois, il trouvait l’innocence de son tuteur comme celle d’un enfant, alors que parfois, il agissait comme un homme épuisé, s’écroulant sous le poids d’une longue existence. Ce qui était étrange.
— Eh bien, répondit enfin Tom lorsqu’il fut satisfait de son analyse du visage de son tuteur, j’aimerais m’émerveiller un peu plus du monde de la magie cet été. Est-ce possible ?
Harry lui lança un sourire éblouissant, comme lui seul le pouvait.
— Bien entendu, Tom, c’est une excellente idée.
Et Tom frotta ses petites mains moites contre son pantalon.
888
Il y avait une tempête dans la maison : un tourbillon effréné de maladresse et d’étourderie. Près de l’âtre, Tom, les yeux plissés et le nez froissé, observait Harry courir un peu partout dans le cottage. Une tranche de pain doré coincée dans la bouche, un peigne à la main. L’homme tentait de manger et de dompter ses cheveux tout à la fois. Du sirop coulait contre son menton, dégoulinant sur le col de sa chemise fripée.
— Che chuis bientôt brêt, marmonna Harry en enfouissant son repas dans le creux de sa gorge.
Comment un homme de 24 ans pouvait-il agir de la sorte ? Son comportement ne correspondait pas à son âge. Et même Tom, de ses yeux d’enfant, pouvait le critiquer.
Harry leva une main maladroite et nettoya la saleté de son visage avec la magie. Puis, il adressa un grand sourire à Tom, pareil sourire qu’aurait un enfant devant la vue d’un étalage de bonbons. Tom avala de travers, mais garda la bouche pincée, les yeux réprobateurs.
— J’espère que tu vas porter autre chose que ces vêtements… surdimensionnés et… chiffonnés.
Harry arrêta tout mouvement et s’observa de la tête aux pieds.
— Ce… n’est pas bien ? questionna-t-il en penchant la tête sur le côté. C’est le milieu de l’été et il va faire chaud. C’est idéal pour porter des vêtements amples.
— Sauf si on désire éviter de ressembler à une poche de patates, rétorqua Tom avec dédain.
Harry rigola un moment, secouant son visage de gauche à droite. D’un mouvement sûr, le garçon se leva et marcha jusqu’au seuil de la chambre de son tuteur.
— Puis-je ? demanda-t-il avec politesse en scrutant l’homme de ses yeux abyssaux.
— Je t’en pris, accepta Harry en s’inclinant devant Tom, ses lèvres taquines relevées.
Tom lui répondit d’un léger sourire et franchit la porte. Immédiatement, il fut happé par l’odeur de Harry. Celle-ci l’enroba et le berça. Il lâcha un soupir apaisé et fila vers la grande armoire en merisier. Il l’ouvrit et accueillit avec bonheur les arômes de bergamote, plus prononcés parmi les étoffes de son tuteur. Il fouilla un instant, puis retira une pile de vêtements avec un air satisfait.
— Voilà, dit-il en tendant ses trouvailles à l’homme maintenant derrière lui. Je pense que ces morceaux seront mieux pour le festival au village.
Harry les saisit et les déplia devant ses yeux. Puis, les sourcils froncés, il observa Tom.
— N’est-ce pas un peu trop chic pour un festival ?
Et sans attendre de réponse, il haussa les épaules.
— Si ça peut te faire plaisir et t’éviter la honte de me voir près de toi, le taquina l’homme d’un rire profond.
Tom sortit de la chambre, laissant son tuteur se changer, puis patienta avec calme près de l’entrée. Harry le rejoignit au bout de quelques minutes. D’un œil critique, le garçon étudia sa fine silhouette habillée d’un pantalon clair, à bretelles, et d’une chemise blanche, dont les manches avaient été retroussées pour révéler des avant-bras délicats. Le col montrait deux boutons libres, dévoilant parfois des clavicules saillantes lors d’un mouvement. Même ses cheveux vinrent souligner les saillies osseuses.
Lentement, Tom croisa les bras.
— Où est la cravate ?
Il vit Harry rouler des yeux avant de laisser un sourire creuser ses fossettes.
— Tom, l’avertit-il d’une voix douce, je suis l’adulte ici, ne l’oublie pas. Je peux très bien me gérer, d’accord ?
Tom renifla avec dédain, mais hocha la tête. Il laissa toutefois ses yeux glisser une nouvelle fois sur l’accoutrement de son tuteur. À cette vision, il sentit ses doigts devenir gourds. Une beauté négligée, voilà ce qu’était Harry. Toutefois, un détail retint à nouveau son attention. Là, à l’intérieur de ses deux poignets, se trouvait une marque pâle, identique aux armoiries de la bague.
— N’est-ce pas le même dessin que le motif de ta bague ? questionna innocemment Tom, les paupières étirées.
Il avait longtemps voulu questionner Harry sur les tatouages, jugeant que le moment n’était jamais opportun.
— Hum ? fit Harry en baissant les yeux pour observer l’intérieur de ses poignets et avant de frotter sa nuque. Oh, hum… Je suis un Peverell. Je… J’avais envie de marquer ma peau avec les armoiries de ma famille puisque je suis le dernier.
Tom plissa davantage les yeux. Il ne pouvait certes pas pénétrer son esprit, mais il reconnaissait le goût du mensonge. Et là, Harry lui mentait.
— La bague n’était pas suffisante ? poussa-t-il avec ce qu’il espérait candeur.
Harry haussa les épaules, un sourire contrit.
— C’est ainsi.
Lorsqu’ils furent prêts, Tom sortit sur le porche, laissant le vent chaud lui chatouiller la peau. Le ciel était clair, absent de nuages, et le soleil brillait. Ses longs traits lumineux narguaient ses pupilles et il dut, à quelques reprises, cligner des paupières pour habituer sa vision. Harry passa près de lui, lui caressant affectueusement les cheveux avec la même bonne humeur de plus tôt.
— Alors, nous avons deux choix, commença-t-il. Nous pouvons rejoindre le village avec la voi…
— Non ! le coupa avec force Tom, les joues gonflées. Tu es un conducteur épouvantable.
Harry fronça les sourcils alors que ses lèvres boudaient.
— Voyons, je ne suis pas aussi terrible.
Tom ricana.
— Oh que si, insista-t-il. Quelle est l’autre option ?
Une certaine excitation enfla dans le ventre du garçon. S’ils n’utilisaient pas la locomotion des Moldus, cela signifiait un tour de magie. Et tout ce qui avait trait à la magie lui suscitait un grand intérêt.
— Le transplanage, répondit Harry.
Tom fronça les sourcils et écouta les explications de son tuteur. Ce moyen de voyager semblait fort intéressant et fastidieux, nécessitant un bon contrôle mental. Harry lui décrivit les sensations éprouvées lors du transplanage et Tom ne pouvait qu’anticiper le résultat. Mais, selon lui, mieux valait ce voyagement de quelques secondes à un plus long, dans un véhicule dangereux.
Tom accepta de transplaner et vit Harry lui tendre la main. Sous ses yeux interloqués, il l’observa. Cette main masculine était pourtant fine, mais semblait un peu écailleuse au niveau des paumes. Un peu comme si l’homme avait balayé le sol de nombreuses fois dans sa vie. Avait-il déjà tenu cette main ? Celle-ci lui avait caressé le dos, les cheveux, mais jamais elle ne s’était liée à sa propre main. Avec lenteur, Tom s’y agrippa, le souffle un peu court. Le contact humain, bien moins étranger depuis son adoption, restait toutefois insolite pour Tom. Et chaque fois qu’Harry le touchait, des sentiments particuliers s’éveillaient en lui. Comme un espoir, une acceptation.
Et il n’aimait pas ça. Il devenait trop dépendant, s’intoxiquait à la gentillesse et à la maladresse de l’homme. Mais il ne détestait pas, voulant y goûter chaque jour.
Le contact de la main de Harry réchauffa le garçon. Un lent sourire étira ses lèvres, heureux de vivre quelque chose de nouveau avec son tuteur. Tom plongea ses yeux dans les deux émeraudes au-dessus de lui et fut assailli par la douceur de ceux-ci.
— On y va ? entendit-il alors que ses oreilles bourdonnaient.
— Oui, on y va, répéta-t-il.
Ils disparurent dans un claquement.
888
Tom eut un choc lorsqu’il sentit le sol contre ses pieds. Il perdit un instant l’équilibre, pris de nausées, mais deux mains le retinrent. Le souffle court, la gorge serrée, il cherchait à étouffer le borborygme qui s’élevait le long de son œsophage. Une paume apaisante lui frotta le dos.
— Nous aurions dû prendre la voiture, lui murmura Harry, une pointe d’inquiétude dans la voix.
Tom lui lança un regard noir, mais laissa son tuteur lui frictionner la colonne vertébrale. Au bout d’une minute, il eut l’impression de respirer à nouveau. Il s’écarta de Harry, le menton haut, le visage digne.
— Ne t’inquiète pas, tenta de le rassurer Harry, nous réagissons tous comme ça la première fois que l’on goûte au transplanage. Mais, on finit par s’y habituer.
— Bien entendu, siffla Tom alors qu’il observait les environs. Pourquoi sommes-nous ici ?
— Je me disais qu’il valait mieux apparaître dans un endroit plus… calme. Viens, allons aux festivités.
Tom sentit Harry lui agripper la main et le tirer tout droit. Les joues rosées, le garçon se laissa faire et serra un peu plus fort les doigts de son tuteur.
Ils arrivèrent enfin sur la rue principale, celle qui accueillait nombreux commerces et kiosques achalandés. Il y avait des étales vendant des fleurs, des friandises, des jouets, mais certains offraient des jeux comme divertissements. Était-ce cela que l’on qualifiait de fête foraine ?
Plusieurs gamins se chamaillaient dans les rues, dans des jeux de toutes sortes : tir à l’arc, lancer d’anneaux, jeu du marteau. Il y avait même une tente avec une diseuse de bonne aventure. À ce constat, Tom retint son ricanement.
Ses doigts toujours liés à ceux de Harry, Tom scrutait son environnement d’un œil calculateur. Maintenant qu’il connaissait l’existence des sorciers, il se sentait supérieur à ces vilains Moldus, peu importe les discours de son tuteur. Certes, il ne pouvait nier que des prodiges se trouvaient parmi eux : nombreux compositeurs de musique — Mozart, Chopin… —, certains physiciens tels Albert Einstein, entre autres. Tom pinça les lèvres. Oui, il était vrai que certains Moldus avaient beaucoup apporté à leur société. Il connaissait encore peu sur le monde des sorciers et avait bien envie de découvrir les grands noms.
— Oh, regarde Tom ! s’exclama Harry en s’accroupissant près de lui, le doigt pointé vers un kiosque en particulier. Aimerais-tu en caresser un ?
Tom fixa le point devant lui et vit quelques reptiles en cage. C’était une exposition et il semblait possible de toucher quelques-unes des créatures.
Incertain, mais curieux, Tom hocha le menton.
Harry l’amena près de l’étalage et commença à parler au marchand qui portait un grand turban. L’étranger incarnait un personnage de l’Orient, ce qu’il réussissait plutôt bien avec sa barbe en pointe et ses moustaches courbées.
— Aimerais-tu prendre un reptile ? le questionna Harry, le sourire aux lèvres.
Tom observa les animaux à sang-froid devant lui. Il y en avait de toutes les sortes : plusieurs tortues, de nombreux lézards et quelques serpents. Bien entendu, les yeux de Tom furent attirés par les derniers, dont une magnifique couleuvre verte striée de jaune. Avec assurance, le garçon la pointa et le marchand plongea le bras dans le vivarium pour en extraire la créature. Puis, il la tendit à Tom qui montrait les mains.
— Ne t’inquiète pas, petit, elle n’est pas venimeuse.
— Je sais, claqua-t-il avec froideur tandis que ses doigts caressaient la douceur lisse du serpent.
— Tom…, murmura la voix de son tuteur en avertissement.
Le garçon l’ignora. Après tout, il n’aimait pas se faire infantiliser, et encore moins se faire appeler « petit ». Oubliant l’altercation, Tom se laissa hypnotiser par la beauté du reptile, jouant doucement avec elle. Il avait envie de lui parler, mais le pouvait-il ? Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas eu une conversation avec ces merveilles de la nature.
— Bonjour, sifflota-t-il lentement lorsque le marchand au turban s’éloigna pour répondre aux questions d’une famille et d’un garçon un peu plus âgé que Tom. Tu es jolie.
— Un orateur ! siffla le serpent. Enchantée de vous rencontrer, jeune ssseigneur. On ssss’ennuie ici, dans cette cage vitrée. Vous êtes le plus beau tête-à-tête depuis des lusssstres.
Il sentit les yeux de son tuteur l’étudier avec intérêt. Trouvait-il étranges ses sifflements ? Tom avait envie de lui montrer sa puissance et il sentait que le fait de parler aux serpents devait être particulier, voire exceptionnel.
— Je vivais dans une cage, il y a plusieurs mois, répondit Tom lorsqu’il apporta la couleuvre près de sa bouche. Donc, je te comprends.
Le serpent gloussa, mais s’arrêta lorsqu’il sentit de nouveaux doigts contre ses écailles.
— J’avais remarqué ton bibelot de serpent dans ta chambre, dit alors Harry avec chaleur et en retirant ses mains du reptile, un sourire toutefois crispé au visage. Je vois que tu les apprécies réellement.
— Bien entendu, rétorqua-t-il comme une évidence. Il n’y a pas plus magnifique créature.
Son regard coula sur la silhouette tendue de son tuteur, puis sur ses doigts entortillés. Une autre chose étrange l’alerta : Harry regardait le vide comme s’il voyait un point fixe, tout en secouant la tête. Ses lèvres se pinçaient tellement qu’on aurait dit une simple ligne. Tom fronça les sourcils : pourquoi Harry était-il si nerveux ? Détestait-il les serpents ?
— Aimerais-tu amener ta nouvelle amie à la maison ? entendit-il soudain.
Avec surprise, Tom scruta avec intensité son tuteur. Il cherchait la tromperie derrière ce visage angélique et lumineux.
— Tu ne sembles pas aimer les serpents, murmura-t-il, la gorge nouée.
— Pourquoi dis-tu ça ? s’étonna Harry, le visage véritablement perplexe.
Tom renifla, puis hissa ses yeux pour les plonger dans les deux émeraudes.
— Ta crispation, ta nervosité. Je l’ai bien remarqué.
Il vit Harry se frotter la nuque avec maladresse, les joues quelque peu embarrassées. Il évitait même son regard, ce qui était de plus en plus rare. Ce tableau avait un quelque chose d’attendrissant.
— Oh, lâcha-t-il. Tu te trompes, Tom. J’aime bien les serpents. Si tu m’assures de bien t’occuper de celui-ci, j’aimerais beaucoup te l’offrir.
Tom sentit son cœur battre un peu plus vite. Sa bouche s’assécha un moment. Puis, sans mots, les paroles enfuies, il hocha la tête. Harry lui offrit l’un de ses plus beaux sourires, celui dévoilant ses dents blanches et creusant ses joues, avant de lui ébouriffer les cheveux.
— Monsieur, dit-il, nous aimerions adopter ce serpent et prendre l’équipement nécessaire pour son confort.
Pendant que tous s’occupaient des paquets, Tom profita de ce moment pour siffloter à sa nouvelle couleuvre qu’elle viendrait habiter avec lui. Celle-ci, fort heureuse, s’enroula autour du cou du garçon. Elle lui câlina même la joue du bout de sa langue.
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Près du kiosque aux reptiles, Harry regrettait d’y avoir amené Tom. Un goût amer imprégnait sa bouche alors qu’il saluait le marchand au turban. Il peinait à faire taire la petite voix déplaisante en lui qui lui rappelait que le garçon possédait une telle affinité avec les serpents qu’il avait utilisé Nagini pour créer un Horcruxe et ainsi, y lier son âme. Allait-il le refaire ? Harry secoua un instant la tête : ce n’était pas en regardant une exposition qui alimenterait Tom d’idées obscures sur les Horcruxes.
Plusieurs reptiles se trouvaient sur le kiosque, mais Harry savait que Tom ne regarderait que les serpents. Il prit une profonde respiration :
— Aimerais-tu prendre un reptile ? le questionna-t-il, le sourire aux lèvres.
Il observa alors Tom pointer une magnifique petite couleuvre pendant que le marchand, se voulant rassurant, lui assurait que le serpent n’était pas le moindrement venimeux. La langue acérée de l’enfant répliqua vivement.
— Tom…, murmura Harry en avertissement.
Pourquoi une telle réaction envers la bienveillance ? L’homme au turban ne présentait aucune animosité. Alors que le marchand s’éloigna pour répondre à une famille, Harry poussa un soupir. Puis, son poil se hérissa.
— Bonjour, entendit-il de la douce voix de Tom. Tu es jolie.
— Un orateur ! siffla le serpent. Enchantée de vous rencontrer, jeune ssseigneur. On ssss’ennuie ici, dans cette cage vitrée. Vous êtes le plus beau tête-à-tête depuis des lusssstres.
Harry fronça les sourcils, les yeux rivés sur la conversation entre la couleuvre et Tom : il trouvait toujours étrange sa capacité encore présente de parler et de comprendre le Fourchelang. Il l’avait constaté lors de son premier plongeon dans les années 1940, lorsqu’il avait tenté d’arrêter Tom d’ouvrir la Chambre des Secrets. Pourtant, il n’était plus un Horcruxe. Cela devait provenir du lien subsistant entre lui et Tom.
— Je vivais dans une cage, il y a plusieurs mois, répondit Tom lorsqu’il apporta la créature près de sa bouche. Donc, je te comprends.
Le serpent gloussa, mais s’arrêta lorsque Harry décida de lui caresser les écailles. Devait-il lui acheter le serpent ? L’esprit en ébullition, Harry réfléchissait. Il serait bien pour Tom d’avoir un animal de compagnie, puisqu’il restait à la maison pour l’école, sans aucun contact avec des enfants de son âge. De plus, avec son Fourchelang, Tom pourrait avoir de véritable conversation avec la couleuvre. Mais… il y avait un bémol. Tom restait un enfant particulier, avec l’esprit mal tourné. Il pourrait très bien demander au serpent d’espionner. Harry en était convaincu et devait user encore plus de prudence. Mais, cette possibilité valait-elle le refus d’un animal de compagnie ? Tom chérissait véritablement les serpents.
— Tu devrais le lui acheter, lui murmura la Mort près de son oreille. Je crois que vous devriez suivre votre cœur plutôt que votre peur, sur ce coup-là.
Harry cligna des yeux et vit la silhouette encapuchonnée penchée au-dessus de Tom. Cette vision, sous le gros soleil d’été, semblait sortir d’un étrange rêve.
— J’avais remarqué ton bibelot de serpent dans ta chambre, dit Harry à Tom tout en retirant ses mains du serpent, le sourire toujours crispé. Je vois que tu les apprécies réellement.
— Bien entendu, rétorqua-t-il comme une évidence. Il n’y a pas plus magnifique créature.
Harry sentit son cœur battre un peu plus fort. Devait-il offrir ce présent à Tom. Il avait réussi à gérer des situations bien plus graves, alors… Il regarda une dernière fois la Mort, trouvant toujours étrange de la voir dans un environnement aussi bruyant et joyeux, puis secoua la tête pour la faire partir et s’empêcher de rire de l’absurdité de la scène.
— Aimerais-tu amener ta nouvelle amie à la maison ? dit-il soudain.
Avec surprise, Tom le scruta avec intensité, comme s’il cherchait la tromperie. Harry le trouva adorable.
— Tu ne sembles pas aimer les serpents, murmura Tom, la gorge nouée.
— Pourquoi dis-tu ça ? s’étonna-t-il avec perplexité.
Tom renifla, puis hissa ses yeux bien trop adultes pour un enfant afin de les plonger dans les siens.
— Ta crispation, ta nervosité. Je l’ai bien remarqué.
Harry se frotta la nuque avec maladresse, les joues quelque peu embarrassées. Tom avait peut-être observé son trouble de plus tôt. Mais il ne pouvait pas lui en expliquer les fondements.
— Oh, lâcha-t-il. Tu te trompes, Tom. J’aime bien les serpents. Si tu m’assures de bien t’occuper de celui-ci, j’aimerais beaucoup te l’offrir.
Harry étudia Tom se balancer légèrement sur ses pieds à la recherche de ses mots. Mais ceux-ci ne vinrent jamais. Il approuva toutefois de la tête. Heureux, Harry lui sourit avec chaleur tout en lui ébouriffant ses jolies boucles.
— Monsieur, dit-il, nous aimerions adopter ce serpent et prendre l’équipement nécessaire pour son confort.
Le marchand l’aida à emballer leurs achats. Puis, Harry fit signe à Tom de le suivre dans un endroit à l’abri des regards.
— Pourquoi sommes-nous ici ? questionna le garçon alors qu’il caressait la tête de sa nouvelle couleuvre.
— Eh bien, puisque nous allons rester encore un moment pour les festivités, je pensais nous libérer un peu les mains.
Sous le regard calculateur de Tom, Harry lui offrit alors un clin d’œil et lança :
— Reducio !
Les paquets se miniaturisèrent sous leurs yeux. D’un sourire satisfait, Harry les rangea dans l’une de ses poches. Il observa Tom se lécher les lèvres.
— Ce sort permet, comme tu peux le voir, de ratatiner les objets ou bien de petits animaux. Ensuite, c’est plus pratique pour les ranger.
— Incroyable, murmura le garçon avec désir. J’ai tellement envie de pouvoir faire ça un jour.
Un sourire tendre aux lèvres, Harry se pencha pour que son regard soit à la hauteur de celui de Tom. Il déposa avec douceur les mains sur ses épaules.
— Un pas à la fois, Tom. Mais oui, tu vas y arriver, et bien plus rapidement que tu ne le penses. Tu vas être un sorcier brillant.
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Assis sur une couverture étalée sur l’herbe fraîche, Tom scrutait les environs de son regard plissé. Plusieurs Moldus riaient à gorge déployée alors que des enfants couraient dans tous les sens, certains trébuchant et pleurant à déchirer les tympans. Une fillette, le genou ensanglanté et le nez rempli de morve, reniflait abominablement, mais même ce geste n’était pas suffisant pour arrêter l’écoulement de mucus. Celui-ci imbibait le tissu autrefois immaculé de sa robe d’été. Une femme rondelette — sa stupide mère, déduisit Tom — cherchait avec affolement dans sa sacoche tout en essayant de calmer son épouvantable enfant.
Tom renifla de dédain, caressant sa couleuvre maintenant baptisée Hydre. Celle-ci sifflotait d’adoration près de son oreille. Mais ce doux son n’était pas suffisant pour éteindre les cris incessants de l’horrible enfant. Heureusement, son attention fut attirée par Harry qui revenait avec des boissons et du maïs soufflé.
— J’espère que tu aimes la limonade, se réjouit Harry alors qu’il prenait une gorgée de sa boisson. J’ai pensé aussi qu’une collation accompagnerait bien les feux d’artifice.
Il offrit un grand sourire à Tom, qui sentit une fois de plus son estomac pulser devant cette lumière qui émanait de l’homme. Il demeura silencieux, mais goûta la boisson pour répondre à la question. Harry, après avoir scruté les environs, retira une couverture de nulle part, ou plutôt : de l’une de ses poches sans fond.
— Avec le soleil qui se couche, le vent est plus frais, expliqua-t-il en recouvrant avec douceur le garçon.
Tom crispa la mâchoire. Il n’était pas un enfant ! Enfin, si. Mais…
Alors qu’il voulut répliquer, il vit Harry observer la fillette qui continuait à pleurer sans fin.
— Pauvre petite, murmura-t-il. Attends, je reviens.
Il se leva alors, avant que Tom puisse le retenir, et quitta leur nid douillet pour rejoindre l’enfant en pleurs et la mère épuisée. Les poings maintenant crispés, Tom fixait la scène. Malgré la limonade, sa bouche était sèche, amère. Il serrait si fort les dents qu’elles crissèrent entre elles.
— Petit maître, siffla Hydre, votre cœur bat trop vite.
Les narines dilatées, Tom respira lourdement. Il vit Harry s’incliner avec politesse devant la famille et se pencher pour regarder la petite fille. Il pouvait sentir la bienveillance, la douceur et la lumière de Harry de sa place, malgré la distance. La femme rondelette rougissait au sourire de l’homme alors qu’il détournait habilement l’attention pour soigner d’un rapide mouvement de main le genou blessé. Puis, d’un rire léger comme une plume, il offrit une friandise à la fillette tout en lui pinçant le nez. Les pleurs avaient cessé, remplacés par l’émerveillement.
Ce spectacle se révélait magnifique lorsqu’on observait Harry, mais terriblement affreux lorsqu’on l’étudiait dans son ensemble.
— Pourquoi Harry a-t-il aidé cette enfant ? C’est une inconnue, une moins que rien ! Il… Il m’a, moi ! crissa Tom entre ses dents et tremblant des pieds à la tête.
Une tempête se souleva en lui, animée par une émotion qu’il reconnaissait trop bien : la jalousie. Il l’avait côtoyée à de trop nombreuses reprises dans son enfance, rêvant d’objets détenus par les autres, désirant un statut qui ne lui appartenait pas. Et là, subir cette vision, celle de son tuteur aidant avec chaleur la pitoyable fillette, éveillait quelque chose de sombre en lui. Tom se mordit la joue, un peu trop fortement.
— Le maître de maître n’est pas un bon maître ? demanda le serpent qui observait à son tour le sourire bon enfant de l’homme.
Tom agrippa la couverture sous lui et la froissa dans sa poigne de fer. Mais il garda le silence, ne pouvant répondre à Hydre. Son cœur battait à tout rompre contre ses oreilles, contre ses tempes. Sa vision se teintait de rouge, mais heureusement, cette violente tempête en lui se calma. Harry revenait vers Tom, satisfait. Il s’installa de nouveau sur l’étoffe, plongeant une main dans le maïs soufflé.
Tom le scrutait du coin de l’œil, la bouche plissée.
— Pauvre enfant, souffla Harry en observant le ciel de plus en plus sombre. Elle était désemparée. J'ai pu lui faire croire que la blessure était moindre sous l'amas de sang.
Il soupira un moment, puis tendit quelque chose à Tom. Celui-ci examina la main de son tuteur, les yeux étroits.
— Un petit cadeau de remerciement de la mère, expliqua Harry. Je pense que tu pourrais aimer : c’est un caramel.
Tom scruta la friandise en question, la gorge nouée par la jalousie. Il secoua la tête.
— Est-ce que ça va, Tom ? demanda Harry, le regard inquiet. Tu trembles.
Le garçon fronça les sourcils en constatant qu’il ne contrôlait pas son corps. La colère le submergea un moment, mais la refoula grâce au doux sifflement d’Hydre près de son oreille.
— Calmez-vous, jeune maître. Je pense que l’humain s’inquiète vraiment.
— As-tu froid ? entendit Tom, qui ne comprenait pas la raison de cette question. Allez, viens ici.
Harry se déplaça derrière lui. Puis, il l’entoura de ses bras, accueillant contre sa poitrine le dos du petit garçon. Il prit ensuite le temps de bien les recouvrir et rapprocha leur boisson et le maïs soufflé à leur portée. Immédiatement, Tom fut submergé par la chaleur de Harry et de sa douce odeur de bergamote.
— Voilà, se satisfit son tuteur, tu seras bien au chaud, et moi aussi. Il ne manque plus que les feux d’artifice !
Tom, le corps figé, hésitait à respirer. En fait, il peinait plutôt. Harry était tout autour de lui. Il pouvait même sentir sa magie lumineuse teintée de cendre. Pouvait-il se détendre, ouvrir une brèche dans son armure froide et frigide ?
Harry appuya alors son menton au sommet de son crâne, le serrant dans ses bras et se balançant lentement, comme le ferait un parent avec son enfant. Il semblait heureux. Et Tom, l’était-il ? Son cœur tambourinait contre sa poitrine, son esprit s’embrouillait par le doux parfum, des vertiges le saisissaient à chaque seconde qui s’écoulait. Il se sentait bien, mais… Mais il n’était pas son enfant. Il ne le voulait pas. Et Harry le savait pertinemment. Alors, pourquoi ? Son besoin d’une famille ?
— Es-tu bien Tom ? s’inquiéta une fois de plus Harry alors qu’il desserrait son étreinte comme pour s’éloigner.
Ce geste était encore plus douloureux que la possibilité que Harry se voit comme son père. Alors, Tom agrippa avec force les bras de son tuteur et les ramena autour de lui, les doigts enfoncés dans sa peau. Il ne voulait pas perdre cette chaleur et cette proximité.
— Oui, je suis bien, souffla-t-il en fermant les yeux.
Il décida de profiter du moment. Harry lui tendait parfois du maïs soufflé, le nourrissant, et Tom ne fit aucune histoire. Il comprit qu’il devait chérir ce moment, et ce, même s’il dévoilait l’une de ses vulnérabilités.
Bientôt, le ciel explosa de couleurs et éclata dans un vacarme assourdissant. Les feux d’artifice emplissaient la toile sombre au-dessus de leur tête avec charme. Tom observait ce spectacle presque magique, vivement bigarré, mais il n’était rien comparativement aux bras qui l’entouraient et au souffle qui soulevait ses boucles foncées. Il n’était rien face à la magie qui le caressait avec douceur et familiarité. Il sentait Harry admirer le ciel, mais Tom, lui, s’en fichait. Il ferma plutôt les yeux et se concentra sur les sensations qui l’assaillaient et sur les battements de son cœur.
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Apeuré, Tom se redressa avec force dans son lit. Son visage était en sueur, son pyjama trempé. Hébété, la respiration saccadée, il cligna des yeux. Son esprit eut du mal à sortir de son cauchemar, toujours embrouillé par un départ inexplicable de Harry, au bras d’une femme, prêt à fonder une véritable famille. Il revoyait sa silhouette s’éloigner, sans sourire, un seul petit signe d’adieu et définitif à la main.
Non, Harry ne pouvait pas le quitter. Il était trop tard. Tom s’était attaché à lui, il lui appartenait !
Il releva ses jambes près de sa poitrine, les serrant dans ses bras avec une force bouleversante. Il tremblait comme une feuille, encore secoué de son mauvais rêve. Ses yeux écarquillés survolèrent les environs. Tom était dans sa chambre et la faible lueur de la lune lui révélait une nuit toujours jeune. Sur son bureau, face à la fenêtre, Hydre reposait dans son vivarium et semblait dormir. Elle ne bougeait pas. Tom se demanda un instant s’il devait la réveiller, mais l’image de son tuteur au bras d’une hideuse femme, lui derrière, le frappa à nouveau. Il observa ses mains tremblantes. Sans prendre le temps de réfléchir, il repoussa ses couvertures et quitta sa chambre. Il descendit les escaliers en silence, la respiration toujours saccadée.
Devant lui se trouvait l’antre de Harry, la porte entrouverte. Tom s’avança sur la pointe des pieds, la gorge serrée. Bientôt, il poussa la porte et franchit le seuil. Immédiatement, l’odeur et la respiration profonde de son tuteur le calmèrent. Il ferma un moment les yeux, laissant les lieux le bercer. Il resta debout, les minutes s’écoulant. Son souffle devint régulier. Il devait partir, tourner les pieds et sortir. Mais il n’en avait pas envie. Alors, il observa Harry qui dormait dans son lit, les membres écartés rappelant une étoile de mer. Ses cheveux s’éparpillaient dans tous les sens tel un halo obscur. Son pyjama trop ample couvrait son corps comme une horrible pelure de banane. Même ainsi, il était beau.
Harry gémit un instant dans son sommeil, ce qui provoqua un pincement dans l’estomac de Tom. Il devait partir. Alors qu’il tournait les talons, il entendit la silhouette derrière lui se redresser paresseusement.
— Tom, émit la voix ensommeillée de l’homme, est-ce que tout va bien ?
Tom se retourna et scruta Harry, une boule dans la gorge. Même dans le noir, ses yeux brillaient d’un vert intense. Et cette couleur, aussi violente, belle et rassurante était-elle, n’empêchait pas la peur de se faire abandonner, jeter comme un vulgaire déchet, le submerger à nouveau. Son corps réagit à l’angoisse : il recommença à trembler.
— J’ai…, hésita-t-il un instant, décidant toutefois de dire la vérité. J’ai fait un cauchemar.
Harry ouvrit davantage les yeux, puis tendit une main vers lui.
— Veux-tu rester un peu avec moi ? proposa-t-il avec un sourire incertain. Tu retourneras dans ta chambre lorsque tu te seras calmé.
Tom sentit son corps répondre pour lui : il grimpa dans le lit et se colla près de Harry, qui enroula ses bras autour de lui. L’une de ses mains lui caressa les cheveux avec des cercles réguliers et apaisants. Quelques mots doux se faufilèrent à son oreille. Tom se laissa bercer et ferma les yeux. Il se détendit enfin complètement, plongeant dans le sommeil.
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Un souffle réveilla Harry. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit Tom au pied de son lit, qui lui tournait le dos. Malgré la faible luminosité, il devinait la tension qui possédait son corps : il se tenait droit, les poings serrés, une respiration assez audible pour laisser entrevoir un tracas. Il se redressa et se frotta les paupières.
— Tom, bâilla-t-il, est-ce que tout va bien ?
La magie du garçon, déjà sombre auparavant, se fit un peu plus chaotique, comme lors des feux d’artifice. Tom se retourna et quelque chose dans son regard lui coupa le souffle. Il y avait beaucoup d’émotions, plus qu’à l’habitude. Tom était un enfant assez discret sur ses inquiétudes, sauf lorsqu’un événement venait le chambouler. Avait-il fait un mauvais rêve ? Après tout, il était normal d’en faire quelques-uns. Mais qu’avait-il pu rêver pour montrer autant de terreur ?
— J’ai…, hésita Tom un instant, frottant ses mains contre ses jambes. J’ai fait un cauchemar.
Voilà, il s’agissait bien d’un mauvais rêve. Voir l’enfant ainsi souleva un fort besoin en Harry. Il voulait réconforter le garçon, lui montrer qu’il serait là pour lui. Tom pouvait se reposer sur lui. Ils étaient une famille.
— Veux-tu rester un peu avec moi ? Tu retourneras dans ta chambre lorsque tu te seras calmé.
Il affichait un sourire, mais une incertitude se cachait derrière lui. Tom était un enfant fier, autonome. Jamais il ne reposait ses craintes sur lui. Le seul moment où Harry avait vu une ouverture chez l’enfant fut après l’incident du lapin. Tom avait eu peur de l’abandon. Mais cette fois-ci, ce n’était pas le sujet. Tom avait seulement fait un cauchemar comme tous les enfants de son âge.
Il cligna les yeux, voyant Tom le rejoindre dans le lit. Harry était étonné, mais une chaleur gonfla dans sa poitrine. Il se sentait presque choyé de voir ce petit garçon au possible futur sombre accepter son offre de réconfort. Alors, Harry l’accueillit dans ses bras et profita du moment pour lui caresser les cheveux. Tom s’était laissé dorloter plus tôt dans la soirée. Peut-être prenait-il un certain plaisir à être couvé ? Un tendre sourire étira ses lèvres et il chuchota des mots doux qui se transformèrent en une comptine chantée. Tom s’endormit dans ses bras et Harry n’eut pas le cœur à le retourner dans son lit. Alors, il ferma les yeux et partit au pays des songes à son tour.
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C’était maintenant le dernier mois de l’été, quelques jours avant le début de l’école. Bien entendu, Tom avait su convaincre Harry avec doigté de poursuivre son apprentissage à la maison pour la prochaine année. Il suffisait de tirer sur les bonnes ficelles, et celles de Harry se dessinaient avec de plus en plus de netteté. La manipulation de son tuteur se révélait encore un défi, mais ô combien satisfaisant ! Certes, ce n’était pas parfait et jamais cela ne le sera. Mais Tom goûtait son influence sur Harry avec un tel bonheur qu’il avait quelquefois l’impression d’en devenir ivre. Tant qu’il ramenait le sujet sur le fait qu’il formait une famille, le tour était joué.
Hydre, sa magnifique couleuvre, se moquait parfois de lui. Et ce, même si elle lui était fidèle. Elle semblait voir des choses d’un point de vue… déficient, selon Tom. Après tout, la cervelle d’un serpent ne fonctionnait pas comme celui d’un humain, même si ces créatures restaient incroyablement intelligentes. Hydre n’hésitait pas et s’amusait à rappeler à son jeune maître que Harry exerçait autant de pouvoir sur lui que lui sur l’humain, mais qu’il ne s’en rendait pas compte. Il suffisait d’un seul sourire de son tuteur pour faire bondir son cœur et le faire réfléchir à ses actions. Lors de ces rappels, Tom crachait avec venin, remémorant à Hydre qu’il était malheureusement encore un enfant, qu’il n’avait pas d’autres choix que de complaire parfois à son tuteur.
Il restait une semaine avant le début de l’école. Assis à la table de la cuisine, Tom sirotait son thé glacé tout en scrutant son tuteur qui descendait les escaliers, une serviette sur la tête. Il essuyait sa tignasse avec force, le souffle un peu court. Quelques gouttes d’eau glissaient le long de sa nuque et mouillaient son haut de pyjama.
— Je me change rapidement, Tom !
Harry s’enferma dans sa chambre, en coup de vent. Tom soupira un moment, mais un léger sourire vint étirer ses lèvres. C’était une situation récurrente : Harry avait quelques difficultés avec la ponctualité ou la gestion de son temps. Il se demanda brièvement s’il en était ainsi aussi dans sa jeunesse. Son tuteur était un homme étourdi. Cette caractéristique exaspérait grandement Tom, chez les êtres humains. Mais chez Harry… il éveillait une douce chaleur dans sa poitrine.
Il termina son thé et se leva. Il rangea sa vaisselle et observa un instant le paysage extérieur. Il aimait la quiétude de l’endroit, le son du vent dans les feuilles des arbres, l’ondulation de l’herbe dans les champs en périphérie. Il s’était attaché si rapidement à son nouveau foyer qu’il anticipait le moment où il devrait quitter le cottage pour retourner dans une école Moldue. À moins qu’il trouve un moyen pour retarder ce moment le plus longtemps possible.
Une porte s’ouvrit : Harry était de retour dans la cuisine.
— Je suis prêt, Tom, dit-il.
Tom se tourna et l’étudia de ses yeux plissés. Chaque fois qu’il observait son tuteur, il le décortiquait de la tête aux pieds avec une profonde intensité. Il le savait, tout comme Harry. Mais jamais celui-ci n’avait émis un commentaire à ce propos, acceptant seulement cette personnalité chez Tom, acceptant d’être le fruit de son étude.
Harry portait des vêtements légers et banals, comme à son habitude. La différence résidait dans l’espèce de robe à capuche noire, ouverte sur le devant. Il fronça les sourcils et Harry lui répondit avec un sourire entendu.
— C’est une robe de sorcier, révéla ce dernier. Puisque nous allons sur le chemin de Traverse, j’avais envie d’en porter une.
Tom hocha la tête, les lèvres sèches. Comme ça, ils allaient enfin dans le monde des sorciers. Harry lui avait décrit plusieurs choses de leur univers : le ministère, les magasins retrouvés sur le chemin de Traverse, les règles régissant leur monde, le transport en balai, et encore. Mais le sujet qui avait longuement retenu l’attention de Tom fut : Poudlard, l’école de sorcellerie.
Chaque fois que Harry évoquait Poudlard, Tom ressentait une profonde excitation en lui. Il s’imaginait voguer dans les longs couloirs entourés d’armures enchantées, observer le ciel étoilé dans la Grande Salle comme Harry se plaisait à le lui décrire, voir les limites de la forêt interdite. Mais surtout, il fantasmait sur sa grandeur devant les autres étudiants, en classe, prouvant sa puissance et sa supériorité à tous les autres crétins du Royaume-Uni.
Selon Harry, Tom recevrait une lettre l’invitant dans la prestigieuse école à l’âge de 11 ans. Ce jour, il l’attendait avec impatience, mais aussi de l’anticipation. Il se plaisait dans ce petit cottage, ayant trouvé un sentiment de bien-être. En serait-il ainsi à Poudlard ? Le contraire serait surprenant. Tom avait plus que sa place dans le monde magique et ce n’est qu’à Poudlard qu’il pourrait le prouver. Une flamme d’ambition s’alluma avec force en lui. Ce jour allait lui fournir des détails importants pour son futur.
— Et moi ? lança avec raideur Tom. Dois-je porter quelque chose en particulier pour notre destination ?
Harry fronça les sourcils, mais adoucit rapidement son expression.
— Est-ce que tu aurais peur de te sentir à part ?
Tom plissa un peu plus les yeux, pinça aussi les lèvres jusqu’à une ligne fine.
— Il se pourrait, siffla-t-il avec une certaine rancœur.
Son tuteur lisait un peu trop en lui et Tom n’y était pas habitué. Mais cela restait… fascinant. Harry s’approcha et lui froissa ses belles boucles autrefois soignées. Un sifflement outré sortit de ses lèvres, mais Tom ne faisait rien pour s’éloigner de cette main apaisante.
— Ne t’inquiète pas, rigola Harry en s’accroupissant devant lui, j’avais prévu de faire de nombreux magasins. Nous pourrions profiter de ce moment pour refaire ta garde-robe. Qu’en penses-tu ?
Les yeux de Tom s’ouvrirent en grand, brillant d’excitation. Son cœur, quant à lui, bondissait dans sa poitrine avec hâte.
— Oui, souffla-t-il comme dans un rêve. Je veux ressembler à un sorcier.
Harry lui offrit un sourire compréhensif et lui ébouriffa une dernière fois les cheveux avant de l’entraîner hors de la maison.
— Agrippe mon bras, nous allons transplaner, l’informa Harry.
Tom glissa ses doigts sur l’avant-bras de son tuteur et prit une grande respiration. Le cottage disparu pour laisser place à un mur de briques dans une allée sombre du Londres. Harry empoigna sa main et l’entraîna sur le chemin, sans un mot. Tom bougea un peu ses doigts emprisonnés, son cerveau concentré sur cette poigne étrangement tiède. C’était quelque chose qu’il avait noté : la température de Harry n’était jamais plus élevée que la tiédeur, plus près du froid qu’une température tempérée, et ce, même s’il était près d’un feu depuis des heures. Était-ce normal ?
Ils se retrouvèrent face à une devanture désuète, miteuse, dans une rue assez achalandée. S’ils ne s’étaient pas arrêtés, jamais Tom ne l’aurait remarqué.
— Voici le Chaudron Baveur, expliqua Harry, la main toujours sur celle de Tom. Reste près de moi.
Sa voix n’était pas inquiète, mais Tom sentait une tension dans celle-ci. Un peu comme si de mauvais souvenirs imprégnaient cet endroit. Alors, il serra un peu plus fort ses doigts et suivit Harry. L’intérieur était… étonnant. Tom avait l’impression de remonter dans le temps, comme si les sorciers évoluaient plus lentement que les Moldus. Ce constat lui rappela une conversation avec Harry sur les sorciers.
— Tu sais, Tom, avait-il dit, les sorciers sont certes puissants, mais ils se confinent dans un espace temporel avec peu d’évolution. Les Moldus, eux, ont une force : ils avancent, cherchent des solutions, au lieu de rester ancrer dans des croyances ou des traditions dépassées.
Tom comprenait un peu mieux ce qu’avait voulu dire son tuteur. Certes, l’ambiance n’était pas au médiéval, mais… Les sorciers devant lui affichaient des visages misérables, salis. Leurs vêtements miteux, des robes de sorciers sans accords, ne reflétaient aucune fierté. Et que dire de l’endroit ? Il était terne, sans réelle lumière, comme un trou à rats. Voilà, le Chaudron Baveur ressemblait à une cache à rongeurs. Et ce constat rembruni Tom. Ses espoirs sur le point de s’éteindre.
Le seul élément intéressant des environs était la magie. Elle était partout : dans les torchons qui flottaient pour nettoyer les tables, dans les chaises qui se déplaçaient seules pour laisser passer des invités, dans les plateaux qui voltigeaient de table en table afin de servir les clients, dans les factures se réglant en un tour de main. Cela était un véritable spectacle, malgré l’intérieur infâme.
Tom renifla avec dédain et suivit Harry, qui le tira par la main. Son tuteur saluait poliment les sorciers et les sorcières qu’il croisait, certains révélant des sourires édentés et une hygiène particulièrement exécrable. Tom pinça les lèvres et colla une expression impassible sur ses traits. Même l’odeur était écœurante. Enfin, ils se faufilèrent entre les tables et les silhouettes pour déboucher sur une porte, au fond du pub. Harry l’ouvrit et l’air vint rafraîchir les poumons de Tom. Ils sortirent dans le soleil du jour.
— Que faisons-nous ici… devant ce mur de briques ? renifla Tom, toujours dégoûté des anciennes odeurs derrière lui.
Il se rapprocha imperceptiblement de son tuteur et inspira son odeur. Le soulagement l’inonda.
— Regarde, lui sourit Harry. Habituellement, on utilise une baguette magique, mais la magie sans baguette fonctionne aussi bien.
D’une main adroite, il tapota certaines briques dans un ordre précis. Tom fronça les sourcils, mais les arqua bien assez vite en voyant le mur se mouvoir pour laisser une ouverture apparaître. L’espace se gonfla de couleurs et d’animation. Avec douceur, Tom se fit pousser vers l’avant par Harry. Il en était heureux, car ainsi, son tuteur ne pouvait pas observer son visage. Or, son visage s’étira d’étonnement, les yeux écarquillés devant l’effervescence de la rue.
Des sorciers et des sorcières, de tous les âges confondus, marchaient avec entrain de façade en façade, pénétrant dans les boutiques qui les intéressaient. Du bleu, du vert, du noir et encore coloraient les robes qui voltigeaient devant les yeux de Tom. Certains sorciers se trouvaient aussi miteux que ceux dans le pub derrière lui, mais avec plus de parcimonie. Des enfants criaient et sautillaient sur place.
Lentement, le cœur bondissant, Tom s’avança dans la rue à l’affût de tout ce qu’il voyait. Des boutiques de livres, de parchemins, de jouets, de balais défilaient sous ses yeux. Il y avait tellement de nouveautés qu’il ne sut par où commencer, laissant ses pieds suivre une ligne droite. Il détonait un peu avec son accoutrement Moldu et ce déclic lui fit comprendre qu’il voulait de nouveaux vêtements. Bientôt, il sentit la main tiède de Harry sur son épaule.
— Alors, Tom ? Que penses-tu du chemin de Traverse ?
Tom se tourna de biais et leva les yeux vers son tuteur.
— Mieux que le Chaudron Baveur, avoua-t-il en plissant le nez. Pendant un instant, j’ai été rebuté par le monde des sorciers. Mais là…
Harry partit dans un grand rire avant de caresser ses cheveux avec tendresse.
— Oui, je peux comprendre ton sentiment avec le Chaudron Baveur.
Puis, il lui agrippa la main et l’entraîna sur le chemin en pointant un bâtiment étrange au loin.
— Voici Gringotts, révéla Harry avec entrain. C’est la banque des sorciers. Elle est gérée par des gobelins, il faut donc respecter minutieusement les règles. On va s’y arrêter un moment pour que je puisse ramasser de l’or afin de te gâter.
Il lança un clin d’œil à Tom et ce dernier eut du mal à avaler. Lorsqu’ils furent dans l’insolite bâtiment incliné, Tom scruta longuement les petites silhouettes derrière les longs et somptueux comptoirs. Les gobelins étaient d’étrange créature, mais qui semblaient assez puissantes. Leurs dents acérées, leurs yeux noirs comme un puits sans fond et leur peau quelque peu plissée leur octroyaient un air acariâtre.
Harry se pencha près de son oreille.
— Les gobelins sont très attachés à l’or, souffla-t-il, et aux métaux. Et s’intéressent peu à ce qui se passe chez les sorciers, sauf si ça touche leur espèce.
Tom hocha le menton, le regard fixé sur un gobelin qui attendait visiblement que l’on s’adresse à lui. Harry se redressa et présenta alors une petite clef en or ainsi que le sceau de sa bague familiale.
— M. Peverell, énonça le gobelin. Un plaisir de vous voir. Que puis-je faire pour vous ?
— J’aimerais seulement récupérer un peu d’or dans mon coffre, s’il vous plaît.
Le gobelin s’inclina bien bas et les invita à le suivre. Le voyage qui s’ensuit effraya Tom, lui qui avait le mal des transports. Il demeura le plus stoïque possible lors de sa traversée dans les wagons souterrains, mais ne put s’empêcher d’agripper avec force la main de son tuteur. Le cœur au bord des lèvres, il accueillit avec joie le sol devant le coffre de la famille Peverell.
Le gobelin ouvrit la porte grâce à la clef et invita Harry et Tom à pénétrer le coffre. Là, sur le sol, se trouvaient des montagnes et des montagnes de pièces. En fait, le sol était à peine visible, recouvert d’or, mais aussi d’objets qui semblaient rares et précieux. La bouche sèche, Tom observait la fortune de son tuteur avec stupeur. Jamais de sa vie il n’avait vu autant d’argent.
Harry se pencha, empoigna une grande quantité de pièces qu’il fourra dans un sac. Puis, il prit une seconde petite bourse qu’il gonfla tout autant que la première. Il examina les environs d’un air quelque peu blasé et poussa Tom vers la sortie. Il lui tendit alors la petite bourse.
— Tiens, pour toi. Je préfère que tu gardes de l’or avec toi.
Tom fronça les sourcils, sans comprendre le motif d’un tel geste.
— Pourquoi ? le questionna-t-il.
— Au cas où, répondit Harry en haussant les épaules. Je n’ai pas l’intention de te quitter des yeux, mais cela me rassurerait si tu avais un peu d’argent sur toi.
Tom accepta le cadeau, un nœud dans l’estomac. Puis, ils reprirent le chemin vers la surface. Harry remercia le gobelin et entraîna Tom vers les boutiques. Ils commencèrent par Tissard et Brodette pour acheter une garde-robe complète pour le garçon. Harry ne lésina pas pour le bien-être de Tom, assurant à ce dernier qu’il voulait qu’il se sente bien. Il commanda aussi des vêtements passe-partout pour le monde des Moldus, comme des pantalons, des pulls et des chemises. Bientôt, une grande pile de vêtements se fit rétrécir et envelopper dans du papier kraft.
Alors que son tuteur remboursait la sorcière derrière le comptoir, Tom insista auprès de Harry pour lui choisir des vêtements. Cette demande étonna Harry.
— Nous sommes ici pour toi, Tom, répondit-il en plissant le front. J’ai tout ce qu’il me faut à la maison.
Tom renifla avec dédain.
— Tes vêtements sont… Ils peuvent être mieux, choisit-il de dire avec prudence. Même si je suis un simple enfant, ajouta-t-il d’un claquement de langue, il n’en reste pas moins que j’ai un meilleur goût en matière d’habillement.
Harry se pencha à la hauteur de Tom, le scrutant de ses yeux verts pétillants.
— Aurais-tu honte de moi ? demanda-t-il avec un léger amusement.
Tom sentit ses joues surchauffées un moment. Les yeux de Harry étaient magnifiques et ses fossettes, ainsi amusées, ressortaient plus qu’à l’habitude.
— Non, répondit-il d’une voix un peu plus basse, mais je pense que tu pourrais…
Tom fronça les sourcils. Il n’avait pas envie de dire à Harry qu’il était beau. Et que certains vêtements l’avantageraient. C’était… son jardin secret.
— Est-ce que ça te ferait plaisir, Tom ? le questionna Harry en inclinant la tête sur le côté, comme il le faisait si souvent.
Le cœur battant, Tom crispa la mâchoire et hocha le menton.
— C’est d’accord, lui accorda alors Harry.
Il se releva pour observer la sorcière derrière le comptoir et s’excusa un moment.
— J’ai bien peur que nos achats ne soient pas encore terminés, révéla-t-il à la marchande qui imaginait déjà l’amas d’or s’accumulant dans ses poches. Mon fils adoptif désire que l’on m’habille, mais… je ne suis pas doué pour ce jeu. Alors, je vous laisse choisir pour moi.
La sorcière s’exclama avec enthousiasme, agrippa son ruban à mesurer magique et entreprit de prendre les mensurations de Harry. Pendant ce temps, Tom observa les vêtements et montra ce qu’il pensait être le mieux pour son tuteur. Étonnamment, le garçon prit plus de plaisir à habiller Harry qu’à s’habiller lui-même.
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La journée défilait rapidement. Tom avait visité quelques boutiques dont : Au plumes d’Amanuensis, Boutique de l’apothicaire, Fleury et Bott. Il était ressorti avec une grande quantité de livres qui allaient assurément remplir sa bibliothèque. Il avait pris un peu de tout : des romans, des contes, mais surtout des bouquins sur l’Histoire du monde de la sorcellerie, sur la métamorphose, sur les runes anciennes, sur la divination, sur les sortilèges et encore. Tom voulait tout savoir, il désirait se préparer pour Poudlard, et ce, même si c’était dans trois ans.
Harry paya les articles en observant sommairement les livres empilés devant lui et remercia le marchand pour le paquet cadeau. Ensuite, ils prirent congé, les poches de plus en plus chargées.
— Aimerais-tu une glace pour terminer la journée ? proposa Harry.
— Oui, répondit Tom en scrutant les environs.
Ses yeux tombèrent sur une échoppe de glaces et de viennoiseries et ce fut Tom qui entraîna Harry par la main. Ils s’installèrent sur la terrasse et dégustèrent leur commande en observant les passants.
— Harry, dit lentement Tom en anticipant un peu sa réaction, il semble y avoir des niveaux de classe sociale parmi la communauté sorcière.
Le nez couvert de sucreries, Harry étudia Tom en silence.
— Regarde, ajouta-t-il, le doigt pointé discrètement sur une famille près d’une façade vendant des chaudrons. Leurs habits, leur maintien et même la lueur dans leur regard démontrent une certaine puissance. Tandis qu’eux — Tom montra un vieux couple dégingandé — semblent plutôt appartenir à une classe sociale médiocre.
Harry prit une bouchée de sa gâterie avant de répondre au garçon.
— Comme chez les Moldus, répliqua-t-il prudemment, il y a des personnes fortunées, des personnes aisées et des personnes pauvres.
Tom crissa des dents et serra les poings. Harry faisait-il exprès pour être aussi bête ?
— Oui, siffla-t-il en cherchant à garder son calme, mais cela semble plus profond. Comme une hiérarchie magique : des puissants aux faibles. Et plus tôt, j’ai entendu un groupe parler de Sang-Mêlé. Y a-t-il un lien ?
Les traits de Harry se décomposèrent un moment, empreints à une grande lassitude.
— Profitons de la journée, Tom, et je répondrai à tes questions ce soir, au repas, annonça Harry, le visage maintenant fermé.
— Et pourquoi donc ? insista Tom, les sourcils froncés.
— J’ai dit ce soir, coupa Harry, la voix aussi tranchante qu’un couteau.
Tom se recula un moment, l’estomac tordu par cette soudaine poussée émotionnelle. Harry usait rarement d’un ton aussi mordant. Et maintenant, il semblait se détacher de l’espace, un immense mur s’érigeant entre eux. Son visage présentait une prestance nouvelle, déterminée, comme un soldat au milieu d’une guerre. Et le voir adopter un tel comportement ranima l’inconfort chez Tom. Harry lui cachait des choses, c’était certain. Mais de quelle ampleur ? Pourquoi ce sujet lui soulevait-il tant de vivacité ? Les derniers mois passés à ses côtés avaient troublé quelque peu ses premiers souvenirs de Harry, ceux qui démontraient que son tuteur voyait quelque chose en lui, comme s’il le lisait comme un livre. Qu’un grand doute subsistait en lui malgré sa bienveillance ! Et là, constater sa silhouette tendue sous le soleil de l’après-midi lui affolait l’esprit.
Avait-il fait une erreur en posant la question ? Peut-être avait-il des réponses dans ses nouveaux livres. Et si Harry décidait de l’abandonner pour sa curiosité ?
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Assis à la table pour le repas, Tom examinait les traits de Harry. Sa mâchoire se crispait, il n’y avait aucune trace de ses fossettes, et ce, même s’il mangeait son plat — signe qu’il ne le dégustait pas. Une veine semblait se détacher au niveau de sa tempe droite, près de l’œil. Ces gestes étaient lents, méthodiques. Ce dernier détail troubla quelque peu Tom, habitué à la maladresse de son tuteur. Celui-ci coupait sa viande avec une précision chirurgicale comme si la tâche était l’exercice le plus intéressant au monde.
Tom plissa les lèvres, étudiant les possibilités devant lui. Devait-il faire comme si de rien n’était ? Ou bien envoyer le sujet sur la table pour crever l’abcès ? Il décida de demeurer silencieux, malgré sa profonde angoisse et son envie de cracher du venin.
Alors qu’il avalait de la purée de pommes de terre, Tom vit Harry déposer ses ustensiles pour le scruter avec attention.
— Dans la communauté magique, il y a de grands débats sur la pureté du sang, claqua un peu durement Harry. En gros, il y a des Nés-Moldus (qui sont nés de parents Moldus), des Sang-Mêlés (nés d’un parent Moldu et d’un sorcier) et des Sang-Purs. Pour ces derniers, tu comprendras que leur famille ne comporte que des sorciers sur de longues générations. Alors, je te laisse deviner, Tom. En quoi consiste le débat ?
— Que les Sang-Purs sont plus puissants et méritants que les autres, répondit-il aisément.
Tom saisit à ce moment l’étrange froideur de son tuteur. Harry était un être d’une bonté manifeste, ne recherchant que le bien autour de lui. Peu importe les classes sociales. Alors, pour lui, ce débat n’était qu’une stupide connerie.
— Oui, voilà, approuva Harry. Cette discussion, j’aurais aimé l’avoir avec toi à un autre moment, lui avoua-t-il. Je sais que tu penses que certaines personnes sont plus importantes que d’autres, et tu connais mon avis à ce propos. Et mon avis va dans le même sens en ce qui concerne la pureté du sang. Ce ne sont que des balivernes. Il n’y a aucune différence entre un sorcier de Sang-Pur et un Né-Moldu. S’il y a une différence, elle réside dans la volonté de chaque individu. Cette volonté déterminera la puissance du sorcier.
Croisant les bras, Tom se recula sur sa chaise et scruta Harry.
— Donc, la magie qui coule dans le sang ne fait aucune différence chez un Sang-Pur versus un Sang-Mêlé ? La magie n’est pas plus concentrée ?
Harry secoua la tête avec un certain désespoir.
— Non, Tom. Aucune étude sérieuse n’a confirmé une telle théorie. Les seules personnes qui proclament haut et fort la puissance de la pureté du sang sont les Sang-Purs, car ils ne veulent pas se faire enlever leur statut privilégié, leurs accès à de meilleurs postes, leurs sièges au Mangenmagot et j’en passe. Ce débat est là depuis de trop nombreuses années. Et les arguments reposent sur des préjugés ou des a priori qui sont non fondés.
Harry respira un moment et reprit avec plus d’ardeur.
— J’avais une amie, une Née-Moldue, qui était beaucoup plus brillante que moi. Elle excellait dans tout, s’enflamma-t-il, les yeux luisants d’émotions, ce qui écrasa le cœur de Tom. Hermione surpassait tout le monde alors qu’aucun sorcier ne figurait dans sa généalogie.
Tom renifla, la mâchoire crispée. Qui était cette Hermione qui soulevait tant de passion chez Harry ? C’était d’ailleurs la première fois qu’il parlait ouvertement de certains de ses amis… Tom crispa les poings. Pourquoi pensait-il à ça ? Depuis quand la vie de Harry empiétait-elle sur la sienne, au point de se confondre avec ses réels intérêts ? La véritable question était plutôt : Tom possédait-il du sang pur ? Il en doutait, car : comment aurait-il fini dans un orphelinat Moldu avec deux parents sorciers ? Son cerveau était en ébullition, son estomac noué. Il avait envie de savoir ses origines. Il se sentait exceptionnel, il devait bien avoir de grands sorciers dans sa famille.
— Je ne sais pas ce que je t’inspire, Tom, mais je suis un Sang-Mêlé, révéla Harry, le regard sûr.
— Mais, douta Tom, tu possèdes une chevalière de ta famille. Les gobelins de Gringotts se sont prosternés devant toi. Et toute cette fortune.
— Ta vision repose sur des préjugés, Tom ! Écoute-toi. Comme s’il était impossible pour une personne non reconnue de détenir une petite fortune. Tu dois ouvrir tes œillères un peu plus grand. Le sang, ce n’est que du sang. Il circule pour transporter l’oxygène à nos organes afin que l’on puisse vivre. C’est tout.
Tom réfléchissait. Il ne pensait pas que Harry avait totalement tort, mais il aurait aimé lire sur le sujet, l’étudier à tête reposée. Vérifier s’il y avait des études à ce propos malgré les dires de son tuteur. Et si Tom possédait un sang mélangé, le point de vue de Harry le favorisait, c’était certain. Il ne pouvait donc pas s’en plaindre. Mais, cela semblait un sujet chaud parmi la communauté magique. Et Tom savait qu’une simple position pouvait changer la balance de toute une vie. Il avait de l’ambition et se savait au-dessus des autres. Cela ne devait pas changer.
— Tom, souffla Harry en retirant ses lunettes et en frottant ses yeux, ce qui est important, c’est la vie et son respect. Peu importe ce que la communauté verbalise, peu importe les préjugés — il remit ses lunettes et agrippa soudainement ses mains avec force. Tant que tes choix s’orientent vers la vie, tu ne peux pas te tromper.
Tom observa les longues mains de son tuteur enserrer les siennes.
— Tu es brillant, vif d’esprit et tu possèdes un esprit analytique, insista Harry. Je sais que tu comprendras, je le sais. Il… il le faut.
Tom tordit étrangement la bouche. Certes, il pouvait le comprendre. Cependant, son ambition pouvait englober toute raison. Mais il tut ses propos, profitant plutôt du regard doux de son tuteur posé sur lui.
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La noirceur s’infiltra dans la maisonnée, accueillant quelques rais lumineux de la lune sur les boiseries du salon. Harry essuyait la vaisselle, les pensées accaparées. À son grand soulagement, Tom lisait dans sa chambre. Grâce à l’espace et au silence, Harry pouvait mieux respirer. Tout se mélangeait, son esprit peinait à démêler les événements, les préjugés, les peurs, les angoisses, les possibilités. Tom, le jeune garçon sous son toit, et Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, se démarquaient comme deux entités distinctes, mais parfois, elles fusionnaient devant les yeux de Harry. Ron et Hermione lui manquaient terriblement. Il aurait aimé leur parler et débattre avec eux de la meilleure façon d’élever Tom. Hermione aurait eu de bien meilleurs réflexes que lui. Tom était si… complexe.
Comment un sorcier de Sang-Mêlé avait-il pu embrasser les idéaux des Sang-Purs au point d’assassiner des êtres vivants ? C’était incompréhensible.
— Tom Elvis Jedusor se voit comme un être si exceptionnel qu’il se croit au-dessus de tous les autres, lui souffla la Mort.
Harry fronça les sourcils de surprise, ne s’attendant pas à cette visite impromptue.
— C’est ce qui est particulier chez ce sorcier : ses convictions profondes et ancrées en lui, poursuivit son amie. Il préfère embrasser le chemin lui permettant d’escalader les échelons jusqu’au sommet plutôt que de défendre la logique, sauf si la logique va dans son sens. C’est ce qui le rend incroyable.
— Vous parlez de lui avec affection, soupira Harry en rangeant le dernier verre dans l’armoire.
Il se retourna, scruta le haut de l’escalier pour confirmer l’absence de Tom, puis s’isola dans sa chambre pour converser avec la Mort.
— Bien sûr, Maître, ça va de soi. Très peu de sorciers ont pu vaincre la mort. Malgré tout l’enjeu impliquant les Horcruxes, diviser son âme sept fois représente un exploit.
Harry renifla, puis ouvrit son armoire pour se changer.
— Et comment… trouvez-vous son évolution depuis l’adoption ? demanda Harry avec hésitation, alors qu’il enfilait son pyjama. Pouvez-vous lire en lui ?
Du coin de l’œil, il vit la Mort glisser sur le sol comme le ferait un Détraqueur pour coller son absence de visage près de son oreille.
— Non, Maître. Je peux certes comprendre des fragments de la temporalité, mais il y a infinies possibilités, infinis choix. Tout ce que je demande, c’est de rectifier le tort fait à la mort. Peu importe le temps que cela prendra. Je ne peux intervenir, je ne peux lire en Tom Jedusor. Chaque seconde provoque une voie nouvelle et différente. La prédiction est trop fastidieuse. La lecture du passé est l’option de choix. Je peux seulement me connecter à l’esprit de mon véritable Maître, lorsqu’il me le permet.
— Eh bien, je ne le veux pas, siffla Harry en s’assoyant sur son lit, le regard maintenant braqué sur l’entité devant lui. Je préfère exposer mes pensées et mes sentiments de vive voix.
La Mort s’inclina avec respect.
— Mais j’aimerais connaître votre avis sur l’état actuel des choses.
— Selon l’ancien Tom Jedusor enfant, de votre ligne temporelle, Maître, j’observe effectivement un changement intéressant.
Harry redressa un peu plus la tête, la curiosité titillée.
— Il développe de l’affection à votre égard, je l’observe. Certes, il ne comprend pas tout à fait ses émotions, mais vous avez ouvert quelque chose en lui, une petite brèche, qui, utilisée avec doigté, ne peut que grandir. Cette brèche offre de nouvelles possibilités. Mais son ambition brûle encore dans son cœur et dans ses yeux. Rien n’est joué. Ce sera un long combat que de l’empêcher de diviser à nouveau son âme.
Avec un soupir las, Harry retira ses lunettes et se frotta les paupières. Les mots de la Mort l’encourageaient, mais l’effrayaient à la fois.
« Qui suis-je pour changer le destin, ce qui devait arriver ? » pensa Harry en autorisant la Mort à lire en lui.
— Vous êtes Harry Potter, le Maître de la Mort. Voilà ce que vous êtes, Maître. L’être le plus exceptionnel qui soit.
Harry ricana sombrement, le nez plissé de dégoût.
— Non, répondit-il avec dureté. Je ne suis que le pantin des plus influents.
Sans s’annoncer, la Mort s’approcha si près de son visage qu’il pouvait sentir sa peau fusionner avec la magie cendreuse de son amie.
— J’aimerais que vous puissiez vous voir, Maître.
— Me voir ? répéta-t-il en secouant la tête. Je ne comprends pas.
La silhouette vaporeuse se distilla dans l’air lorsque des coups retentirent à la porte.
— Tu peux entrer, Tom.
Un ajour se fit et le garçon s’interposa contre la lumière derrière lui. Son expression était difficile à déchiffrer. Il y avait de l’angoisse, un trouble incertain, mais surtout de la volonté. Tom revêtait un pyjama et ses bras découverts de ses manches retroussées dévoilaient un livre.
Les émotions toujours en ébullition depuis leur dernière conversation, Harry attendit en silence.
— Je pensais que nous pourrions faire la lecture dans ta chambre, murmura avec douceur Tom, quelque chose vacillant dans ses yeux abyssaux.
Harry comprit. Tom patientait depuis un moment pour leur rituel du soir et devait penser qu’il était furieux ou troublé. Assez pour sauter leur routine du soir. Et ce fait devait bouleverser le garçon, lui qui détestait les imprévus.
— Tu aimerais lire ici ?
Tom serra le livre contre sa poitrine et hocha le menton. Harry ne put résister et fondit devant ce comportement sincère et adorable. Alors, il remonta dans le lit, écarta les draps et invita le garçon à venir le rejoindre. Aussitôt, il s’avança avec des pas empressés, grimpa sur le matelas et s’installa entre les jambes de Harry, le dos appuyé contre son torse. Harry fronça les sourcils face à cette toute nouvelle position et proximité.
— Es-tu sûr que tu seras bien ?
— Oui.
La réponse était catégorique.
Harry entoura Tom de ses bras et agrippa le livre apporté. Lorsqu’il vit la couverture, son corps se raidit, son souffle se tarit. Là, sur les cuisses de l’enfant se trouvait Les Contes de Beedle le Barde. Tom présenta son profil, le nez plissé de questionnements, comme s’il avait lu son malaise.
— Ce livre est une de tes trouvailles sur le chemin de Traverse ? demanda Harry d’une voix qu’il espérait mesurée.
— Oui, parmi tous les autres, murmura Tom, les yeux à nouveau sur le livre. J’étais curieux de lire un conte pour les enfants sorciers.
— Je comprends, répondit-il, la gorge un peu sèche. Il y a cinq contes… Par lequel désires-tu commencer ?
Harry observa Tom se pencher légèrement vers l’avant, le doigt glissant sur les titres devant lui. Enfin, il s’arrêta sur Le Sorcier et la marmite sauteuse, au grand soulagement de Harry. Il retint son soupir et débuta la lecture alors que Tom s’installait plus près de lui, défiant la proximité et réchauffant son thorax toujours aussi tiède. Il ferma les yeux un instant, aimant la présence de Tom, puis commença doucement à raconter les aventures du sorcier bon et charitable, qui aidait tous les gens se présentant à lui grâce à un chaudron, puis de la succession du fils, beaucoup moins sage.
Pendant la lecture, Harry s’autorisa à caresser les cheveux de Tom, le cœur gonflé d’affection. La douce luminosité de la chambre, la chaleur de la proximité et des couvertures du lit, le confort des oreillers, le calme de la pièce, tout était parfait pour une ambiance intime et familiale. Depuis bien longtemps, Harry se sentit important. Non pas pour l’humanité, mais pour un petit être. Et cela, c’était ce qu’il avait goûté de plus personnel et vrai dans sa vie.
L’histoire terminée, les pages se refermèrent. Harry caressa avec lenteur les cheveux du garçon, s’émerveillant devant leur douceur et leur souplesse. Cette texture était bien loin de celle de sa propre tignasse. Tom semblait apprécier le moment, puisqu’il ne bougeait pas. Au bout de plusieurs minutes silencieuses, Harry déposa un baiser au sommet de sa tête avant de parler.
— Allez, il faut dormir, chuchota Harry, le sourire aux lèvres.
Comme un roc, Tom restait immobile, les épaules tendues. Harry ne pouvait pas voir son visage, mais il sentait que quelque chose tracassait l’enfant. Alors, il attendit avec patience, ne voulant pas le brusquer.
Tom remua contre son torse, le menton penché vers l’une de ses épaules.
— Puis-je dormir avec toi ?
— Dor… dormir avec moi ? s’étonna Harry. Je… pourquoi donc ?
Harry observait Tom se tortiller les mains avec force et maladresse. Ce comportement lui était étranger. Certes, Tom restait un enfant, mais pour un garçon de son âge, il gardait d’une façon assez incroyable le contrôle de ses angoisses.
— Et pourquoi pas ? Nous… avons déjà dormi ensemble.
— Mais tu avais fait un cauchemar, répondit Harry, qui se sentait étrangement attendri devant le comportement inhabituel de Tom.
— Harry, souffla-t-il d’une voix tendue, je… notre altercation de plus tôt me… Je ne l’ai pas aimée. Tu étais si furieux. Vas-tu partir, m’abandonner ?
Cette fois-ci, Tom se retourna complètement et plongea ses grands yeux sombres dans ceux de Harry. Diverses émotions les noyaient, mais la crainte surpassait toutes les autres. Cette vision étouffa un moment Harry, chavirant son cœur. Ce garçon, Tom Elvis Jedusor, manquait d’amour, manquait d’attention. Alors, Harry se fit un devoir de rassurer cet enfant effrayé devant lui.
— Jamais je ne t’abandonnerai, Tom. Nous sommes une famille.
Tom plongea son nez contre lui et Harry lui frotta davantage ses belles boucles foncées.
— Je veux rester avec toi, Harry, insista Tom d’une voix aiguë.
Harry se questionna sur cette demande inoffensive. Serait-ce bénéfique pour Tom ? Les enfants dormaient parfois avec leurs parents, non ? Tom n’avait que 8 ans, après tout. Il ne pouvait pas le rejeter et créer encore plus d’angoisses chez le garçon. D’un soupir presque contrit, il accepta. Ils s’installèrent dans le lit, Tom tourné vers lui, les yeux fermés, le visage à moitié camouflé derrière ses mains. D’un seul mot, Harry éteignit les lumières pour laisser place à la nuit.
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Avec le début de l’année scolaire, Harry avait été obligé de faire un saut à l’école du village pour recueillir les documents et les livres nécessaires pour l’éducation de Tom. Celui-ci avait suivi son tuteur dans la démarche avec un peu moins d’anticipation maintenant que le transplanage était possible. Puisque Tom connaissait l’univers des sorciers, Harry usait plus régulièrement de sa magie pour voyager au lieu de son horrible voiture. La seule condition : faire attention à apparaître dans un endroit caché aux yeux des Moldus.
C’était le premier jour d’école et Tom marchait près de son tuteur dans les couloirs de l’établissement scolaire. Les classes accueillaient des enfants, les portes ouvertes pour faciliter l’aération en cette chaude matinée. Quelques yeux surpris et curieux suivaient leur silhouette lorsque cela était possible. Devant le bureau du directeur, deux garçons balançaient leurs jambes trop courtes pour la chaise avec un rythme régulier, presque ennuyé. L’un était charnu, les joues rebondies et olives. L’autre était efflanqué à l’air malicieux. Tom les considéra avec un certain dédain.
Harry s’arrêta un moment, observant les environs. Son regard se porta vers la secrétaire près du bureau directorial.
— Attends-moi ici, Tom, je vais aller signifier notre arrivée.
Et Harry partit sans écouter la réponse de Tom. Le garçon resta droit, les mains dans le dos, le regard fixé sur un mur près de lui. Les ignobles gamins près de lui racontaient leur mauvais coup et leur éventuelle sanction quand ils arrêtèrent de parler. Tom sentit leur curiosité à son égard.
— Hé, toi, dit le plus gros. Tu es nouveau ?
Avec une lenteur presque effrayante, Tom tourna son visage vers la pauvre créature. Sa bouche pincée refusa de répondre. Il devait faire attention : Harry était proche. Il ne pouvait pas se permettre de faire mauvaise impression et s’amuser avec la racaille.
— Tu es timide ? questionna le plus maigre. Hé, je me souviens, je t’ai vu au festival du village. J’étais au kiosque de reptiles et ton père t’a acheté un serpent.
— Ce n’est pas mon père, répliqua durement Tom, les yeux brillants.
Les deux garçons le scrutèrent avec curiosité.
— Ah non ? C’est un parent ?
— Mon tuteur, siffla Tom, qui voulait cesser de parler.
Le gros gamin cligna des paupières.
— Tuteur comme dans une adoption ?
La mâchoire de Tom se crispa. Il sentit sa magie vibrer en lui et se concentra pour éviter tout débordement.
— Hé, on n’a rien contre les orphelins, précisa le gamin. On peut devenir amis, tu sais.
Une main s’abattit sur son épaule : Tom reconnut cette présence comme celle de Harry. Les lèvres retroussées, il avala rapidement les mots qu’il voulait dégobiller.
— Vous voulez devenir amis avec mon Tom ? se réjouit Harry d’une façon écœurante. C’est une bonne nouvelle ! N’est-ce pas, Tom ?
Le visage radieux, sa magie lumineuse irradiant tout autour de lui, Tom sentit une boule se former dans son estomac. Il n’avait aucun intérêt pour cette amitié. En fait, pour être honnête, il n’avait que du mépris. Mais Harry semblait si heureux… Alors, pour répondre, Tom hocha de façon presque imperceptible le menton.
— Malheureusement, nous venons tout juste d’aménager, poursuivit Harry comme si mener une discussion avec des inconnus ne représentait aucun problème. Tom fait l’école à la maison, mais vous pouvez venir faire un tour lors d’un week-end. Nous sommes le petit cottage en pierre, celui éloigné du village.
— Ah oui ! s’exclama le garçon plus maigrelet. Je me souviens avoir vu les fenêtres ouvertes lors d’un tour en bicyclette.
Harry hocha la tête d’un air satisfait lorsqu’un homme ouvrit la porte du bureau directorial pour les appeler.
— Eh bien, messieurs, annonça Harry aux gamins, ce fut un plaisir !
Tom partit en leur offrant un sourire forcé.
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Septembre s’était écoulé rapidement, laissant les arbres changer leur robe de couleur. L’orangé et le rougeâtre peignaient le paysage et l’humidité agrémentait le milieu octobre d’une douce odeur de terre. Tom suivait un horaire fixe pour son éducation. Les matins étaient réservés aux matières « Moldus » tandis que les après-midi se consacraient à l’apprentissage de la magie.
C’était un défi que Tom relevait avec avidité. Toute démonstration de pouvoir animait une certaine excitation en lui. La magie lui soulevait des frissons, des fantasmes difficiles à ignorer. Il n’y avait rien de plus merveilleux que de goûter cette puissance, surtout celle de son tuteur. Harry maniait la magie sans baguette avec brio. Non seulement elle était lumineuse comme le soleil, mais il y avait une petite touche ténébreuse qui l’attisait plus qu’il le voulait. Malgré ces deux aspects aux antipodes, la magie de Harry s’harmonisait avec élégance et puissance.
Tom avait beaucoup lu durant l’été sur la magie sans baguette. Ses livres stipulaient que très peu de sorciers s’y risquaient, préférant la sûreté d’une baguette. Les sorciers pouvaient lancer quelques sorts sans leur instrument, mais cela réduisait bien souvent leur puissance. Un peu comme les sorts informulés. Et pourtant, Harry usait de ces deux méthodes sans le moindre souci. Pour lui, c’était aussi facile que respirer.
Et ce fait éveillait la cupidité en Tom. Il voulait surpasser son tuteur, coûte que coûte.
— Allez, Tom, ton esprit doit fusionner avec la magie, insista Harry, debout devant lui. Elle est partout : autour de toi, dans les arbres, dans l’herbe qui chantonne et surtout, en toi. Ce n’est pas la magie qui te contrôle, tu es celui qui la manie. Elle doit t’écouter.
Tom ferma les yeux, cherchant à goûter aux conseils de son tuteur. Il sentait si bien la magie de Harry, il devait bien pouvoir sentir celle qui le façonnait.
Ses doigts se mirent à pétiller alors que sa mâchoire se contractait et que son front se couvrait de sueur.
— Bien, Tom, c’est très bien. Maintenant, j’aimerais que tu allumes la chandelle devant toi. La formule : Incendio.
— Incendio ! répéta Tom.
Une légère fumée s’éleva de la mèche de bois, sans plus. Mais Tom ne se laissa pas décourager, fronçant les sourcils avec plus de volonté.
— C’est incroyable, Tom ! Vraiment, arriver à un tel résultat après une après-midi. Je pense que la leçon peut reprendre demain.
C’était peut-être incroyable, mais ce n’était pas parfait.
— Non, claqua Tom. Incendio !
La fumée s’accentua, mais aucune flamme ne s’élevait. Tom s’apprêtait à recommencer, mais Harry l’arrêta brusquement.
— Ça suffit, Tom ! lui ordonna-t-il. Ce n’est pas en t’épuisant à la tâche que tu vas y arriver. Ce sort est enseigné en premier cycle à Poudlard, avec une baguette magique !
Tom crissa des dents, détournant le regard. Un goût âcre s’infiltra dans sa bouche, glissant le long de son œsophage pour tomber comme du venin dans l’estomac. L’échec était amer, difficile à digérer. Sa magie pétillait de mécontentement autour de lui. Une ombre l’enveloppa : il haussa le menton et vit Harry près de lui, avant de s’accroupir à sa hauteur.
— Tom, commença-t-il avec une grande douceur, tu es incroyable. Tu as 8 ans et tu arrives à des résultats avec des sorts enseignés en première année à Poudlard. Et je te le répète, sans baguette magique. Ne vois-tu pas ta douance ?
— Je veux être aussi doué que toi, siffla-t-il, les lèvres retroussées avec envie. Je veux te surpasser.
Son tuteur se pencha un peu plus vers lui, un sourire bienveillant et les yeux pétillants comme s’il n’était pas surpris d’entendre de tels propos, comme s’il l’avait tricoté, connaissant chaque maille et chaque recoin de son esprit. Le cœur battant à tout rompre, Tom se plongea dans les yeux émeraudes de son tuteur, hypnotisé par ceux-ci.
— Je le sais, Tom, je le sais. Et tu y arriveras, sans aucun doute, l’encouragea Harry en lui tapotant le sommet de son crâne. Tu es déjà plus doué que moi lorsque j’avais ton âge.
Il lui fit un clin d’œil avant d’aller se faire bouillir un thé. Tom se frotta le torse pour calmer son cœur et monta les escaliers pour rejoindre Hydre. Elle reposait dans son vivarium, paisible.
— Viens, ma jolie, siffla-t-il en tendant le bras au serpent.
Hydre s’enroula avec aisance autour de son poignet et observa le garçon.
— Friandise ? demanda-t-elle.
— Qu’aimerais-tu ?
— De la viande fraîche, jeune maître.
— Bien, je vais voir ce que je peux faire, lui répondit-il en s’installant sur son lit, un livre contre ses cuisses.
Il tourna une page du Le Livre des sorts : comment apprendre avant l’âge avec un esprit immature et égaré. Il repensait à Harry et à ce qu’il représentait pour lui.
— Le jeune maître est étourdi ?
— Étourdi ? répéta Tom en plissant les yeux.
— Il semble déconcentré.
Tom hocha la tête, les yeux maintenant fixés sur sa porte fermée.
— C’est Harry.
— L’humain ? Et pourquoi un humain vous étourdirait-il ? Ou affolerait votre cœur comme lors de notre première rencontre ?
Les pupilles de Tom se baissèrent sur la couleuvre. Elle l’observait avec attention, réellement curieuse de comprendre.
— Harry… Il est différent, révéla Tom. Il est…
— Il est ?
— Unique, termina Tom en fronçant les sourcils.
Voilà. Il n’y avait pas plus grande vérité que celle-ci. Tom se voyait au-dessus de la masse. Jamais il n’avait cru qu’une autre personne pouvait grimper aussi haut. Mais Harry… Il le pouvait. Tom le sentait. Il sentait ce sorcier s’insinuer dans tous les pores de sa peau, sans la moindre exception, et ce, en seulement quelques mois. Ce constat était effrayant.
Tom essaya de poursuivre sa lecture, mais n’y arrivait pas. Ce fut la voix de son tuteur qui le ramena sur terre avec un doux frisson dans le dos.
— Tom ! Il y a une surprise pour toi !
Sa voix était enjouée. Tom quitta son sanctuaire, Hydre toujours autour de son poignet, et descendit les escaliers avec une curiosité à peine dissimulée. Lorsqu’il arriva près de son tuteur, à l’entrée, toute excitation disparue en un claquement de doigts.
Sur le seuil de la porte se trouvaient les deux garçons rencontrés près du bureau directorial au début septembre : le petit costaud et le grand efflanqué.
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— Comment t’appelles-tu déjà ? émit une voix éreintante.
Tom jeta un regard noir par-dessus son épaule pour constater que Harry l’observait de par la fenêtre du salon, sa tasse de thé en main. Un sourire flottait sur son visage, mais derrière celui-ci se cachait quelque chose de plus insidieux, comme une mise en garde.
Le nez plissé, Tom renifla.
— Tom, répondit-il avec raideur.
Il se retourna toutefois et scruta les deux garçons devant lui. Puis, il plaqua un joli sourire hypocrite sur ses lèvres.
— Et vous, quels sont vos noms ?
— Yvan, répondit le plus grand en se pointant, et lui, c’est Thomas. C’est rigolo que vous portiez presque le même nom tous les deux.
Tom plissa un peu plus les yeux, retenant son expression dégoûtée. Il avait toujours pensé que son prénom était ordinaire, sans valeur. Voilà un fait qui lui prouvait que son raisonnement était juste : un vilain garçon, pas plus vif qu’une lumière, qui portait son nom.
— Désolé Tom, rigola Yvan en se tournant vers son ami, je vais devoir t’appeler Thomas pour éviter les embrouilles.
Et Thomas partit dans un grand rire en s’approchant de Tom et en lui donnant un coup de coude dans les côtes. Tom se raidit à ce contact, le détestant au plus haut point. Seul Harry pouvait se permettre de le toucher, il était au-dessus de ces deux pathétiques Moldus.
— Alors, que fait-on ? demanda Thomas en observant les alentours. Tu n’as pas de balançoire ? Ça serait bien, là, à cet arbre.
Tom roula des yeux, et paniqua un moment en scrutant la fenêtre. Harry avait disparu, au moins, le semblait-il.
— On va marcher, ordonna Tom pour s’éloigner de la maison.
Avec un peu de chance, peut-être pourrait-il semer les deux garçons. Pourquoi Harry avait-il insisté pour qu’il prenne du temps avec eux ? Ah oui, son besoin de voir Tom avec des amis ! C’était d’un pathétisme mortifiant. Il n’avait pas besoin d’amis. Jamais il n’en avait eu besoin, pas même à l’orphelinat. Il avait Harry, qui s’était imposé dans sa vie, c’était bien suffisant.
Tom avançait sur le chemin, les deux garçons derrière lui.
— Alors, pourquoi ne vas-tu pas à l’école ? demanda Yvan, curieux.
— Je fais l’école à la maison par choix, répondit sèchement Tom.
— Mais ça doit être long et ennuyeux à mourir ! s’exclama Thomas. Déjà que l’école, c’est assommant.
La mâchoire contractée, Tom se retint de répondre. Les deux garçons étaient de réels imbéciles pour ne pas remarquer son dédain à leur égard, d’autant plus qu’il ne faisait pas beaucoup d’effort pour faire croire le contraire. Un vrai petit pois en guise de cerveau.
— Alors, qu’est-ce qu’un orphelin aime faire de son temps ? ricana Yvan en observant Tom de la tête aux pieds.
Ce dernier fronça les sourcils.
— Était-ce nécessaire de souligner que j’étais orphelin ? susurra Tom. Je croyais que mon statut familial ne vous dérangeait pas.
— Ouah, mec ! Ce que tu es successible !
— Normal à force de rester enfermé dans une maison sans amis, se moqua alors Thomas.
Tom sentit un frisson lui parcourir le bras et se souvint de la présence d’Hydre. La couleuvre grimpait le long de sa peau pour venir se loger près de son cou. Lentement, elle sortit la tête du manteau de Tom pour lui siffler à l’oreille.
— Voulez-vous que je morde ces humains, jeune maître ? Je sens votre impatience.
Un sourire carnassier étira ses lèvres.
— J’aimerais bien, mais la preuve serait trop évidente et je ne veux pas que tu risques quoi que ce soit.
Yvan et Thomas s’étaient figés sur place, les yeux braqués sur la tête du serpent et la bouche de Tom.
— Que… que fais-tu ? demanda le plus gros. On dirait que tu parles à ton serpent.
— Comment un sifflement pourrait-il être des mots ? ironisa Tom, le visage penché sur le côté, un sourire sardonique aux lèvres.
Hydre bascula la tête un peu plus contre les lèvres de son maître, qui lui donna un baiser. Sa proximité avec le reptile angoissait les gamins devant lui et il appréciait chaque expression troublée.
— J’ai froid, jeune maître, siffla Hydre. Il ne faudrait pas que je tombe en hibernation.
— Ma couleuvre a froid, énonça Tom. Je vais retourner à la maison.
Et il partit dans le sens inverse. Malheureusement, Yvan l’arrêta dans son élan.
— On pourrait la réchauffer avec un feu ! J’ai ce qu’il faut.
Il sortit un paquet d’allumettes de sa poche, les yeux brillants d’une lueur aventureuse, presque maniaque. Le masque tombait enfin, révélant le voyou derrière la façade.
— Tu ne nous aimes pas, n’est-ce pas, Tom ? Tu nous regardes de haut comme si nous étions de la vermine. Et pourtant, nous avons été gentils avec toi.
— Gentil ? ricana Tom. Vous avez gaspillé de mon précieux temps. Je n’ai pas besoin de votre compagnie, poursuivit-il en croisant les bras, le menton haussé et bien visible. Vos pathétiques cerveaux n’arriveront jamais à égaler le mien. Je ne peux que me morfondre avec… vous.
Tom étira un peu plus ses lèvres en un air suffisant et balayant leur silhouette d’un geste dédaigneux de la main.
Le regard noir, Yvan fixait Tom sans ciller.
— Thomas, cracha-t-il, tiens-le !
Le gros garçon s’avança avec des yeux de prédateur, puis s’immobilisa un moment en comprenant que Tom ne ressentait aucune peur.
— Allez ! Vole-lui son sale serpent pour qu’on le brûle !
Tom perdit le sourire, retroussant ses lèvres sous la vague de colère qui le submergeait. Yvan voulait-il réellement jouer à cela ? C’était pathétique.
— Je vous préviens, siffla-t-il, toute trace d’amusement effacée de ses yeux, si vous ne déguerpissez pas, vous allez le regretter.
Yvan partit dans un grand rire, le regard mauvais.
— Regrettez en quoi ? Tu vas me mordre ? Non, attends, tu vas me coiffer pour ressembler à un parfait naze comme toi ?
La magie de Tom s’étira dans tout son corps. Il la sentit pétiller en lui, prendre vie d’une façon si impressionnante qu’il avait envie de s’y bercer. Mais il ne le pouvait pas, il avait autre chose à gérer. Alors, les yeux avides de pouvoir et de contrôle, il chuchota :
— Incendio.
Le petit paquet d’allumettes fut pris d’un feu explosif. Les flammes léchèrent la main de Yvan, qui lâcha le tout.
— Aïe ! Mais… qu’est-ce que ?
Sur le sol, le feu continuait de brûler et le garçon voulut l’éteindre du plat de sa semelle.
— Incendio, répéta Tom avec jubilation.
Le feu explosa de plus belle et s’agrippa au pantalon du garçon, empreint à la panique. Le tissu s’enflammait sous les yeux hypnotisés du jeune sorcier, admirant son œuvre. Thomas se précipita vers son ami pour l’aider et Tom continuait d’étudier la scène avec fascination. Enfin, il avait réussi le sort sans sa baguette. Harry serait-il fier de lui ? Son sourire s’étira jusqu’à fendre son visage en deux. Mieux valait taire cet accident, son tuteur ne comprendrait pas.
Tom s’éloigna sur le chemin, pendant que le feu s’étouffait sous le manteau d’un des gamins. Yvan resterait-il avec des brûlures ?
— C’était drôle, sifflota Hydre près de son oreille.
— Très drôle, approuva Tom, qui venait de s’assurer une longue tranquillité.
Il ne lui restait plus qu’à trouver une raison pour le départ des garçons. Harry se questionnerait sans le moindre doute.
Notes:
Alors ?
Comment trouvez-vous ce chapitre ?
J’aime jouer sur le côté à la fois adulte et enfantin de Tom. Ça ne doit pas être facile d’être comme lui. Un enfant comprenant trop et si peu de choses de la vie.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai beaucoup aimé écrire le passage à la banque. Je pense que ça me plaisait d’écrire un Tom apeuré par le voyage en wagon, surtout lorsque l’on connaît son orgueil.
Lors de l’écriture de ce chapitre, j’ai voulu me référer aux Contes de Beedle le Barde que j’avais dans ma bibliothèque, mais je ne retrouve plus mon livre. Je me demande si je ne m’en suis pas départie dans le passé sans m’en souvenir. J’ai pourtant le souvenir de l’avoir glissé dans la bibliothèque de mon fils, mais je ne le retrouve pas. Et donc… Je n’ai pas pu développer ce passage comme je le voulais, avec le petit côté moralisateur et tout. Il va falloir que je trouve un moyen pour le conte des frères, y aller de souvenir… sûrement.
Enfin bref.
Avez-vous hâte à la suite ? Est-ce trop long dans le développement ? N'hésitez pas à m'écrire vos avis. :)
À la prochaine !
Chapter 4: QUAND L’OBSCURITÉ CÔTOIE LA LUMIÈRE
Notes:
Bonjour chers lecteurs !
Premièrement, je tiens à remercier Lady Zalia pour son coup de main avec Les Contes de Beedle le Barde.
Vous comprendrez donc qu’il y aura LE conte dans ce chapitre.
Encore une fois, on voit le quotidien de Harry et Tom. Le temps entre les arcs est parfois long. J’ai aussi hâte que Tom soit à Poudlard. Juste pour vous rappeler que dans le chapitre précédent, Tom a eu une altercation avec deux gamins du village : Yvan et Thomas. Ce chapitre débute donc avec les derniers événements.
Je me débrouille bien en français, mais je ne suis pas un as. Et donc, je suis désolée s’il y a des fautes. Avec la longueur des chapitres, je deviens parfois aveugle aux mots. Mais bon, je pense que ça reste lisible.
Merci pour vos commentaires pour le chapitre 3 (j’ai été surprise par les encouragements sur fanfiction), ils m’ont enhardi à écrire.
Je vous souhaite une bonne lecture,
SeverusRiddle
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
CHAPITRE 4
QUAND L’OBSCURITÉ CÔTOIE LA LUMIÈRE
Assis dans l’un des canapés, Harry sirotait son thé noir en scrutant Tom par-dessus sa tasse préférée. Son image se déformait étrangement sous l’assaut des volutes vaporeuses de la boisson bouillante. L’enfant lisait un livre dans son coin habituel, les jambes croisées, l’air concentré, emmitouflé dans une couverture moelleuse. Il était plongé dans sa lecture, inconscient d’être l’objet d’une étude profonde.
Une gorgée de la boisson chaude et crémeuse glissa avec délice dans l’œsophage de Harry, ce qui contrastait étrangement avec ses sentiments actuels, qui empoisonnaient quelque peu son esprit et l’intérieur de sa bouche. Lors de son dernier passage au marché du village pour renflouer leurs provisions alimentaires, des rumeurs inquiétantes s’étaient faufilées jusqu’à ses oreilles. Une grande dame d’un âge mûr, le visage aussi sec et ratatiné qu’un pruneau, avait murmuré de lourds propos sur un bel enfant, semblait-il, ayant terrorisé deux pauvres gamins avec un mauvais tour. Ledit enfant au minois enviable aurait usé d’allumettes pour provoquer un feu.
— Un feu ? s’était étonnée une autre femme avec des dents chevalines et des cheveux aussi blonds que les blés, rappelant étrangement Pétunia Dursley.
— Oui, oui, Suzan ! Un feu ! Le pauvre Yvan a voulu l’éteindre, mais il semblerait que les flammes se soient gonflées jusqu’à brûler son pantalon !
— Gonflées ? s’était exclamée Suzan. Comment est-ce possible ?
— Une bouffée d’oxygène, peut-être ? avait répondu la vieille dame en haussant les épaules puis en remontant ses lunettes sur son nez luisant.
Harry, près des locutrices, s’était rapproché avec discrétion, l’oreille tendue, les mains crispées sur un sac de pommes de terre. Il avait froncé les sourcils, le cœur affolé.
— Le pauvre Yvan, comment va-t-il ? Des séquelles ?
— Il a eu de la chance, avait soupiré avec soulagement la grande dame. Le petit Thomas a réagi rapidement. Mais l’autre garçon…
— L’autre garçon ? avait répété Suzan, plus avec l’avidité de connaître les derniers potins qu’avec une réelle crainte des événements.
— Il aurait fixé la scène sans rien faire et serait parti, avait répliqué la vieille femme.
Harry s’était détourné de la discussion à ce moment, des sueurs froides dans le dos, son pouls battant contre ses tympans. Son esprit lui soufflait que Tom était derrière tout ça — la description lui collait à la peau — alors que son cœur espérait que non, que l’enfant n’avait pas encore développé une telle cruauté, qu’il était bien trop jeune.
Prenant une autre gorgée de thé, Harry observa Tom. Il puisait dans son courage pour l’aborder. Il se demandait comment entamer la discussion, répétant quelques phrases d’entrée dans sa tête, mais il n’était jamais satisfait. Peut-être valait-il mieux se lancer sans trop y réfléchir ? Advienne que pourra, pensa-t-il. Alors, il se racla la gorge pour attirer son attention, sans succès : il dut l’interpeller.
— Tom ? émit-il avec plus de dureté que voulu.
Le garçon releva les yeux de son livre et les fixa sur les siens. Une lueur incertaine y dansait.
— Nous sommes une famille, commença Harry en déposant sa tasse préférée sur une petite table. Je serai toujours là pour toi, tu le sais, n’est-ce pas ?
Tom abaissa son menton, observant Harry au travers de ses épais cils avec son intensité habituelle.
— Oui, souffla l’enfant.
Harry hocha la tête avec satisfaction. Mais bien vite, sa mâchoire se crispa. Il anticipait la suite.
— Et une famille se doit de se dire la vérité, de se faire confiance, poursuivit-il en insistant sur le mot « confiance ». Alors, dis-moi Tom, que s’est-il passé la semaine dernière ?
Tom pencha la tête sur le côté, le visage confus. Son expression semblait réelle, mais Harry ne devait pas se leurrer et perdre de vue le talent de l’enfant à jouer la comédie. Certes, il n’avait pas encore développé son habileté qu’il userait assurément à Poudlard, mais il n’en restait pas moins que ce talent sommeillait en lui, là, tout au fond de son âme encore entière.
— Avec les deux garçons qui sont venus te visiter, ajouta-t-il en scrutant ses réactions et la lueur qui habitait ses yeux. Lorsque tu es revenu à la maison, tu étais seul.
Tom recula dans son assise, fermant son livre à l’aide d’un signet pour ne pas perdre sa page. Puis, il croisa les bras.
— Ils sont idiots, lâcha-t-il avec raideur. J’ai été honnête avec eux, leur disant que je ne voulais pas m’affilier à eux.
Harry s’étouffa un moment. Affilier ? Était-ce normal d’utiliser ce mot à cet âge ? Ne parlait-on pas d’amitié, plutôt ?
— Pourquoi dis-tu qu’ils sont idiots ?
Tom détourna le regard, le nez plissé. Le dédain flottait sur la dureté de ses traits.
— Ils ne sont d’aucun intérêt. Ils semblent plutôt passionnés par les mauvais coups, les délits. La dernière fois que nous les avions croisés près du bureau directorial, à l’école, c’était pour une punition. Je n’ai aucune envie de les côtoyer.
Harry l’étudia d’un œil aiguisé, tentant de réfréner le soulagement qui voulait l’immerger. Le fait que Tom ne cherchait pas la compagnie d’enfants turbulents n’était pas pour lui déplaire. Mais… son histoire restait incomplète.
Avec les yeux plissés, il se pencha un peu plus vers l’avant, appuyant ses coudes sur ses genoux.
— Aurait-il eu un incident avec des allumettes ? le questionna-t-il, le souffle court.
Tom demeurait un enfant et sa réaction parla pour lui : ses yeux se sont écarquillés, ses lèvres se sont entrouvertes. Le sang quitta même son visage. Mais ce moment dura un bref instant. Tellement que Harry eut l’impression de le rêver.
— Tom…, fit-il avec un ton d’avertissement.
Là, sous ses iris émeraude, l’expression de Tom se modula, montrant ses vraies émotions.
— Le plus efflanqué, Yvan, cracha-t-il, a menacé de brûler Hydre ! Il a sorti ses allumettes et a demandé à l’autre garçon, Thomas, de me la voler.
Harry eut la gorge sèche. Les enfants pouvaient être effrayants. Il se souvenait que Dudley aussi s’amusait à allumer des feux dans des endroits interdits, tout comme il s’amusait à le poursuivre partout et à lui infliger des coups. Tom ne semblait pas mentir, réellement furieux de la situation.
— Tu devais être en colère, souffla Harry.
Il était un piètre psychologue. Était-ce infantilisant de lui refléter ses sentiments ?
— En colère ? s’exclama alors Tom en se levant devant Harry, les poings fermés.
Sa magie pétillait autour de lui comme un courant électrique.
— Bien sûr que je l’étais ! Comment peut-on menacer de faire du mal à Hydre ?
Harry demeura silencieux, les yeux braqués sur Tom avec un visage qu’il espérait placide. Il ne savait que dire.
— Dis-moi ! Comment peut-on agir de la sorte envers Hydre ? siffla le garçon avec plus de force et qui semblait énervé de son absence de réaction. Alors… Ma… ma magie a réagi… Tu sais…
— De la magie accidentelle ?
Tom hocha la tête, la bouche tordue avec étrangeté.
— Nous venions de passer un après-midi à pratiquer le sort Incendio… Je pense que… ma magie a réagi par instinct de protection, expliqua Tom en tortillant cette fois-ci ses doigts. Yvan me menaçait avec les allumettes et lorsque je les ai regardées, elles se sont enflammées avec force. Ce… ce n’était pas voulu ! murmura Tom en décortiquant Harry au travers de ses longs cils. Yvan a lâché à ce moment les allumettes et son pantalon a pris feu.
Harry se recula un moment, croisant à son tour les bras. Il observait Tom, le visage incertain. Pouvait-il lui faire confiance ? Son histoire semblait concorder avec les propos entendus au village. Mais une petite voix lui soufflait de faire attention, de se méfier, car le garçon apprendrait rapidement à manipuler les gens comme à respirer. Peut-être testait-il déjà le terrain ici même pour se sortir des ennuis.
— Il semblerait que l’autre garçon, Thomas, aurait aidé Yvan à éteindre le feu, répliqua Harry d’une voix basse, calculée. Et toi, qu’as-tu fait ? Regarder ? Je ne t’ai pas appris Incendio pour faire des bêtises, Tom. Si je t’ai montré ce sort, c’est parce que tu as montré de grandes capacités depuis le début de ton apprentissage et que dans le cursus normal, tu aurais été rendu à cette étape. Je te jugeais assez avisé, malgré tes 8 ans, pour comprendre que peu importe le sort, il y a du danger. Et surtout, de ne pas user de ton don devant des Moldus !
Les épaules de Tom se raidirent sous les accusations, mais se détendirent en quelques secondes. Son visage, quant à lui, affichait quelque chose s’apparentant à de la tristesse.
— Je ne suis pas fier de moi, murmura-t-il. J’ai été déstabilisé par ce qui se passait et mon esprit cherchait une formule pour éteindre le feu, mais… malheureusement, s’il en existe une, je ne la connais pas. Et… je n’ai pas eu les réflexes de Thomas, qui a été plus prompt à réagir.
Serrant les poings, Harry analysait l’expression et le maintien de l’enfant, debout devant lui, sans ciller des yeux. Il scrutait les traits de son visage, cherchant le mensonge, vérifiant si sa posture était hésitante, fouillant n’importe quel indice sur une tromperie. Bientôt, sous l’inquisition de son regard, il vit le corps de Tom trembler comme une feuille. À ce constat, Harry sentit son cœur palpiter de tristesse. Lorsqu’il repositionna ses pupilles sur son visage, celui-ci, si beau, se déformait peu à peu sous la peur : ses lèvres maintenant pâles vibraient sous la crainte d’un possible rejet, ses yeux, quant à eux, luisaient avec une lueur presque démente.
Instinctivement, Harry tendit la main vers Tom. Celui-ci fondit sur lui et vint s’asseoir sur ses genoux, entourant sa taille de ses bras. Encore une fois, Harry fut surpris de la force du garçon. Avec tendresse, il caressa ses cheveux bouclés.
— Harry, souffla Tom, le nez enfoui contre son thorax, tu me crois ?
Les rouages de son cerveau s’agitaient et crissaient les uns sur les autres. Il devait réfléchir, et vite. Comment devait-il répondre ? Il demandait la vérité au garçon, il lui devait bien cela, non ? Il devait être un modèle en tant que tuteur. Mais était-ce une bonne idée ? Son cœur cognait contre ses côtes : Tom pouvait-il l’entendre ? Entendre son hésitation ?
— J’ai envie de te croire, Tom, répondit-il doucement. Mais je t’avoue avoir peur que tu me caches une partie de la vérité. Je… je sens un instinct en toi, un instinct que l’on voit peu chez les autres enfants, chez les autres en général.
Tom se raidit à ses paroles et Harry referma un peu plus sa prise sur lui, déposant un doux baiser au sommet de son crâne.
— Comme une pointe de noirceur, poursuivit-il. Mais je suis là pour t’aider, pour t’écouter. Jamais je ne t’abandonnerai, Tom. Tu comprends ? Nous sommes une famille.
Tom le serra plus fort dans ses bras, enfonçant ses petits doigts près de sa colonne vertébrale.
— Une famille, répéta Tom avec une douceur nouvelle dans la voix.
Harry enfouit une main dans la chevelure de l’enfant avec calme.
— Oui, une famille.
Il berça le garçon plusieurs minutes lorsque la voix de Tom s’éleva.
— Je pense l’avoir voulu, chuchota-t-il alors, le nez toujours écrasé dans ses vêtements. Je ne les aimais pas, je voulais qu’il me laisse tranquille. Et quand j’ai signifié désirer rentrer à la maison parce qu’Hydre avait froid, c’est là qu’ils l’ont menacée. Hydre est importante et elle vient de toi, Harry. Je devais la protéger. Alors… mon instinct a parlé. Il… il m’arrive parfois de vouloir faire du mal autour de moi. Mais pas toujours !
Tom serrait si fort Harry que celui-ci cherchait à changer de position pour un meilleur confort, sans succès.
— Depuis que je suis avec toi, je vois de la lumière, poursuivit-il avec une voix aiguë, chevrotante. Jamais je n’avais vu de la lumière avant. C’est chaud et doux.
Harry fut soufflé par les aveux de Tom, aveux troublants, mais aussi touchants. Certes, admettre vouloir provoquer du mal autour de soi était difficile — et effrayant à entendre pour le récepteur —, mais c’était aussi courageux. Une grande marque de confiance. Et pour cela, Harry était heureux.
— Merci pour ta franchise Tom, j’apprécie. Je suis même fier de toi. Nous allons avancer ensemble, lui promit-il en lui flattant le dos, un pas à la fois. Qu’en penses-tu ?
Il sentit Tom hocher la tête contre lui. Harry lui déposa un autre baiser sur ses cheveux et tenta de se dégager pour respirer plus librement, mais Tom refusait de s’éloigner. Il tenait bon, s’enroulant autour de lui comme une pieuvre. Et Harry commençait à être de plus en plus inconfortable, à moitié sur le divan, à moitié sur le point de se lever.
— Tom, je vais rester avec toi. Il faudrait juste que tu retires tes bras…
Le garçon demeura silencieux, le visage toujours camouflé dans ses vêtements. Harry soupira longuement, puis utilisant sa faible force, souleva au mieux le corps de Tom pour le porter jusqu’à son lit. Il tenta de desserrer la prise de l’enfant, sans succès. Alors, Harry se coucha près de lui. Ils restèrent ainsi un long moment, assez pour que le soleil se cache derrière l’horizon.
888
Tom scrutait le visage de Harry : couché dans le lit, face à son tuteur endormi, il profitait de sa proximité pour l’observer. Il semblait si vulnérable, si accessible. Voir Harry plongé dans le sommeil alors qu’il était lui-même éveillé lui procurait une sensation étrange, un sentiment de puissance, comme s’il détenait un certain pouvoir, voire une emprise. Comme s’il pouvait être lui-même, sans se soucier du regard émeraude. Et tout ça en restant au côté de cet être particulier, hors-norme. Ses émotions l’étourdissaient, l’enivraient. Alors, il les chassa et plongea dans de sombres pensées : les derniers événements et le questionnaire de Harry sur l’altercation entre Yvan, Thomas et lui. Un goût amer s’invita dans sa bouche, glissant dans son œsophage, irradiant son estomac de douleur. Où se trouvaient les papillons de plus tôt : ceux qui flottaient habituellement lorsqu’il était avec son tuteur ? Ceux-ci s’étaient transformés en épines, déchirant ses tissus gastriques de tous côtés.
Plus tôt, les yeux verts de l’homme l’avaient transpercé comme jamais. Pour la première fois, Tom s’était senti… Comment ? Il n’arrivait pas à mettre le mot sur la sensation. Au même niveau de Harry, voire en dessous ? Mais ce n’était pas ça qui l’avait effrayé, non. C’était la possibilité d’être repoussé par l’homme, une fois de plus. Son tuteur l’avait scruté comme s’il lisait dans son esprit, maniant les mots à sa manière pour mener l’interrogatoire, certes, d’une façon douce, mais aussi cassante. Avec cette petite pointe de confort, lui assurant une récompense s’il verbalisait la vérité. Il avait même été remercié de sa franchise !
Tom observa les yeux de Harry bouger derrière ses paupières. Rêvait-il ? Si oui, à quoi ? Lentement, il toucha la joue nue et soyeuse devant lui d’une caresse éphémère, la respiration coupée, le cœur chavirant à cet effleurement. Puis il laissa retomber sa main près de son visage.
Ses pensées tourbillonnaient, rejouant les échanges de plus tôt. Il se revoyait enlacer, ou plutôt, agripper Harry avec force pour l’empêcher de partir. Il ne voulait pas se faire abandonner. Harry était… unique, oui. Tom en avait parlé avec Hydre. Harry était un souffle nouveau, léger comme la brise d’un printemps ensoleillé. Il lui permettait de respirer enfin. Il ne pouvait pas le perdre. Jamais !
Ses yeux s’écarquillèrent.
Un sentiment de possessivité gonflait dans son ventre, le même que lorsqu’il récoltait des trophées. Harry était à lui. Et pour le garder, il devait s’améliorer. Ne plus céder aussi aisément à ses envies dangereuses ou… mieux les cacher. Si Harry décidait de le retourner à l’orphelinat, comme une vulgaire marchandise, comment pourrait-il à nouveau respirer ?
Harry semblait dormir paisiblement. Tom resta là, à l’observer, mais bien vite, son ventre le ramena à la pénible réalité. Son précédent repas remontait à loin. D’un dernier regard possessif pour son tuteur, il se leva et marcha jusqu’à la cuisine pour préparer des sandwichs. Puis, il attendit sagement à la table l’éveil de Harry avant de commencer à manger.
888
La neige recouvrait les feuilles mortes, habillant le paysage de givre et d’un manteau blanc immaculé. Le temps froid colorait les joues de Tom alors qu’il suivait Harry parmi les arbres pour dénicher un sapin de Noël. Leurs traces s’enfonçaient dans le sol, brisant la pureté de la toile. Silencieux comme une ombre, hormis le crissement de la neige sous ses bottes, Tom scrutait la silhouette devant lui plutôt que les conifères. Harry était plus enfant que lui, à ce moment. Il n’avait pas menti à Wool lorsqu’il avait nommé Noël dans la liste des choses qu’il préférait.
Le voir avancer avec hâte, trébucher à chaque deux pas et rigoler devant sa propre maladresse représentaient un spectacle plus étonnant que des feux d’artifice.
— Que penses-tu de ce sapin, Tom ? demanda Harry d’une voix enjouée en lançant une œillade pétillante par-dessus son épaule.
Son visage montrait des joues rougies par le froid, mais aussi par l’excitation. Leur teinte faisait ressortir l’émeraude de ses iris, s’harmonisant avec les épines autour d’eux. Sans même regarder le conifère en question, Tom hocha la tête.
— Oh, allez Tom ! Sois avec moi, d’accord ? insista Harry en se tournant en entier vers lui. Tu l’as à peine effleuré du regard.
Avec douceur, Harry s’approcha de l’enfant et lui pinça le menton. Le geste était tendre, sans malice. La proximité fit rougir Tom, qui ne chercha pourtant pas à se détacher de la prise. Puis, d’une pression, les doigts de l’homme orientèrent son visage vers le conifère dont il était question.
— Alors ? N’est-il pas magnifique ?
Tom fronça les sourcils. Puis un sourire moqueur étira ses lèvres.
— N’est-il pas un peu gros ? ricana-t-il. Il va étouffer notre salon.
Harry se retourna, les mains sur les hanches, la tête penchée sur le côté.
— Tu penses ?
Tom rigola alors doucement, ce qui le choqua rapidement. Depuis quand riait-il de la sorte ? D’ailleurs, ce rire avait attiré l’attention de son tuteur qui l’observait avec chaleur.
— Tu as peut-être raison, lui accorda-t-il en replaçant ses cheveux noir de jais qui ressortaient en désordre de son bonnet. Bon, on continue ?
Et Tom poursuivit le chemin, se confondant avec l’ombre de Harry.
888
Maintenant dans le salon, un feu ronflant dans l’âtre, Tom observait Harry décorer leur nouveau sapin de Noël. Celui-ci était chétif — plus que le premier présenté par l’homme dans la forêt — et meublait joliment un coin dégarni de la pièce. Tout en fredonnant, Harry s’appliquait à la tâche, s’assurant d’éloigner les ornements identiques dans les branches du conifère.
— Pourquoi n’utilises-tu pas la magie ? demanda Tom en plissant le nez.
Harry lui jeta un coup d’œil, une lueur malicieuse dans le regard.
— N’est-ce pas plus amusant de procéder ainsi ? lui lança-t-il avec un visage qui simulait l’étonnement.
Tom fronça les sourcils, puis croisa les bras. En quoi était-ce plaisant ? Ces gestes étaient anodins, sans puissance et extravagance.
— Allez, Tom ! Aide-moi. C’est une activité familiale importante.
D’un soupir, le garçon se leva et agrippa une décoration pour faire plaisir à son tuteur. Avec une joie non feinte, Harry chantonnait des airs de Noël tout en s’appliquant à la tâche. Tom le suivit, s’abandonnant rapidement à l’activité.
Tom ne pouvait nier la féérie du moment : le feu réchauffait doucement la pièce, tout en voilant les alentours d’une lueur chaude et bienfaisante. De plus, la voix de Harry caressait ses oreilles et l’odeur du sapin, couplé à celle de l’homme, parfumait le salon. Bien vite, seule l’idée de décorer l’arbre emplissait son esprit. Tom ne remarqua même pas la disparition momentanée de son tuteur, qui revint avec deux tasses de chocolat chaud.
— J’ai mis de la guimauve, chantonna Harry avec gaieté, tout en déposant les boissons sur la table basse du salon.
Un tourbillon sucré s’éleva dans les airs, pénétrant les narines de Tom. Celui-ci n’était pas un grand amateur de sucreries, mais l’amertume du chocolat titillait agréablement ses papilles gustatives. Alors, il délaissa les ornements pour une pause chocolatée. Lorsqu’il but une gorgée du liquide chaud, un frisson de plaisir glissa le long de son échine.
— Merci, souffla Tom, un petit sourire aux lèvres.
Harry scrutait leur travail, les yeux plissés.
— Je pense que si on ajoute un peu plus de décorations, le sapin va casser en deux. Qu’en penses-tu ?
Tom analysa aussi l’arbre et ce qui restait d’ornements.
— Oui. Que va-t-on faire des autres décorations ?
Harry lui lança un clin d’œil, ce qui fit bondir son cœur. Puis, il balaya le vide devant lui et tous les ornements s’envolèrent pour venir s’accrocher dans les plantes et tous les recoins de la maison. Maintenant, le cottage s’illuminait de mille feux. C’était magnifique, bien plus que ce que l’orphelinat Wool offrait aux fêtes, bien plus que les magasins du village. Et pourquoi ? Parce que c’était sa maison.
— Ça va, Tom ?
Le garçon détourna les yeux des lumières devant lui pour les plonger dans les émeraudes de Harry. Ces deux joyaux étaient plus éclatants que les ornements du sapin.
— Oui, répondit-il, ne comprenant pas la raison de la question.
Harry lui offrit un sourire taché de guimauves.
— Tu sembles heureux et ça me ravit, répliqua son tuteur.
Fronçant les sourcils, Tom creusa au fond de lui. Harry n’avait pas tort. Malgré la noirceur teintant son petit cœur, celui-ci s’abreuvait de la chaleur de son foyer, mais surtout de celle de son tuteur.
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La nuit était tombée et Tom peinait à fermer les yeux. Au travers de la fenêtre, la neige tourbillonnait avec force, faisant grincer les branches des arbres et la toiture de la maison. Le garçon n’avait pas peur, mais il y avait plus de bruit qu’à l’habitude. Ce qui tourmentait ses oreilles. Et surtout, il pensait au lit chaud de Harry. Et à son odeur.
Tom avait dormi deux fois avec son tuteur. C’était peu, mais incrusté dans son esprit. Et ces moments surpassaient les lectures du soir. Cette réalisation accéléra son cœur. En quoi dormir pouvait-il être plus agréable que de lire avec Harry ? La proximité, le contact physique, voilà la réponse. La bouche pâteuse, Tom eut du mal à déglutir. Il avait envie de voir son tuteur, maintenant.
Une fois de plus, malgré le froid qui lui mordait les orteils, il descendit les escaliers sur la pointe des pieds. Toutes les lumières étaient fermées, Harry devait dormir. Tom hésita un instant à le réveiller. Peut-être était-il plus judicieux de se glisser dans le lit en silence. Alors qu’il réfléchissait, un chuchotement déchira la tranquillité de la chambre.
Canalisant sa magie dans son noyau, Tom s’approcha avec curiosité. Était-il possible que l’homme parle dans son sommeil ? Il s’avança avec précaution, les murmures parvenant un peu mieux à ses oreilles.
— Vous me manquez… tellement.
Un reniflement mouillé s’éleva dans l’air. Tom pinça ses lèvres, fronça ses sourcils. Son cœur se comprimait douloureusement. Il s’approcha de la porte, sans oser scruter l’intérieur pour le moment.
— Ron… J’aimerais t’entendre rire et jouer aux échecs avec toi.
Qui était Ron ?
— Et toi, Hermione, Merlin sait que j’aimerais tes conseils.
Hermione ? Tom avait déjà entendu ce nom de la bouche de son tuteur.
— Ce n’est pas toujours facile, vous savez… Je désirerais être plus courageux, plus intelligent…
Tom se rapprocha, le cœur au bord des lèvres. Harry parlait avec tant de douceur qu’un sentiment sombre bouillonnait en lui. Il n’aimait pas ça… vraiment pas. Son visage se glissa dans l’entrebâillement de la porte pour scruter l’intérieur.
Son cœur s’arrêta.
Harry, les genoux remontés sous son menton, se balançait légèrement d’avant vers l’arrière, une photo agrippée entre les mains. Ses yeux fixaient jusqu’à l’irritation l’image devant lui. Ses joues, quant à elles, étaient baignées de larmes et reflétaient la lumière de la lune. La vision effraya un moment le garçon. C’était à la fois horrible et merveilleux. Horrible, car la jalousie s’infiltrait dans ses veines, affluant dans tout son organisme, et merveilleux, car Harry était magnifique. Toutes les émotions seyaient à son tuteur, toutes. L’élément problématique était que Tom voulait être le seul investigateur de ses émotions, de toutes ses émotions.
— Je vous aime à jamais, dit bassement Harry dans l’ombre de la nuit.
Mais ce murmure résonna comme un hurlement aux tympans de Tom.
— Harry ? souffla-t-il avec rigidité.
Celui-ci releva la tête, les yeux écarquillés. Il ne semblait pas avoir senti sa présence, ce qui calma quelque peu Tom, qui se satisfaisait de sa prouesse magique.
— Tom ? Tu ne dors pas ?
Le garçon poussa la porte et révéla sa présence. Il put observer son tuteur essuyer avec force ses joues et déposer le cadre sur le lit. Il tentait de reprendre sa contenance, maintenant qu’il n’était plus seul.
— Non, répondit Tom en s’avançant doucement vers le lit. La tempête est forte et le vent grince plus qu’à l’habitude.
Harry hocha la tête, mais ses paupières se plissèrent un instant.
— Tu es là depuis longtemps ?
Ce fut à Tom d’étirer les yeux.
— Non, mais je t’ai entendu parler. Mais… À qui ?
Il balaya la pièce du regard avant de le poser sur le visage humide de Harry.
— Oh, murmura-t-il. Oui, je… Ça m’arrive parfois, révéla-t-il, un rougissement aux joues. J’aime parler à mes amis, même s’ils sont… s’ils ne sont plus là.
Harry garda un moment le silence, brisé par Tom :
— Où sont-ils ?
Malgré la tristesse de son tuteur, Tom sentait la jalousie lui agripper les entrailles, remonter ses boyaux jusqu’à serrer sa gorge. Il attendit la réponse, les poings crispés derrière son dos.
Harry ferma les yeux, la tête penchée sur le côté. Il semblait vulnérable ainsi et Tom ne put s’empêcher de le scruter avec intensité.
— Bien loin et partout à la fois, dit-il d’un faible sourire et en pointant son cœur.
Tom fronça les sourcils. Pourquoi une réponse aussi vague ? Il voulait insister pour des explications plus claires, mais il sentait que jamais il ne les obtiendrait. Harry était si mystérieux et ça commençait à lui prendre la tête.
— Puis-je voir la photo ? demanda plutôt Tom, la gorge nouée.
Avec une lenteur presque surnaturelle, Harry baissa les yeux, observa le portrait entre ses mains d’un air tendre, puis hocha le menton. Tom grimpa sur le lit et colla son corps contre le flanc de son tuteur. Une fois de plus, sa température corporelle était basse, plus qu’à l’habitude. Harry était froid.
Tom scruta le portrait toujours retenu entre ses mains. Là, sur l’image, souriaient deux jeunes adolescents. Il avait déjà vu cette photo lors de sa première fois dans l’antre de l’homme. Il avait eu l’impression à ce moment que les personnes bougeaient dans le cadre et cette impression fut confirmée puisque la jeune fille, aux dents prédominantes, plissait les yeux tout en lui envoyant la main de façon hésitante. Le rouquin, quant à lui, froissait son long nez avec un certain dédain.
— Ils ne me semblent pas sympathiques, admit Tom alors que la fille aux cheveux touffus baissait la main avec irritation.
Harry caressait la photo, les yeux luisants. Un léger rire s’éleva de sa gorge.
— Hermione et Ron sont les meilleurs amis que l’on puisse vouloir, répondit-il avec affection. J’espère qu’un jour tu connaîtras une amitié aussi riche et forte que celle qui me liait à eux.
Le cœur de Tom s’arrêta douloureusement dans sa poitrine. Il était lui-même surpris de cette réaction physique. S’il se fiait aux derniers propos de Harry, il utilisait le passé. Donc, Hermione et Ron n’étaient plus là. Il n’y avait aucun souci à se faire. Alors pourquoi ressentait-il tant de jalousie ? Sa langue le démangeait, il ne put se retenir.
— Où sont-ils ? insista-t-il.
— C’est… compliqué.
Si c’était compliqué, c’est qu’ils n’étaient pas décédés. La mort était, après tout, définitive.
— Eh bien, votre amitié ne me semble pas si forte s’ils ne sont plus là, siffla Tom, la jalousie prenant le dessus sur son rôle de parfait fils adoptif.
Harry se raidit près de lui. Son corps fut même pris de tremblements.
— Tu es parfois si insensible, murmura Harry en fermant les yeux, une larme sur sa joue. Peu importe la complexité de la situation entre eux et moi, cela ne m’empêche pas de les aimer et de les chérir.
Tom crispa les mains, la respiration un peu plus saccadée. Il était désemparé : il regrettait d’avoir verbalisé ses dernières pensées, sentant le reproche de son tuteur comme un poignard dans le cœur. Mais, la jalousie était toujours présente, insidieuse, coulant en lui tel le sang dans ses veines. Même s’il pensait tous les mots cités, il aurait dû les garder bien enfouis en lui.
Ses réflexions tournoyaient à une vitesse folle. Il n’avait aucunement envie de s’excuser pour quelque chose qu’il pensait, mais il n’aimait pas voir le profil fermé de son tuteur. Il se colla donc un peu plus contre lui, glissant ses bras autour de sa taille. Harry se raidit davantage.
— Tom, j’ai besoin d’être seul, lâcha l’homme comme une pierre qui tombe dans l’eau.
L’estomac du garçon se tordit. Il se mordit l’intérieur de la bouche. Il voulait rester avec lui, il était venu pour cela. Il ne pouvait pas se faire renvoyer. Il ne pouvait pas.
Ses doigts se resserrèrent sur le pyjama de son tuteur, qui, avec une extrême douceur, les écarta après avoir déposé le portrait de ses amis. Puis, Harry l’observa avec gravité.
— Tom.
La lueur de ses iris verts, l’absence de ses fossettes, la crispation de sa mâchoire… Tous ces signes alertaient le garçon à lâcher prise et à retourner dans sa chambre. Il obtempéra et quitta l’atmosphère de bergamote, les yeux humides.
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Debout dans sa chambre, Tom marchait de long en large, la boule au ventre et l’envie de vomir au bord des lèvres. L’hystérie le gagnait à chaque pas alors que ses pensées rejouaient le visage ferme de Harry qui l’avait congédié. Non, il l’avait repoussé. Comme un déchet dégoûtant et sans importance ! Comment était-ce possible ? Il croyait se tisser autour de son esprit, obtenir son affection. Harry créait bien le même schéma avec lui, bon sang ! Un vent magique soufflait de plus en plus fort autour de Tom, l’accompagnant du hurlement des branches à l’extérieur. Il perdait le contrôle.
Bien vite, Hydre se réveilla et siffla avec force, attirant difficilement l’attention du garçon.
— Petit ssseigneur ! Calmez-vous.
Sa fidèle compagne devait l’écouter. Tom se retourna avec fougue pour regarder Hydre. Il plongea le bras dans le vivarium et agrippa le serpent. Il la porta près de ses yeux qui crachaient du venin.
— Harry, siffla-t-il, il… il m’a repoussé ! Je suis… Que suis-je pour lui ? Un tas de vieux linges que l’on jette ?
La couleuvre consulta son regard comme si elle l’analysait.
— Qu’a-t-il fait, jeune maître ? Expliquez-moi.
Toujours noyé par la fureur, Tom s’écrasa contre son lit, le vent magique autour de lui chutant en intensité. Hydre lui chatouillait la joue du bout de sa langue, ce qui apaisa lentement les sombres pensées du garçon. Hydre ondula pour se dégager de la poigne de son seigneur et glissa jusqu’à son cou où elle s’installa confortablement, un doux sifflement murmuré à ses oreilles. Alors, Tom se laissa bercer un moment tout en racontant les derniers événements.
— Il est si sensible, cracha Tom, les yeux exorbités. Je lui ai juste fait remarquer que pour avoir une amitié si riche, ses amis en question devraient être près de lui. À moins qu’ils soient morts, mais ça ne semble pas le cas. Et pourquoi ne me le dit-il pas ? Pourquoi Harry aurait-il besoin de cette Hermione et de ce Ron ? Je suis là, moi ! Je suis bien suffisant.
Hydre l’observait sans parler. Tom était bien conscient de tenir un discours décousu, surtout pour un serpent, mais sa raison n’était pas encore revenue.
— Je n’ai jamais eu besoin de quiconque ! Jamais ! Et Harry s’est imposé dans ma vie, comme ça, du jour au lendemain. J’ai fini par l’accepter… Et il m’est suffisant. Pourquoi ne pourrais-je pas l’être pour lui ? Je suis certainement bien mieux que cette épouvantable fille aux dents de cheval et ce stupide rouquin à l’air absent.
Sa voix était à la fois colérique et désespérée. Il se passa la main dans les cheveux, se mordit la lèvre inférieure.
— Il sssemblerait que les êtres humains sssoient des animaux sssociaux, répliqua Hydre. Harry doit faire partie de la massse, contrairement à vous, maître. Vous êtes digne, exceptionnel. Toutefois, ajouta-t-elle avec un sifflement plus froid, j’espère être ssspéciale pour vousss.
Tom grogna un instant, mais appuya ses lèvres sur la tête de la couleuvre pour y déposer un doux baiser.
— Une beauté comme toi, il n’y a aucun doute à avoir, répondit-il d’un ton toujours sec. Je dois réfléchir, trouver un moyen pour faire comprendre à Harry que nous sommes bien tous les deux.
— Mais vousss êtes déjà que tous les deux, maître. Vous passez tout votre temps ensssemble. Je ne vois pas comment vous pourriez améliorer cela.
Tom plissa les yeux. La remarque d’Hydre était vraie. Mais pourquoi n’était-ce pas suffisant pour lui ? Il observa la fenêtre. La tempête extérieure avait augmenté en intensité, inondant la voûte obscure de flocons immaculés. Ce panorama représentait bien ses émotions intérieures.
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Quelques semaines avant Noël, Tom se concentrait sur un exercice de lecture. Harry lisait tranquillement à côté du foyer, une tasse de thé froide et presque vide près de lui. Alors que Tom tournait une page de son texte, il entendit Harry se lever et s’étirer de tout son long. Il ne souleva pas le nez, mais tendit l’oreille. Son tuteur alla dans la cuisine pour y déposer sa vaisselle sale, puis marcha jusqu’à l’entrée. Ce fut à ce moment que le garçon hissa les yeux.
— Où vas-tu ? demanda Tom, réellement curieux.
— Oh, juste me promener un petit moment, répondit Harry avec un sourire. J’ai envie de me dégourdir les jambes et profiter des flocons.
Tom plissa les paupières.
— Et moi ? Je reste ici ?
Harry pencha la tête et le scruta avec amusement.
— Tu n’arrêtes pas de me dire que tu apprécies l’autonomie, que tu es mature pour ton âge. Je pensais que tu aimerais que je te laisse seul un instant à la maison, prouvant ainsi ma confiance, afin que tu complètes tes devoirs.
Tom crispa les poings, sa bouche se plissa un moment. Depuis quand Harry parlait-il comme un serpent ? Pensait-il réellement ses propos ou usait-il de ruse pour l’amadouer ?
— Alors, continua l’homme, je vais faire un tour à l’extérieur quelques minutes. J’ai besoin de prendre l’air.
Tom poussa sa chaise avec l’intention de le suivre, mais Harry l’arrêta.
— J’y vais seul, Tom. Tu dois finir tes leçons avant dix-sept heures. Ne t’inquiète pas, je reviens très vite.
Puis l’homme sortit, le sourire aux lèvres. Lorsque la porte se referma, Tom se leva avec empressement pour rejoindre la fenêtre. Dissimulé derrière le rideau, il scruta au travers de la vitre la silhouette de son tuteur s’éloigner d’un pas lent sur le chemin principal. Il semblait observer le ciel clair, ses cheveux fouettant l’air autour de sa tête.
C’était la première fois que Harry laissait Tom seul à la maison, et ce, même pour une courte promenade. Les sourcils froncés, Tom observait son tuteur disparaître. Un long sourire carnassier étira ses lèvres. Tournant les talons, il s’éloigna du salon et pénétra dans la chambre de Harry. Immédiatement, il inspira à pleins poumons l’odeur de la pièce, le cœur sautillant d’excitation. Tel un rapace, il rôda dans l’espace, étudiant tout ce qu’il pouvait.
Là, sur le bureau de travail, Tom reconnut enfin la tentative de sculpter des baguettes. Tout en s’approchant, il pouvait sentir une magie pétiller sur les artefacts. Sa main survolait le meuble, celle-ci frissonnant sous le pouvoir qu’il ressentait, et ce, même si celui-ci était léger. La signature magique de son tuteur était unique. Il ne toucha à rien, ne voulant laisser aucune trace, étudiant seulement de ses yeux affamés.
Il contourna finalement le bureau et s’approcha de la grande armoire contenant tous les vêtements de l’homme. Pour le plaisir, il ouvrit les deux portes et se laissa submerger dans l’odeur forte de Harry. Jamais il n’aurait cru aimer autant le parfum d’une personne. Il osa même prendre délicatement l’affreux pull en laine que son tuteur affectionnait tant — celui avec un « H » — et le porta à son nez. Puis, il le rangea de sorte que tout soit en ordre.
Finalement, ses pieds l’amenèrent vers la table de chevet, celle accueillant les photos animées. Sans rien toucher, Tom s’accroupit devant les portraits et les scruta avec une attention particulière. Son regard tomba immédiatement sur la fille laideronne et le rouquin efflanqué, qui plissaient leurs yeux avec une certaine fureur. La sorcière tentait toutefois de calmer le garçon, dont les oreilles se teintaient de carmin. Sur une autre photo, il vit une jeune fille aux cheveux roux, qui ressemblaient étrangement au garçon du cadre principal. Tom avait la certitude qu’ils étaient apparentés. Il y avait aussi un cadre avec un couple qui tournoyait dans la neige, un sourire heureux aux lèvres.
Tom plissa le nez de dégoût lorsque son regard tomba sur le gros livre semblable à un album. Il tendit l’oreille, écoutant le silence, puis glissa les doigts sur la couverture. Le cœur battant à tout rompre, il feuilleta le volume pour découvrir diverses photos, dont quelques-unes avec Harry. Sur tous les clichés, il semblait heureux, encore plus que ce qu’il démontrait tous les jours. Il souriait, dévoilant ses fossettes et des dents immaculées. Il riait parfois, entouré de ses amis, Hermione et Ron. Ils semblaient proches, trop proches.
D’un mouvement brusque, Tom referma l’album, les lèvres pincées. Il aimait voir le sourire de Harry, seulement lorsqu’il était l’investigateur. Le seul soulagement qu’il entrevoyait dans tout cela était l’absence de ces deux idiots. De ses yeux acérés, il transperça les portraits devant lui.
— Harry est à moi, siffla-t-il avec rancœur. Il comprendra assez vite qu’il n’a besoin que de moi, que nous nous suffisons.
Avec un profond plaisir, il observa le rouquin crisper les poings pendant que la fille aux cheveux touffus le scrutait de ses yeux vitreux et en colère.
Il se releva avec lenteur, lissa sa chemise et inspira une dernière fois l’odeur de Harry avant de retourner à ses devoirs.
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Les couloirs de l’orphelinat Wool n’avaient pas changé dans les derniers mois. Toutefois, l’atmosphère plus chaude témoignait d’un travail au niveau de l’isolation — sûrement au niveau des fenêtres. Mme Cole semblait tenir ses promesses pour améliorer les conditions des orphelins.
Harry étudiait les environs d’un œil appréciateur. Il était heureux d’investir dans cet orphelinat. Sa fortune pouvait bien aider les jeunes Moldus et c’était un excellent moyen pour montrer l’exemple à Tom. Ce dernier traînait derrière lui, la bouche plissée de dégoût. Il scrutait chaque recoin comme s’il s’agissait d’immondices et tremblait même de la tête aux pieds.
Il avait été difficile de convaincre le garçon de le suivre. Harry avait dû user de ses plus beaux sourires rassurants pour le réconforter, que leur présence était uniquement pour une visite de courtoisie. Et non pour ramener Tom dans cet endroit qu’il ne considérait plus comme sa maison — si seulement il l’avait considéré comme tel un jour. Il était important de s’assurer que les dons étaient utilisés à bon escient.
— Tom, chuchota Harry en arrêtant son pas. Tout va bien.
Il lui tendit la main et le garçon s’empressa de l’agripper avec force.
— Je te le répète : je viens juste pour m’assurer que Mme Cole tient ses promesses.
Il lui frotta le dessus de la main de son pouce, puis le tira jusqu’au bureau de la matrone. Aucun enfant n’était présent : certains devaient encore se trouver à l’école alors que d’autres devaient effectuer leurs tâches. Lorsqu’il cogna à la porte de la directrice, Harry sentit Tom rester dans son sillage, ses ongles s’enfonçant dans sa peau.
— Entrez.
Harry murmura des mots réconfortants à Tom et poussa la porte. Une fois de plus, Mme Cole affichait un nez rougi par l’alcool, des joues couvertes de pétéchies. Lorsqu’elle posa ses yeux sur l’homme devant elle, elle se leva avec sursaut.
— M. Peverell ! Quel plaisir.
Elle s’avança en titubant légèrement, mais se reprit bien vite. Elle lissa sa longue jupe et tendit une main en signe d’accueil. Harry la serra, tout en offrant un ploiement poli de la tête.
— Mme Cole, salua-t-il. Je viens pour une visite, certes impromptue, mais amicale.
La femme hocha le menton. C’est à ce moment qu’elle vit Tom. La réaction fut immédiate : elle écarquilla les yeux, blêmit du visage.
— Bonjour Tom, souffla-t-elle, incertaine.
— Bonjour, rétorqua Tom d’une voix lointaine.
Harry le sentit se rapprocher de lui, à tel point qu’il semblait vouloir fusionner.
— Est-ce que… tout va bien ? demanda Mme Cole, la gorge sèche. Rapportez-vous…
— Rien de tel ! répondit rudement Harry, les sourcils froncés. Comme je vous l’ai dit, je viens visiter pour m’assurer que l’on tient chacun nos promesses : moi, les dons monétaires et vous, l’investissement dans un meilleur orphelinat.
— Bien sûr, répliqua Mme Cole. Suivez-moi, nous allons faire un tour.
La matrone sortit de son bureau, Harry et Tom derrière elle. Ils déambulèrent dans les couloirs jusqu’à la cuisine. Dans celle-ci se tenaient le cuisinier et une fillette. Elle rappelait vaguement quelque chose à Harry, mais il ne se souvenait plus de son nom.
— Amy, lança Mme Cole, nous avons de la visite.
L’enfant se retourna et observa avec curiosité les invités.
— M. Harry ! s’exclama-t-elle alors qu’elle pelait des pommes de terre. Que nous vaut ce plaisir ?
— Bonjour, jeune demoiselle, sourit-il, creusant ses fossettes. Que nous cuisines-tu ?
Mais la question demeura sans réponse : Tom se détacha de son sillage et s’interposa entre Amy et lui.
— Tom ? hésita-t-elle. Bon… jour. Tu as l’air bien.
Et elle tenta un sourire : il était bien moins radieux que celui offert à l’homme quelques secondes plus tôt.
— Bonjour, Amy, salua Tom, les lèvres platement étirées.
— Mlle Benson est en convalescence cette semaine et elle aide à la cuisine. Ce jour, c’est la confection d’un rôti de porc et un panaché de légumes.
— Mmm ! Ça me semble excellent, approuva Harry en s’avançant vers le plan de travail, suivi de Tom.
Ce dernier agrippait sa main avec force. Celle-ci surprenait toujours autant Harry : il n’avait que 8 ans, après tout. Harry se pencha pour observer les légumes devant lui pendant que le cuisinier assaisonnait la pièce de viande.
— Depuis vos financements, commença Mme Cole, nous avons pu engager un cuisinier expérimenté pour offrir de meilleurs repas à nos enfants. Ainsi, Martha a plus de temps pour s’occuper des enfants et veillez à une routine plus saine.
Le grand homme barbu inclina la tête vers Harry, mais demeura silencieux. Il se concentrait plutôt au saisissement du rôti dans une poêle chaude.
— C’est une bonne nouvelle, affirma Harry qui scrutait le rangement et les rations.
Pendant son inspection, la voix de l’orpheline s’éleva dans les airs.
— Tu es chanceux d’avoir M. Harry comme père, dit Amy à Tom.
Immédiatement, la magie du garçon s’étira insidieusement dans l’atmosphère. Elle était froide, piquante comme toutes les fois où Tom ressentait des émotions diverses, surtout de la colère.
— Harry n’est pas…
Harry abattit une main sur son épaule. Puis, il plongea son regard dans celui de Tom.
— C’est plutôt moi qui suis chanceux d’avoir un garçon aussi intelligent près de moi, répondit-il avec chaleur.
Il sentait la tempête et voulait l’apaiser avant qu’elle ne commence. Harry savait que Tom détestait qu’on le considère comme son père. Il pouvait comprendre, car… ils étaient bien des choses. Harry lui-même avait de la difficulté à voir l’enfant comme le sien. Il s’agissait d’une relation de partage, ou plutôt, de sauvetage. Mais s’il était honnête, cela ne le laissait pas insensible. C’était comme si Tom lui grattait le cœur un peu plus fort à chaque rejet.
Harry offrit un sourire à la jeune fille, qui rougit sous l’attention. Tom lui saisit de nouveau la main et lui écrasa les doigts. L’enfant était si jaloux. Comment pouvait-il régler cela ? Pour le rassurer, Harry enroula son bras autour de ses épaules en une étreinte réconfortante. Il le rapprocha de lui, le serrant affectueusement.
— Nous formons une belle équipe, termina-t-il avec un ton enjoué. Tom m’offre de merveilleux petits-déjeuners.
— Oh ! s’exclama Amy. Je ne savais pas que tu cuisinais, Tom.
Celui-ci renifla, les joues légèrement teintées. Il ne s’éloigna pas de Harry. Mme Cole, quant à elle, les observait de ses paupières plissées. Enfin, elle les invita à la suivre pour visiter les environs, dont les nouvelles fenêtres de l’orphelinat. Ils rencontrèrent quelques enfants, dont le garçon avec son lapin. Sans le vouloir, Harry posa ses yeux sur l’animal puis sur Tom. Leur regard se croisa et Harry sut que Tom comprit ses pensées. Tous deux songèrent au lièvre éventré, mais aucun mot ne fut émis.
Finalement, lorsque la tournée fut terminée, Mme Cole parla.
— M. Peverell, j’aimerais vous prendre en photo pour afficher votre visage sur notre tableau commémoratif. Vos dons sont si importants, vous méritez votre tribune.
Harry se sentit rougir d’embarras.
— Je fais cela par envie, et non pour que mon visage soit placardé aux yeux de tous…
— Allons, allons, M. Peverell, poursuivit Mme Cole avec un sourire chaleureux, j’insiste.
Harry pinça les lèvres, quelque peu boudeur. Il n’aimait pas être un sujet d’observation ou de discussion.
— Pourriez-vous nous prendre tous les deux en photo ? demanda alors Tom.
Harry l’observa un moment et fut étonné d’y voir des yeux presque lumineux.
— C’est une bonne idée, approuva Mme Cole. Nous avons d’ailleurs décidé de créer un tableau d’honneur pour les enfants adoptés dans mon bureau. Cela apporte un sentiment favorable pour les futures familles désirant accueillir un orphelin. Je pense que vous pourriez être un merveilleux exemple, M. Peverell : notre bienfaiteur adoptant un enfant dans notre orphelinat.
C’était un projet intéressant, voire logique, mais Harry ne put s’empêcher de soupirer. Il vit Tom étirer un sourire narquois, ce qui lui attira son regard noir. Il accepta après un moment.
Harry se fit prendre quelquefois seul, puis en compagnie de Tom. Mme Cole lui assura de développer les photos rapidement et de lui envoyer des exemplaires par la poste. Lorsqu’ils quittèrent l’orphelinat, Tom semblait plutôt satisfait, fait étrange puisqu’il s’était agrippé à lui presque tout le long de la visite.
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— Faisons un saut au chemin de Traverse, s’il te plaît, demanda Tom avec insistance.
Depuis son adoption, Tom réclamait très peu de choses de lui-même. Souvent, Harry lui posait la question de ce qu’il aimerait et il répondait à ce moment. Mais ce matin, c’était différent. Assis à la table du déjeuner, Tom scrutait son tuteur avec obstination, presque avec supplication.
— Tu dois passer tes derniers examens demain, répondit Harry en enfouissant un toast dans sa bouche. Tu dois étudier.
— Oh ! Ce n’est pas comme si j’avais réellement besoin d’étudier, siffla Tom, les yeux étroits. Et le saut au chemin de Traverse ne prendra pas plus d’une heure, j’en suis certain.
— Et que veux-tu y faire ?
Tom vit les traits de Harry se plisser avec suspicion, le nez froncé comme s’il essayait de renifler la tromperie. Il afficha un tendre sourire, ce qui adoucit un peu l’expression de l’homme.
— C’est une surprise pour plus tard, répondit-il.
— Bon, d’accord, accepta Harry. Seulement 1 heure.
Un sentiment de satisfaction étira ses lèvres.
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Sur le chemin de Traverse, Tom eut du mal à s’éloigner de Harry. Celui-ci avait refusé à plusieurs reprises de le laisser seul, mais Tom avait usé de son charme pour le convaincre. En fait, le garçon rôdait dans l’une des boutiques pendant que l’homme l’attendait sagement à l’extérieur. C’était le mieux qu’il avait obtenu.
Tom avait demandé à un marchand où il pouvait faire développer des photos et avait acquis l’adresse d’un magasin offrant plusieurs services de papeterie, dont la photographie magique. Jetant un coup d’œil par la baie vitrée, il vit Harry tenir sa promesse : celle de rester de dos à la vitrine. Alors, il s’avança vers un grand homme aux lunettes loufoques et au chapeau tordu derrière le comptoir.
— Bonjour monsieur, commença poliment Tom avec son air le plus courtois. On m’a recommandé votre boutique pour faire développer des photos.
— Oh ! Vous êtes au bon endroit, mon enfant. Il me suffit de prendre la pellicule et…
— La pellicule ? répéta Tom en fronçant les sourcils. J’ai les photos, mais pas la pellicule.
Son cœur venait de dégringoler dans sa poitrine, son visage s’affaissa. Son projet allait-il tomber à l’eau ?
— Parfait si vous avez les photos. Le processus sera bien moins long, assura alors le vieil homme.
Le soulagement détendit ses muscles. Il fouilla dans son cartable et retira les clichés envoyés par Mme Cole. Il les avait reçus la veille et Tom les avait subtilisés dans la boîte aux lettres à l’insu de Harry. Maintenant, il voulait les ensorceler pour qu’ils puissent se mouvoir magiquement.
— J’imagine que l’on peut encadrer les photos par la suite ? questionna Tom.
— Oui, bien entendu, répondit l’homme avec un regard professionnel. Bien, laissez-moi aller dans mon atelier. Pendant ce temps, je vous suggère de regarder les cadres qui sont derrière vous, à votre droite.
Tom s’exécuta pendant que le marchand s’enfermait dans l’arrière-boutique. Plusieurs encadrements étaient jolis, mais il y en avait un en particulier qui retint son attention : un cadre argenté avec un magnifique serpent aux yeux d’émeraude. Celui-là, il était pour Tom.
Après une vingtaine de minutes où il choisit les modèles désirés tout en s’assurant que Harry tenait sa promesse en demeurant de dos à la boutique, le vieil homme revint au comptoir, le visage satisfait. Il déposa son travail sur la surface devant lui pour l’exposer aux yeux de Tom.
Plusieurs photos s’alignaient, mais deux retinrent son attention : un portrait de Harry, qui était seul, ses jolies fossettes creusées de gêne et ses yeux d’un vert époustouflant, et un autre de leur famille. Harry se penchait vers Tom pour appuyer sa joue au sommet de son crâne, le visage radieux, pendant que Tom observait Harry avec intensité, enroulant ses bras autour de sa taille. La gorge sèche, Tom s’humidifia les lèvres.
— Qu’en pensez-vous, mon garçon ?
— Est-il possible de faire des copies de ces deux photos ?
Tom les voulait dans sa chambre, mais aussi sur la table de chevet de Harry. Il les désirait plus précisément devant ses autres portraits, en particulier celui de la stupide fille aux dents de lapin et au rouquin à l’air idiot.
Bien vite, Tom montra les cadres qu’il désirait pour chaque photo, observa le marchand emballer sa commande, puis paya les frais avec la bourse offerte par Harry. C’était une bonne somme, mais le coffre de son tuteur débordait. Et, il était essentiel d’exposer des portraits de la famille dans une maison. Il en profita pour acheter un journal personnel à la couverture noire et en cuir, quelques plumes, et sortit enfin à l’air libre.
Harry l’attendait sur un banc près de l’entrée, presque somnolent. Tom lui effleura les cheveux, ce qui fit sursauter son tuteur, bras brandi vers l’avant comme s'il tenait une baguette invisible. Ce geste le gela un instant.
— Oh ! C’est toi, Tom, s’excusa-t-il. Pardon pour… ça, ajouta-t-il en baissant la main.
— Ça t’arrive souvent de pointer une baguette imaginaire sur les gens qui t’accostent ? le cuisina Tom d’un ton rigide.
Une telle réaction, si spontanée, était… étrange. Vraiment étrange. Harry se frotta la nuque, puis lui lança un sourire taquin.
— Seulement dans mon sommeil.
Il lui fit un clin d’œil et étudia les paquets entre ses mains.
— Tu as tout ce que tu voulais ?
— Oui, nous pouvons entrer, approuva-t-il.
— Et qu’as-tu acheté ? s’intéressa Harry, la curiosité titillée.
— C’est une surprise pour plus tard.
— Mais on est déjà plus tard ! souffla Harry comme un enfant.
Cette réaction fit ricaner Tom, qui le scruta du coin de l’œil.
— Qui est l’enfant, maintenant ?
Les joues de son tuteur se colorèrent à cette pique.
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Tom sentit qu’on le bousculait avec une certaine excitation, mais aussi avec douceur. Il ouvrit lentement les yeux et croisa ceux lumineux de Harry. Il papillonna des paupières, les faibles rayons du soleil perçant la blancheur du ciel matinal et la fenêtre givrée. Quelle heure était-il ?
— Joyeux Noël ! souffla Harry avec humeur.
Alors que Tom se redressait dans son lit, il vit son tuteur abaisser son visage pour lui embrasser les cheveux. Une chaleur envahit ses joues tandis qu’il fermait les yeux pour profiter de cet instant. On était donc le matin de Noël. Jamais cette fête n’avait éveillé la moindre trace d’excitation en lui, mais voir Harry aussi souriant changeait sa perspective du moment.
— Joyeux Noël, répondit-il d’une voix enrouée par le sommeil.
Harry prit place près de Tom, tout en lui caressant les cheveux. Son tuteur semblait plutôt tenter de coiffer ses boucles pour les rendre plus harmonieuses.
— J’ai fait un petit-déjeuner spécial avec du chocolat chaud, lui annonça-t-il fièrement. Puis, nous pourrons ouvrir les cadeaux qui sont sous le sapin.
Tom ne savait pas comment interpréter ses émotions du moment. Il y avait du doute, une touche d’excitation, étonnamment, quelque chose ressemblant à de la joie, mais surtout, de l’angoisse, comme s’il ne pouvait gérer un tel moment de fantaisie. Il tortillait ses doigts heureusement dissimulés sous les draps. Puis, il écarquilla les yeux : il avait des cadeaux ? Hier encore, le dessous du sapin était demeuré vierge.
— Je t’attends en bas, lui lança Harry en s’éloignant vers l’escalier.
Tom s’extirpa de ses couvertures et alla recueillir Hydre dans son vivarium.
— Joyeux Noël, belle créature, sifflota doucement Tom en déposant un baiser sur la tête du reptile.
— Joyeux Noël, jeune ssseigneur, répéta Hydre, bien que je ne sache pas ce que cela implique.
— C’est une fête idiote, qui récompense les enfants naissant dans des familles fortunées, expliqua-t-il avec dédain. Toutefois, avec Harry…
Il demeura silencieux tandis qu’il hissa Hydre jusqu’à son cou où elle se positionna pour former un collier d’écailles. Ses pas le menèrent dans la salle de bain où il se brossa les dents pour enlever son haleine du matin, se coiffa grossièrement et descendit pour voir la table montée dans la cuisine. Même s’il s’agissait du premier repas de la journée, Harry s’était surpassé. Il y avait plusieurs plats : des muffins, des croissants, du jus d’orange fraîchement pressé, une quiche aux lardons, un amas de crêpes, de la crème fouettée, une assiette de fruits frais et leur chocolat chaud fumant recouvert de guimauves.
Des chandelles aux couleurs de Noël illuminaient la table, jetant une douce lueur sur un centre de table composé de branches de sapin, de cocottes et d’une neige superficielle créée grâce à la magie.
Malgré son dédain pour Noël, de cette fête injuste et seulement inventée par une religion et pour les familles aisées, Tom resta interdit devant le décor face à lui. Il voyait les efforts de son tuteur pour organiser leur premier Noël, mais sentait aussi l’affection qu’il lui portait derrière ce geste. Et ce constat lui noua la gorge, épaississant sa salive qu’il peinait à avaler. Le bonheur gonfla dans son ventre, l’angoisse jamais bien loin pour lui rappeler qu’il serait plus prudent de ne jamais faire confiance à un autre être humain. Tom n’avait jamais eu besoin de personne… sauf depuis Harry.
Harry, Harry, Harry.
Tom resta de marbre devant le festin. Son visage ne savait guère comment afficher ses émotions.
— Qu’aimerais-tu manger ? Je te sers ! s’exclama Harry avec un sourire, certes doux, mais frétillant de compréhension.
— Je… De tout, balbutia-t-il en prenant place tel un automate.
Bientôt, une assiette garnie à ras bord se déposa devant lui.
— Bon appétit, lança Harry, les yeux pétillants.
Lentement, Tom goûta à tout, le cœur battant à tout rompre. Harry était-il idiot ? Pourquoi faisait-il cela ? Pour le manipuler, le mener par le bout du nez ? Ou bien parce qu’il était sot et jetait le bonheur au visage de tous ceux qu’il croisait ? Il était si candide… Mais c’était son crétin, son crétin lumineux et addictif.
— À quelle heure t’es-tu levé pour préparer tout ça ? demanda-t-il en plissant les yeux.
— Oh ! Avant le soleil, répondit-il évasif. Je voulais que tout soit parfait pour ton premier Noël dans ton foyer.
Tom scruta Harry, éblouit par ses iris émeraude et son aura chaleureuse. Son sourire et ses fossettes captivaient aussi l’attention.
— Pourquoi ?
La question coula plus durement de ses lèvres. Il était reconnaissant, mais ne pouvait s’empêcher de lui reprocher de s’être immiscé dans sa vie aussi facilement. Tom avait peur d’oublier son quotidien avant Harry. Il ne pouvait pas : ses expériences passées façonnaient et façonneraient ses forces actuelles et sa puissance future, celle qu’il désirait acquérir pour se hisser au sommet de la chaîne alimentaire.
Harry l’observa, la tête penchée sur le côté.
— Eh bien, parce que nous sommes une famille, expliqua-t-il comme s’il s’agissait d’une évidence. Noël, c’est un beau moment à partager ensemble.
Harry avait dû avoir une enfance heureuse pour se plonger dans tous ces préparatifs avec une telle joie. Un moment, il laissa ses pensées s’égarer, tentant d’imaginer son tuteur avec un visage de bambin, mignon comme un chérubin, rire avec éclats auprès de ses parents. Il avait dû crouler sur les cadeaux et baigner dans une famille aimante à tous les ans.
Une étrange jalousie s’éveilla en Tom.
— Tu as dû avoir une enfance heureuse, entouré par une famille qui te dévorait des yeux, susurra-t-il en tâchant de garder une figure absente de ses viles émotions.
Immédiatement, il vit les mains de Harry se crisper jusqu’à blanchir sous la force de sa poigne. Il hissa son regard vers son visage et plissa les paupières en observant ses traits fermés, sa mâchoire contractée. Tom fronça les sourcils. Encore une fois, il ne comprenait pas cette réaction. Chaque fois qu’il pensait saisir l’essence de son tuteur, elle lui échappait.
— Disons, murmura Harry, brisant le silence malaisant, que certains ont plus de chance que d’autres. Mais rien n’est à la portée d’une personne. Nous façonnons notre bonheur.
Qu’est-ce que ça signifiait ? Harry aurait-il eu une enfance aussi misérable que la sienne ? Impossible… Il était certes sans famille et sans amis aujourd’hui, mais sa fortune et son album photos montraient tout le contraire. La question de Tom avait dû remonter un souvenir en particulier.
Un sourire un peu plus crispé étira les lèvres de Harry.
— Allez, mange avant que le tout refroidisse.
Il plongea la fourchette dans une pointe de quiche et retira un morceau de lardon qu’il offrit à Hydre. Celle-ci siffla avec plaisir.
— Merccci, jeune maître.
— Je te trouverai une souris bientôt, lui répondit Tom avec satisfaction. Une si belle créature mérite de la chair fraîche.
Harry fredonna un instant, le regard absent.
— Sais-tu comment s’appelle la capacité de parler aux serpents ? questionna-t-il avant de goûter un fruit trempé dans la crème fouettée.
Tom releva le menton, son intérêt titillé. Il secoua la tête, silencieux.
— Tu es un fourchelang, révéla-t-il. Cette capacité n’est pas à la portée de tous, seulement pour les descendants de Salazar Serpentard. Peut-être devrions-nous faire quelques recherches là-dessus, qu’en penses-tu ?
Fourchelang ? Salazar Serpentard ? Cet homme était l’un des fondateurs de Poudlard et de la maison Serpentard, selon un livre traitant un peu de l’école qu’il avait lu durant l’été. Oui, il devait faire des recherches à ce propos, car, après tout, si ce que Harry disait représentait la stricte vérité, son arbre généalogique comportait Salazar en personne. Ce qui n’était pas rien, car il s’agissait assurément d’un Sang-Pur. De plus, cette information lui permettrait de retracer les membres de sa famille, ceux qui l’avaient abandonné.
Tom eut du mal à réfréner son sentiment d’excitation. Il se savait exceptionnel et le fait de parler la langue des serpents prouvait ses profondes convictions. La piqûre d’un regard le titilla. Sans même lever les yeux, il sut que Harry l’analysait comme bien d’autres fois. Mais pourquoi le faisait-il à ce moment ?
— Merci pour l’information, dit doucement Tom en ajoutant quelques fruits sur l’une de ses crêpes. Est-ce que toutes les vieilles familles de sorciers possèdent des capacités particulières ?
Harry tordit sa bouche sous la réflexion.
— Hum… Je ne saurai le dire, répondit-il honnêtement.
— Et qu’en est-il des Peverell ?
— Ils ne parlent pas fourchelang, si c’est ça ta question, annonça Harry en repoussant sa chaise et en se levant de table. Bon, si tu as fini, je crois bien que l’heure est aux cadeaux !
Tom fronça les sourcils, la bouche plate comme l’horizon. Harry détournait volontairement le sujet. Et cela le fit se questionner un peu plus sur les capacités cachées des Peverell.
Il repoussa finalement son assiette et s’avança dans le salon, prenant place près du sapin, sur le canapé. Il y avait peu de cadeaux, ce qui était assurément normal pour une si petite famille. Sans attendre, il vit son tuteur se pencher sous l’arbre pour agripper un présent qu’il tendit avec un grand sourire à Tom.
— Joyeux Noël, répéta Harry. J’espère que ça te plaira.
Avec des mains presque tremblantes, Tom retira le papier kraft pour révéler un coffret en bois, assez luxueux. Intrigué, il ouvrit le couvercle et observa le contenu : plusieurs petites fioles avec différents éléments enfermés en leur sein. Des étiquettes indiquaient le nom des ingrédients tels que de la racine d’asphodèle, des orties séchées, des yeux de scarabée et plus encore. Il eut à peine le temps de tout lire qu’un autre présent, beaucoup plus immense, se fit pousser sous son nez.
— Voilà la suite, rigola son tuteur, les yeux joyeux.
Fronçant les sourcils, Tom s’activa à ouvrir le second cadeau : un chaudron avec des ustensiles de cuisine — s’il pouvait dire cela — et un volume dans le creux de la marmite. Les doigts s’enroulèrent autour du bouquin et il lut le titre : Mon premier livre des potions. Quelque chose dansait dans les entrailles de Tom, mais celui-ci n’arrivait pas à définir ce dont il s’agissait.
— J’ai pensé que tu aimerais t’instruire sur l’un des cours les plus importants à Poudlard, expliqua Harry en se frottant la nuque. Je n’ai jamais réellement été doué pour les potions, c’est donc un apprentissage que tu devras faire seul. Mon instinct me dit que tu seras très doué.
Un étrange sourire étira ses lèvres, un sourire disant qu’il savait plutôt qu’il envisageait.
— J’ai acheté ton cadeau le jour où je t’ai laissé à la maison, ajouta-t-il.
Voilà la raison de cette sortie impromptue et anormale…
— Merci, souffla Tom. Je ne sais pas… Jamais je n’ai eu…
Il ne pouvait finir sa phrase, celle-ci mourut dans sa gorge étranglée par l’émotion.
— Je sais, murmura Harry en prenant le garçon dans ses bras. Je veux que tu sois heureux, Tom.
Tom se laissa aller à l’étreinte, inspirant l’odeur de l’homme. La tête lui tourna un instant. Enfin, il attendit que Harry mette fin à l’embrassade pour monter l’escalier en vitesse.
— J’ai aussi quelque chose, l’informa Tom, sa voix provenant de l’étage.
Les pas revinrent rapidement pour s’arrêter devant Harry. Cette fois-ci, Tom avait bel et bien les mains qui tremblaient lorsqu’il remit le cadeau à son tuteur. Il se mordit même l’intérieur de la bouche en scrutant, non pas le papier qui se faisait déchirer, mais bien les expressions sur le visage de l’homme. Allait-il aimer ? Puis, quelque chose se produisit : les traits de Harry se figèrent tandis que des larmes vinrent tapisser ses magnifiques yeux verts.
— Tom…
Son nom avait été murmuré, mais avec un tel émoi que Tom sentit tout son corps devenir gourd.
— J’ai intercepté les photos de l’orphelinat pour les animer magiquement, expliqua-t-il. Ce jour-là, au chemin de Traverse, j’ai fait développer les portraits en me disant qu’il serait bien que nous ayons des souvenirs de notre famille à la maison.
Tom fut hypnotisé par une larme glissant sur la joue de Harry. Ce spectacle était vraiment joli : il se sentait soudainement puissant d’insuffler de telles réactions à son tuteur.
— Je… Merci, chuchota ce dernier avec difficulté.
Il se leva et enlaça le garçon avec affection. Puis, il déposa un baiser sur son front avant de se retirer, essuyant ses yeux du revers de sa main.
— Je sais exactement où je vais installer les cadres, chantonna Harry en s’éloignant vers sa chambre.
Et Tom resta là, le visage en feu, incapable de bouger. C’était la première fois qu’il sentait les lèvres de l’homme contre sa peau.
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Près du feu, Harry observait le visage endormi et paisible de Tom. Ils avaient veillé tard en ce jour de fête et le garçon s’était assoupi, le nez collé dans son volume de potions. Harry était heureux de la journée. Malgré les moments de malaise, il avait eu l’impression de faire véritablement quelque chose en famille. Mais nonobstant le tableau attendrissant devant lui, Harry se posait des questions. Des questions, certes habituelles, mais aussi nouvelles. Avait-il bien fait de parler de Salazar Serpentard ? Quelles allaient être les conséquences de ce geste audacieux ? Si seulement la Mort pouvait lui rendre visite.
Et comme par magie, elle apparut devant lui.
— Vous m’avez appelé, Maître ?
Inquiet, Harry jeta un coup d’œil à Tom, toujours plongé dans le sommeil, sa respiration lente et régulière. Il ne pouvait guère risquer de parler à l’entité devant lui, et ce, même s’il dormait. Alors, avec lenteur, Harry fit signe à la Mort de se taire avec un doigt collé contre ses lèvres alors qu’il fit léviter le garçon doucement jusqu’à son lit. Il referma la porte et rejoignit la Mort au rez-de-chaussée où il l’invita à le suivre dans sa chambre.
— Joyeux Noël, lança Harry à son invitée en s’assoyant à son bureau.
— Joyeux Noël, répliqua la Mort avec sa voix d’outre-tombe et presque moqueuse.
Harry tortilla ses doigts avec angoisse.
— J’ai parlé à Tom de sa capacité à parler fourchelang, révéla-t-il. Je… J’ai fait le lien avec Salazar Serpentard et… je me demande si…
Fronçant les sourcils et plissant le front, Harry se pinça l’arête du nez.
— Vous vous demandez si vous avez bien fait, conclut la Mort.
Harry hocha le menton, les lèvres pincées. Chaque fois qu’il avançait un pion sur l’échiquier, il le regrettait. Il n’était pas Ron, doué dans la tactique, ou bien Hermione, assez brillante pour prédire une série de réactions humaines. Il était Harry Potter, le survivant, ne faisant que survivre jour et nuit depuis l’apparition de sa cicatrice.
— Même dans cette ligne temporelle, même avec ma présence dans sa vie, Tom restera obsédé par sa famille. Et donc, tenta d’expliquer Harry, j’ai pensé que lui tendre la main pour l’aider doucement dans ses recherches apaiserait le courroux qui éclaterait éventuellement en lui. Selon les souvenirs de Dumbledore, Tom a longuement cherché des informations sur sa famille et chaque recherche infructueuse l’a plongé dans la noirceur.
— Je comprends votre raisonnement, Maître. Il est difficile de prévoir ce que cette information révélée si tôt à Tom Jedusor provoquera en lui.
— Tom sera à Serpentard. Malgré toute l’éducation que je lui octroierai, il subira une sorte d’endoctrinement par les Sang-Purs. Il va vouloir se hisser au sommet de la hiérarchie, cela lui créera des frustrations. Combiner cela à la découverte de son père Moldu et de sa mère morte en couche… Je pense que je peux mieux le guider à mes côtés pour apaiser la colère. Et…
Harry avala difficilement. C’était si compliqué d’élever Tom sans faire d’erreurs. En fait, c’était impossible. Mais il ne s’agissait pas d’orienter un adolescent rebelle vers un métier viable, il s’agissait d’empêcher la naissance d’un Seigneur des Ténèbres en fractionnant son âme, bon sang !
— Et j’ai misé sur le lien de confiance, poursuivit Harry. Tom me voit comme un grand sorcier…
— Et vous l’êtes, insista la Mort.
Harry fit la sourde oreille.
— Comment un grand sorcier ne peut-il pas connaître le fourchelang ? En parler à Tom trop tardivement revenait à trahir sa confiance. Il est rusé, calculateur… Il aurait donc compris que je lui cachais quelque chose et aurait nourri davantage sa rage. Je ne peux pas me le mettre à dos.
Sans même voir le visage de son amie, il sentit la Mort sourire dans sa noirceur.
— Fiez-vous à votre instinct, Maître. Il n’y a aucune bonne réponse tant que le futur ne sera pas révélé.
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— Joyeux anniversaire, Tom ! chanta avec force Harry, un chapeau pointu sur la tête. Allez, souffle tes bougies !
Harry aurait aimé posséder un appareil photo pour immortaliser ce moment. Il n’y avait pas pensé et il était un piètre photographe. Alors, il se concentra, détaillant les expressions de Tom, pour garder un bon souvenir de son premier anniversaire en sa compagnie.
Tom Jedusor avait 9 ans. Harry fut un peu étourdi à cette prise de conscience. L’enfant mettait le pied dans la préadolescence, ce qui apporterait de nouveaux défis. Surtout lorsqu’on connaissait le possible développement de Tom.
L’enfant, déjà plus grand que la moyenne, arrivait aux épaules de Harry. Celui-ci n’avait pas réalisé sa taille jusqu’à son cadeau durant Noël où, côte à côte sur les photos, l’on voyait bien la différence de grandeur. Différence… Cette pensée le fit quelque peu rire. Bien vite, Tom allait le dépasser. Harry avait toujours été dans le bas de la courbe de croissance, possédant un faible percentile, étant donné son éducation particulière et sa malnutrition. Il ne pouvait pas faire cela à Tom : le garçon devait bien manger et s’épanouir dans l’amour.
Tom scrutait son gâteau à la vanille, le regard absent. Harry n’arrivait pas toujours à comprendre ses expressions. Parfois, Tom retenait ses réactions par crainte d’un manque de contrôle. D’autres fois, c’était parce qu’il ne comprenait pas lui-même ce qu’il ressentait. Mais ce vide, dans ses yeux, souleva de la tristesse en Harry.
— Ça va, Tom ? demanda-t-il en s’approchant de lui. Tu n’aimes pas ton gâteau ?
Comme un automate, Harry observa Tom lever le menton pour croiser son regard. Oh, finalement, il ne s’agissait pas de vide, mais plutôt d’une nouvelle tempête émotionnelle. Harry comprit que Tom était profondément touché par l’attention, alors que l’enfant lui-même ne saisissait pas ce qu’il se passait dans son cœur.
— Tu devrais souffler tes bougies avant que l’on soit obligé de manger de la cire, le taquina Harry, le cœur gonflé d’amour.
Il déposa sa main sur l’une de ses épaules pour l’encourager. Tom s’exécuta alors, laissant une bougie allumée.
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Tom étudia la seule bougie allumée sur le gâteau. Elle était comme une épine dans son pied : résistante et menaçante. En fait, elle était comme Harry : droite, fondant sous une brûlante chaleur de gentillesse, mais aussi lumineuse qu’un rayon de soleil, éloignant les ténèbres. Étonnamment, il n’avait pas envie de l’éteindre et préférait la regarder se consumer jusqu’à la fin.
La fin. Oui, une chandelle brillait jusqu’à sa mort. Tom sentit ses entrailles s’entortiller avec douleur. Autant la mort le fascinait, autant elle l’effrayait. Il leva ses yeux et les posa sur Harry. Il était comme une bougie, qui inévitablement s’éteindrait. Harry était mortel et plus vieux. En suivant cette logique, un jour, il le quitterait, le laissant seul. Et sans sa lumière, les ténèbres engloutiraient Tom, il le savait.
Peut-être que Harry était un frein à sa grandeur ? Il se ramollissait sous l’affection…
— Est-ce que ça va, Tom ? Tu me regardes sans vraiment me voir.
Tom cligna des yeux, s’apercevant de sa distance. Quelque peu hébété, il se concentra sur les émeraudes devant lui. La flamme de la bougie s’y reflétait comme une promesse, mais aussi comme une mise en garde qu’un tel joyau ne pouvait que perdre sa couleur dans la mort.
— O… Oui, bégaya-t-il en fronçant les sourcils.
Ce n’était pas dans ses habitudes de perdre autant le contrôle de sa voix. Le visage de son tuteur s’adoucit.
— Préfères-tu laisser la chandelle brûler ? Je peux m’arranger pour te faire ce petit plaisir.
Étrangement, Tom accepta et observa Harry s’occuper de retirer l’ornement enflammé pour le mettre dans une assiette prévue à cet effet. Puis, il entreprit de couper le gâteau pour servir une part au garçon. Tom alternait son regard de la flamme vacillante près de lui et du brasier que représentait Harry. Il finit par terminer son dessert avant de se faire offrir un cadeau. Devant lui, sur la table maintenant débarrassée, un minuscule boîtier en velours rouge s’y fit déposer.
Les yeux plissés de curiosité, Tom tendit les doigts.
— J’espère que ça te plaira, lui sourit Harry, la bouche étrangement tordue.
Tom empêcha du mieux qu’il put le tremblement de ses mains. Il devait arrêter de se montrer si faible. Il ouvrit le petit boîtier et retint son souffle. Là, sous ses yeux, reposait une bague avec les armoiries de la famille Peverell. Elle n’était pas identique à celle ornant l’index de Harry, mais séduisait à sa façon par sa complexité de l’alliage.
— C’est vraiment pour moi ? souffla-t-il, n’en croyant pas ses yeux.
— Oui, rigola Harry, le regard lumineux.
Il s’approcha de Tom, retira le bijou de son écrin et le glissa à l’index de la main droite du garçon. Celui-ci, figé par le présent, mais aussi par les gestes de son tuteur, se laissa guider par l’intimité de l’acte. Bientôt, sa main se fit plus lourde sous la signification du bijou.
Les lèvres tremblantes, Tom murmura en observant son index illuminé par la flamme de la bougie :
— M’offres-tu réellement un héritage de ta famille ?
— J’ai pensé que tu aimerais, répondit Harry de retour à sa place, les mains croisées devant lui. Il y a toutes sortes de trésors dans mon coffre à Gringotts. Lorsque j’ai vu cette bague, j’ai tout de suite songé à toi. De plus, tu sembles accorder plus d’importance à la famille, ce qui me ravit, je dois le dire. Et tu fais maintenant partie des Peverell, Tom. Tu es sous ma garde.
Tom contempla son tuteur. Et cette fois-ci, il ne le cacha pas par un plissement de paupières ou bien de nez.
— Je sais que tu rechercheras tes véritables parents, un jour, avoua l’homme d’une voix à la fois lourde et bienveillante. Mais j’aimerais que tu te rappelles que tu appartiens à un endroit chaque fois que tu observes ta bague. Peux-tu m’en faire la promesse ?
Comme s’il murmurait des vœux de noces, Tom souffla un oui à peine perceptible. Harry n’était pas une simple flamme, voire un brasier : il était le soleil, ni plus, ni moins.
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Le temps défilait à une vitesse vertigineuse. La neige, qui s’était accumulée au fil des derniers mois, avait infiltré la terre pour faire renaître la nature morte. Les bourgeons naissaient dans les arbres, annonçant le doux parfum du printemps. Tom observait Harry jouer dans la terre, une nouvelle lubie en tête : faire un jardin. Après avoir assoupli le sol, l’homme retirait des pierres et certaines mauvaises herbes. Puis il ajouta du compost afin d’enrichir la terre, disait Harry.
Se cachant du soleil, Tom demeurait dans l’ombre de la maison, un livre entre les mains. Il feuilletait son bouquin de potion avec une certaine adoration. Certaines pages devenaient racornies malgré toute l’attention dont il faisait preuve.
— Aïe !
Tom releva le nez avec vitesse. Harry se tenait le poignet, puis porta l’un de ses doigts à ses lèvres. Tel un ressort, Tom sauta sur ses pieds.
— Harry ! s’inquiéta-t-il en atteignant son tuteur.
Avec rudesse, il écarta la main de la bouche de l’homme.
— Que fais-tu ? s’énerva-t-il. C’est sale, tu joues dans la terre depuis une heure !
— Je me suis juste blessé et j’ai voulu arrêter le saignement, expliqua calmement Harry en observant la plaie saigner à nouveau.
La mâchoire crispée et les lèvres tordues de colère, Tom tira son tuteur derrière lui jusqu’à la cuisine. Il l’agrippa à la main et la savonna sous le robinet.
— Il faut bien nettoyer, siffla-t-il avec force. Il y a plein de microbes dans la terre et une plaie ouverte, c’est bon pour l’infection.
Il sentait le regard de Harry le scruter, mais l’ignora avec soin. Il s’assura plutôt de bien décrasser la blessure.
— Allons, Tom, rigola doucement Harry. Je ne suis pas fait en sucre. Juste pour te rassurer…
D’un sourire moqueur, il murmura :
— Episkey.
Sous les yeux de Tom, la plaie se referma complètement. Il devait apprendre ce sort : Harry était si maladroit. Il inspecta la peau saine devant lui, resserrant ses doigts autour de son poignet. Bien, tout était guéri. Lorsqu’il croisa le regard de son tuteur, Tom sentit son cœur arrêter un battement.
— Tu étais inquiet, Tom ?
Comme si on l’avait brûlé, le garçon relâcha sa poigne. Il se recula sous l’expression encore plus douce de l’homme. Oui, il s’était inquiété de la santé de quelqu’un, ce qu’il ne faisait jamais. Il ne savait plus où regarder, ses yeux survolaient le décor sans se poser sur le beau visage de Harry. Mais bien vite, celui-ci se pencha pour appuyer son front contre le sien, les yeux fermés.
— Merci, Tom. Tu m’as fait un beau cadeau aujourd’hui.
Et Harry s’éloigna en sifflotant pour retourner dans le jardin. Le cœur battant à tout rompre, les sourcils froncés, Tom se demanda ce qu’il avait offert à Harry.
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Harry se retrouva dans le lit de Tom, le garçon assis entre ses jambes, le dos appuyé contre son torse, à attendre la lecture du soir. Tom, maintenant un peu plus grand, cachait la vue du livre et Harry peinait à discerner les phrases. Or, depuis qu’il avait lu une histoire à Tom dans son propre lit des mois auparavant, Tom insistait pour s’installer de la sorte. Toutefois, ce n’était pas idéal.
— Tom, tenta Harry, peut-être devrions-nous changer…
— Non.
Eh bien, la discussion demeurait impossible. Harry soupira un moment, puis rapprocha le corps de l’enfant de sorte qu’il ait accès au texte devant lui. Tom se retrouva donc appuyé sur son épaule, les jambes de travers, comme un nourrisson qui se faisait bercer avant un somme.
— Alors, quelle histoire désires-tu ?
Tom frotta sa joue contre son épaule, puis chuchota :
— Le Conte des trois frères.
Les poils sur sa nuque se hérissèrent. Il se racla la gorge pour se donner contenance et feuilleta le livre jusqu’au conte désiré.
— Il était une fois trois frères qui voyageaient au crépuscule, le long d’une route tortueuse et solitaire, récita Harry sans réellement lire les phrases tellement qu’il possédait l’histoire. Après avoir longtemps cheminé, ils atteignirent une rivière trop profonde pour la traverser à gué et trop dangereuse pour la franchir à la nage. Les trois frères, cependant, connaissaient bien l’art de la magie.
Tom observait le texte en silence. Harry ne savait pas trop comment réagir, alors il continua sa lecture.
— C’était la Mort et elle leur parla, souffla-t-il en sentant Tom se tendre contre lui, le nez pointé vers le livre avec une plus grande attention. Elle était furieuse d’avoir été privée de trois victimes car, d’habitude, les voyageurs se noyaient dans la rivière. Mais elle était rusée.
Harry poursuivit sa lecture d’une voix qu’il espérait contrôlée. Cette histoire, c’était maintenant la sienne, son passé, son présent et son futur. Il s’y identifiait et anticipait ce que ce conte pouvait provoquer chez Tom.
— Le plus âgé des frères, qui aimait les combats, lui demanda une baguette magique plus puissante que toutes les autres, une baguette qui garantirait toujours la victoire à son propriétaire, dans tous les duels qu’il livrerait, une baguette digne d’un sorcier qui avait vaincu la Mort !
Ce fut à ce moment que Tom intervint pour la première fois.
— Le premier frère est intelligent, se réjouit-il, un sourire perceptible aux lèvres. J’aurais demandé la même chose. La puissance, c’est…
Mais Tom se tut. Harry, lui, sentit sa gorge s’assécher. Voldemort avait désiré avec tant d’ardeur la Baguette de Sureau, mais au final, c’était lui, l’élu, qui avait obtenu l’artefact.
— Je ne sais pas si c’est tellement intelligent de vouloir une telle baguette, répliqua Harry dans un murmure. Voyons la suite de l’histoire.
Il arriva au désir du second frère : la Mort lui remit donc une pierre sur la rive permettant de ressusciter les morts.
— Oh ! Cet artefact est aussi intéressant, avoua Tom en plissant les lèvres comme s’il boudait. Comment ne pas vouloir détenir une telle pierre ? Penses-tu qu’elle fonctionne sur le porteur pour le ramener à la vie ?
Harry se tendit pour deux raisons : l’intervention de Tom, en lien avec l’immortalité, mais aussi l’apparition de la Mort, au pied du lit. Celle-ci croisa même les bras, attendant que son Maître continue la lecture. Vraiment, Harry se sentait dans une réalité alternative, ce qui n’était pas tout à fait faux.
Il poursuivit sa lecture jusqu’au dernier frère.
— C’était le plus jeune, mais aussi le plus humble et le plus sage des trois, et la Mort ne lui inspirait pas confiance. Aussi demanda-t-il quelque chose qui lui permettrait de quitter cet endroit sans qu’elle puisse le suivre. À contrecœur, la Mort lui tendit alors sa propre Cape d’Invisibilité.
Un claquement de langue résonna dans la chambre. Tom fronçait les sourcils avec une certaine fureur.
— Comment peut-il désirer un objet pour se cacher ? C’est un lâche ? C’est tellement l’artefact le moins intéressant !
Cette fois-ci, ce fut la langue de Harry qui ne put se retenir.
— Et pourquoi donc, Tom ? Ne penses-tu pas qu’il est plus rusé de vouloir se rendre invisible de la Mort pour allonger sa durée de vie ? Le jeune frère ne désire que vivre et poursuivre sa route sans la Mort dans ses pattes. Je trouve cela plutôt sage.
Tom releva son regard et scruta Harry un moment, en réflexion.
— Je pense que l’on ne fait pas d’erreur en accordant de l’importance à la vie. Le premier des frères se veut puissant au détriment des autres. Pour le second frère, eh bien, il est difficile de lui en vouloir de ramener un mort à la vie, mais cet acte montre qu’il se raccroche à la mort et au passé plutôt que d’avancer. Le dernier des frères, lui, s’offre la chance de véritablement vivre.
Harry observa alors la Mort dont les épaules tremblaient étrangement. Riait-elle de lui ? Oh oui, elle se moquait…
— Peut-être…, marmonna Tom.
La voix plus lourde, Harry termina le récit :
— Ce fut seulement lorsqu’il eut atteint un grand âge que le plus jeune des trois frères enleva sa Cape d’Invisibilité et la donna à son fils. Puis il accueillit la mort comme une vieille amie qu’il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie.
Les yeux de Harry s’arrondirent lorsqu’ils virent le dessin à la fin du conte : une pierre tombale avec, en son centre, les armoiries des Peverell. Il avait complètement oublié ce détail ! D’un geste sec, il voulut refermer le livre, mais Tom avait plaqué sa main sur le bouquin. Il se penchait maintenant trop près du dessin, le nez presque collé à celui-ci.
— Mais… n’est-ce pas les armoiries de ta famille, Harry ?
Bon sang ! Harry ricana amèrement.
— C’est un très vieux conte, du XVe siècle… Les familles de sorciers, déjà peu nombreuses de nos jours, l’étaient encore moins à ce temps-là, marmonna-t-il avec hésitation. Les Peverell étaient une source d’inspiration.
Harry déglutit avec difficulté. Tom accepterait-il son explication ? Même si celle-ci demeurait vague, il se félicita d’avoir mis de l’avant la cause du temps. Le garçon releva son nez et étudia maintenant sa propre bague offerte lors de son anniversaire.
— Que signifient les symboles ? Il y a un lien avec le conte, c’est certain.
La mâchoire crispée, Harry s’autorisa un regard vers la Mort qui inclinait sa tête encapuchonnée sur le côté comme lui-même le faisait si bien.
— Eh bien… Le triangle représente la Cape d’Invisibilité, le cercle, la Pierre de Résurrection et la barre…
— La Baguette de Sureau, termina Tom, un étrange sourire aux lèvres.
— Oui, voilà. Bon, je crois qu’il vaut mieux…
— Mais Harry, le coupa Tom alors qu’il caressait maintenant la bague de son tuteur au lieu de la sienne, si une personne détenait les trois reliques… Que penses-tu qu’il arriverait ?
Harry plissa le nez.
— Le sorcier serait bien malchanceux, dit-il en lançant un regard d’excuse vers la Mort qui s’amusait toujours au pied du lit.
— Et pourquoi ? s’étonna Tom en plongeant ses yeux dans les siens.
— Les trois frères — bon, le dernier a eu plus de chance grâce à sa sagesse — ont connu la mort bien plus rapidement qu’un mortel normal. On parle de façon générale. Alors, imagine détenir les trois reliques, je ne te donnerais pas trois heures à vivre.
Harry tenta de rigoler, mais son rire sonnait bien faux.
— Je ne crois pas, le contra Tom avec une certaine lueur de passion dans les yeux. Je pense qu’obtenir les trois reliques permettrait à un sorcier de manipuler la Mort, en devenir son Maître, souffla-t-il avec ardeur.
— Tom… La Mort finit toujours par triompher, personne n’est immortel, insista Harry avec rigidité. C’est la signification de cette histoire, nul ne peut échapper à la Mort ! Soit elle te trouve, soit tu l’accueilles à bras ouverts un jour ou l’autre.
— Détenir la Cape d’Invisibilité permettrait de ne jamais être déniché par la Mort, poursuivit Tom d’un air buté.
Harry serra les poings avec force.
— Maintenant, la cape t’intéresse…
— Si elle me permet de garder les deux autres reliques, bien évidemment !
— Tom, ce n’est qu’une histoire ! Un conte pour endormir les enfants !
Le visage passionné de Tom se couvrit d’ombres. Puis, sans s’annoncer, le garçon colla son nez contre le thorax de Harry.
— Oui, je sais, murmura-t-il. N’empêche, je suis curieux… Que ferais-tu si tu étais le Maître de la Mort ?
Tremblant, Harry ferma les yeux avant de les ouvrir pour fixer l’entité.
— Je ne suis pas le genre de sorcier à délibérément chercher à rassembler les trois reliques pour obtenir le pouvoir. Si cela arrivait, ce serait parce qu’une personne l’aurait voulu à ma place.
Tom soupira avec force.
— Je le sais, Harry, tu es bien trop pur pour ça, s’irrita-t-il. Ma question est hypothétique.
— Eh bien, je pense que si je devais être le Maître de la Mort, continua Harry en fixant son amie en face de lui, je me lierai d’amitié avec la Mort afin qu’elle accepte de m’accueillir dans son royaume.
Avec raideur, Tom s’écarta de lui. Son visage était froncé et blême. Ses lèvres étaient si étirées qu’elles étaient aussi blanches qu’un cadavre.
— Tu veux dire… mourir ?
Harry détailla les émotions qui tempêtaient dans les yeux de Tom. Il semblait choqué et en colère.
— Oui, affirma Harry.
— Il n’y aurait plus d’intérêt à être le Maître de la Mort dans ce cas.
L’homme sentit sa bouche s’ourler avec un léger amusement.
— Effectivement. Et l’immortalité n’est pas une chose que je convoite.
Tom se mit à trembler. Il agrippa avec force le pyjama de Harry entre ses mains crispées. Il semblait bouleversé. Pour l’apaiser, Harry glissa ses doigts dans ses belles boucles foncées.
— Mais pourquoi ? s’exclama Tom avec raideur. Je ne veux pas que tu me quittes.
— Ce n’est pas mon intention, Tom, répondit avec une infinie douceur Harry. Tu vas devoir me tolérer encore un long moment. Je suis jeune et non mourant.
Puis, il déposa un baiser sur le front du garçon pendant que la Mort se volatilisa.
Notes:
Ce chapitre est plus court de 2 000 mots. Or, j’espère que vous avez qu’en même apprécié la lecture.
Alors, que pensez-vous des pensées de Tom, de son évolution ? Que pensez-vous de Harry ? Y a-t-il des choses que vous voyez venir ou que vous espérez voir ? Je pourrais peut-être vous faire plaisir en faisant des petits ajouts si jamais cela fonctionne avec ma ligne directrice et concorde avec la personnalité de Tom et Harry.
Je n’ai pas encore entamé le chapitre 5, alors… armez-vous de patience. J’attends vos réponses !
À la prochaine !
Chapter 5: QUAND L’OBSESSION VIBRE SUR LA CORDE D’UN PIANO
Notes:
Bonjour chers lecteurs,
Oui, je sais, ça fait un moment. Il faut dire qu’avec le retour du beau temps, j’ai repris mes activités physiques. Mon emploi aussi prend beaucoup de mon temps ainsi que ma famille. Il faut dire que je reste une mère de famille. Bonne fête des Mères à toutes les mères qui me lisent (je me sens moins seule avec mon obsession du yaoi à mon âge).
Mais, je dois vous avouer que j’avais envie de me plonger dans une fic. Ne voulant pas me laisser influencer par d’autres Tomarry, j’ai cherché une histoire de Snarry. Et j’ai trouvé la recommandation suivante : Desiderium Intimum. Je… Juste… Wow. Juste OMG. My fucking god !
J’ai été obsédée par cette longue et incroyable histoire. Honnêtement, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un truc qui soulevait AUTANT d’émotions en moi, de là à me cacher le visage à cause d’un profond malaise ou bien à rire comme une idiote. Cette histoire m’a laissée fiévreuse. Mon ventre se pinçait intensément à certains moments par diverses émotions. Il faut dire que Severus est mon personnage préféré dans Harry Potter et je n’ai pas été déçue de son interprétation.
Honnêtement, je recommande cette fic. J’y pense encore et je me retiens pour ne pas la relire une seconde fois. Et que dire, elle m’a donné envie d’exploiter le Snarry… OMG. Mon cerveau concocte déjà une histoire.
Bref, je vais en revenir à mes moutons. Ne vous inquiétez pas, je suis toujours amoureuse et obsédée par les Tomarry.
Alors, je vous offre un autre chapitre. J’aurais aimé l’écrire jusqu’à l’entrée de Tom à Poudlard, mais j’ai préféré arrêter avant. De toute façon, nous ne sommes pas pressés, n’est-ce pas ?
Bonne lecture,
SeverusRiddle
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
CHAPITRE 5
QUAND L’OBSESSION VIBRE SUR LA CORDE D’UN PIANO
Un panier à la main, Harry sifflotait gaiement dans le jardin luxuriant. Étonnamment, l’homme possédait un pouce vert — ce qu’il n’avait pas à Poudlard — et une passion incroyable pour les légumes. Des tomates rouges, des concombres, des épinards, des carottes et d’immenses choux ornaient la terre dans un ensemble de couleurs agréables à l’œil. C’était apaisant. Tom, à genoux dans la crasse et l’humeur médiocre, récoltait des fines herbes pour la confection d’une sauce végétale et onctueuse.
— N’oublie pas le basilic, lui rappela Harry en agrippant son chapeau de paille pour empêcher le vent de l’emporter. J’adore le basilic.
Tom soupira et cueillit quelques feuilles supplémentaires. Ses ongles étaient encrassés de terre, aussi noirs que du goudron, ce qui l’écœurait particulièrement. Il détestait la saleté, les déchets, les vermisseaux. Et à force de creuser le sol, des débris s’étaient logés dans tous les pores de sa peau. Toutefois, c’était un maigre sacrifice pour s’assurer que son tuteur ne se blesse pas comme toutes les dernières fois : coupure au doigt, genou éraflé, lacération à la joue. Bientôt, il attraperait une intoxication à cause de la terre ! Certes, Harry avait le pouce vert, mais était étrangement maladroit dans un jardin. Dans tout, en fait. Ainsi, Tom participait à l’activité, plus pour le surveiller que par réelle passion.
Son panier rempli, il se releva, essuya ses mains sur un vieux pantalon de travail et rejoignit Harry près des tomates.
— Voilà, dit-il fièrement en lui montrant sa récolte.
Il observa Harry scruter son panier avec des yeux lumineux. Puis, il sentit ses doigts s’infiltrer avec tendresse dans ses boucles foncées.
— Merci, Tom, dit-il de sa voix de velours. Oups, tu as maintenant de la terre dans les cheveux.
Harry eut un rire, puis s’excusa sous le grognement d’insatisfaction de Tom. Celui-ci secoua ses cheveux avant de s’éloigner du jardin. Ce qu’il endurait pour son tuteur…
— J’apporte le panier à la cuisine et je vais me laver, lança-t-il avant d’entrer dans la cuisine par la porte arrière et de faire sonner le carillon de bois.
Le sifflotement joyeux de Harry reprit lorsqu’il referma la porte derrière lui. Tom déposa le panier sur le comptoir et monta les escaliers. Du moment qu’il pénétra dans sa chambre, il vit Hydre dressée afin de tenter d’observer l’extérieur par la fenêtre. Ses pieds le portèrent jusqu’au vivarium.
— Hydre ?
La couleuvre se détourna pour fixer son maître.
— Petit ssseigneur, siffla-t-elle. Je m’ennuie lorsssque vous n’êtes pas là…
Tom glissa la main dans l’habitat pour prendre le serpent.
— Qu’aimerais-tu ?
— Explorer, dit-elle sans hésitation.
Tom réfléchit un instant, puis déposa son amie sur le sol. Heureuse, la couleuvre ondula dans la chambre.
— N’oublie pas de revenir avant la tombée de la nuit, lui ordonna-t-il. Et fais attention si tu vas à l’extérieur, il y a des prédateurs.
— Aucune inquiétude, maître, le rassura-t-elle, jamais je ne vousss abandonnerai.
Tom agrippa quelques vêtements et s’enferma dans la salle de bain. Il s’observa un moment dans le miroir pour voir qu’effectivement de la terre ornait quelque peu ses cheveux, mais aussi son visage. Il plissa le nez de dégoût et referma le rideau de douche derrière lui. Il se savonna vigoureusement et s’habilla. Lorsqu’il voulut quitter la pièce, il aperçut Hydre se faufiler en dessous de la porte.
— Ssseigneur ! s’exclama Hydre.
S’agenouillant devant son serpent, Tom fronça les sourcils tout en agrippant la couleuvre. Elle semblait inquiète, si seulement ce sentiment existait chez l’animal.
— Que se passe-t-il ? s’intéressa-t-il face à l’étrange malaise du reptile.
— Votre maître, Harry…
— Ce n’est pas mon maître, siffla-t-il avec force. Tu peux l’appeler Harry, ce sera suffisant.
— Harry, poursuivit-elle, lui arrive-t-il régulièrement de parler seul ?
Tom scruta Hydre, interloqué. Que voulait-elle dire ?
— Eh bien, il chante souvent, si c’est ce que tu essaies de dire.
— Non, non ! Je sssais ce que c’est que de chanter, s’énerva-t-elle avec irritation. Il était dans la cuisssine et parlait dans le vide, en observant quelque chossse que je ne voyais pas.
Tom plissa davantage le front. Il avait déjà surpris Harry à fixer le vide comme s’il voyait quelque chose que les autres ne pouvaient pas. C’était justement arrivé lors de son acquisition d’Hydre, l’été dernier. Même si cela datait d’un an, il s’en souvenait comme hier. Sur le moment, il avait trouvé cela étrange, mais n’avait pas réfléchi en profondeur à propos de la situation.
— Que disait-il ? voulut savoir Tom en rapprochant Hydre de son visage.
— Oh ! Il sssemblait parler de ssson moral, mais je n’ai pas porté plus d’attention à ssses mots. Je cherchais plutôt la persssonne à qui il racontait ssson charabia.
Idiote ! pensa-t-il avec colère. Tout ce que disait Harry importait, encore plus quand il discutait dans le vide. Son moral ? N’était-il pas heureux plus tôt ? Tom grinçait des dents et réfléchit à toute allure. Certes, il était furieux de ne pas en savoir plus, mais il y aurait d’autres moments pour saisir cette bizarrerie.
— Voilà ce que l’on va faire, murmura Tom au serpent, les yeux étrangement avides. Tu seras mon espionne, Hydre. De façon aléatoire, tu surveilleras Harry sans te faire remarquer. Je sais que tu es silencieuse, que tu ne me décevras pas. Lorsque tu observeras ou entendras quelque chose d’anormal venant de Harry, tu me le rapporteras. C’est compris ?
— Qu’est-ce que j’y gagne ? siffla-t-elle en plissant les yeux.
— De la chair fraîche, roucoula Tom, un long sourire sournois fendant son visage en deux.
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Devant l’évier, Harry récurait ses ongles avec une brosse rigide et du savon. Il observait sa tâche, de même que le panier de légumes près de lui. Il était satisfait. Il aimait vraiment son jardin, cela le calmait. Énormément. Faire pousser la vie lui apportait un sentiment de compétence qu’il avait rarement eu dans son passé. Il comprenait maintenant Neville et sa passion pour la botanique. Ah, Neville… Il n’avait certes pas été aussi proche du garçon comme il l’avait été avec Ron et Hermione, mais il l’appréciait. Neville était la gentillesse incarnée. Une personne aimante et prête à aider ses amis malgré les dangers.
Un long soupir s’extirpa de ses lèvres.
— Que vous arrive-t-il, Maître ?
Harry sursauta. Près de lui se tenait la Mort dans son éternel manteau sombre et vaporeux. D’un coup d’œil, il survola la maisonnée pour voir si Tom se trouvait à proximité. Son oreille lui indiqua plutôt qu’il était sous la douche.
— Ma vie d’avant, aussi cruelle pouvait-elle être, me manque, avoua-t-il. Ron me manque, Hermione me manque, Neville me manque et même Rogue me manque ! J’aurais aimé mieux le connaître… Ses souvenirs sur ma mère. Il y a tant de choses que je ne comprendrai jamais.
— Mais vous avez choisi la mort, dit l’entité sans émotion.
— Oui, pour détruire l’Horcruxe, chuchota-t-il avec colère. Je me suis sacrifié pour le plus grand nombre. Mais, il a fallu que le destin me joue encore un vilain tour, que je sois le Maître de la Mort alors que je n’ai rien demandé, alors que je ne l’ai jamais voulu ! Quelle blague ! J’aurais pu crever dans la forêt quant à moi.
La colère inondait ses veines, s’infiltrait dans son cœur. Le deuil de son ancienne vie n’était pas terminé… Et plus il y réfléchissait et plus il comprit que jamais il ne se compléterait.
— Mais le fait que vous soyez mon Maître vous permet de changer les choses à plus grande échelle, lui rappela la Mort. Le temps est un chemin tortueux pour vous, Maître. Il en sera toujours ainsi.
— Mais aussi tortueux que puisse être le temps, mon cœur et mes souvenirs demeureront. Peu importe les vies vécues.
— Hum… Je crois malheureusement que le temps peut avoir une emprise sur vos souvenirs.
— Je suis déjà à ma troisième vie ! Je porte des souvenirs qui se contredisent. Peut-être vaudrait-il mieux qu’ils s’effacent si je ne veux pas devenir fou et tout mélanger, en effet !
Harry demeura un moment silencieux, les mains crispées sur le comptoir, les bras largement écartés et les yeux dans le vague. Il se sentait bien quelques minutes plus tôt, pourquoi était-il à cran tout d’un coup ?
— Ça m’arrive parfois avec Tom, poursuivit-il alors qu’il entendait toujours la douche fonctionner. Je… Son visage ressemble de plus en plus à ce que j’ai connu de mon premier voyage dans le temps… Notre relation était différente à ce moment. Je n’étais pas son tuteur, Merlin ! Et je me sens irrité de toujours échouer. J’aurais dû rester dans les limbes dans mon présent et attendre. Il ne manquait que Nagini à tuer. Je suis certain qu’une personne aurait réussi. Tout aurait été réglé.
— Mais vous avez les moyens de faire plus. Le temps efface les choses, Maître. Un jour, vous serez bien au-dessus de tout ça. Vous êtes une Histoire sans fin.
Harry attrapa une tomate et la jeta dans le lavabo propre et rempli d’eau.
— Je ne suis pas d’humeur pour une conversation philosophique. Je n’ai pas envie d’une Histoire sans fin. Je…
Alors qu’il frottait la tomate avec vigueur, passant à la suivante, il lui sembla voir quelque chose du coin de l’œil. Il sentit son cœur rater un battement, mais se rassura en scrutant les environs. Tom était toujours en haut alors que l’eau coulait.
— Tout ce que je dis c’est qu’une vie avec des personnes aimées est suffisante. Hermione et Ron me manquent comme jamais. Ce que je ferais pour les revoir une seule fois, mais je ne peux pas, même avec la pierre. Si inutile…
— Parce qu’ils n’existent pas pour le moment dans cette ligne temporelle, expliqua doucement la Mort.
Manifestement, elle sentait sa détresse et tentait d’agir comme un humain pour le consoler. Après tout, il était angoissé. Il l’avait toujours été.
— Je pourrais vous offrir un instant de vide pour vous calmer, si vous le désirez, l’informa-t-elle.
Harry l’observa en silence, les yeux plissés. Même s’il ne parlait pas, il sut que la Mort comprenait la tournure de ses pensées.
— Je peux fusionner avec vous un moment pour vous recentrer, un peu comme un long sommeil paisible et sans rêve, alors que cela ne dure que quelques minutes dans la réalité.
Cette perspective fit frissonner Harry. Même s’ils étaient amis, imaginer la Mort pénétrer son corps lui rappelait un peu trop les intrusions de Voldemort dans son esprit. Ce n’était peut-être pas pareil, mais ça éveillait en lui un certain traumatisme. Il ne se trouvait pas assez désaxé pour accepter cette proposition. Il secoua donc la tête et tenta un sourire.
— Ça va passer, comme toujours, souffla-t-il en prenant un concombre pour le nettoyer. Et il le faut. Je dois rester saint d’esprit pour élever Tom.
— Je ne pouvais pas avoir meilleur Maître.
La Mort lui caressa doucement la joue avant de se volatiliser.
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L’été laissa place à l’automne et l’automne, à l’hiver. Tom excellait à l’école — celui-ci continuant à étudier sous la supervision de Harry. Il avait fait des recherches sur les enfants sorciers : ceux-ci apprenaient à la maison, car aucune école n’existait pour leur éducation hors magie. Lorsque Tom avait mis sur la table cette information, son tuteur avait froncé les sourcils.
— C’est quelque chose d’étrange, je dois l’admettre, avait-il répliqué. Peut-être que si tu te lances dans la politique, il faudrait que tu révises cela. Il y a une place à l’amélioration. Inclure des enfants sorciers dans une éducation ressemblant à celle des enfants Moldus, introduire dès leur jeune âge un enseignement sur les diverses cultures, ça viendrait ouvrir leur esprit aux différences.
Tom n’avait rien répliqué à ce moment, mais il avait gardé à l’esprit l’information suivante : Harry était surpris d’apprendre qu’il n’existait aucune école pour les enfants sorciers. Et donc, soit cette mésinformation provenait du fait qu’il ignorait cette donnée due à son éducation, ses parents l’ayant couvé à la maison, soit il avait fréquenté une école Moldue. Son attachement pour les Moldus proviendrait-il d’une éducation de proximité ?
Depuis ce jour, Tom avait dédié son journal acquis sur le chemin de Traverse pour tout ce qui concernait Harry. Il notait tous les points relevés à son propos : le fait qu’il soit un Sang-Mêlé alors qu’il détenait un nom de famille ancien, sa sentimentalité pour les races inférieures, son étrange température corporelle, ses marques aux avant-bras, sa puissance magique et sa propension à user de son don sans la moindre baguette, le fait qu’il lisait en Tom comme dans un livre ouvert — bon, pas totalement, mais presque —, le fait qu’il connaissait des choses sur Tom alors que celui-ci ne lui avait jamais rien dit, le fait que les armoiries des Peverell soient dans le Conte des trois frères, ainsi de suite.
Et aussi, le fait que Harry semblait parlé à une personne invisible. Ce dernier détail avait soulevé un questionnement en Tom : quel était l’état de la santé mentale de son tuteur ? Mais il avait balayé ses doutes du revers de la main : Harry était plus saint d’esprit que lui-même.
Alors qu’ils marchaient sur le chemin de Traverse pour des emplettes de Noël, Tom raffermit sa prise sur la main froide de son tuteur. En fait, elle était glacée. C’était une autre chose étrange qu’il avait remarquée : Harry semblait avoir de la difficulté à se réchauffer durant les temps froids. Mais ça semblait peu l’incommoder.
— Pourquoi ne portes-tu pas tes gants ? lança Tom avec une voix qu’il espérait désintéressée.
Harry baissa les yeux sur ses mains découvertes et haussa un sourcil.
— Oh ! Je n’y ai pas pensé, lui répondit-il en haussant les épaules. Il ne fait pas si froid que ça.
— Mais tu es glacé, insista-t-il en plissant les paupières.
— Si je portais des gants, je ne sentirais pas aussi bien ta main, sifflota-t-il avec des yeux taquins. Elle me réchauffe bien.
Immédiatement, Tom sentit ses joues rougir avec force. Il ne savait plus où poser les yeux, trop gêné pour observer l’homme. Il ne lâcha toutefois pas la paume et l’agrippa avec ses deux mains pour mieux la réchauffer.
— Mets ton autre main dans la poche de ton manteau, lui ordonna-t-il.
Harry rigola un moment, mais s’exécuta.
— Oui, chef.
Les flocons tourbillonnaient dans le ciel, rendant le paysage magnifique. Près d’une façade marchande, une chorale chantait des chants de Noël. Tom s’arrêta près de son tuteur qui aimait particulièrement les mélodies. Il y avait un petit quelque chose qui s’éveillait dans ses yeux face à la musique. Quelque chose que Tom ne saisissait pas.
— Tu sembles aimer les chants, remarqua-t-il alors qu’il scrutait les réactions de son tuteur.
Harry paraissait ému, les yeux luisants et un grand sourire aux lèvres.
— J’ai toujours aimé la musique, répondit-il sans quitter la chorale du regard. Mais, je ne me suis jamais laissé la chance d’essayer. C’est un intérêt que j’ai toujours… refoulé en moi.
Tom fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Les deux émeraudes s’incrustèrent dans les pupilles de Tom avec une hésitation.
— Mes intérêts n’ont jamais été pris en compte et… il aurait été impensable que je pratique moindrement la musique. Puis… Je n’ai jamais eu l’espace mental pour une telle activité.
— Mais tu as beaucoup de temps libre avec ta fortune, insista Tom, le nez plissé devant l’incompréhensible situation. Tu ne m’as jamais parlé de ton passé.
— Car tu ne m’as jamais posé la question, rigola Harry en s’éloignant sur le chemin, la main de Tom toujours dans la sienne.
— Alors, parle-moi de ton passé, de ta famille, dit-il, tranchant.
Avec un sourire énigmatique, Harry lui répondit :
— Non, je n’ai pas le cœur à ça pour le moment. Sache juste que je n’ai pas eu une enfance aussi heureuse que tu peux le penser.
Tom grogna lourdement. Il devrait noter cette nouvelle information dans son journal personnel.
— Alors, continua-t-il le visage boudeur, si tu avais eu la chance d’apprendre un instrument de musique, lequel serait-ce ?
Sous la surprise, Harry s’arrêta. Il observa Tom avec des yeux ronds, qui se réchauffèrent rapidement. Un tendre sourire étira ses lèvres.
— Tu t’es adouci, Tom. Tu sembles plus intéressé aux autres que lors de notre première rencontre.
Tom ricana intérieurement. Harry n’avait pas tout à fait tort, mais il n’avait pas raison. Tom ne s’intéressait pas aux autres, juste à Harry. Il lui renvoya toutefois un petit sourire.
— Je pense, réfléchit son tuteur avec un grand sérieux, que j’aurais aimé apprendre le piano.
Le piano ? Tom pencha la tête sur le côté comme le faisait si souvent Harry.
— Allons acheter un piano, alors.
Harry éclata de rire.
— Ah oui, comme ça ?
— Il n’est jamais trop tard pour apprendre et tu as l’argent pour te gâter, insista Tom.
L’émoi de Harry valait tout l’or du monde. Les joues rosies par l’excitation, les lèvres tremblantes d’anticipation et les yeux écarquillés par la proposition, Tom chercha à mémoriser ce tableau dans son esprit. Si seulement il avait un appareil photo.
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Debout dans le salon, Harry observait un homme âgé accorder son nouveau piano. Ses mains étaient moites, ses orteils engourdis, la bouche pâteuse. Il n’avait pas encore joué qu’il angoissait d’être un cancre à la musique. Jamais il n’aurait pensé que Tom insisterait autant pour avoir un instrument à la maison. Jamais il n’aurait pensé que Voldemort aurait voulu du bien de sa personne. Car, oui, ce geste d’aider à acheter un piano était une preuve d’amour. Harry en était convaincu.
L’objet était magnifique. C’était un piano droit, de couleur acajou. Il décorait un mur dégarni dans le salon. Ils avaient dû modifier la position des meubles pour recevoir l’instrument, mais le résultat en valait la peine. Harry avait toujours trouvé qu’un instrument de musique enrichissait les décors. Avec les boiseries de la maison et les nombreuses plantes, le piano ressortait dans ce décor champêtre.
— Et voilà ! s’exclama le Moldu en referma le coffre. Il est accordé. Je vais juste jouer un morceau pour vérifier que le tout soit parfait.
Avec excitation, Harry scruta l’homme s’exécuter à la tâche. Il joua des gammes, puis une pièce qui semblait fort complexe. Tom, assis dans son fauteuil habituel, mais dans une nouvelle position, observait le pianiste devant lui. Harry le vit froisser le nez, mais retourner à sa lecture : il savait que le garçon n’appréciait pas les inconnus dans la maison.
— Vous êtes vraiment doué, souffla Harry avec une certaine envie.
Le vieil homme le remercia, un sourire compréhensif sur les lèvres.
— J’ai des années d’entraînement. Avec de la pratique et de la patience, vous arriverez à bien jouer, affirma-t-il avec rassurance.
Le vieil homme se leva et tendit deux cartes : l’une avec ses coordonnées et l’autre d’une personne inconnue.
— Je vous laisse mes informations pour faire accorder votre piano. Il se peut que vous ayez des problématiques à cause de votre foyer les premiers temps, mais ça va se stabiliser.
Harry le remercia.
— Et l’autre carte ?
— Ce sont les coordonnées d’une enseignante assez douée. Elle donne des cours de piano si jamais vous voulez un professeur particulier.
— Oh ! Merci, répondit-il. Cela vaudra peut-être la peine.
L’homme rangea ses outils dans sa mallette et ressortit quelques cahiers.
— Un cadeau, ajouta-t-il en lui tendant les livres. Pour débuter. Je vous conseille de faire de la lecture de notes pour vous familiariser avec la clef de fa et la clef de sol. Il y a de la théorie musicale explicative dans ce volume — il pointa le cahier tout racorni — afin de connaître les altérations à l’armature, les tons, le nom des gammes et plus encore. Tandis que ce livre est pour apprendre des pièces débutantes avec les bons doigtés.
— Je…
Harry ne savait que dire. Non seulement l’homme usait d’un langage incompréhensible, mais il était bien trop aimable.
— Combien vous dois-je ?
— Juste le montant pour l’accordage. Ces livres-là, je les traîne depuis longtemps. J’attendais juste de tomber sur un nouveau pianiste.
Les mains tremblantes d’émotions, Harry s’inclina pour remercier l’homme et le guida jusqu’à la sortie. Lorsqu’il referma la porte, Harry ne croyait pas à sa chance. Il remarquait à peine le regard perçant de Tom qui ne lisait plus depuis le moment où son tuteur avait accepté les cartes.
— Es-tu heureux ? entendit-il.
Sortant de ses pensées, Harry cligna quelque peu bêtement des paupières.
— Oui, murmura-t-il.
Et il s’installa près de Tom pour lire sa théorie musicale.
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Tom avait la tête qui tournait. Le plancher s’inclinait sans l’avertir et ça l’irritait. Ça avait débuté lentement le matin, peu après son petit-déjeuner, puis les vertiges avaient augmenté en intensité. Il y a quelques jours, au matin de Noël, Harry l’avait amené au village pour une promenade dans les rues décorées pour l’occasion. Il y avait des petits marchés proposant toutes sortes de choses, dont des confiseries, des pâtisseries, ce que Harry avait particulièrement apprécié. Or, à ce moment de l’année, marée humaine couplée à la proximité physique et au changement de température parfois importante, l’incubation de virus était partout. Tom soupçonnait fortement d’avoir attrapé un sale truc d’un Moldu lors de leur visite au marché de Noël.
Il était rarement malade, mais chaque fois que ça lui arrivait, un sentiment d’impuissance le submergeait : ça lui rappelait sa pathétique condition de mortel. Que ferait-il pour vaincre la mort ?
Harry pianotait tout en tentant de déchiffrer les notes devant lui. Étonnamment, Tom appréciait les moments où son tuteur s’installait au piano. Certes, il débutait, mais cela ajoutait un quelque chose dans l’ambiance souvent silencieuse de la maison. Alors que le garçon tournait une page de son livre, il eut une vilaine quinte de toux. Immédiatement, la musique s’arrêta alors que Harry se retournait pour l’observer d’un regard inquiet.
— Ça va, Tom ?
Le nez plissé d’irritation, Tom hocha le menton. Son état allait passer, comme toujours. Mais Harry était têtu : il se leva pour le rejoindre en quelques enjambées. D’un geste doux, il déposa l’une de ses mains fraîches contre son front.
— Tu es bouillant, s’étonna-t-il avec des yeux écarquillés d’horreur. Tom ! Depuis quand te sens-tu mal ?
La bouche crispée, Tom n’osa pas croiser le regard de son tuteur. Il avait peur que son cœur explose d’hystérie sous l’intérêt que lui portait Harry en ce moment.
— C’est toi qui es toujours froid, lui reprocha Tom.
Malgré le venin de sa langue, le garçon soupira de bien-être sous la froideur de cette main.
— Tu es fiévreux, Tom, tu dois te reposer.
— C’est ce que je fais : je lis.
Il vit Harry s’éloigner, délaissant son front qui hurlait son besoin de la peau de son tuteur. Ce dernier revint rapidement avec une petite fiole d’un liquide transparent et inodore qu’il tendit à Tom. Celui-ci fronça les sourcils avant de tousser un peu.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un remède pour baisser ta fièvre, expliqua Harry en déposant la fiole dans la main de Tom.
— Une potion ? Quel est son nom ?
Harry se dandina d’un pied à l’autre, la bouche étrangement tordue.
— Je ne me souviens plus, je suis nul en potion. Mais c’est un kit d’urgence que j’ai pour ce genre de situation.
— Tu me donnes une potion dont tu ne connais même pas le nom ? articula Tom avec suspicion.
Harry s’installa près de lui, la main à nouveau sur son front.
— Voyons Tom, je ne vais pas t’empoisonner ! Je suis inquiet pour toi.
Sans l’avertir, Harry agrippa la bouteille et ingurgita quelques millilitres. Avec spasme, Tom se redressa, les yeux écarquillés.
— Es-tu fou ? siffla-t-il en reprenant la fiole dans ses mains. Boire ça alors que tu n’as pas de fièvre !
— Ça ne me fera rien, ne t’inquiète pas.
— Tu penses ? Tu es toujours froid. Tu veux te congeler ?
Un rire s’éleva de la gorge de son tuteur, les yeux plissés d’amusement.
— Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, lui assura-t-il. La potion agit sur une température corporelle trop élevée pour la réguler, c’est tout.
La mâchoire crispée devant le comportement imprudent de son tuteur, Tom glissa finalement le remède entre ses lèvres.
— Je vais te faire un breuvage chaud au citron et au miel pour ta gorge, dit Harry en recueillant la fiole vide.
Avec sa douceur habituelle, l’homme agrippa les épaules de Tom pour l’avancer et bomber les coussins dans son dos. Puis, il le repositionna et l’enveloppa d’une couverture. Il lui caressa la joue, un sourire apaisant aux lèvres.
— Ne t’inquiète pas, je vais bien m’occuper de toi, lui assura Harry avant de déposer un baiser sur son front.
S’il avait été un chat, Tom aurait ronronné. Il détestait l’admettre, mais il aimait l’attention que lui portait Harry. Il adorait ses regards inquiets, la sensation de ses caresses pour le réconforter et surtout, les baisers contre sa peau. Alors que l’homme faisait bouillir de l’eau dans la cuisine, Tom plongea au fond de lui-même. Il chercha à imaginer une autre personne porter des gestes attentionnés pour lui. Mais c’était impossible : seul Harry avait osé s’y risquer. En fait, c’était un mensonge. À bien y réfléchir, il y avait eu Martha, à l’orphelinat qui, à un plus jeune âge, l’avait bercé selon les dires de Mme Cole. Tom avait été un bambin capricieux et seul le balancement d’une chaise avait semblé atténuer ses crises d’hystérie. Il avait beau fouiller ses souvenirs, rien ne remontait sur Martha. Et son imagination lui provoquait une vive nausée en lui dessinant des images de tendresse de la part de la jeune femme. Non, décidément, seul Harry pouvait être affectueux avec lui.
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En sueur, Tom titubait dans la salle de bain. Il tentait de se brosser les dents, mais son vilain mal de gorge et sa toux ralentissaient ses gestes. Ses yeux croisèrent son reflet et son nez se plissa de dégoût : il avait l’air affreux. Il avait chaud, si chaud que son visage était rouge. La sueur perlait sur son front et ses lèvres étaient étrangement gercées, signe d’une déshydratation.
Les vertiges, atténués durant la journée, le foudroyaient à nouveau avec force. Il couvrait quelque chose, c’était certain. Tout son corps le meurtrissait : il avait l’impression qu’un immense rouleau à pâte s’était amusé à le compresser. Il cracha dans le lavabo, avala une gorgée d’eau et se dirigea vers sa chambre.
Harry se trouvait debout, près de son lit, un grand verre d’eau et une fiole à la main. Son regard vert se plissa d’inquiétude dès qu’il le vit.
— Ton état empire, souffla-t-il avec une voix instable. J’ai une autre potion pour toi, pour ta fièvre. Et tu dois boire tout ce verre.
Tom grogna un moment, mais s’exécuta. Harry le poussa gentiment vers le lit, mais Tom garda les pieds ancrés dans le sol, malgré sa fatigue et ses douleurs musculaires. Il vit l’homme froncer les sourcils.
— Tu dois te coucher.
— Dans ton lit, croassa-t-il, la voix enrouée par l’irritation de ses muqueuses.
Harry pencha la tête sur le côté et l’observa avec curiosité.
— Tu es contagieux, tenta-t-il de rigoler. Je pense que tu as la grippe. Il vaudrait mieux prendre des précautions.
— Le mal est déjà fait, répondit Tom en agrippant les vêtements de son tuteur. Et tu allais rester à mon chevet cette nuit, de toute façon.
En fait, Tom émettait cette affirmation sans réellement y croire. Jamais personne ne l’avait veillé lorsqu’il était malade et rien ne lui assurait que Harry s’y appliquerait. Mais l’homme était lumineux et attentionné. C’était peut-être dans ses intentions, et ce, même s’il était contagieux.
— Je… Bon, oui, tu as raison, avoua Harry en se grattant la nuque d’une façon hésitante. Mais je pense que tu serais mieux dans ta chambre, près de la salle de bain si jamais tu en avais besoin.
Tom secoua la tête. Il voulait être dans celle de Harry, dans son lit, dans son odeur. Il voulait dormir avec lui, ne pas être seul.
— L’excuse de la salle de bain est pathétique, renifla Tom en froissant un peu plus les vêtements dans ses mains.
— Quel enfant capricieux ! gémit Harry alors qu’il enroula un bras autour de la taille du garçon pour mieux le tenir. Allez, je vais t’aider à descendre.
Avec précaution, Tom se laissa guider, la tête lourde. Il se sentait faible et misérable. Heureusement, aucun orphelin n’était là pour profiter de son impuissance passagère. C’était nouveau ce sentiment de sécurité… Il avait hâte de toucher les draps et de s’emmitoufler dans le parfum de Harry.
Du moment qu’il pénétra l’antre de son tuteur, Tom se calma. Il se glissa à son aise dans le grand lit devant lui et observa Harry ajuster les couvertures près de son corps. L’homme lui caressa doucement les cheveux, puis s’éloigna.
— Je reviens, dit-il alors qu’il disparaissait de la chambre.
Tom se retourna. Ses yeux tombèrent sur la table de chevet près de lui et s’agrippèrent aux photographies. Bien en vue, il vit les portraits de Harry et lui parmi tous les autres. Son cœur bondit de joie à ce constat : chaque matin, les rayons du soleil illuminaient leur étreinte, rappelant à Harry qui était sa véritable famille. Or, son bonheur s’éteignit rapidement. Les autres cadres s’exposaient un peu trop fièrement. Pourquoi n’avait-il pas pensé à augmenter les dimensions de ses cadeaux pour cacher tous les autres ? Avec un geste tremblant de fièvre, Tom étira la main et déplaça les cadres afin de changer le positionnement et camoufler le rouquin idiot et la fille aux dents de cheval. D’un œil plissé et satisfait, il étudia son travail. Un long sourire sournois fendit son visage.
Voilà, c’était parfait.
Harry revint avec un linge humide et un petit pot entre les mains. Malgré la courbure des lèvres de son tuteur, Tom y lisait une vive inquiétude. Un pli se creusait entre ses sourcils et l’absence de ses fossettes témoignait d’un calme simulé. Tom était certes préoccupé par son état, mais il se savait résistant. Il guérirait comme toutes les autres fois où la maladie le frappait. Il pouvait donc profiter des nouvelles réactions et émotions de Harry, sentant un frisson plaisant lui remonter l’échine. Ses yeux émeraude brillaient d’angoisse, sa bouche souriante tentait vainement de cacher sa peur.
Tom s’enivrait du moment. Il détestait dépendre de quelqu’un, mais…
Mais…
Imaginer Harry tourner autour de lui pour éponger son front, lui caresser les joues et l’arête de son nez, lui masser les pieds avec la lotion à l’odeur forte, mais bienfaisante… tous ces gestes éveillaient une certaine avidité en Tom, une certaine possessivité. Il n’avait aucunement envie que le moment s’arrête. Alors, il enregistra toutes les expressions, tous les mouvements et tous les regards de son tuteur depuis son entrée dans la chambre.
Lorsque Harry survola la pièce du regard, Tom remarqua son expression plissée. Les sourcils froncés, les yeux émeraude étudiaient la table de chevet où reposaient les photos. Tom crispa les poings, mais garda ses traits lisses d’émotions.
— Qu’as-tu là ? demanda-t-il doucement afin de détourner son attention.
Il étira un lent sourire, qui attira les yeux de l’homme. Celui-ci plissait toujours le front, mais Tom toussa un instant, ce qui inquiéta Harry.
— Étends-toi, lui recommanda-t-il alors en se rapprochant.
Une fois que la tête de Tom eut touché l’oreiller, il sentit le linge humide se déposer sur son front. La fraîcheur calma le feu de sa peau, mais ce n’était pas assez. La crème à ses pieds l’aida un peu, sans plus.
— C’est une bonne idée, souffla-t-il, ce qui provoqua un sourire sarcastique chez Harry.
Ce fut au tour du garçon de froncer les sourcils.
— Pourquoi ce sourire ?
Il plissa les yeux de suspicion. Son cœur, quant à lui, battait avec un peu plus de force. Les lèvres de Harry s’étirèrent de malice, mais aussi teintées d’une certaine tendresse, ce qui fit fondre les entrailles de l’enfant.
— Tu es mignon, murmura Harry avec chaleur.
Mignon ? Tom n’était pas certain d’aimer cette appellation. Il connaissait son joli minois et était sûr de devenir beau en grandissant. Il n’y avait aucun doute. Mais… mignon ? N’était-ce pas ce que les parents disaient à leur enfant ? Soudain, l’étrange émotion gluante en lui se solidifia pour s’enflammer de colère.
— Pourquoi ? cracha-t-il.
Malgré la froideur de l’atmosphère, Tom vit avec horreur l’homme rigoler avec franchise. Comment Harry pouvait-il agir de la sorte ? Ne comprenait-il pas sa colère ? Ne sentait-il pas le tranchant de sa question ?
Avec une certaine assurance, Harry prit place près de lui. Il leva l’une de ses mains fines et froides pour la glisser avec tendresse dans ses cheveux. Tom, figé, scruta la beauté devant lui.
— Tu as de la difficulté à remercier, expliqua Harry. Au lieu de simplement dire « merci » pour l’attention, tu me soulignes que c’est une bonne idée. Et, le fait que je t’avoue te trouver mignon te rend en colère.
La main fraîche glissa de son crâne pour descendre sur son front. De la pulpe de son index entre les sourcils de l’enfant, Harry poussa lentement la tête de Tom.
— Que se passe-t-il là-dedans ? L’utilisation de l’adjectif « mignon » te donne l’impression de n’être qu’un gamin et dépendre d’un adulte ?
Comment pouvait-il le comprendre si facilement ? Être aussi perspicace ? Comment pouvait-il lire en lui avec autant de clarté ? Mais en fait, ce n’était pas juste cela. Se faire décrire de la sorte lui donnait l’impression de ne pas pouvoir être plus. Mais être quoi, exactement ?
Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Il n’aimait pas avoir cette sensation, celle qui lui faisait tourner la tête. Que devait-il faire ? Alors qu’il fixait Harry de ses yeux abyssaux, il ne put davantage soutenir cette lumière et dévia le regard. Son corps trembla de fureur. Il détestait que l’on se moque de lui.
Le matelas près de lui s’affaissa plus profondément. Il sentit son tuteur se rapprocher. Le cœur de Tom était sur le point d’exploser. Il voulait plus de proximité, mais désirait aussi repousser cette silhouette fraîche et souple. Alors, il resta immobile, écoutant son rythme cardiaque possédé par son étrange tourbillon émotionnel.
Sans regarder Harry, il put sentir ses deux émeraudes le scruter alors que son corps se couchait près de lui. Des doigts glissèrent dans ses boucles et firent de petits cercles. Ne pouvant résister, Tom ferma les paupières avec un long soupir. Même s’il détestait que l’on touche ses cheveux, il adorait lorsque Harry le faisait. Il aimait ce toucher, cette étrange tendresse qu’il n’avait jamais connue auparavant. Il en devenait même dépendant, accro.
Le massage perdura plusieurs minutes, assez pour ralentir son rythme cardiaque et apaiser la fureur qui le rongeait de l’intérieur. Toutefois, sa fièvre était tenace et le couvrait de la tête aux pieds. Son esprit se trouvait embrouillé par la chaleur. Seule la proximité de Harry rafraîchissait son corps bouillant. Comment avait-il pu vivre aussi longtemps sans cet homme ?
D’un second soupir, Tom roula sur le côté pour faire face à l’homme et agrippa son pyjama. Il sentit Harry se raidir un moment, mais resta en place, ce qui encouragea le garçon. Il se fondit dans son étreinte, le nez plongé dans son thorax. Enfin, deux bras vinrent l’entourer pour lui caresser non seulement les cheveux, mais aussi le dos. Encore une fois, s’il avait été un chat, Tom aurait ronronné. L’odeur de Harry, la souplesse de son corps, l’étreinte protectrice, le doux baiser dans ses cheveux, le son de sa respiration, les battements parfois irréguliers de son cœur, tout dans cette étreinte l’enivrait. Si seulement ce moment pouvait perdurer… Pour toujours.
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Tom ouvrit les yeux. Ses vêtements étaient trempés comme si son corps s’était vidé de son eau. Son oreille, appuyée contre un coussin froid, entendait un tambour régulier et apaisant. Un tambour ? Le garçon cligna des paupières et fronça les sourcils. Sous lui se trouvait Harry, toujours endormi, étendu comme une étoile. Tom l’agrippait de ses membres, ses bras autour de son thorax, ses jambes enroulées aux siennes. Même son tuteur était humide : jamais il n’avait quitté Tom de la nuit. Comment était-ce possible de dormir dans cette situation quelque peu inconfortable et humide ? Une étrange chaleur gonfla dans le ventre de Tom.
De ses yeux plissés, il scruta une fois de plus son tuteur sous lui. Cet homme… Il avait envie de le déchirer en deux pour lire ses pensées, pour comprendre son passé. Il avait envie de le griffer jusqu’au sang pour le torturer, lui faire regretter de s’être introduit dans sa vie, d’avoir ouvert une faiblesse. Tom était intelligent, même s’il n’était qu’un enfant aux yeux de la société. Il réfléchissait avec vivacité. Toutefois, il peinait à saisir ses propres émotions. Il était si facile de lire les gens, de s’immiscer dans leur esprit dans l’optique d’empoigner leur faiblesse et de la tordre dans tous les sens, jusqu’à la modeler selon son bon vouloir avec la peur, le danger. Il ne pouvait se permettre cette fissure en lui.
Harry… Harry.
Tom plongea son nez dans le pyjama sous lui. Il inspira profondément l’odeur de bergamote et de thé. Avec ses membres toujours autour du corps endormi, le garçon crispa ses mains, enfonçant ses doigts dans la chair tendre.
Harry était à lui. Certes, il devenait peu à peu sa faiblesse, mais… Il ne pouvait pas renoncer à cette lumière, à cette chaleur humaine.
Il resta une bonne demi-heure à l’inhaler, à écouter sa respiration et à scruter les traits harmonieux de son visage. Lorsque le premier rayon du soleil atteignit l’une de ses joues, l’homme se mit à gémir et papillonna des paupières. Tom, quant à lui, ferma les yeux et fit semblant de dormir. Il apaisa son souffle et imita le rythme du dormeur comme il l’avait si souvent fait à l’orphelinat. Il alourdit aussi son corps et attendit, le visage lisse d’émotions.
Comment allait réagir Harry ?
Tous ses sens en alerte, Tom patienta. Harry arrondit son dos, s’étira avec un gémissement qui chatouilla agréablement les oreilles du garçon, puis se crispa. Sans même le voir, Tom sut que son tuteur s’était immobilisé en se rendant compte de sa présence. Un doux fredonnement s’éleva de la gorge près de lui. Puis, une fois de plus, une main vint se déposer contre son front pour prendre sa température. Un long soupir de soulagement monta dans les airs. Tom sentit la magie de l’homme pétiller autour de lui, s’infiltrant dans sa peau. En entrouvrant la bouche, il put même l’y goûter. Il aimait tant son pouvoir ! Puis, son pyjama et celui de son tueur, ainsi que les draps s’asséchèrent, rendant leur cocon plus confortable. Une main glissa dans ses boucles et lui caressa le cuir chevelu.
Harry resta ainsi un long moment, Tom mimant l’enfant qui dort profondément. Mais il profita de chaque seconde, comme s’il s’abreuvait à un breuvage interdit. Finalement, avec une infinie douceur, il sentit Harry se détacher de lui, mais Tom le vécut plutôt comme une déchirure. Aussitôt l’absence de son tuteur ressentie, une douleur lui empoigna les entrailles, les tordant dans tous les sens. Harry lui manquait, profondément, insidieusement.
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Après une semaine, Tom se remit de sa maladie. Harry avait été aux petits soins pour lui et Tom avait profité de ce moment pour manipuler son tuteur. Il avait dormi dans son lit toutes les nuits, simulant une plus grande faiblesse que la vérité. Hydre avait été furieuse. Il se sentait abandonné dans son vivarium, malgré sa liberté de jour. Harry n’avait rien remarqué : la couleuvre se faufilait avec aisance dans la maison, se camouflant avec une expertise grandement appréciée de Tom.
Malheureusement, Hydre n’avait plus soulevé d’étranges monologues chez Harry. Tom n’avait donc pas pu mettre son journal à jour, car oui, son journal intime était plutôt un recensement sur Harry Peverell. Tous les détails que Tom jugeait importants y étaient annotés : de ses manies, ses gestes du quotidien, jusqu’à ses propres sentiments lors d’un effleurement du regard.
Lors d’une sortie au chemin de Traverse, Tom avait déboursé pour un appareil photo de qualité, émettant des clichés déjà ensorcelés. Certes, leurs dimensions laissaient à désirer, mais c’était assez pratique pour obtenir une photo sur le moment. Et le sujet préféré de Tom n’était nulle autre que Harry. Avec son appareil, il photographiait son tuteur à son insu. Son journal débordait de photographies représentant son tuteur.
Alors qu’il collait son dernier portrait, un étrange sourire fendant son visage en deux, Hydre, qui avait décidé de roupiller contre son cou, se glissa près de son oreille.
— Maître, n’avez-vous aucun autre sssujet d’intérêt que cccet homme ? Vous avez déjà une phhhoto de lui en train de manger, siffla-t-elle.
Si Hydre pouvait plisser les yeux comme un humain, elle le ferait à ce moment.
— Elle est très différente, marmonna Tom en écrivant une note près de la photographie.
Hydre se glissa le long de son bras et approcha sa tête triangulaire du portrait. Elle siffla avec moquerie, goûtant l’air près du journal.
— Je ne vois aucune différenccce…
Tom écarta avec irritation le reptile.
— Ne mets pas ta langue sur mon travail, lui ordonna-t-il avec froideur. Seulement moi peux toucher mon journal !
Son cœur palpitait avec force.
— Et la photo est très différente, poursuivit-il avec une profonde irritation. Harry mange son dessert préféré et l’on voit mieux ses fossettes !
— Et en quoi ccce détail approfondi vos recherches sur cccet homme ?
— Je…
Tom s’arrêta et fronça les sourcils. Il crispa la mâchoire, serrant les dents si fortement qu’il eut l’impression de les ébrécher. Hydre l’agaçait, mais elle n’avait pas totalement tort. D’un geste nerveux, il passa la main dans ses cheveux et humidifia ses lèvres.
— Peu importe, hésita-t-il en balayant la question du revers de la main. Je fais ce qui me plaît.
Pris de vertiges, Tom ferma les yeux. Il reconnaissait les débuts d’une obsession. Cela faisait partie de sa personnalité. Que pouvait-il faire à ce propos ? Et surtout, Harry ne devait pas le savoir.
— Je pense que vous devriez mieux cacher votre journal, siffla Hydre avant de disparaître dans la maison.
Une fois de plus, elle n’avait pas tort. Pour le moment, Tom le camouflait sous son matelas dans sa chambre, faute de mieux, mais il devait trouver autre chose. Il existait sûrement des sorts pour ses objectifs. Harry accaparait ses pensées, surtout depuis qu’il avait dormi avec lui depuis plusieurs jours consécutifs. Il devait se ressaisir et se concentrer sur la magie.
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Harry se tortillait les mains. Une étrange oppression pesait dans sa poitrine. Debout, dans le salon, il observait le paysage derrière la fenêtre. Il se balançait d’une jambe à l’autre avec anxiété. De plus, le regard scrutateur de Tom ne l’aidait guère à se calmer. Il sentait une forte irritation de sa part depuis plusieurs jours. Le garçon n’aimait pas que des personnes s’immiscent dans leur maison, dans leur vie, mais cela ne représentait pas la réalité. D’un moment à l’autre, les gens devaient pénétrer leur bulle familiale : Tom devait comprendre que des humains en dehors d’eux deux existaient. Lorsque Harry avait plaisanté à ce sujet, Tom l’avait écrasé de ses yeux comme un vulgaire insecte. Sa langue acérée avait répondu :
— Franchement, je le sais. Mais cela ne justifie pas qu’ils sont assez bien pour les fréquenter.
— Eh bien, il faut leur laisser une chance pour le savoir, avait rétorqué Harry avec une pointe d’agacement.
Tom pouvait être si difficile parfois. Ajouter à cela les Horcruxes… Il ne pouvait qu’en ressortir un cocktail explosif.
Une voiture se gara dans le stationnement. Le cœur de Harry s’arrêta un moment. La nausée le prit : l’envie de gerber brûlait son œsophage.
— Pourquoi t’imposer un professeur si tu es pour agir de la sorte ? entendit-il dans le coin du salon.
Tom désapprouvait cette démarche et se moquait actuellement de lui. Sans même le regarder, Harry pouvait deviner son expression dédaigneuse. Mais il s’en fichait. Il essuya plutôt ses mains contre son pantalon et alla ouvrir la porte lorsqu’une silhouette s’y présenta.
— Bonjour ! s’exclama-t-il d’une petite voix en s’écartant du seuil.
Une femme traversa le cadre en bois, un large sourire aux lèvres.
— Bonjour, salua-t-elle en tendant les doigts. Je m’appelle Aline.
Harry répondit au geste et serra la main en clignant des yeux.
Aline était belle, sans aucun doute. Ses longs cheveux blonds tombaient en vague dans le milieu de son dos et encadraient un visage aux pommettes saillantes et rosées. Ses lèvres pulpeuses devaient attirer l’œil de plusieurs hommes, tout comme son sourire en dents de perle. Harry enviait presque sa peau couleur pêche. Il avait toujours été pâle, sauf lors des étés à brûler sous le soleil dans le jardin des Dursley, mais son teint de porcelaine s’était accentué depuis sa mort… Peu importe le temps qu’il passait au soleil, sa peau demeurait terne. Seules ses émotions coloraient ses joues, à son grand malheur.
— Je vous sens anxieux, M. Peverell, s’amusa Aline, les yeux pétillants.
Harry avala de travers, la bouche sèche. Il se gratta la nuque, signe de son angoisse. Près de lui, Tom se racla la gorge, ce qui le fit sursauter. Il n’avait pas perçu son approche.
— Oui, il est très anxieux, répondit le garçon à la place. Il frétille comme un poisson hors de l’eau depuis maintenant plusieurs jours.
Aline éclata de rire. Harry, lui, fronça les sourcils, la bouche tordue de gêne, le teint maintenant rouge vif. Les commentaires de Tom ne l’aidaient pas à se calmer. Et contrairement à Harry, l’enfant se montrait agréable, voire séduisant. Saleté de Tom et son besoin de manipuler les autres !
— Qui est ce charmant garçon ? demanda la femme en se penchant légèrement devant Tom.
Celui-ci était grand pour son âge, mais pas assez pour être à la même hauteur d’yeux.
— Tom, répondit l’enfant en tendant la main.
La femme l’agrippa avec douceur, mais retira ses doigts avec une surprise teintée d’horreur. Un sifflement retentit dans l’air, puis une tête triangulaire s’extirpa avec vitesse de la manche de Tom en claquant des mâchoires. Harry plissa le front et observa Hydre de ses yeux interloqués.
— Un… un serpent ? s’exclama Aline en écarquillant les yeux.
— Oh ! Veuillez m’excuser, répliqua Tom d’une voix repentante. Mon amie déteste rester dans son vivarium et elle aime bien ma chaleur corporelle. Je… Je ne pensais pas que l’on pouvait haïr les serpents.
Il terminait sa phrase d’un ton affligé. Harry sentit l’effroi lui soulever l’estomac. Comment Tom avait-il pu tenter de terrifier la femme lors de leur première rencontre ? Toute cette politesse n’était qu’une façade. Espérait-il l’effrayer pour la faire fuir ? Harry sentit la colère glisser dans ses veines et posa son regard sur le garçon. Un long sourire sournois étirait ses lèvres alors qu’Aline observait les environs par crainte d’y trouver d’autres créatures de la sorte. Ce sourire dura un fragment de secondes, assez pour que Harry remette en doute cette vision. Mais il savait bien qu’il n’avait pas halluciné.
— Tom, claqua-t-il, puisque Mlle Aline n’est pas à l’aise avec Hydre, va la porter dans sa maison.
Tom le scruta, les yeux plissés, la bouche pincée.
— Mais Hydre n’aime pas…
— Tout de suite, le coupa-t-il avec dureté.
Il vit la mâchoire de Tom se crisper, mais il inclina la tête. Alors qu’il se détournait, il entendit même le serpent s’offusquer :
— Ce sssale homme ! Comment peut-il parler à maître ainsssi ?
Harry toussa un moment pour se resaisir.
— Pardonnez à Tom, s’excusa Harry. Il est sous ma charge depuis un peu plus d’un an, mais il est très isolé.
Aline replaça ses cheveux et offrit un sourire à Harry.
— Oh, Tom est très charmant. Il ne pouvait pas savoir que je possède une peur bleue des serpents. C’est plutôt à moi de m’excuser, dit-elle en le fixant avec une certaine intensité étrange.
Harry sentit son regard l’étudier un moment et s’attarder sur ses mains.
— Vous semblez avoir des mains fines. Voyons voir ce que ça dit au piano !
Harry observa un instant ses doigts, l’air incrédule. Puis il reporta son regard pour observer ses yeux noisette.
— Je dois avouer que je suis nerveux, dit-il avec un sourire crispé qu’il espérait toutefois chaleureux. La musique semble ardue et j’aimerais tellement exceller que j’ai peur de faire des erreurs. Je ne voudrais pas…
— Allons, allons, M. Peverell…
— Harry, s’il vous plaît.
— Harry, souffla-t-elle avec douceur. Alors, ce sera Aline pour vous. Vous devez vous laisser le temps. Je suis justement là pour vous aider à progresser, ajouta-t-elle avec un sourire rassurant. On ne peut pas devenir le prochain Chopin en un seul cours.
Un sourire malicieux plana sur les lèvres d’Aline.
— Alors, j’imagine que votre piano…
Elle tourna la tête dans le salon et l’arrêta sur l’instrument.
— Ah, le voilà ! s’exclama-t-elle. Bien, laissez-moi vous parler des bases.
Elle s’appropria l’espace avec assurance, montrant à Harry qu’elle enseignait depuis belle lurette. Elle s’installa au piano, observa la résistance du banc, le renfoncement et la solidité des touches, avant de faire danser ses doigts sur celles-ci. Elle fit des gammes, échauffant ses mains, avant d’entamer un morceau bien plus complexe. Les yeux fermés, elle hochait la tête avec un air satisfait. Elle semblait vivre de la musique, ce que Harry ne put qu’admirer.
Debout, le souffle court, Harry était fasciné par la scène. Arriverait-il à jouer de la sorte un jour ? Perdu dans le moment, il prit un temps à remarquer le retour de Tom. Ce dernier agrippa sa main avec force, présentant toutefois un visage qui, à première vue, semblait impassible. Mais un tiraillement agitait le coin de sa bouche.
— Elle a du talent, souffla Harry, captivé.
Tom répondit par un grognement, glissant ses doigts entre les siens. Et aussi soudainement que la musique s’était élevée, celle-ci s’arrêta. Avec grâce, Aline se retourna et offrit un sourire à son assemblée, dégageant sa nuque de ses longs cheveux blonds.
— Eh bien, Harry…
À la mention de son prénom, il sentit les ongles de Tom s’enfoncer dans sa main. Il lui lança un regard perçant tout en agitant le bras pour l’avertir de se calmer.
— Vous pouvez vous asseoir ici, on va commencer le cours.
Le cœur battant la chamade, Harry prit place au piano et écouta l’enseignement d’Aline avec attention.
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Enfoncé dans le fauteuil, un livre banal entre les mains, Tom observait Aline tourner autour de Harry depuis bientôt une heure. C’était une Moldue, une simple et pathétique Moldue, ce qui expliquait l’absence de ses livres de sorcellerie. Harry l’avait prévenu de faire attention à ne rien dévoiler de leur monde et avec l’événement du serpent, il ne voulait guère s’attirer les foudres de son tuteur. De toute façon, il ne lisait pas, faisait plutôt semblant.
Il fusillait du regard la femme qui voguait près de Harry et qui repoussait de temps en temps ses longs cheveux blonds dans un geste de séduction. Cette femme était une croqueuse d’hommes, à n’en point douter. Sa façon de se déplacer en balançant les hanches, sa façon d’ourler ses lèvres en se les mordillant et, surtout, sa façon de frôler Harry sans la moindre excuse, tout dans son comportement témoignait de ses intentions. Son annulaire gauche était peut-être absent d’une alliance, mais la marque creuse autour de son doigt montrait qu’une bague s’y logeait la majorité du temps ou s’y était longuement logée. Alors, Tom était plus que certain qu’Aline avait retiré son bijou avant de venir ici. Peut-être même était-il dans la poche de sa robe ou dans son sac à main ? De son regard brûlant, il scruta la sacoche près de l’entrée.
Non, il se retiendrait. Il y avait d’autres moyens pour faire cracher la vérité. Patience, c’était le mot clef. Il devait observer et attendre.
S’il oubliait la pitoyable femme, il écoutait la musique de Harry. Il jouait une partition simple et faisait plusieurs erreurs, mais quelque chose s’animait dans les yeux brillants de l’homme : une détermination tenace brûlant comme la flamme d’une bougie au plus creux de la nuit. Chaque fois que Tom observait ce regard, quelque chose s’allumait dans son estomac et il ne saisissait pas ce que cela signifiait. Mais ça ressemblait à une certaine admiration. Harry était peut-être naïf et idiot, mais sa persévérance semblait sans fin, assez pour faire enrager ses ennemis — s’il en avait, bien entendu.
Ennemis… Harry pouvait-il réellement en avoir ? Certainement pas. Un homme aussi bon que lui ne pouvait qu’attirer le mieux ou bien les personnes malveillantes, voulant profiter de lui. Tom fronça les sourcils. Il n’aimait pas la tournure de ses pensées et encore moins la vision de la main de cette pimbêche se déposant sur l’épaule de Harry.
Tom toussa en tournant une page de son livre. Immédiatement, Harry se retourna vers lui, les yeux inquiets.
— Tout va bien, Tom ?
La satisfaction éclata dans ses entrailles comme une tempête. Voilà, peu importe qui se trouvait près de Harry, l’attention de celui-ci reviendrait toujours à lui. Il étira un long sourire rassurant et hocha la tête. Aline l’observa à son tour. Son expression était difficilement interprétable. Avec insistance, Tom fixa cette main hideuse contre l’épaule de son tuteur. Après quelques secondes, la femme retira sa main comme si elle avait été piquée. Tom ramena ses iris sombres sur le visage de sa victime, qui arrondissait les yeux d’effroi. Harry est à moi, petite mijaurée ! pensa-t-il avec force.
Le cours se poursuivit plusieurs minutes avant de se terminer, enfin !
— Bien, Harry, félicita Aline avec un grand sourire. Si vous appliquez mes conseils à la lettre, je n’ai aucune inquiétude sur vos futurs progrès.
Tom observa avec horreur les joues de son tuteur rougir d’embarras alors qu’il se frottait la nuque.
— Je vais faire de mon mieux, dit-il avec chaleur.
Le goût de la bile escalada son œsophage et s’installa dans sa bouche. Comment Harry pouvait-il réagir de la sorte avec cette stupide femme ? Ne voyait-il pas qu’elle était une croqueuse d’hommes ? Des scénarios les plus fous lui vrillaient l’esprit : Harry riant à l’une de ses blagues idiotes alors que son regard cherchait désespérément celui d’Aline ; Aline se penchant près de l’oreille de Harry alors qu’il jouait au piano, calculant que ses cheveux frôlaient avec suavité l’épaule de l’homme ; Harry tendant la main pour enrouler son petit doigt autour de celui de la femme…
Mais surtout, Harry s’éloignant de Tom alors qu’il avait une nouvelle personne dans sa vie.
Les images affluaient devant ses yeux comme la plus terrible des tortures. Le cœur au bord des lèvres et la respiration douloureuse, Tom peinait à émerger de son imagination débordante. Il voyait rouge, très rouge. Cette couleur était partout ! Sur les murs, le carmin coulait jusqu’au sol, glissait à ses pieds pour remonter sur son corps afin de l’étreindre, puis s’infiltrer dans ses yeux pour remplacer la lumière de Harry par du sang à n’en plus finir.
Elle devait partir, vite ! Cette monstruosité accaparait Harry d’une façon qu’il ne pouvait accepter. Les mains tremblantes, il réfléchissait, cherchait à garder le contrôle. Il ne pouvait pas faire de bêtise, pas devant Harry. Mais… L’acier dans sa bouche était si vif qu’il ne comprenait plus comment reprendre ses esprits. Ce n’était pas lui, bon sang, perdre ainsi le contrôle !
Les ongles enfoncés dans ses paumes, le sang jaillissant d’une morsure à sa joue, il tourna les talons avec rigidité et grimpa les escaliers en claquant la porte. Il fit les cent pas dans sa chambre, récitant des ingrédients de potions comme un mantra. Il était certain que sa fuite avait soulevé des questions. Alors que ses yeux se posaient sur les objets dans son antre, l’envie soudaine de les fracasser contre les murs se fit forte, trop forte. Il crispa les poings. Même sa magie s’éveillait autour de lui.
Pourquoi perdait-il le contrôle ? Il était meilleur que ça !
Il entendit enfin la voiture quitter le stationnement, ce qui soulagea quelque peu ses émotions. Aline partait et il ne l’avait pas assassinée. Des pas firent craquer les escaliers. Tom sut que Harry venait le voir pour discuter. Il se frotta le visage avec force pour le lisser de son émoi et tenta de classer ses pensées, et ce, en quelques secondes. Il excellait dans le domaine. La porte s’ouvrit et laissa la silhouette de son tuteur apparaître.
— Tom, demanda Harry, la main toujours appuyée sur la poignée de porte et les sourcils froncés d’inquiétude, est-ce que ça va ?
Le garçon pencha la tête sur le côté avec, il espérait : impassibilité.
— Bien sûr, dit-il doucement.
Harry s’avança dans la pièce et glissa ses doigts contre les siens. Il les tira près de lui pour asseoir Tom sur le lit alors qu’il prit place à ses côtés.
— Tu es parti soudainement et… Tom, je pense que je commence à te connaître, poursuivit-il avec une certaine tension.
Tom plongea ses yeux dans ceux de l’homme. Qu’allait-il dire ? Devait-il emprunter un masque pour manipuler Harry, lui faire accroire qu’il était un enfant banal avec des émotions ordinaires ? Mais… il en savait plus sur lui que ce qu’il montrait.
— Tu laisses peu les gens interagir avec toi.
Usant d’une grande concentration, Tom continua de scruter Harry avec impassibilité, et ce, même si un feu bouillait en lui. Ce n’était pas tout à fait vrai. Il aimait interagir avec les autres lorsque le contact lui octroyait du pouvoir, lorsqu’il pouvait les manipuler et les manier selon son souhait. La seule exception… Tom grogna intérieurement, puis demeura silencieux.
— Tu as besoin de peu de contact humain, Tom, poursuivit Harry alors qu’il enlaçait ses doigts autour des siens. Je trouve ça étrange pour un enfant et ça m’inquiète, mais je tente de le respecter. Peut-être que les choses seront différentes à Poudlard…
Poudlard. Ce mot soulevait plusieurs ambivalences en lui. Il espérait cette école pour y trouver sa place et s’élever au sommet de la hiérarchie. Mais le fait de naviguer entre d’autres sorciers… lui rappelait qu’il n’était peut-être pas si extraordinaire. Il avait aimé caresser la fantaisie qu’il était le seul à avoir des pouvoirs magiques, l’exception à la règle. Un profond bonheur s’était éveillé en découvrant que Harry aussi était incomparable, et il aurait aimé que les choses restent ainsi. Il allait devoir devenir meilleur que tout le monde, meilleur que Harry !
— Mais Tom, souffla la voix douce de l’homme, ce qui ramena ses pensées dans le présent, j’ai parfois besoin de contact humain. Tu m’as encouragé à apprendre le piano, à emprunter un chemin que jamais je n’aurais osé. Mais j’ai besoin d’un guide, tu comprends ? Aline est là pour m’aider à cheminer dans ce rêve.
Avec force, Tom se mordit l’intérieur de la joue. Si seulement c’était cela ! Si seulement ! Harry était naïf, idiot ! Cette femme le voulait de toute évidence. Comment Harry ne pouvait-il pas le voir ? Cela le frustrait réellement. Son tuteur était si aveugle. Même Tom qui était un enfant voyait le potentiel d’une union avec lui. Il était séduisant, la peau claire et lisse comme le marbre. Il possédait des yeux d’une couleur incroyable, à couper le souffle, et son sourire réchauffait l’atmosphère autour de lui. De plus, il était fortuné, Merlin ! Et libre comme l’air. Il était évident que cette femme, cette Aline, avait flairé le bon produit immédiatement.
Que devait-il faire ? Il devait soulever ses inquiétudes à la manière d’un enfant ordinaire, mais entrer dans les détails et sans crise d’hystérie.
— C’est effectivement une nouvelle chose qu’une personne pénètre notre cocon familial, débuta-t-il avec prudence, cherchant à afficher une inquiétude naturelle sur les traits de son visage. Tu sais — il entortilla ses doigts alors qu’il aurait plutôt préféré les enfoncer dans le crâne de son tuteur —, j’aime notre famille ainsi. Toi et moi. Avec Hydre, ajouta-t-il en se disant que cela sonnait plus comme un discours enfantin. Aline semble compétente, mais de la façon dont elle te regarde… Je ne suis pas prêt à avoir une… une…
Il avait envie de vomir. Devait-il réellement dire le mot « mère » ? Non, non, NON ! Et Harry n’était pas son père.
— Une autre personne dans la famille, termina-t-il en mordant sa joue interne.
Il ne regardait plus Harry. Depuis quand ? Il ne s’était pas aperçu avoir glissé son regard pour fixer ses mains comme une personne angoissée. Que lui arrivait-il ? Et pourquoi son cœur bataillait-il ainsi dans son thorax ? L’ombre de son organe s’étirait lentement, obscurcissant la périphérie de ses yeux, lui rappelant qu’il appartenait à la noirceur et non à cette lumière en pensant que Harry pouvait vouloir une femme dans sa vie, pousser Tom loin de lui. Mais soudain, toute cette noirceur fut percée par l’éclat d’un rire qui pénétra sa peau, s’infiltrant dans tous les recoins de son corps jusqu’à ses muscles, ses organes, son sang. La lumière revint du moment que Tom plongea ses yeux dans ceux de son tuteur.
Son visage, détendu, se creusait près de sa bouche pour révéler ses fossettes alors que ses yeux se plissaient joliment.
— Tom, rigola Harry. Aline ne sera rien de plus que ma professeure de piano. Je ne comprends pas d’où te vient une telle idée qu’elle puisse s’immiscer dans notre famille.
Malgré l’irritation que la moquerie de Harry lui provoquait, Tom ressentit un étrange souffle sur son cœur, comme une brise légère du printemps.
— Elle t’observe beaucoup, ajouta Tom avec une pointe d’insistance.
Elle le mange des yeux, plutôt ! Harry lui offrit un sourire rassurant avant de l’entourer de ses bras pour frotter son nez contre ses cheveux. Tom s’immobilisa, le cœur tremblotant, puis fondant sous cette nouvelle marque d’affection. Il pouvait sentir la joue, le menton et les lèvres de l’homme bousculer ses boucles alors que ses bras le serraient comme s’il était quelque chose d’important.
— C’est normal, répondit-il dans ses cheveux, elle doit le faire pour corriger mes erreurs. C’est le rôle d’un professeur.
Tom crispa la mâchoire. Oui, c’était le rôle d’un professeur, mais cela n’empêchait pas de voir le réel comportement de cette femme. C’était seulement le premier cours, qu’allait-il advenir les prochaines fois ? Cette pensée souleva un vent de frustration, mais le garda bien en lui pour profiter de la proximité de Harry. Peu importe les intentions de cette garce, Tom allait être son obstacle.
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La semaine suivante, alors que la neige laissait la place à une végétation plutôt morne et morte, Aline se représenta au cottage. Elle portait une robe bleutée qui rehaussait la couleur de ses yeux. Ses cheveux remontés en chignon dégageaient une nuque élancée et élégante. Tom la scrutait avec dédain. Elle avait porté une plus grande attention à son apparence physique. Et Harry ne semblait guère remarquer cette différence. Cet aveuglement l’irritait au plus haut point, mais le soulageait aussi. Le fait que son tuteur soit aveugle prouvait un certain désintérêt. Mais Tom ne pouvait s’empêcher de trouver cela étrange. Il pouvait dire de façon claire que la femme était belle, qu’elle devait provoquer des regards de nombreux hommes sur son passage, mais pas ceux de Harry… Peut-être n’était-il pas intéressé par les relations amoureuses, ce qui n’était pas pour lui déplaire, au contraire. Alors qu’un sourire satisfait étirait ses lèvres, Tom observait Aline prendre place près de Harry au piano.
Et la leçon commença.
Tom scrutait tous les agissements de la femme par-dessus son livre. Il n’était pas discret et ne tentait même pas de l’être. Il voulait créer une tension sur Aline alors qu’elle touchait l’épaule de Harry lors de ses encouragements. Il détestait réellement cette proximité. Mais Harry semblait ne pas s’en soucier. Il se concentrait plutôt sur la lecture de notes tout en utilisant les bons doigtés sur la partition. Il écoutait, mais ne concentrait son regard que sur l’instrument. Aline jetait parfois des coups d’œil curieux à l’enfant, sans plus. Comme si elle ne possédait aucun instinct de survie…
Le cours se termina sans incident.
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Cela faisait maintenant trois mois que Harry s’exerçait au piano. Il appréciait son nouveau passe-temps, alternant son temps de pratique avec la fabrication de baguettes et l’enseignement de Tom. Leur agenda était bien rempli, laissant les jours s’écouler à une vitesse vertigineuse. Depuis longtemps, trop longtemps, Harry sentait un certain calme l’inonder. Il n’était certes pas à son époque, possédant peu de contacts, mais ses activités l’aidaient à se recentrer sur lui-même. Jamais il n’avait pensé à lui comme il le faisait en ce moment. Même sa relation avec Tom, parfois houleuse de par leur divergence d’opinions, allait bon train.
Peu importe les paroles parfois tranchantes du garçon, Harry voyait que Tom tenait à lui. C’était peut-être d’une façon différente des autres enfants, mais c’était bien mieux que ce qu’il avait vu dans la pensine de Dumbledore.
La froideur dans les yeux de Tom laissait place à une intensité particulière, sans dédain. C’était déjà un bon début. Harry adorait le câliner : il avait tellement manqué d’amour avec les Dursley et son adolescence anormale qu’il profitait de chaque moment offert pour caresser les cheveux de l’enfant, le serrer dans ses bras ou bien lui prendre la main. Et Tom se laissait faire toutes les fois malgré quelques grognements, comme s’il cherchait à montrer à Harry qu’il tolérait la proximité, sans plus. Mais Harry savait bien que Tom aimait aussi sa présence, cette affection.
Jamais il ne le repoussait et cherchait parfois par lui-même le contact. Ce qui faisait rire intérieurement Harry.
Le Tom qu’il avait connu lors de son premier plongeon dans le passé, en 1942, n’avait pas montré de signes aussi évidents d’affection. Le fait de voir l’enfant agir de la sorte encourageait Harry : cela lui donnait l’impression que l’espoir d’empêcher Tom de diviser son âme était bien présent, voire certain.
Harry en avait parlé avec la Mort et celle-ci avait été encourageante. Elle ne pouvait pas voir l’avenir, car celui-ci demeurait incertain, mais observait une différence de l’ancien Tom.
Malgré son optimiste, Harry ne perdait pas à l’esprit que Tom gardait une obsession pour l’immortalité. Ils avaient relu plusieurs fois le Conte des trois frères et l’enfant posait des questions sur les recherches de la vie et la mort. Chaque fois, Harry ressentait un frisson désagréable parcourir son échine. Comment ferait-il pour surveiller Tom lorsqu’il quitterait la maison pour Poudlard ? Car, après tout, le moment approchait.
C’était à ces moments qu’il se demandait s’il devait contacter Dumbledore…
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C’était l’été. Il faisait chaud, très chaud. Une canicule. Tom s’éventait le visage sur le canapé, un verre d’eau frais près de lui. Il s’habillait rarement avec des vêtements courts, mais en cette journée, c’était ce qui était le plus confortable. Il avait l’impression de fondre sur le divan lorsqu’il entendit une voiture dans l’entrée. Aline arrivait pour le cours de Harry.
Cette abominable femme.
Lorsqu’elle mit les pieds dans le cottage, Tom renifla de dédain devant son accoutrement plus que révélateur. Elle portait une robe d’été légère, qui moulait sa poitrine de façon obscène. Sa peau resplendissait de soleil, exhibant davantage la blondeur de sa chevelure lâche. Aline était irritante. Et, il y avait quelque chose de nouveau : un panier, qu’elle tenait à la main. Harry avait lui aussi remarqué ce détail, puisqu’il lui demanda :
— Oh ! Qu’avez-vous là ?
La femme poussa un rire cristallin, comme si elle attendait cette question depuis des lustres.
— Une surprise, lui répondit-elle d’une voix dégoulinante de taquineries.
Elle transporta son butin sur le comptoir de la cuisine et libéra les objets se trouvant à l’intérieur avec un claquement sec sur la surface de travail. Tom ne put se retenir : il se leva du salon avec des gestes qu’il voulait indifférents et las. Ses yeux ne purent s’empêcher de se plisser sous la révélation de la surprise. Son ventre se serra d’une terrible anticipation.
— Il fait si beau, s’exclama Aline alors qu’elle observait la cour extérieure de la fenêtre de la cuisine.
Le carillon de bois se permit de répondre avec affirmation à ses paroles en s’agitant sous la brise chaude.
— Nous pourrions faire un pique-nique !
Tom s’étouffa avec sa salive. Et voilà, cette femme était le diable en personne. Elle osait s’inviter à manger, comme cela ? Passer plus d’une heure ici, dans la maison ?
— Et le cours ? ne put-il s’empêcher de répliquer d’une voix acerbe. Harry débourse de l’argent pour vos leçons, certainement pas pour un… pique-nique.
Harry se tourna vers lui, les bras croisés contre sa poitrine. Quelque chose luisait dans ses yeux. Il fixait Tom avec une telle intensité, cherchant à lui transmettre un message : celui de lui faire confiance et d’arrêter de faire l’enfant. Son regard scrutateur réchauffait peut-être son estomac, mais Tom ne possédait aucune tranquillité pour cette maudite femme. C’était trop : elle s’incrustait de plus en plus dans leur routine. Ce bref échange ne dura que quelques secondes, mais ne passa pas inaperçu à Aline. Tom vit les commissures de sa bouche se crisper avec étrangeté alors que sa mâchoire se contractait.
— Je pensais que nous pourrions manger et ensuite faire votre leçon, Harry, répliqua Aline en observant seulement l’homme.
Celui-ci étira un doux sourire.
— C’est une excellente idée, approuva-t-il en prenant les contenants devant lui. Je vois que vous avez préparé de la salade et des sandwichs. Ça va être succulent. Oh ! Il y a du dessert.
Les joues de l’homme se colorèrent de gratitude. Le sucre était l’une de ses faiblesses. Tom crispa les poings, énervé.
— Je vais aller chercher une couverture, dit Harry en grimpant les escaliers pour fouiller dans le placard à l’étage, ne pouvant pas utiliser la magie devant une Moldue.
Aline se tourna vers Tom avec grâce, les yeux sournois.
— Est-ce que tu nous accompagnes, Tom, où préfères-tu rester ici puisque l’idée d’un pique-nique en ma présence te soulève tant d’émotions ?
Salope !
Tom respira un moment et accueillit son meilleur masque : celui du parfait garçon, beau, social et intelligent. Jamais il ne laisserait cette femme seule avec son tuteur. Elle le mangerait tout cru !
— Maintenant que je sais que le cours aura toujours lieu, que vous ne profiterez pas de l’argent de mon tuteur, je me dois d’endosser le rôle du chaperon.
Aline fronça les sourcils, rendant son visage beaucoup moins joli.
— Du chaperon. Quelle langue pendue ! Tu es bien possessif pour ton âge, Tom, c’est vilain à voir. Très vilain.
Lentement, Tom se rapprocha de la femme, extirpant sa magie dans l’air autour de lui. L’atmosphère se refroidit, piquant la peau tannée de cette épouvantable créature. Aline recula d’un pas, mais s’arrêta bien vite, comme si elle se disait que c’était elle l’adulte, et non Tom.
— Harry m’a choisi, moi, siffla-t-il, abandonnant son masque pour montrer tout le mépris que sa présence lui soulevait. Vous, vous n’êtes qu’une personne de passage, sans plus.
Il frôla alors son esprit, s’autorisant ce méfait. Il l’entendit l’injurier, le traiter de sale gosse. Ses pensées criaient que lorsqu’elle aurait Harry entre ses mains, elle renverrait Tom à l’orphelinat, dans son trou à rats. Immédiatement, la rage inonda les entrailles de Tom. Cette femme était la typique méchante belle-mère des contes pour enfants. La différence résidait dans le fait que Tom n’était pas une princesse et qu’il pouvait être bien plus sombre et terrible que cette mijaurée. Il plongea plus loin, fouillant ce qu’il put trouver, et se retira avec un rictus glaçant.
Elle avait dépassé les bornes. Tom devait se débarrasser d’elle, sinon, il allait irrémédiablement la tuer un jour ou l’autre.
Aline cligna des yeux, quelque peu hébétée, mais reprit un air séducteur lorsque Harry revint avec un grand sourire et une couverture dans les mains. Mais son sourire se fana un peu, ressentant le changement d’ambiance.
— Est-ce que tout va bien ?
Tom se retourna, confiant.
— Bien entendu. Alors, on pique-nique dans le jardin ? proposa-t-il en se glissant près de Harry pour lui agripper le bras.
Harry lui déposa un baiser sur le front et Tom se délecta du bref éclair colérique sur le visage de Aline. L’enfant tira sur le bras de son tuteur et le guida vers la porte arrière, la femme sur leurs talons. Ils s’éloignèrent du cottage pour se protéger du soleil à l’ombre d’un arbre. Harry installa la couverture. Lorsque tout fut préparé, Aline retira ses chaussures et grimpa près de l’homme, dévoilant sans subtilité la peau de ses mollets.
Agrippant un sandwich, Harry mordit dedans avec joie.
— C’est vraiment bon, Aline. Un jour, je devrai vous faire goûter ma cuisine. Je ne suis pas mauvais.
Tom s’étouffa avec une croûte de pain et toussa un moment. Harry se rapprocha de lui, lui flattant le dos pour faire passer la bouchée.
— J’accepte avec bonheur, roucoula Aline après avoir fusillé Tom du regard.
Harry s’était éloigné d’elle pour se coller à l’enfant, ce qui alimentait son déplaisir. Tom avala une gorgée d’eau, puis déposa son verre avec une excitation malsaine.
— Je ne pense pas que Edward apprécierait, susurra le garçon avec un calme désarmant et une certaine euphorie.
Aline se figea. Au travers de ses iris, Tom lisait l’avalanche d’émotions. Jamais elle n’avait laissé entendre qu’elle avait un courtisan ou un mari, jamais ce nom n’avait glissé de ses lèvres. Harry observa Aline avec intérêt, les yeux pétillants.
— Oh ! Qui est Edward ?
Harry, maintenant entièrement tourné vers la femme, Tom pencha la tête sur côté, étirant un sourire glaçant sur sa bouche. Il vit le visage de sa victime pâlir affreusement malgré son teint tanné.
— Une vieille connaissance, répondit-elle avec un léger rire, plus aussi cristallin qu’à son habitude.
Elle tentait de dissiper l’étrange atmosphère en s’éventant les joues de la main et en jouant avec bizarrerie dans ses cheveux.
— J’ai envie de salade, lança-t-elle en se servant une bonne pincée.
Tom mangea un autre morceau, les yeux fixés sur la silhouette devant lui.
— Oh, votre annulaire gauche, attaqua-t-il de nouveau d’une voix aussi douce que la soie, ne portez-vous pas une alliance ? La peau se creuse, vous voyez.
Aline se crispa une fois de plus, la mâchoire si tendue qu’elle déformait son visage. Harry, quant à lui, fronçait les sourcils en étudiant la main de la femme, puis releva les pupilles pour observer Tom et Aline, à tour de rôle. Il ne comprenait pas le combat qui se menait sous ses yeux.
— Il y a déjà eu une alliance, siffla-t-elle avec froideur, autrefois. Mais je suis maintenant veuve, Tom. J’ai perdu mon mari, vous comprenez ? Il était malade.
Parfait, elle perdait peu à peu le contrôle, s’enfonçant dans les erreurs. Elle ne s’attendait pas à se faire traîner dans de sombres sentiers. Tom vit Harry se tendre, puis chuchoter des mots réconfortants à la femme, mais l’enfant poursuivit la danse.
— Pardonnez-moi, Aline, je ne savais pas. Votre mari était-il jeune ?
— Oui, cracha-t-elle, son calme perdu lors des derniers échanges, puisqu’elle savait que Tom jouait un rôle, un rôle qui l’énervait.
Quelle imprudente ! Tom détendit ses traits et se pencha vers l’avant en signe d’excuse, le visage lisse d’émotions.
— Est-ce trop indiscret de connaître les circonstances de sa mort ? Un homme si jeune.
— Tom, entendit-il près de lui comme avertissement. Peut-on changer de sujet ? Je ne crois pas que Aline désire parler de ça en cette belle journée.
Tom plongea les yeux dans ceux de son tuteur. Il s’y perdit un moment, voulant le garder pour lui tout seul. Harry devait comprendre la menace de cette femme.
— Je suis désolé, j’étais juste curieux de comprendre comment un homme si jeune pouvait perdre la vie aussi facilement. J’ai entendu dire qu’il y a beaucoup de morts par empoisonnement…
— Par… pardon ? bégaya Aline.
— Comme le mari de Mme Cole, la matrone de l’orphelinat d’où je viens, continua Tom. L’alcool fait bien des ravages, n’est-ce pas terrible ?
Tom empoigna un nouveau sandwich avant d’y mordre à pleines dents, sentant le regard perçant de Harry. Celui-ci ne savait pas comment réagir. Il semblait analyser la situation et Tom désirait plonger dans son cerveau pour y comprendre ses pensées. Mais il poursuivit plutôt sa manipulation avec un certain délice, savourant chaque seconde.
— Mais il y a aussi l’arsenic, à dose précise et sur le long terme, qui rend malade n’importe qui. C’est une bonne façon de se débarrasser d’un homme que l’on méprise et de gagner sa fortune.
— Sale morveux ! hurla Aline en se levant d’un bond. Comment peux-tu m’accuser d’une telle chose ?
Harry resta silencieux et figé, observant la scène devant lui.
— Mais je ne vous ai jamais accusé d’une telle chose, dit Tom en mimant la surprise. Un pique-nique est un moment pour échanger. D’ailleurs, Edward, cette vieille connaissance, vous courtise-t-il depuis longtemps ?
Harry se leva à son tour, rigide comme une barre. Autant il désapprouvait son comportement — Tom le ressentait —, autant la curiosité et la crainte coulaient en ce moment même dans ses veines. Tom suivit le mouvement, se leva, sa langue appréciant les offenses, mais aussi les vérités débitées.
— C’est toujours plaisant de recevoir des cadeaux onéreux comme une voiture d’une personne qui vous courtise, mais ce n’est pas assez si ladite personne est immonde et ventrue.
Cette fois-ci, Aline se releva et claqua la joue de Tom avec force. Harry s’interposa entre la femme et Tom, le corps raidi par divers sentiments. Mais la femme s’en fichait, aveuglée par la rage.
— Arrête de psalmodier des conneries, sale gosse. Tu ne mérites pas de famille, tu devrais retourner dans ton orphelinat pour y pourrir. Je prendrai soin de Harry, contrairement à toi qui t’y cramponnes comme le diable. Ce n’est pas normal de couver des sentiments aussi possessifs envers son tuteur.
Un sort se leva dans l’atmosphère, pétrifiant la femme dont le cri s’étouffa soudainement. Harry laissa tomber sa main tremblante avec lassitude, épouvanté. Il demeura silencieux, le regard dans le vague, pendant que Tom scrutait avec avidité cette nouvelle magie.
— Pourquoi ? murmura Harry.
Une question si simple, mais à la fois si lourde. Dans ce souffle, Tom entendait son désarroi, sa tristesse, une colère sourde, mais surtout, sa déception. Et cette déception lui pénétrait le cœur comme la lame d’un couteau.
— Cette femme, cette Moldue, voulait t’arracher à moi ! hurla l’enfant avec un certain désespoir. Comment ne peux-tu pas le voir ? Elle l’a dit elle-même que ma place était à l’orphelinat. Et voulait te séduire et te manipuler pour nous séparer.
Harry continuait de scruter le sol avec une certaine obstination, le corps tendu, les mains crispées. Et Tom n’aimait pas ça. Il voulait le regarder dans les yeux. Y observer cette nature vive et éclatante.
— Je t’ai dit de me faire confiance, souffla Harry avec fatigue. Je n’aurais jamais permis une telle chose. Jamais.
— Je te fais confiance, s’entêta Tom avec colère. Mais pas à cette femme. Tu es si idiot que tu allais d’un moment à l’autre te laisser charmer. Tu es si candide, si naïf. Elle t’aurait manipulé le cœur avant de l’écraser comme elle l’a fait avec son mari. Oh non, excuse-moi, elle l’a assassiné !
Les épaules de l’homme se crispèrent davantage sous l’accusation.
— Tom, répliqua-t-il d’une voix lourde, tu ne peux pas proférer de telles paroles sans preuve…
— Sans preuve ? Regarde-moi, Harry.
Harry se pinça l’arête du nez avec force, laissant des marques rouges.
— Regarde-moi ! cria Tom, la rage brûlant ses veines.
Enfin, son tuteur leva des yeux ombragés par d’obscures pensées. Que pouvait-il se passer dans sa tête ?
— Je l’ai vu dans sa tête, répondit Tom en s’avançant vers Harry et en pointant sa tempe. Je peux parfois lire les pensées, comprendre certains désirs profonds.
À ces paroles, Harry lâcha un long soupir, se massa à nouveau les paupières. Il semblait las, comme si le poids du monde pesait sur ses épaules, le renfonçait dans le sol. Mais le plus étonnant était qu’il ne semblait guère étonné d’apprendre que Tom détenait un tel don. Immédiatement, les méninges de Tom s’activèrent.
— Harry ? Pourquoi n’es-tu pas surpris ?
La main de l’homme agrippa sa nuque et la frotta avec force. Il détourna le regard, observant Aline toujours debout, immobilisée par sa magie. Il hésitait, tout son corps démontrait une certaine angoisse. Elle se reflétait même dans sa magie, bon sang !
— Harry, répéta Tom plus sombrement.
— Je m’en doutais, murmura-t-il. J’ai parfois senti tes tentatives d’intrusion, Tom.
Il se retourna vers le garçon, le regardant maintenant. Ces mots goûtaient à la fois la vérité et le mensonge, comme si une ligne mince les séparait.
— Tu sembles avoir un talent pour la magie de l’esprit, continua-t-il. Sache qu’il est toutefois interdit de pénétrer un esprit sans consentement. C’est grave, Tom, très grave.
Tom s’avança vers Harry et agrippa son chandail. Il le serra avec force, jusqu’à se blanchir les articulations.
— Je l’ai fait pour te protéger, siffla-t-il avec dureté. Et si elle avait décidé de t’empoisonner ?
Harry gardait les bras lâches près de son corps, laissant l’enfant l’agripper à sa guise.
— Impossible, ça ne serait jamais arrivé.
— Comment peux-tu en être si sûr, Harry ? Ne vois-tu pas que tu es une cible idéale, parfaite pour les croqueuses d’hommes ?
Harry l’observa en fronçant les sourcils. Son regard était étrange, nouveau, étudiant Tom comme s’il découvrait une nouvelle couche sous lui.
— Comment connais-tu ce… terme ? Tu es un enfant… un enfant.
Le regard vague, Harry répétait à Tom les derniers mots comme s’il essayait de se convaincre lui-même.
— Tu es un enfant, qui débute dans la vie. Qui ne comprend qu’une fraction de la réalité.
Tom ricana amèrement, observant Harry se passer inlassablement la main dans les cheveux.
— Je comprends bien plus de choses que tu ne le penses, Harry. Mais dis-moi, continua-t-il en plissant les yeux, pourquoi suis-je incapable de lire ton esprit ?
Harry scruta Tom avec des yeux écarquillés.
— C’est interdit, Tom, tu comprends ? Ne pense même pas réessayer. Tu es un enfant, tu ne connais pas tout de nos lois, mais retiens bien celle-ci si tu ne veux pas de graves conséquences.
— Tu ne réponds pas à la question, murmura le garçon, avide de comprendre, désireux de saisir le pouvoir de son tuteur.
— Je protège mon esprit, il y a des… façons.
Tom renifla, puis enserra Harry dans ses bras. Il l’enlaça avec force, enfonçant son nez dans son thorax. Il sentit le corps se crisper contre lui, incertain de comment réagir. Harry désapprouvait son comportement, mais il adorait l’affection. Il la désirait ardemment. S’y abreuvant avec soif. Voilà pourquoi Tom redoutait Aline, car Harry aurait convoité un jour ou l’autre cette attention. Mais Tom pouvait la lui offrir sur un plateau d’argent. Il était là. Ils n’avaient besoin de personne d’autre, personne.
— Harry, serre-moi, s’il te plaît, chuchota Tom dans les doux vêtements de l’homme.
Un soupir s’extirpa du corps tiède, puis des bras s’enroulèrent autour de Tom. Celui-ci respira un peu mieux, sentant l’homme près de lui comme une ancre. Un sourire étira ses lèvres. Malgré les derniers événements, Tom était heureux, très heureux.
— Tout ce que j’ai fait, c’est pour toi, Harry. Cette femme est mauvaise, elle aurait terni ta lumière. Qu’allons-nous faire d’elle ?
Une main caressa ses cheveux de façon distraite. Tom leva le menton et observa Harry réfléchir. Il fronçait les sourcils. Lentement, il se dégagea de Tom et se tourna vers Aline, toujours figée dans une affreuse toile. La bouche ouverte, le visage plissé de rage et aussi rouge qu’une écrevisse, sa beauté n’était plus. Harry s’avançait vers la pianiste et, d’un mouvement du poignet, il lâcha :
— Oubliette !
La puissante magie de Harry s’enroula autour de la femme, faisant dilater ses pupilles. Puis, son corps se relâcha, laissant Aline hébétée au milieu du jardin.
— Je… Qui êtes-vous ? bégaya-t-elle. Je… que fais-je ici ?
Les narines gonflées, Tom inspira cette puissance et étudia avec fascination Harry modeler la mémoire de cette horrible femme.
— Tu sais, susurra Tom avec une étrange envie au creux de l’estomac, elle pourra recommencer. Ses meurtres.
Harry crispa la mâchoire et jeta un coup d’œil noir à l’enfant.
— Je sais, crissa-t-il entre les dents.
Puis, une nouvelle détonation s’éleva :
— Impero.
Ce sort, Tom eut du mal à l’entendre, mais il sentit sa violence. Il y avait une lourdeur dans ce seul petit mot. Il scruta Aline dont le regard devint aussi vitreux que l’eau d’un lac. Elle restait stoïque, attendant quelque chose dont Tom ignorait. Harry s’avança vers la femme, puis il se pencha à son oreille. Il lui murmura des mots que l’enfant ne put entendre, à sa grande fureur. Puis, Aline se modula, hocha la tête et marcha vers le côté de la maison pour rejoindre la voiture comme une poupée menée par des fils dissimulés.
Un silence pesant demeurait dans l’air. Harry observait un point invisible, les épaules courbées vers l’avant. Son souffle était calme, presque inexistant. Tom n’aimait pas ça. Que se passait-il ? Il s’approcha et effleura la main de l’homme. Aussitôt, Harry se raidit et s’éloigna vers la maison, la démarche instable.
— J’ai… besoin d’être seul.
Et la porte claqua. Tom, debout dans la cour arrière, sentit son bonheur de plus tôt s’éteindre peu à peu.
Notes:
Et puis ? Avez-vous apprécié ce chapitre malgré la longue attente ? En le relisant, je me suis rendu compte que j’ai adoré écrire la scène sur le chemin de Traverse lorsque Tom remarque que Harry aime la musique. Honnêtement, je n’avais pas prévu de faire de Harry un pianiste, ça s’est produit tout seul. Je trouve toutefois que cela donne un charme supplémentaire à notre beau protagoniste.
J’ai adoré écrire la dernière scène, celle où Tom mène la danse contre Aline, prouvant une fois de plus qu’il a un esprit tordu pour un enfant. J’adore le faire balancer sur cette ligne invisible entre l’enfance et l’âge adulte. Tom est terrifiant, disons-le.
Alors, j’attends vos commentaires. Merci de prendre le temps de m’écrire, ça me fait toujours chaud au cœur.
À la prochaine !
Chapter 6: MORBIDE GÉNÉALOGIE
Notes:
Bonjour chers lecteurs,
Oufff, ça fait combien de temps ? Longtemps, je le sais… L’été n’est pas la période propice pour l’écriture, pour moi, tout du moins. Je profite de l’extérieur, je cours et je fais du vélo. Je passe aussi du temps en famille. Mais je travaille aussi beaucoup et disons que mon emploi a été quelque peu éreintant. J’ai eu énormément de choses à gérer, assez complexes.
J’ai dû relire tout ce que j’avais écrit et j’avoue que je vais devoir le refaire. Je suis un peu perdue dans toutes mes idées et ce qui a déjà été placé. Pour résumer, Tom est obsédé par Harry. C’est ça. Ha ha ! Bon, il y a plus. Tom a poussé Aline (la professeure de piano de Harry) dans ses limites et elle a pété un plomb. Harry a usé de magie sur elle pour moduler son esprit.
Bien entendu, Harry n’est pas fier de ça et on commence avec son point de vue dans ce chapitre.
Vous vous souvenez d’Hydre ? Eh bien, la couleuvre sera aussi présente.
Bref, j’espère ne pas avoir commis trop d’erreurs. J’aurais pu travailler davantage le chapitre, mais je trouvais que votre patience avait aussi ses limites. Ce chapitre couvre jusqu’à la rentrée de Tom à Poudlard, ouf !
Bonne lecture !
SeverusRiddle
(See the end of the chapter for more notes.)
Chapter Text
CHAPITRE 6
MORBIDE GÉNÉALOGIE
La porte arrière se referma dans un claquement sec. Harry s’adossa contre celle-ci, les yeux fermés, le cœur battant à tout rompre. Sa poitrine lui faisait mal, très mal. D’un pas lourd, il déambula dans la cuisine, mais bien vite, il fila à la course pour s’enfermer dans sa chambre. La pièce tournait, l’oppressait. Il avait l’impression que les murs voulaient se refermer sur lui, bloquant sa respiration de plus en plus fastidieuse. Mais il resta dans son antre, lançant des sorts pour étouffer les bruits intérieurs et colmater la porte afin que Tom ne soit pas témoin de sa détresse.
Le sol tanguait. Harry cherchait à tâtons des appuis fixes pour le soutenir, mais il tomba à genoux. Pourquoi le plancher roulait-il ainsi ? Il était pourtant sur la terre ferme et non sur une mer houleuse.
Impero. Impero. Impero.
Le mot résonnait dans son crâne comme le son d’un orgue dans une chapelle. Il avait utilisé un sortilège impardonnable. Sur une Moldue. C’était un geste immonde, mais… comment faire autrement ? Il n’avait pas le choix. Pas le choix ! Pour la sécurité de tous. Alarmé et dégoûté de lui-même, il regarda son bras : il y ressentait encore les picotements désagréables de cette magie qu’il détestait. Le fourmillement montait et descendait sans arrêt, voyageant de ses artères à ses veines comme pour marquer à jamais son chemin. Son bras ne semblait plus lui appartenir. Les yeux écarquillés, Harry se demanda s’il ne changeait pas, s’il ne tombait pas dans une noirceur nouvelle.
Soudain, son estomac se souleva. Harry vida son contenu devant lui, éclaboussant ses vêtements. Les restes de son dernier repas, à peine digérés, formaient une toile immonde et nauséabonde sur le sol, mélangeant plusieurs couleurs pour devenir brunâtres. Des morceaux de sandwich et de salade s’éparpillaient dans l’énorme flaque, glissant jusqu’à ses genoux pour les imbiber. Son estomac se contracta une seconde fois, doublant le volume de matières devant lui.
— Tergeo, murmura Harry d’une voix mouillée.
Il s’échoua sur le plancher, vidé de ses forces, et regarda le plafond au-dessus de lui sans même le voir. Que devait-il penser de la situation ? Il devait parler à la Mort… Immédiatement ! Alors, il l’appela. Elle se matérialisa rapidement à ses pieds, se penchant devant son Maître étalé comme un tapis.
— Maître ? Vous me semblez bien pâle…
Harry renifla et avala avec dégoût un morceau à moitié digéré resté collé près de ses dents.
— Je perds la tête, souffla-t-il avec un certain désespoir. Suis-je… fou ? Mon cerveau déraille.
La Mort s’inclina un peu plus vers l’homme et le souleva dans ses bras. L’embrassade donna l’impression à Harry de plonger dans un bain tiède. Son amie le berça étrangement. Ce rare geste témoignait qu’elle sentait sa détresse et son besoin de réconfort. Puis, il se fit déposer sur le lit, la Mort se reculant pour mieux l’observer.
— J’ai usé de magie sur une Moldue : j’ai effacé une partie de sa mémoire, celle nous concernant, Tom et moi, et je l’ai aussi obligé à ne plus assassiner autrui… En général, Imperium ne peut pas manipuler indéfiniment une personne, mais… j’ai réussi à tisser des ordres parmi les souvenirs de Aline. J’ai…
Harry sentit la nausée lui vriller l’estomac et l’œsophage. Il se pencha près du lit et vomit l’horreur en lui. Ses fluides jaunâtres aspergèrent le tapis. Comment pouvait-il encore y avoir quelque chose en lui ? Le front en sueur et le visage aussi blanc qu’un drap, il chercha une corbeille par réflexe. Mais à quoi bon ? Sa magie réglait facilement les dégâts.
La Mort, toujours silencieuse, caressa les cheveux de son Maître.
— Depuis que je suis le Maître de la Mort, j’arrive à faire des choses inhabituelles avec ma magie. Je l’ai senti, je pouvais jouer à la fois avec ses souvenirs, lui en créer d’autres avec Impero. Son esprit était si malléable, j’aurais pu la détruire… Entièrement. J’aurais pu… m’accaparer…
Harry leva ses mains tremblantes devant son visage et les fixa avec terreur.
— Jamais je n’avais ressenti autant de pouvoir, autant de dangerosité dans ma magie. Je… je n’en veux pas ! hurla-t-il en se redressant sur le lit et en crachant des postillons. Je ne veux pas devenir une mauvaise personne, je ne veux rien de cette puissance ! Je veux être Harry, seulement Harry ! Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Pourquoi moi ? Putain, POURQUOI MOI ?
Son souffle se bloqua : une étrange pensée s’immisçait en lui. Elle glissait dans ses veines jusqu’à s’entortiller autour de son cœur.
— Et si mon esprit sombrait déjà dans la folie ?
Sa respiration s’accéléra alors que l’air se raréfiait. Puis, des coups se portèrent contre la porte fermée.
— Harry ?
Toc, toc !
— Harry ? Pourquoi bloques-tu l’accès avec ta magie ? Je la sens.
Le cœur au bord de l’explosion, Harry fixait avec panique la porte devant lui.
Toc, toc, toc, toc !
Les coups se firent de plus en plus insistants.
— Harry ! Ouvre-moi, d’accord ? Je… On peut discuter.
Les poings serrés et la mâchoire crispée, Harry percevait de moins en moins bien les échos ambiants. Ses oreilles semblaient se boucher à ceux-ci pendant que sa respiration empiétait sur tout le reste. Il avait l’impression de tomber en chute libre, ses tympans se colmatant par la pression environnante.
BAM, BAM !
Difficile toutefois de manquer le massacre contre la porte.
— Harry ! Bon sang, ouvre-moi !
— Maître, calmez-vous, inspirez doucement, puis expirez.
Harry en avait complètement oublié la Mort. Son cerveau flottait dans la peur, l’angoisse, la profonde détresse. Malgré la dissonance autour de lui, Harry entendait Tom ainsi que la crainte dans sa voix. Mais il était paralysé. Qui était-il pour élever Tom ? Il venait de montrer comment jeter un sombre sortilège devant un futur meurtrier, un gamin à l’esprit mal tourné ! Il venait de lui montrer qu’il était normal d’agir de la sorte, de manipuler les autres, que l’on pouvait régler les dégâts avec la magie, sans user de moral et de jugement. BON SANG ! Tom n’avait que 10 ans, 10 ans ! Et déjà, il était témoin d’un impardonnable. C’était encore pire que d’incendier une armoire comme l’avait fait Dumbledore pour exhiber sa puissance.
BAM, BAM, BAM, BAM !
— Respirez entre vos mains, vous êtes en hyperventilation.
BAM, BAM !
Les coups de Tom faisaient vibrer la porte. La vision de Harry se couvrit de points noirs. Que lui arrivait-il ? Il s'extirpa du lit, l'esprit trouble, et tituba près de sa table de chevet. Il avait l’impression de mourir. Peut-être était-ce mieux ainsi.
BAM, BAM, BAM, BAMBAMBAMBAMBAM !
BAMBAMBAMBAMBAMABAMABAMBAMABMAABMMMAABBAAMMMM !!!
— Je m’impose à vous, Maître !
La Mort le pénétra. Tout devint ténèbres et silencieux.
888
Recroquevillé près de la porte de la chambre de Harry, Tom fixait le vide, sa main meurtrie repliée contre son ventre. L’humidité la couvrait. Lentement, une tache imbibée et écarlate imprégnait son vêtement, mais le garçon s’en fichait. Tout ce qu’il voulait, c’était de voir cette satanée porte s’ouvrir. Il avait cogné, puis l’avait tabassée. Mais elle était restée close, bien immobile sur ses gonds. Alors, Tom avait puisé dans sa magie et l’avait projeté contre le bois devant lui, sans succès. Bien entendu, Harry était trop fort, rien ne pouvait rivaliser avec son pouvoir. Habituellement, une telle pensée soulevait un sourire satisfait mêlé à une profonde envie d’égaler cette puissance, mais cette fois-ci, la colère grondait au fond de lui. Il devait franchir cette porte ! Que faisait Harry derrière celle-ci ? Que manigançait-il ? En fait, non. Il ne complotait pas. Harry devait se meurtrir, s’imaginer des scénarios loufoques comme quoi il était un désastre de la nature, qu’il ne méritait pas sa place sur terre.
Si fragile, et pourtant… si puissant.
Que ferait Harry sans lui ? Tom se le demandait souvent. N’était-ce pas étrange pour un garçon de son âge ? Il était après tout un enfant… Mais la sensibilité de son tuteur ne pouvait que l’amener à un drame. Et Tom devait s’assurer du contraire. Harry était… important. Bien plus que les autres.
Il fixait sa main ensanglantée. Sa peau se fendait près des articulations au niveau de l’auriculaire et de l’annulaire. Les plaies commençaient toutefois à coaguler et Tom observait les dernières traînées écarlates s’échouer contre son poignet. Rouge, la couleur de la passion. Cette pensée provoqua un ricanement. Harry soulevait bien cette émotion, cette intensité. Bien plus que n’importe quel autre humain. Cette affreuse femme, Aline, avait été la proie de cette profonde passion. En fait, non, l’idiote avait été victime de Tom. Ou était-ce lui qui avait été victime de sa propre ferveur ? Pendant un moment, il fronça les sourcils. Ses seuls champs d’intérêt tournaient autour du pouvoir, de la magie, de la puissance… Harry, quant à lui, était dans ce qu’il considérait sa propriété, quelque chose d’important, mais de là à parler de passion… Non, Tom ne pouvait pas nourrir cette adoration incommensurable envers Harry. Et pourtant…
Tom secoua la tête et colla son oreille contre la porte. Il n’entendait rien, comme il s’y attendait. Et si Harry avait un problème ? Un son étranglé franchit sa bouche. Son estomac se tortilla et une boule comprima l’intérieur de sa gorge. Il voulait entrer !
Que faire ? Soudain, il se releva et grimpa les escaliers.
— Hydre ! siffla-t-il avec intensité. Où es-tu ?
Il répéta le nom de son amie à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’une tête triangulaire sorte de l’ombre du couloir.
— Oui, Maître ?
Tom tomba à genoux devant elle et la recueillit avec force.
— Tu dois essayer de ramper sous la porte de la chambre de Harry ! Tout de suite !
— À vosss ordres.
Avec rapidité, Tom porta le serpent près de la pièce et la laissa au sol. Puis, il observa la couleuvre avancer vers l’ouverture, la mâchoire crispée. Est-ce que les sorts arrêteraient Hydre ? À quel point les barrières étaient-elles précises ? Le reptile rampait avec entrain, glissant son long corps sur le seuil, jusqu’à disparaître. Bon sang, elle avait réussi ! Incroyable de penser qu’il y avait un point de faiblesse dans la magie de Harry. Celui-ci n’avait sûrement pas réfléchi à cette faille, concentrant son énergie à barrer la porte plutôt qu’à colmater les embouchures, et Tom avait bien l’intention de garder cette découverte secrète. Il se tendit, les poings si serrés que de nouvelles plaies s’ouvrirent dans ses paumes. Tom tentait de demeurer calme, mais l’inquiétude lui rongeait l’estomac. Comment Harry avait-il pu s’immiscer dans sa vie, dans son esprit, comme ça ? Jusqu’à rendre ses émotions instables ? Pourquoi représentait-il une telle… importance ? Pourquoi sa lumière devenait-elle si addictive, de jour en jour ? Il crispa davantage les poings.
L’impatience le gagna. Pourquoi Hydre prenait-elle autant de temps ? Les ongles enfoncés dans sa peau, il entendit finalement le sifflement du serpent, sa tête de nouveau dans son champ de vision.
— Ssssollll, informa-t-elle. Il est au ssssol.
— Quoi ? s’exclama Tom en tombant avec dureté sur les genoux, les mains plaquées au plancher.
Il scrutait Hydre de son regard affolé, les pupilles rétrécies sous l’effet de la panique. Un tourbillon infernal s’animait dans son ventre, soulevant son estomac, comprimant ses intestins, alors que sa mâchoire voulait craquer sous la pression de ses muscles.
— Respire-t-il ? Bouge-t-il ? Est-il vivant ? Des détails !
Hydre releva la tête et observa son maître avec un certain détachement.
— Je ne ssssais pas.
Tom se redressa d’un bond et hurla avec force. L’air sortit de ses poumons sous forme de tempête alors que sa magie s’éveillait autour de lui. Ses cheveux flottaient en tourbillon près de son visage pendant que la fureur gonflait, gonflait et gonflait. Une fenêtre éclata. Harry était stupide ! Un idiot, sans jugeote, de la pire espèce. S’enfermer ainsi dans sa chambre, ça… ça ne pouvait plus… être ! Non ! Malgré cette perte de contrôle, Tom puisa au fond de lui sans difficulté, amassant sa magie animée par ses émotions pour la projeter sur la porte.
Bam ! BAM ! BAM !
Hydre s’éloigna de la fureur de son maître, mais resta à proximité pour observer avec une certaine fascination la scène puissante du salon. Des fragments de bois volèrent à chaque impact du pouvoir de Tom, creusant un trou de plus en plus profond dans l’obstacle. Puis, celui-ci éclata. Sans hésiter, le garçon glissa sa main dans l’ouverture et actionna la poignée de l’intérieur. Il poussa la porte et se jeta sur le corps de son tuteur.
— Harry ! cria-t-il d’une voix suffocante.
L’homme était si froid, si immobile ! Que se passait-il ? Les paupières fermées, la peau livide… Harry ressemblait à un mort. Sa poitrine ne s’élevait pas et aucun mouvement n’agitait ses traits. Submergé par la panique, Tom tâtonna le cou délicat à la recherche de la carotide. Il devait retenir ses gestes, comme quoi il grifferait la peau pâle de Harry. Un pouls, il cherchait un pouls. Il devait assurément y en avoir un, mais Tom ne sentait rien. Rien ! S’y prenait-il mal ? Il appuya avec plus de force afin de percevoir la pulsation, mais ce fut à ce moment qu’un grand souffle s’extirpa des lèvres auparavant inertes de son tuteur. Puis, deux émeraudes transpercèrent l’horrible nuage émotionnel de Tom.
— Harry ! exhala-t-il en se penchant pour se fondre contre son torse et y écouter son cœur.
Des battements réguliers, très lents, bondissaient comme s’ils s’éveillaient d’une longue pause tel un coma artificiel.
— Tom, croassa Harry en papillonnant des yeux. Pourquoi suis-je au sol ?
Le regard hébété, Harry observait l’environnement avec confusion. Il voulut se redresser, mais le poids de Tom empêchait son mouvement. Le silence, déjà pesant, s’alourdit davantage. Tom était certes soulagé de l’éveil de Harry, mais une fureur immonde et laide enflait maintenant dans son ventre. Elle augmentait la pression, laissant peu de place à d’autres sentiments. Il devait vomir sa rage, puis cette étrange émotion nouvelle et indéfinissable en lui.
— POURQUOI AS-TU FAIT ÇA ? hurla-t-il en glissant ses doigts dans les cheveux de Harry.
Ses mains se crispèrent contre son cuir chevelu, s’enroulant dans ses longues mèches noires avec courroux. Il ne tirait pas, mais l’envie de le faire pour ouvrir ce crâne et le démystifier était bien présente. Tom se hissa plutôt sur la silhouette menue de son tuteur, les jambes de chaque côté de son bassin, ses doigts emprisonnant toujours l’idiote tête. Il fusillait Harry du regard, la respiration saccadée.
— Plus jamais, siffla-t-il. Plus jamais.
Avec douceur, Harry glissa la main sur la joue de Tom, les yeux interrogateurs et encore confus. Une légère caresse survolait la pommette rebondie du garçon avec tendresse. Mais ce calme énervait Tom, foudroyant ses entrailles d’un feu ardant. Harry ne comprenait pas son état, cette sensation en lui. Idiot !
— Tu as barré ta porte, poursuivit-il d’un murmure, m’interdisant de t’approcher. J’ai signifié ma présence, j’ai hurlé de toutes mes forces et tu ne me répondais pas. Tu. Ne. Me. Répondais. Pas. Je… j’étais…
Les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il ne pouvait pas les sortir, c’était comme avouer quelque chose de plus grave qu’un meurtre. C’était comme avouer une faiblesse. Sa faiblesse.
Tom fixait Harry sans le quitter des yeux. Il observait tout : ses iris s’illuminer avec intensité, sa bouche s’étirer dans une tentative pitoyable de sourire afin de le rassurer, ses fossettes se creuser d’un millimètre, ses cils battre lentement pour caresser le dessus de ses joues colorées, ses pupilles se dilater… Tom crispa ses doigts, désirant les enfoncer dans la tête de Harry. En fait, quelque chose en lui lui criait de ramper sous sa peau.
— Je suis désolé, Tom, je ne voulais pas t’inquiéter.
Inquiéter ?
Une énorme boule comprima sa gorge. Un rire hystérique s’éleva dans les airs. Voilà, c’était le mot, l’émotion qu’il cherchait à taire : l’inquiétude mêlée à une peur irrationnelle.
— Alors, ne recommence pas, susurra Tom en glissant son regard sur le visage de l’homme. Ne ferme plus ta porte comme ça. Je dois toujours avoir accès à toi, tu comprends ?
Tom se fit doucement repousser par Harry, qui se redressait avec difficulté. Il gratta sa nuque, toujours hébété des événements derniers, un mal-être toutefois présent. Tom vit son regard s’arrêter un instant sur les débris au sol et la porte fracassée, dans le silence. Des mots semblaient effleurer sa bouche, sans vouloir se libérer.
— Tu n’as pas à ressentir de la culpabilité, continua Tom. Aline méritait son sort.
Maintenant assis sur ses genoux, Tom sentit Harry trembler contre lui. Il fronça les sourcils d’incompréhension.
— Pourquoi trembles-tu ? lâcha-t-il avec vigueur. Harry, arrête de…
— Tom, le coupa-t-il, ce que j’ai fait… ce n’était pas bien.
Les mains de Tom volèrent jusqu’à la chemise de Harry pour l’agripper sans même y réfléchir. Il froissa le tissu, espérant même le déchirer.
— Pourquoi es-tu toujours aussi… lumineux ? Pourquoi vouloir sans cesse être parfait ?
Harry éloigna Tom de ses jambes et se releva du sol, le visage plissé de dégoût. Il chancela jusqu’à son lit pour s’y asseoir, la tête plongée entre ses doigts.
— Impero… Jamais je n’aurais dû utiliser ce sort, Tom. C’est un impardonnable. Il… il est interdit par le ministère. Je devrais aller en prison pour ça.
Tom se redressa à son tour, les poings crispés à ses côtés, devant Harry.
— On s’en fiche du sort, dit-il. Personne ne le sait.
Harry siffla de colère.
— Non, on ne s’en fiche pas, Tom ! Tu ne dois jamais utiliser ce sort, tu comprends ? Il… il est mauvais pour l’âme, il laisse une trace, il enlève l’insouciance. Surtout lorsque l’intention derrière n’est pas louable.
Tom inclina la tête, un sourire carnassier aux lèvres.
— Et dis-moi, Harry, quelle était ton intention derrière le sort ?
Harry fronça les sourcils sous la réflexion.
— Te protéger toi et les autres de Aline, une… une meurtrière… Je voulais éviter les victimes.
— N’est-ce pas louable comme intention ? ricana Tom en glissant ses mains contre les joues de l’homme pour lui relever la tête. Ton âme est si pure, Harry, jamais elle ne pourra se flétrir. Je n’arrive pas à comprendre si c’est parce que tu es bête ou bien trop généreux.
— Ce qui m’inquiète, répondit froidement Harry en enfermant les mains de Tom dans les siennes, c’est plutôt ce que toi tu pourrais faire d’un sort appris aussi tôt. Tom… Nous savons tous les deux que… qu’il y a une part d’ombre en toi. Cette ombre, tu dois la contrôler, éviter de l’agrandir. Et te montrer comment manipuler une personne… Je ne suis qu’un piètre tuteur… Te présenter un tel spectacle ! Il y a…
— Arrête ! siffla Tom, écœuré d’entendre Harry réagir de la sorte.
— Il y a bien d’autres choix qu’un impardonnable, continua Harry malgré la demande du garçon. Il faut considérer toutes les options avant de choisir la facilité.
Tom renifla. Il laisserait Harry penser ce qu’il voulait. S’il était trop gentil pour faire des choix difficiles, eh bien, Tom s’en chargerait. Harry était si faible, mais aussi si puissant. C’était un paradoxe étrange, mais enivrant. Plissant les yeux, Tom posa la question qui lui brûlait les lèvres.
— Que s’est-il passé ? Pourquoi étais-tu inconscient ? On aurait dit que tu étais mort.
Rationnellement, Tom savait que le décès n’était pas possible puisque Harry se tenait éveillé, devant lui. Toutefois, il n’avait pas réussi à palper correctement son cou pour trouver son pouls, pris de terreur. Son corps tremblait au seul souvenir du visage livide de son tuteur. Non, Harry ne pouvait pas quitter ce monde, il devait vivre. Il était à lui.
— Je crois avoir fait une crise de panique, avoua Harry en se grattant la nuque tout en observant Tom. Et, eh bien, je me suis évanoui.
Il regarda ailleurs en se mordant la lèvre inférieure. Tom fronça les sourcils : Harry mentait. Du moins, il ne disait pas l’entière vérité. Cette nouvelle information devait figurer dans son journal. Depuis leur première rencontre, un mystère entourait cet homme. Et Tom connaissait très peu de choses sur lui. Enfin, sur sa vie avant lui.
Harry semblait si jeune pour adopter, malgré ses affirmations. Il possédait une fortune, étant le seul de sa famille. Peut-être Tom devait-il étudier la branche des Peverell ? Mais le fait qu’il soit seul soulevait une certaine euphorie dans son cœur : Tom voulait être unique dans la vie de Harry. Celui-ci n’avait besoin de personne hormis lui. C’était aussi simple que ça. Immédiatement, ses yeux se portèrent sur les photographies sur la table de nuit. Même de loin il pouvait voir le stupide rouquin lui lancer un regard noir et la fille hideuse le juger avec une étroitesse d’esprit.
Tom effleura la joue de son tuteur. Sa peau douce vibrait d’une énergie unique, addictive. Harry était le seul humain à pouvoir le toucher et le seul humain que Tom désirait sentir. Pourquoi ? Tom savait que son obsession envers l’homme grandissait de jour en jour : il peinait de plus en plus à la réfréner. Harry était lumineux, d’une gentillesse épouvantable, mais d’un esprit intéressant. Il était plaisant de discuter avec lui malgré leur divergence de point de vue. Il prenait Tom au sérieux, en dépit de leur début difficile. Harry, autant il pouvait être naïf, autant il voyait clair en Tom. C’en était effrayant.
Harry possédait un charme unique. Tom ne pouvait le nier. Jamais un humain n’avait provoqué une étincelle d’émerveillement dans son cœur noirci par les ténèbres. Et puisqu’il s’immisçait avec une telle facilité dans son esprit, Tom avait le droit de connaître tous ses secrets. De cette aura mystérieuse autour de lui à la raison du pourquoi, il perdait conscience. Et surtout, à qui pouvait-il bien parler ainsi dans le vide ?
— Tom ?
Le garçon cligna des yeux, comprenant que cela faisait un long moment qu’il fixait Harry, égaré dans ses pensées, sa main caressant son visage. Il sentit ses joues s’échauffer et retira brusquement ses doigts. Il détestait perdre le contrôle ainsi.
— Oui ?
Sa voix était étrangement enrouée.
— Je vais bien, tu ne dois pas t’inquiéter. Je crois qu’un bon thé nous ferait du bien.
Bien sûr, du thé. Un sourire naquit sur les lèvres de Tom.
— Je vais le préparer, annonça-t-il. Tu… ne fermes pas la porte.
Bon, celle-ci existait de moitié… Tant pis. Il se détourna avec difficulté de Harry en ressentant une étrange perte creuser son ventre. Dans la cuisine, il fit bouillir l’eau, versa des feuilles de thé dans la théière, sortit le sucre et la crème. Il attendit patiemment, mais ses yeux retournaient constamment vers la chambre de son tuteur, là où la porte demeurait ouverte. Harry ne s’était pas encore relevé.
Harry, Harry, Harry.
Tom se sentait étourdi. Si on enlevait l’évanouissement de l’homme et la crainte que cela eût créé chez Tom, la journée avait été extraordinaire. Aline était enfin effacée du tableau, elle ne viendrait plus à la maison pour s’enrouler autour de Harry telle une sangsue dégoûtante et baveuse. Harry n’avait pas besoin d’elle pour apprendre le piano.
888
L’été passa et bientôt, le ciel pleura de la neige en gros flocons. Le vent soufflait avec une certaine force, faisant danser les branches de l’arbre près de la maison. Elles effleuraient la fenêtre de Tom dans un grincement désagréable telle une symphonie de scies.
— Tchhh ! crissa-t-il entre ses dents, Hydre autour de son cou.
Elle sommeillait dans sa chaleur, détestant le froid qui réussissait parfois à percer les murs du cottage. Une série de gammes s’élevait dans l’atmosphère avec hésitation et peu d’enthousiasme. Puis les notes résonnèrent avec fracas. Tom se leva d’un bond et ouvrit silencieusement la porte. Il s’approcha du haut de l’escalier sur la pointe des pieds et étudia la scène dans le salon.
Harry avait les mains écrasées contre les touches du piano alors que sa tête penchait de plus en plus vers ses jambes. Il était tendu, les épaules tremblotantes. Tom se mordit la langue avant de le rejoindre.
— Harry, dit-il avec calme une fois qu’il fut à ses côtés. Que se passe-t-il ?
Harry releva à peine les yeux, observant plutôt l’instrument devant lui.
— Je ne retrouve plus le plaisir de jouer, avoua-t-il dans un murmure. Je sens que j’ai perdu ce droit avec…
Il demeura silencieux alors que la colère s’éveillait dans le cœur de Tom. Harry devait oublier Aline, cette pimbêche. Ça faisait des mois. Ce n’était pas la première fois que Harry se décourageait de la sorte, mais Tom n’aimait pas cette image. Il détestait lorsqu’une émotion aussi intense se déclenchait chez Harry, et ce, à cause d’une autre personne. Il se sentait ridicule de même qu’un ver de terre.
Tom poussa Harry, qui se décala. Maintenant sur le banc, le flanc droit appuyé contre la silhouette de son tuteur, Tom déposa sa main droite sur le piano.
— Allez, jouons ensemble. Montre-moi une gamme.
Il fixait Harry alors que celui-ci cligna des yeux, le visage éberlué.
— Cela va bientôt faire 1 an que tu fais du piano, poursuivit-il. Tu peux bien me montrer une ou deux gammes.
Harry se redressa, un grand sourire sur le visage. Tom plissa les yeux, quelque peu aveuglé par tant de lumière. Il déglutit, puis s’obligea à observer les mains de son tuteur. Elles étaient fines, élégantes. C’était aussi le cas pour ses poignets et ses avant-bras. Tom se colla un peu plus près de Harry.
— Commençons par la gamme de Do majeur. C’est très facile, il n’y a aucune altération. Tu as seulement besoin d’appuyer sur les touches blanches comme ceci.
Les doigts de Harry survolèrent le piano avec aisance, dans un rythme permettant à Tom de bien observer le glissement de son pouce sous le majeur afin d’atteindre la note Fa. Il répéta la gamme et demanda à Tom d’essayer à son tour. Les mains de Tom étaient plus petites, mais il était vrai que la gamme était simple. Il l’exécuta sans trop de mal et copia les mouvements pour assouplir ses doigts. Harry ajustait parfois son poignet ou lui prenait la main pour lui masser les articulations et Tom profitait de ces moments avec fébrilité. Chaque contact faisait bondir son cœur au lieu de le meurtrir.
— Essaie avec la gauche, murmura Harry près de son oreille, le bras derrière sa taille pour l’aider à bien placer ses doigts sur le piano. Oui, comme ça. Ne t’inquiète pas, tes doigts seront plus gourds, mais ça va se stabiliser.
Tom sentit la main de Harry quitter la sienne pour glisser contre sa hanche avec douceur. Immédiatement, ses paumes devinrent moites tandis que son corps réagissait avec étrangeté : il tremblait d’émotions. Son esprit tomba dans un nuage cotonneux, comprenant à peine les explications de son tuteur. Tous ses sens étaient submergés : son odorat s’enivrait du parfum de Harry, sa langue goûtait la pulsation magique lumineuse et cendrée, sa peau s’abreuvait du toucher de l’homme et de sa proximité. Son ouïe se noyait dans la douce voix qui lui murmurait des conseils et sa vision, quant à elle, ne s’intéressait qu’aux magnifiques mains qui tapissaient les touches du piano.
— Tom, ça va ? Tu frissonnes.
Hébété, Tom cligna des yeux. Ne faisant pas confiance à sa voix, il hocha le menton.
— Attends, je vais allumer un feu dans l’âtre.
— Non ! s’exclama Tom. Je… je suis bien avec toi près de moi.
Un doux rire surgit de la gorge pâle de Harry. Tom l’observa, émerveillé de ce son qui, pourtant, l’énervait chez les autres. Puis, sans s’y attendre, il sentit des lèvres s’appuyer contre son front pour un baiser. Tom retint sa respiration, pris d’ivresse. Il revint sur terre lorsqu’un grondement s’éleva dans la pièce. D’un simple mouvement du poignet, un feu naissait dans la cheminée.
— Plus tu vieillis, plus tu deviens câlin, le taquina Harry.
Tom claqua des dents, crispant la mâchoire. Il se sentait toujours ambigu devant ses émotions, les acceptant de moitié. Il n’avait aucunement l’intention d’aimer une personne dans sa vie… avant Harry. Il voulait manipuler les autres, les voyant comme des objets, un moyen d’arriver à ses fins. Il avait vraiment envie de mordre Harry avec force pour lui faire mal et lui faire regretter ses paroles. Afficher sa faiblesse avec une telle facilité… Mais, encore une fois, il fut bousculé par une tempête émotionnelle.
— J’aime beaucoup te voir comme ça, chuchota Harry près de son oreille, sa joue se frottant contre sa tempe. L’amour n’est pas une faiblesse, Tom, c’est une force. Immense. Tu me rends fort, Tom, car je t’aime.
La vision de Tom éclata de milliers d’étoiles, étincelantes, brillantes ! Son cœur battait si vite qu’il eut l’impression que son muscle explosait avant que sa conscience soit emportée dans le vide.
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Lorsqu’il ouvrit les yeux, Tom se trouvait sur le divan près du feu, un linge humide sur le front. Il se sentait étourdi, voire déshydraté. Sa bouche était pâteuse. Que faisait-il ici ? Il tendit le cou et vit Harry dans la cuisine en train de lui préparer une boisson, à n’en point douter. Ce fut en l’observant que les derniers souvenirs lui revinrent comme un boomerang. Il s’était évanoui, bon sang. La honte de son comportement lui brûlait les joues. Toutefois, cette honte fut vite balayée par quelque chose de plus puissant. Harry lui avait dit qu’il l’aimait, lui, Tom Jedusor. Il l’aimait. Un long sourire possessif étira ses lèvres.
Jamais, ô grand jamais, Harry ne pourra retirer ses mots, jamais ! Tom allait tout faire pour garder cet amour, juste pour lui.
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— Tom ? Peux-tu venir me voir s’il te plaît ?
Harry se tenait dans sa chambre, devant son bureau de travail, et observait le désordre d’un œil morne. Il détestait trier ses objets. L’idée même lui donnait un mal de crâne déjà présent depuis le matin. Mais, le bric-à-brac était si grand qu’il ne pouvait plus l’ignorer.
Tom entra dans la pièce et s’arrêta un moment, inspirant profondément. Harry avait remarqué ce détail chaque fois qu’il pénétrait son antre. Il renifla à son tour, par crainte d’y sentir quelque chose de mauvais, mais rien ne lui remonta au nez. Tom était si sensible dans bien des domaines, peut-être détectait-il une odeur désagréable. Harry haussa les épaules, puis retourna son exaspération sur la montagne d’objets près de lui, sur le bureau et sur le sol.
— J’aimerais que tu m’aides avec tout ça, marmonna Harry, pas réellement fier.
C’était lui la figure parentale et pourtant, il était aussi désordonné qu’un enfant. Même Tom surclassait bien des adultes sur le ménage avec ses TOC. Il entendit un reniflement. Tom ne semblait pas enclin à lui rendre service.
— Ranger tout ça… J’hésite entre dire que c’est une victoire perdue d’avance ou bien un rêve chimérique.
Un sourire souleva la bouche de Harry. Chimérique, n’est-ce pas ? Un vent de tendresse tourbillonna dans sa poitrine. Tom avait parfois une manière de s’exprimer qui, certes, le désespérait, mais l’émouvait aussi.
— Je suis certain que ton esprit peut trouver une façon de trier le tout pour que ça soit logique et pratique, continua Harry en plongeant ses yeux affectueux dans ceux du garçon. Si tu m’aides, je vais t’accorder un souhait, qu’en dis-tu ?
Immédiatement, les pupilles de Tom se dilatèrent et scrutèrent Harry avec tant d’attention, qu’il avait l’impression de se faire disséquer particule par particule. Cette intensité le fit regretter un instant sa promesse.
— J’accepte, souffla Tom entre ses lèvres tremblantes.
Harry le laissa passer et l’observa analyser le bazar sur son bureau. Il lui expliqua brièvement qu’il aimerait classer les sortes de bois, les outils, les noyaux magiques et les retailles de baguettes. Son art s’était grandement amélioré dans les dernières années, ici en 1934, tout comme en 1942 où il avait débuté ce passe-temps. Mais dans l’année écoulée, pendant que Tom se concentrait sur certains apprentissages comme les potions, Harry, lui, étudiait l’affinité magique. Car chaque sorcier possédait une complicité particulière avec certaines signatures magiques naturelles. Et certaines affinités aidaient à développer un raisonnement logique, mais consciencieux, sans plonger le sorcier dans la noirceur. La Baguette de Sureau représentait bien le type d’artefact menant tout sorcier à une certaine folie ou quête de puissance. Dumbledore avait su y résister de par son passé trouble et triste — si l’on voulait, car il avait fait des choix assez douteux pour atteindre son but —, mais c’était un peu l’exception à la règle.
L’autre exception était Harry lui-même. Le fait qu’il soit le Maître de la Mort grâce à la possession de tous les artefacts apportait un équilibre parfait. C’était ainsi que la Mort avait conçu les reliques : elles devenaient complètes une fois toutes assemblées. Mais cela ne garantissait pas à l’esprit de Harry de demeurer loin de la folie : l’immortalité avait bien du pouvoir et pouvait faire succomber n’importe qui dans une spirale infernale.
Il faut dire que Harry avait obtenu un bon professeur pour lui apprendre l’art de la fabrication de baguettes. La Mort lui soufflait de nombreux conseils, même si ceux-ci ne pouvaient reproduire la Baguette de Sureau. Après tout, chaque baguette était unique. Et c’était le défi de ce passe-temps : trouver une formule idéale pour tous les sorciers existants.
Harry surveillait les mouvements de Tom devant son bureau pendant que sa magie s’animait autour de certains objets, ses pensées continuant de tournoyer. Les sorciers achetaient leur baguette peu de temps avant leur entrée à Poudlard et chaque fois, il s’agissait d’une baguette déjà conçue. Certes, elles étaient excellentes, mais peut-être… peut-être que ce système méritait une révision.
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Tom ne quittait pas Harry des yeux. Il suivait chacun de ses mouvements tel un prédateur. Il pouvait lui demander une faveur, mais hésitait. Depuis qu’il connaissait l’existence de son lien avec Salazar Serpentard, il avait fait des recherches. Mais l’accès à l’information n’était pas simple. Les magasins sur le chemin de Traverse versaient dans ce qui était légal, pas comme l’Allée des Embrumes. Et Tom voulait y aller.
Assis dans son canapé habituel, une couverture sur les jambes, Tom hésitait encore. Harry était d’une humeur douce alors qu’il mangeait son biscuit trempé dans le thé. Sa langue venait parfois agripper des graines égarées sur le coin de sa bouche, faisant battre le cœur de Tom.
— Vas-tu me dire pourquoi tu me fixes depuis 1 heure ? questionna Harry en posant ses magnifiques yeux sur le garçon.
Tom resta impassible, mais son cœur, lui, s’emballa. Harry avait le don de tirer sur chaque cellule de son corps.
— Tu m’as promis un souhait en rangeant ton bureau, dit-il lentement. Eh bien, je sais ce que je veux.
Harry se redressa avec curiosité.
— Je t’écoute.
— J’ai tenté de trouver des renseignements sur les lignées de sorciers, mais j’ai déniché peu d’informations sur Serpentard sur le chemin de Traverse.
Il vit son tuteur se tendre et froncer les sourcils. Tom sentait l’atmosphère s’alourdir, mais cela ne l’empêcha pas de continuer. Après tout, l’information de sa lignée provenait de Harry lui-même. Ce dernier ne pouvait pas lui refuser de vouloir plus de connaissances.
— J’ai entendu parler de l’Allée des Embrumes.
La magie de Harry vibra avec force, piquant la peau de Tom. Il était heureux de le faire réagir de la sorte. Toutes les émotions qu’il suscitait chez Harry étaient comme une victoire et démontraient son importance dans le cœur de l’homme.
— Cet endroit est malfamé, répondit Harry.
— C’est ce que j’ai cru comprendre, poursuivit Tom en croisant les doigts sur ses genoux. Mais les possibilités sont, semblerait-il, illimitées. J’aimerais y aller pour trouver des informations sur ma famille.
Harry demeura un moment silencieux, la mâchoire tendue. Tom l’analysa et tenta même de pénétrer son esprit alors qu’il savait que c’était peine perdue.
— Non, souffla Harry, la voix tremblotante. Je vais y aller, mais toi, tu resteras ici.
Tom se leva d’un bond, les poings crispés près de lui.
— C’est injuste ! C’est moi qui fais des recherches, je dois y aller avec toi.
Harry serra ses mains l’une contre l’autre, en signe de prière, puis les appuya contre ses lèvres. Son teint perdit de ses couleurs, mais ses yeux, eux, brillèrent d’une lumière presque mortelle.
— J’ai dit non, Tom ! claqua-t-il. Je commets bien des erreurs en tant que tuteur, mais je ne ferai pas celle-ci. L’Allée des Embrumes est dangereuse. Tu n’y mettras pas les pieds.
Tom ouvrit la bouche, mais Harry le fit taire d’un regard meurtrier.
— MAIS, insista-t-il, je vais y aller pour toi. C’est le seul compromis que je suis prêt à faire avec toi.
La fureur brûlait ses entrailles. Il avait envie de hurler qu’il n’était pas un enfant ordinaire, qu’il était plus avisé que la majorité des adultes, mais décida de garder le silence, même s’il s’agissait d’une lourde épreuve. La tentation était forte : il se mordit la lèvre. Le corps de Harry se détendit devant sa retenue.
— J’imagine que tu désires des documents en lien avec Salazar Serpentard lui-même ?
Tom hocha le menton.
— Je veux découvrir mes origines et comprendre la pureté de mon sang.
Il vit Harry se raidir à cette confession.
— Combien de fois dois-je te dire que la pureté du sang est une simple invention des sorciers pour se donner de la puissance ? Le sang n’a aucun lien sur le pouvoir d’un sorcier.
Tom renifla. Oui, cette discussion ne lui était pas inconnue.
— Peut-être, siffla Tom, mais elle aura des répercussions à mon entrée à Poudlard. Je vais être à Serpentard, sans le moindre doute. Et ce sont des Sang-Purs pour la majorité qui sont admis dans cette maison.
À ce soulèvement, Harry blêmit davantage. Ses lèvres se pincèrent et ses joues se creusèrent. Tom scrutait cette nouvelle expression avec avidité. Harry était toujours beau, peu importe l’émotion.
— Quoi ? Tu n’y avais pas pensé ? susurra Tom avec une certaine méchanceté. Tu n’as pas saisi que je serais victime d’intimidation dans un peu moins d’un an ?
Un grand sourire carnassier étira ses lèvres.
— Mais ne t’inquiète pas, Harry, la connaissance est une arme efficace. Je te dois déjà beaucoup. Si tu n’étais pas venu me chercher à l’orphelinat, jamais je n’aurais compris les enjeux lors de mon entrée à Poudlard. Là, je peux commencer sur un pied d’égalité. Je dois juste… m’outiller davantage.
Harry se leva et s’avança rapidement jusqu’à Tom. Celui-ci fronça les sourcils devant ce mouvement vif. Puis, il se fit entourer par les bras tièdes de l’homme. Tom fondit sous l’étreinte, s’enfonçant dans le torse de Harry pour mieux le humer. Il respira son parfum pour gorger ses poumons. Si seulement il pouvait fusionner avec lui, entrer ses doigts dans son corps pour toucher son cœur, sentir cette vie qui battait pour lui. Harry lui caressait le dos et les cheveux avec sa tendresse habituelle.
— Je ne savais pas que ces choses t’inquiétaient, Tom, murmura Harry contre ses boucles foncées. J’aimerais que tu me confies un peu plus tes peurs. Je suis là pour toi, tu sais ? Je t’aime, Tom. Et je ferai tout ce que je peux pour que tu vives une enfance merveilleuse.
Tom avala son gémissement. Il déposa un baiser silencieux dans les vêtements de son tuteur, imaginant le goût de la bergamote effleurer ses lèvres jusqu’à sa langue. Puis, il rêva d’un contact plus doux, comme la peau ivoire derrière le tissu. Son cœur s’emballa.
— Redis-le, ordonna-t-il, perdu dans ses désirs. Dis que tu m’aimes.
Un petit rire souffla ses cheveux.
— Je t’aime, Tom.
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Harry explorait l’Allée des Embrumes d’un œil averti. Il était sur ses gardes, sa magie s’érigeant autour de lui comme une protection. La Mort le suivait silencieusement.
— Pourquoi ai-je accepté de venir ici ? murmura-t-il alors qu’une dame vendait des bagues ensorcelées près d’un bâtiment immonde, des doigts coupés utilisés comme présentoir. Pourquoi ai-je parlé de Salazar Serpentard à Tom ?
La Mort flottait près de lui, ne le quittant pas des yeux.
— Maître, ce qui est fait est fait, répéta-t-elle. Arrêtez de vous torturer à chaque décision prise.
Harry crispa la mâchoire. Difficile de ne rien regretter avec le genre de vie qu’il menait. Déjà, être Maître de la Mort était une situation non désirée ! L’adoption de Tom restait un chemin tortueux, qui allait lui arracher le cœur. Harry aimait vraiment Tom, il avait toujours eu un don pour aimer de façon quasi inconditionnelle, hormis les Dursley. Certes, en ce qui concernait Tom, c’était différent. Il ne devait jamais perdre de vue le possible futur de l’enfant, mais Harry avait besoin d’aimer. Était-ce dû à la protection de sa mère lors de son sacrifice ? Avoir bénéficié de cet amour l’obligeait à faire de même avec Tom ? Était-il condamné à avoir besoin d’aimer, mais aussi d’espérer cet amour en retour ?
Et Tom qui en connaissait peu sur le sujet — on ne disait pas que Voldemort n’avait jamais aimé ? Pourtant, l’amour pouvait prendre plusieurs formes : familiale, amicale, admirative, romantique… Harry escomptait solidifier les liens familiaux. Il souhaitait voir Tom compter sur lui, sur sa présence comme un pilier rassurant et constant. Tom ne le regardait peut-être pas comme un père, Harry le savait bien, mais s’il pouvait au moins se fier sur lui comme une figure de confiance… Harry était responsable de ce petit garçon. Il devait le guider sur un chemin plus doux. Alors, lui apporter des réponses sur sa lignée allait-il créer un torrent impossible à arrêter ? Le début de Lord Voldemort ?
— Non, Voldemort n’est même pas en construction dans la tête de Tom Jedusor, le consola la Mort. N’oubliez pas votre objectif principal, Maître. Ce n’est pas que d’éviter la destruction de vos êtres aimés, mais bien d’empêcher la division de l’âme de Tom Jedusor.
— Je sais, marmonna Harry avec rigidité.
La Mort voulait accueillir l’âme de Tom Jedusor dans son royaume lors de son futur décès, tel un trophée, mais Harry, lui, désirait plus. Il espérait élever au mieux Tom, le rendre heureux.
— Vous oubliez si facilement que son esprit ne fonctionne pas comme tous les humains en général, chantonna la Mort. J’ai peur que vous vous perdiez dans cette quête plus tortueuse.
Harry lança un regard meurtrier à son amie.
— Eh bien, vous prendrez ma vie à ce moment. Une nouvelle âme dans votre royaume, quoi de mieux pour réchauffer tous les morts ?
La Mort resta silencieuse, mais son aura s’assombrit d’un demi-ton. Harry l’observa du coin de l’œil. Il ne comprenait pas pourquoi la Mort rechignait à accepter son trépas. Juste parce qu’il avait un titre particulier ?
— L’éternité demeure une compagne distante.
L’éternité devait être longue pour la Mort.
Barjow et Beurk se trouvait enfin devant Harry. La boutique, hormis la décrépitude des poutres près de l’entrée, semblait identique à ses souvenirs. Un vieil homme sortit précipitamment et le bouscula.
— Pousse-toi, bâtard !
Oh ! Harry n’était plus habitué à se faire interpeller de la sorte dans sa nouvelle vie : comme un vulgaire adolescent, et non comme un adulte recueillant un fils adoptif. C’était étrange. Il pénétra la boutique et posa ses yeux sur les objets respirant la magie noire. Plusieurs bibelots ornaient les tablettes ainsi que d’ignobles choses flottant dans un liquide que Harry préférait ne pas connaître. Un homme avec un sourire aussi froid que l’Arctique frottait le comptoir avec un torchon qui ne devait qu’étaler la saleté. Il leva ses pupilles pour scruter Harry.
— Eh bien, dit-il d’une voix moqueuse, le visage hautain et plus propre que sa boutique, comment un sorcier si lumineux peut fouler mon plancher moisi ? Le magasin pour enfants se trouve sur le chemin de Traverse, pas ici.
Il poussa un grand rire craquant, puis cracha au sol. Harry conserva un air impassible, taisant son dégoût. Il s’avança et présenta sa main ornée de sa bague.
— Vous êtes Caractacus Beurk, je me trompe ? Le propriétaire de la boutique ? Laissez-moi me présenter : Harry Peverell, révéla-t-il avec tranchant. J’espère qu’à l’avenir vous garderez votre manque de respect pour autrui, Beurk !
Le marchand écarquilla les yeux devant l’emblème à son doigt. Puis, avec une lenteur prévue, il leva son regard pour étudier l’homme devant lui. Une nouvelle humilité imprégnait ses traits et ce constat souleva le cœur de Harry, pris maintenant de nausée.
— Je pensais que tous les Peverell étaient six pieds sous terre.
— Eh bien, vous pensiez mal, répliqua sèchement Harry. J’aimerais voir les objets que vous détenez sur Salazar Serpentard, quelque chose sur la lignée, par exemple, poursuivit-il en faisant flotter un peu plus sa magie autour de lui.
Le marchand balbutia sa surprise, puis quitta le comptoir pour rejoindre son arrière-boutique. Harry profita de ce moment pour étudier les environs. Un crâne fracturé l’observait de ses orbites vides. L’os fut ramassé par la Mort.
— Je dénote une ressemblance avec moi.
Quoi ? Harry fixait la Mort avec ahurissement, puis lâcha un petit rire. Venait-elle réellement de plaisanter ? Eh bien, c’était étrange. Son amie pencha la tête sur le côté et Harry pouvait sentir son sourire satisfait.
— Bon, voilà ce que je peux vous proposer.
Le marchand, revenu derrière le comptoir, déposa une caisse en bois, dont un coffret regorgeant d’une magie aussi épaisse que le goudron. Les protections étaient fortes et l’homme les désactiva une à une, sans toutefois ouvrir le petit coffre. La Mort se pencha par-dessus l’épaule du vendeur pour observer les objets. Harry découvrit un grimoire usé, les pages s’asséchant et s’effritant sous un simple souffle. Sur la couverture se trouvait l’emblème des Peverell ainsi que de nombreuses et anciennes familles. Puis, Caractacus ouvrit le coffret pour révéler un médaillon. Mais pas n’importe lequel : le médaillon de Salazar Serpentard.
Harry observait le pendentif avec étonnement. Alors… la relique n’avait pas encore été achetée par Hepzibah Smith.
— Est-ce vraiment ce que je pense ? murmura-t-il en tendant la main sans toutefois toucher le bijou.
— Oui, M. Peverell. Il est authentique. Prenez-le et voyez par vous-même.
Harry s’exécuta et observa l’objet de près. Il était en tout point identique à ce dont il se souvenait, à une seule différence : l’aura maléfique de magie noire. Le médaillon était propre, non souillé par l’âme déchirée de Tom. Il jeta toutefois un coup d’œil à la Mort, qui hocha la tête pour confirmer l’authenticité. Bien, il allait l’acheter. Un jour, il pourra le donner à Tom sans qu’il y ait un meurtre.
— Combien ?
Un long sourire sournois étira les lèvres de Beurk. Harry se doutait que la somme serait astronomique, mais ayant hérité des Peverell, il avait les moyens de vivre 100 vies sans salaire… Il pouvait bien se débarrasser de l’une de ces vies.
— 25 000 gallions.
— Bien, approuva Harry en hochant la tête.
Harry demanda un parchemin et une plume. Il inscrivit une missive pour Gringotts indiquant le montant à transférer à Caractacus Beurk pour l’achat du médaillon de Salazar Serpentard. Il signa le papier et y apposa le sceau des Peverell. Il ensorcela la lettre pour assurer la confidentialité et emprunta un hibou à Beurk.
— En attendant la réponse des gobelins, pouvez-vous m’expliquer quel est ce livre ? questionna Harry.
— Eh bien, c’est un livre avec les histoires familiales, leur arbre généalogique. Malheureusement, le sort permettant de mettre à jour les naissances est parfois déficient, mais nous retrouvons de précieuses données. Le bouquin était détenu par le ministère il y a de très nombreuses années. Mais il a été laissé à l’oubli avec la montée des Sang-de-Bourbes.
Il cracha de nouveau au sol en signe de dédain. Harry sentit son corps se hérisser par la colère, mais garda le dos droit. Il tint sa langue, choisissant son combat. Le plus important était d’avoir les objets et de partir d’ici. Il ne pouvait pas changer la mentalité d’un Sang-Pur dirigeant une échoppe dans l’Allée des Embrumes. Il devait penser à Tom et à son éducation. Beurk l’étudiait toutefois avec suspicion, mais son regard fut attiré par l’arrivée d’un hibou. Gringotts répondait à sa missive : le virement était fait.
Harry s’empara du médaillon et le glissa à son cou : il eut l’impression de revenir à sa septième année, lorsqu’il parcourait le monde pour détruire les Horcruxes. Le bijou s’installa au même endroit que sa cicatrice passée, celle-ci étrangement disparut. Comme toutes ses autres cicatrices, hormis celle sur son front. Harry avait interrogé la Mort à ce propos, ne comprenant pas ce curieux fait. La réponse obtenue l’avait ébranlé : renaître dans le passé signifiait se refaire une nouvelle peau à partir d’un cadavre. C’était une nouvelle naissance, faisant disparaître les anciennes marques. Toutefois, sa cicatrice au front n’avait pas qu’imprégné sa peau, mais aussi son âme, et ce, profondément. Elle était donc, d’une certaine façon, indélébile. Même si l’Horcruxe n’y était plus, cette marque restait un lien invisible, une reconnaissance ineffaçable.
— Je prends aussi le livre, claqua Harry en déposa de nombreuses pièces sur le comptoir.
Il ne connaissait pas le prix, mais il savait que le montant offert était bien que suffisant. Caractacus étira ses lèvres et inclina légèrement la tête.
— C’est un plaisir de faire affaire avec vous, M. Peverell.
Harry répondit à la salutation et tourna les talons pour sortir de l’échoppe. Il transplana à la banque, bien décidé à sécuriser le médaillon dans son coffre. Il le cacha dans une boîte qu’il protégea avec de nombreux sorts. Il glissa le tout parmi les montagnes d’or et s’appuya un moment contre le mur. Il s’y laissa choir et feuilleta le livre entre ses mains. Étonnamment, la liste était assez longue. Harry pouvait lire : Abbot, Avery, Black, Beurk, Croupton, Malefoy, Nott, Ollivander, Parkinson, Prewett, Weasley, Yaxley, Travers et plus encore, dont Serpentard. Bien entendu, il y avait Potter, mais Harry garda les yeux fermés. Il dirigea plutôt son attention sur Peverell.
Dans l’arbre généalogique, il retrouva des noms connus : Antioche Peverell, Cadmus Peverell, Ignotus Peverell et Iolanthe Peverell. Ainsi que d’autres. Le plus surprenant résidait dans le bas de la page, là où la lignée s’éteignait. Son nom y flottait étrangement, relié à Ignotus par des lignes pointillées. Avec rapidité, Harry feuilleta le bouquin pour finalement rechercher les Potter. Un soupir de soulagement quitta ses lèvres. Heureusement, son nom n’y était pas. Mais une grande tristesse le submergea : c’est comme si Harry Potter n’avait jamais existé et n’existerait jamais.
— Maître, il ne faut pas ressasser ces sombres pensées, lui chuchota la Mort, maintenant autour de lui. Vous serez toujours relié aux Potter, toujours. Mais dans cette vie, vous êtes plus proche de Ignotus Peverell que de James Potter, pas encore né.
Les larmes s’invitèrent et glissèrent de ses yeux. Harry pleura un long moment, regrettant son ancienne existence et les êtres chers. Il avait l’impression de flotter dans le néant, accomplissant des gestes quotidiens telle une marionnette. Encore une fois, mais maintenant mené par la Mort et non par Albus Dumbledore.
— Maître, cessez vos pensées, murmura son amie. Nous avons un but commun, nous avons pris une décision ensemble. Mon objectif est de vous protéger. Je ne peux pas vous contrôler. Vous êtes plus fragile depuis l’été.
Depuis l’événement d’Aline, pour être plus exact. Harry avait moins confiance en ses choix et ses gestes du quotidien. Il comprenait plus difficilement les frontières entre l’acceptable et l’intolérable. Un rire surgit de sa gorge.
— Nous sommes une famille dysfonctionnelle, expliqua-t-il. Tom, un futur psychopathe, vous, la Mort qui survole notre vie et moi, le Maître de la Mort qui est en quête de normalité et d’une famille, mais qui n’y arrivera jamais, et ce, malgré son immortalité. C’est pathétique.
La Mort resta silencieuse, elle rôdait. S’enivrait-elle de la pulsation de vie en lui ? Harry sentait qu’elle ne voulait pas le quitter, prenant plaisir à leur échange malgré sa lourdeur. Parfois, il se demandait si c’était lui ou bien elle qui avait le plus besoin de l’autre. L’éternité demeure une compagne distante, avait-elle dit. Harry comprenait un peu mieux maintenant.
Il parcourut à nouveau le bouquin, une fois ses yeux séchés des larmes. La lignée Serpentard démontrait de nombreux, très nombreux noms. Plusieurs familles s’affiliaient à elle, comme les Peverell, mais bien entendu les Gaunt : Elvis Gaunt, Morfin Gaunt et Merope Gaunt.
Merope était reliée à une bulle invisible, sans le nom de son seul conjoint. Même le livre rejetait les Moldus… Harry ne sut s’il ressentait de la colère ou du soulagement. Tom ne connaîtrait pas encore le nom de son père : la famille Jedusor demeurerait donc en sécurité plus longtemps. Enfin, Harry espérait que le besoin de Tom de tuer sa famille ne s’éveille jamais. Sous le nom de Merope se trouvait celui de son Tom, tout en bas de l’arbre. Un autre détail important clignotait devant ses yeux : seul Morfin Gaunt affichait le statut « vivant ».
Harry ferma le livre, le cœur battant la chamade. Était-ce une bonne idée de donner toutes ces informations à Tom ? Mais celui-ci savait qu’il venait chercher quelque chose pour l’aider. Et s’il mentait, lui disant n’avoir rien trouvé ? Il découvrirait son mensonge, Tom était doué pour ça. C’était son don en legilimancie qui lui octroyait cette clairvoyance, et ce, même si l’esprit de Harry était impénétrable. Cela ne l’empêchait pas d’être un piètre menteur. Non, il ne pouvait pas cacher ce livre à Tom. Il ne pouvait que le surveiller de près, s’assurant qu’il laisse Morfin tranquille. Sinon, Harry s’en chargerait.
— M. Peverell ? Avez-vous terminé ? entendit-il.
C’était le gobelin qui l’accompagnait. Il semblait s’impatienter. Harry se releva, profita d’un instant pour renflouer ses poches de gallions et sortit du coffre. Lorsqu’il vit la petite créature, une question lui vint.
— Comment peut-on revendiquer le nom d’une ancienne famille ?
Harry avait obtenu le titre de Peverell grâce à la Mort. Tom pourrait-il seulement acquérir le nom de Serpentard ? Ou bien le nom des Gaunt ?
— Pour réclamer un tel droit, le sorcier doit avoir en sa possession un héritage familial lié qui prouve son appartenance et, bien entendu, un lien fort avec le nom revendiqué. De plus, il faut qu’un représentant haut placé de sa famille accepte cette revendication. Mais, ceci est seulement pour le nom. Pour accéder aux richesses, il faut être le dernier de la lignée, un peu comme vous, M. Peverell. N’est-ce pas ?
Harry sentait que dans ses mots, il y avait une hargne difficile à ignorer. Les gobelins aimaient l’or par-dessus tout et exécraient quelque peu les sorciers. Il imaginait bien que sa prise de possession de la richesse des Peverell animait une certaine rage chez les gobelins.
Donc, si Tom désirait porter le nom de Serpentard, il devrait obtenir son héritage, c’est-à-dire le médaillon maintenant caché dans son coffre et s’y lier par un rituel — comme Harry avec sa bague familiale des Peverell. Mais il faudrait aussi gagner l’acceptation de Morfin… ce qu’il refuserait à coup sûr pour un Sang-Mêlé.
Morfin était en danger. Harry ne devait pas parler à Tom de la revendication des noms.
888
Tom observait le feu brûler dans l’âtre. Les flammes réchauffaient l’atmosphère, mais ce n’était pas suffisant pour détendre l’enfant. Sa patience atteignait de plus en plus ses limites. Harry était parti depuis des heures ! Il avait voulu glisser Hydre dans son manteau, mais il avait été berné. Son tuteur avait revêtu une redingote à la coupe sophistiquée, vibrante de splendeur. Devait-on bien s’habiller pour aller dans un endroit malfamé ? Tom s’était posé la question, mais l’avait gardée pour lui. Ainsi, Hydre n’avait guère pu l’espionner, laissant Tom attendre avec le bruit du feu.
Il avait complété ses devoirs depuis plusieurs heures et avait relu trois chapitres de son livre de sortilège. Il avait pratiqué plusieurs sorts, dont celui de stase, bien utile pour les potions et la cuisine. Maintenant, il avait l’impression de fusionner avec le canapé.
Son oreille perçut un grésillement : Harry revenait enfin ! Tom se leva, les mains moites. Il s’approcha de l’entrée, les bras croisés derrière le dos. Bientôt, la porte s’ouvrit.
— Harry ! s’exclama-t-il en s’avançant, les yeux plissés.
Il avait l’impression que l’homme évitait son regard, mais cette perception ne dura qu’un instant. Harry l’observa, un sourire aux lèvres, les fossettes bien creusées.
— Bonjour Tom, dit-il en lui glissant la main dans les cheveux.
Tom enroula ses bras autour de la taille de Harry, le serrant avec force. Il sentit son tuteur se tendre un moment, puis finalement se calmer. Il inspira son odeur et donna un nouveau baiser silencieux, invisible pour Harry.
— Jamais tu n’as été parti aussi longtemps, lui reprocha-t-il. Explique-toi.
Tom s’éloigna assez pour découvrir un sourire moqueur sur les lèvres de Harry.
— Tom, l’avertit-il, je suis l’adulte, pas d’ordre avec moi.
Tom crispa les poings, mais demeura coi. Un jour, Harry ferait tout ce qu’il lui dirait, tout. Pour leur bonheur à tous les deux. Harry le poussa dans le dos afin de s’installer près du feu. Son tuteur devait avoir froid, sa peau était déjà glacée. Une fois sur le divan, Tom glissa ses doigts entre ceux de l’homme. Des papillons voltigeaient dans son ventre, mais il reliait ce phénomène à leur future conversation.
— Alors, as-tu trouvé quelque chose ?
Harry sortit de sa poche enchantée un gros volume décrépi.
— C’est un livre montrant plusieurs généalogies, dont certaines éteintes. Il y a plus de morts que de vivants dans ce livre. C’est assez morbide, quand on y pense.
Tom renifla un moment, pas du tout impacté par les propos de Harry. Tant qu’ils étaient tous les deux en vie, les autres pouvaient bien brûler, il s’en fichait éperdument.
— L’as-tu regardé ? questionna Tom avec une pointe de jalousie.
Harry s’enfonça dans les coussins et jeta un coup d’œil au garçon.
— Bien sûr, dit-il avec une certaine méfiance. Je n’achète pas un produit avant de l’inspecter, surtout dans une échoppe douteuse.
Tom feuilleta le volume jusqu’à la famille Serpentard. Elle comportait plusieurs pages et plusieurs noms illisibles s’effaçaient avec le temps. Mais il s’agissait plutôt de l’enchantement qui perdait de sa puissance. Il passa plusieurs minutes à lire. Il vit les Peverell et fronça les sourcils en observant le nom de son tuteur, seul, relié par une ligne pointillée. Jamais il n’avait parlé de sa famille, mais ainsi, elle semblait inexistante ! De plus, Tom savait que Harry était un Sang-Mêlé. Il était affilié à Ignotus, mais sans plus. C’était étrange.
— Le livre est-il enchanté pour mettre tous les noms à jour ?
— Oui, hésita Harry. Mais on sent que la magie du bouquin est instable.
Tom hocha la tête, puis continua sa lecture. Finalement, ses yeux tombèrent sur les Gaunt et puis sur son propre nom. Il était là, tout en bas, dernier descendant de Salazar Serpentard. Et donc, c’était sa mère qui était une sorcière. Il avait pourtant pensé le contraire. Comment une sorcière pouvait-elle mourir en couche ? C’était pathétique. Une lourde fureur glissa dans ses veines. Sa mère était-elle si indigne ? Et le nom de son père demeurait inconnu. C’était un Moldu, assurément.
Il sentit Harry l’attirer près de lui, entourer sa taille de son bras. Ses lèvres vinrent trouver sa tempe pour lui déposer un baiser. Malgré la colère, Tom ne put résister à Harry. Il se fondit à son corps.
— Tom… Le sang ne révèle en rien la puissance d’un sorcier.
— Pourquoi me dire ça maintenant ? crissa-t-il entre ses dents d’une voix hachurée.
Un nouveau baiser, mais sur son front.
— Tu imagines que ta mère, Merope, était une sorcière médiocre, morte en couche.
Tom releva le menton, les yeux écarquillés. Il ne pouvait cacher sa surprise.
— Et le fait que le nom de ton père ne soit pas présent signifie qu’il s’agit d’un Moldu, continua Harry, l’expression douce. Alors, dis-moi, si le sang est un indicateur de puissance, pourquoi es-tu aussi bon en magie ? Pourquoi es-tu capable de lancer des sorts sans baguette alors que tu n’es pas encore à Poudlard ? Comment arrives-tu à lire l’esprit des gens ? Pourtant, ton sang est mêlé, non ? Et ta mère, dans ta vision du monde, est pathétique, tout comme ton père. Il n’y aurait donc aucune raison pour que tu sois si exceptionnel à ton âge !
Tom fronça les sourcils. Étrangement, les paroles de Harry adoucissaient la découverte de ses parents. Son tuteur lui-même se disait un Sang-Mêlé et il était si puissant. Tom le goûtait tous les jours dans sa magie. La suprématie était donc une idée absurde, Harry disait vrai. Mais, cela ne signifiait pas que toutes les conceptions des Sang-Purs étaient idiotes. Il y avait un endoctrinement dans les familles de Sang-Pur, c’était certain. Et Tom, qui recevrait bientôt sa lettre de Poudlard allait pénétrer dans ce cercle fermé.
Un sourire satisfait étira ses lèvres. Aucun défi ne lui résistait. Il allait changer la mentalité pour se hisser en haut de la hiérarchie. Il montrerait à tous son affinité avec Salazar Serpentard, lui, sa dernière descendance. Les humains étaient pour la plupart des objets manipulables, non ? Bientôt, il aurait un grand terrain de jeu.
— Tom ?
La voix de Harry vibrait d’incertitude. Tom enfonça son nez dans son cou et respira profondément. Il avait envie, là, d’y déposer un baiser, mais se retint. Un jour, il goûterait cette peau d’albâtre et froide pour éteindre cette étrange obsession. Il passerait à autre chose par la suite pour conquérir le monde.
— Je vais bien, Harry. J’ai la preuve que je suis le descendant de Salazar Serpentard. Je pense que cette information sera suffisante pour m’intégrer à Serpentard. Je dois juste trouver le bon moyen.
Harry le serra plus fort dans ses bras.
— Tom, tu es un garçon intelligent et avancé pour ton âge. Peu importe ce que tes camarades penseront de toi, tu vas créer ton chemin, j’en suis sûr. Tu es bien au-dessus des jugements d’autrui, non ? Depuis quand l’avis des inconnus te perturbe-t-il ?
Tom frotta sa joue dans le creux de son cou. S’il voulait s’intégrer à sa future maison à Poudlard, c’était pour mieux piétiner les autres. Il avait seulement besoin de Harry.
— Es… Es-tu curieux sur ton père ? demanda ce dernier d’une voix qu’il cherchait à rendre détachée.
Mais Tom voyait clairement que Harry attendait anxieusement sa réponse.
— Non, moins j’en connais sur lui, mieux se portera mon intégration à Serpentard.
— Même si cette partie de ta famille est peut-être encore en vie ?
— Oui, claqua-t-il. Je me fiche de mon père et de sa famille. Je suis avec toi, tu es mon tuteur, tu es ma famille. Je n’ai besoin de rien d’autre !
Il avait craché ses derniers mots avec passion. Il les pensait du plus profond de son âme. Il sentit Harry trembler contre lui. Tom se retira un peu et fut surpris de voir des larmes glisser sur ses joues. Ses yeux, d’un vert étonnamment clair, brillaient sous la lueur des flammes. Des éclats décoraient ses longs cils noirs tels des diamants. Ses lèvres vibraient d’émotions et s’entrouvraient pour laisser échapper un souffle tiède et parfumer de thé. Harry était… magnifique. Tom ne pouvait détacher son visage de lui, absorbant chaque expression, chaque pli avec avidité. Comment un homme pouvait-il être aussi beau ? Ses pleurs dégageaient une grande joie, ce qui était bien contradictoire dans l’esprit de Tom.
— Pourquoi est-ce que tu pleures ? croassa-t-il.
— Je suis heureux, Tom.
Harry appuya son front contre le sien et ferma les yeux. Une larme s’échoua en bordure des lèvres de Tom, qui s’empressa de la lécher de sa langue. Le goût était divin. Il entrouvrit la bouche, respirant l’haleine parfumée de l’homme.
— Tu me considères comme ta famille, expliqua Harry. Tu l’as exprimé avec une telle franchise, ça m’a touché. Je me sens… moins seul.
Tom enfonça ses doigts dans le dos de l’homme : une alarme clignotait dans sa tête.
— Je suis ta famille. Nous deux. Nous deux seuls.
Harry était un être social. Est-ce que Tom resterait suffisant pour lui ?
Il le devait, il l’obligerait.
888
La lumière des bougies chancelait sous le souffle de Tom. Il observait les flammes danser devant ses pupilles, puis les éteignit d’un seul coup.
— Joyeux anniversaire, Tom ! 11 ans, déjà… Le temps passe si vite.
Harry, la joue appuyée dans sa paume, le coude sur la table, le regardait avec émotions. Ses yeux luisaient de larmes, teintés d’une grande nostalgie. Tom ne put s’empêcher d’être sensible à ce tableau. Cela faisait déjà environ trois ans qu’il avait été adopté et, à ce jour, il ne pouvait contester que l’apparition de Harry fut la meilleure chose dans sa vie. Tout avait changé et bientôt, un nouveau chapitre ouvrirait ses portes : Poudlard.
— J’ai fait un gâteau aux cerises, conversa Harry en coupant une grosse part pour le garçon. J’espère que tu vas l’aimer. J’ai mis un peu moins de sucre puisque les cerises sont bien sucrées.
— Merci, murmura Tom en déchirant la pointe de sa part à l’aide de sa fourchette.
Il goûta le dessert et resta un moment silencieux. Encore une fois, Harry avait réussi un coup de maître en cuisine. Comment un homme pouvait-il être aussi bon avec les recettes culinaires, mais être piètre en potions ? C’était un véritable mystère.
— Alors, quand vais-je avoir ma lettre de Poudlard ? demanda-t-il.
— Au courant de l’été. Nous pourrons à ce moment acheter tes fournitures scolaires et faire tes robes d’école sur mesure. J’ai bien l’intention de faire en sorte que tu te sentes bien.
Harry lui offrit un sourire rassurant.
— Tu vas voir, tu te feras des amis. Tu auras des admirateurs et des admiratrices. Tu vas te sentir bien à cultiver et sculpter ta pensée. J’ai fait du mieux que j’ai pu, mais à Poudlard, tu vas côtoyer de bons professeurs. On dit d’Albus Dumbledore qu’il est le plus grand sorcier de sa génération. Il t’enseignera la métamorphose. Tu vas plus apprendre à Poudlard qu’avec moi.
Tom dévia le regard, le nez plissé. Un étrange sentiment naissait dans son thorax. Il sentait une brume sombre flotter autour de lui. Il devrait être content des paroles de son tuteur, mais… sa maison, elle était ici, non ? Dans ce cottage. Harry lui avait tant offert. Il froissa davantage le nez. Tom était reconnaissant — même s’il ne le démontrait pas ou peu —, mais détestait tout autant l’idée d’être redevable à son tuteur. Les rôles allaient devoir s’inverser. Tom fantasmait sur l’idée que ce soit Harry qui plie l’échine devant lui, devant sa grandeur et son pouvoir. Il voulait lire l’admiration dans ses yeux émeraude, jour et nuit. Il voulait que Harry ne pense qu’à lui.
Voir Harry éperdu d’adoration à ses pieds éveillait une pointe d’excitation en lui. Mais un sombre nuage rembrunit sa rêverie : que ferait Harry pendant que lui, Tom, serait à Poudlard ? Allait-il se créer une nouvelle famille, faire de nouvelles rencontres ? Tom ne pourrait pas garder un œil sur lui.
Finalement, ce onzième anniversaire était bien funeste.
888
Assis au bureau de sa chambre, Tom scrutait le ciel extérieur. Le temps se réchauffait tranquillement, diminuant l’épaisseur de la neige. Le printemps arrivait à petits pas, tout comme les examens de fin d’année. D’un soupir las, il tourna la page de son livre de sciences et marmonna son ennui, ennui qui fut soufflé par un sifflement au sol.
— Jjjje l’ai entendu, chanta Hydre avec satisfaction. Jjjjeune maître, jjje l’ai entendu parler ssseul.
Tom baissa les yeux, une lueur avide brillant sur ses iris sombres.
— Alors, qu’as-tu entendu ?
Hydre se glissa jusqu’à sa jambe et grimpa le long de celle-ci. Elle s’immobilisa près de sa mâchoire pour lui chuchoter dans l’oreille.
— Il parlait de ssson inssssécurité en tant que parent. Qu’il ssse trouvait trop jeune pour élever un garççççon, mais qu’il ssse ssssentait parfois trop vieux, comme ssssi le poids du monde reposait sssur ssses épaules.
Tom fronça les sourcils. Il était vrai que Harry semblait très jeune, bien plus jeune que la vingtaine. Et d’ailleurs, maintenant qu’il y pensait, il se leva et alla trouver son journal rangé à ce jour sous une latte du plancher enchantée. Il retira son bien et le feuilleta. Au cours des dernières années, plusieurs photos ornaient les pages. Il s’arrêta sur le premier cliché de Harry, celui pris à l’orphelinat quelque temps avant leur premier Noël. Tom inspecta la photo et observa son tuteur cligner des yeux. Aucun trait n’avait changé : sa jeunesse toujours aussi impeccable et fraîche. Mais y avait-il quelque chose d’étrange à cela ? Les jeunes adultes ne changeaient pas tant que ça, contrairement aux enfants. Cela prenait quelques années. Il tourna alors une page et nota : « Vieillissement ? À revoir. »
C’était idiot, mais ça titillait son esprit.
— Alors, siffla-t-il à Hydre, toujours assis au sol, pourquoi sent-il le poids du monde sur ses épaules ? Ça n’a aucun sens. On mène une vie fort simple.
— Il expliquait au vide que la guerre avait changé bien des chossses en lui, comme les pertes. Il espère pouvoir donner une nouvelle chanccce aux non nés.
— Quoi ? Mais ça n’a aucun sens ? Quelle guerre ? Les pertes, il s’agit peut-être du rouquin et de la lapine, mais une nouvelle chance aux non nés ? C’est du charabia, s’exclama Tom.
Hydre siffla son approbation et ajouta un détail intéressant.
— Il sssemblait en colère en expliquant ssses essspoirs. Comme sssi le vide avait une divergenccce de point de vue.
Tom n’avait jamais réellement douté de la santé mentale de son tuteur, mais il en vint à se questionner. Entendre des voix et parler dans le vide, chez les Moldus, équivalaient à des troubles psychiatriques. Et, il devinait que ce phénomène revenait à la même chose chez les sorciers. Pourtant, Harry était bien plus sage et équilibré que lui… Non, il y avait anguille sous roche. C’était quelque chose de plus important et difficile à comprendre. C’était un défi.
888
Un hibou entra en trombe par la porte arrière grande ouverte, laissant tomber une grande enveloppe près de Tom. Harry venait de sortir pour s’occuper du jardin qui commençait à pousser sous le soleil de plus en plus chaud de l’été, oubliant que le vent avait parfois tendance à jouer avec les portes. D’une main agitée, Tom attrapa la missive. Un sceau avec l’emblème de Poudlard cachetait l’enveloppe.
Poudlard. C’était sa lettre d’admission !
Alors qu’il ouvrait avec des gestes tremblants le colis, Harry entra en vitesse dans la cuisine. Ses joues étaient noircies de terre et ses cheveux, plus en pagaille que jamais. Il portait des vêtements amples et troués, rien de bien joli, mais fort pratique pour les travaux manuels. Il s’avança vers Tom, les yeux lumineux et vert comme la forêt.
— Ta lettre, Tom ! Allez, ouvre-la.
Tom sortit le parchemin et le déplia.
Directeur : Armando Dippet
Cher M. Jedusor,
Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d’une inscription au collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité.
La rentrée étant fixée au 1er septembre, nous attendrons votre hibou le 31 juillet au plus tard.
Veuillez croire, cher M. Jedusor, en l’expression de nos sentiments distingués.
Albus Dumbledore
Directeur-adjoint
Tom releva les yeux pour les poser sur Harry. Celui-ci affichait un doux sourire, difficile à déchiffrer. Il semblait y avoir une légère tristesse mêlée de nostalgie. Un second parchemin résumait tous les livres et le matériel obligatoire pour la première année. Il avait le droit à des animaux, mais les serpents n’étaient pas dans les choix… Son cœur se serra étrangement.
— Qu’y a-t-il ? demanda Harry.
— Hydre… Elle ne pourra pas m’accompagner, dit-il lentement.
Harry s’avança alors pour prendre la lettre des mains du garçon. Ses yeux parcoururent rapidement les instructions. Puis, d’un mouvement habile du poignet, il fit venir du parchemin neuf ainsi qu’une plume.
— Eh bien, puisque nous devons confirmer ta présence pour le premier septembre, je vais en profiter pour écrire à Armando Dippet. Ne t’inquiète pas, Tom, je suis certain qu’Hydre pourra t’accompagner.
Tom pencha la tête sur le côté et scrutait Harry avec intensité. Il avait ressenti un pincement en sachant que sa couleuvre ne pourrait pas l’accompagner, mais là, en fixant son tuteur, il comprit quelque chose de plus important, de plus douloureux. Harry serait loin, très loin de lui. Il ne pourrait plus le toucher et le sentir pendant de nombreux mois. Il n’entendrait plus son doux rire chaleureux et dormir dans son lit, le nez enfoui contre son torse. Cela faisait plus de trois ans qu’il voyait Harry tous les jours, qu’il partageait ses repas et son coin auprès du feu. Comment allait-il réussir à surv… Non, Tom ne voulait même pas penser au mot.
Saisi de tremblements, le cœur au bord des lèvres, Tom perdit le contrôle. Il balança ses mains vers l’avant et agrippa Harry comme si sa vie en dépendait. Il l’entoura avec force et colla sa bouche au creux de sa nuque telle une sangsue. Il sentit Harry sursauter, ce qui renforça sa prise. Il devait le respirer, goûter son parfum imprégné de sueur jusqu’à ne plus jamais l’oublier. Il voulait imprégner sa peau de tout ce qui concernait Harry.
— Tom, chuchota celui-ci avec une douceur infinie, dis-moi ce qui se passe ?
Ce qui se passe ? Il réalisait enfin la signification d’aller à Poudlard, maintenant que sa lettre était là. Poudlard était un tremplin pour la grandeur, certes, mais elle lui arrachait aussi Harry. Et… c’était terrible. Mais il ne pouvait pas le dire à voix haute, comme si le verbaliser annonçait leur séparation immédiate. Alors, pour s’empêcher de parler, il écrasa ses lèvres contre la peau offerte, mais se refusa d’y laisser un baiser. Il ne pouvait pas risquer un refus, un écartement ou bien un ricanement. Son cœur ne s’en remettrait jamais. Pour se calmer, il chercha son pouls et le compta.
Harry glissa ses mains dans son dos pour l’apaiser avec ses gestes habituels : de longues caresses circulaires. Il le berça même lentement, fredonnant une douce mélodie qu’il jouait parfois au piano. Tom sentit son menton trembler. En ce moment, il détestait Poudlard pour lui exiger un choix aussi difficile, il détestait Harry pour s’être incrusté dans sa vie jusqu’à marquer son âme et surtout, il se détestait d’être aussi faible, aussi dépendant d’un être humain.
— Hé, murmura Harry, Tom, tu m’inquiètes. Tu trembles comme une feuille.
Alors, ce n’était pas juste son menton qui le trahissait, mais son corps au complet.
— Je… je réalise que… toi et moi allons être séparés.
Ses mots avaient été soufflés si faiblement qu’il espérait sincèrement que son tuteur ne les ait pas compris, mais ce fut peine perdue. La prise de Harry se fit plus forte, coupant un instant la respiration de Tom.
— Tu vas me manquer aussi, répondit-il. À tous les jours, à chaque seconde. Mais nous nous verrons aux vacances : à Noël et à l’été. Et tu pourras m’écrire.
Tom se mordit la lèvre pour empêcher un gémissement de franchir sa gorge.
— Tu vas tellement t’amuser que tu n’auras pas le temps de penser à moi, Tom, je te le promets.
Vraiment ? Non, parmi tous les mensonges débités par Harry, celui-ci était certainement le plus hypocrite.
888
Tom fixait ses valises près de l’entrée pendant que Harry terminait la vaisselle du soir. Deux sentiments contradictoires se bataillaient au fond de lui : l’excitation et la peur. Il était curieux de mieux comprendre Poudlard et les sorciers, mais il aimait sa vie ici, au cottage, à écouter Harry jouer de la musique, à l’observer étudier le bois et les noyaux magiques et à apprendre la magie auprès de lui. Ça avait été doux, presque comme un rêve. Mais il lui restait une soirée et il avait bien l’intention de la passer avec l’homme.
— Harry, souffla-t-il en le rejoignant dans la cuisine, je veux dormir avec toi cette nuit.
Harry le regarda par-dessus son épaule, un sourire surpris aux lèvres.
— C’est ma dernière nuit avant mon départ et…
Il demeura silencieux, mais Harry hocha le menton de compréhension.
— Oui, j’aimerais bien aussi, dit-il en frottant le chaudron restant.
— J’aimerais autre chose, continua Tom, la voix plus hésitante.
Les mains derrière le dos, il se pinçait les doigts pour garder un visage impassible.
— Est-ce que je…
Ses joues devinrent brûlantes, sentant sa peau rougir d’embarras. Allait-il réellement faire cette demande ? Qu’allait penser Harry ? En même temps, c’était pour son bien, même si c’était étrange.
Harry se pencha, encore plus curieux de découvrir ce que Tom souhaitait lui demander. D’un sourire aux lèvres, il l’encouragea à parler.
— Je voudrais t’emprunter un chandail, lâcha-t-il, les pupilles maintenant dilatées et la bouche tremblante.
Étonné, Harry inclina la tête sur le côté. Tom sut que Harry ne comprenait le pourquoi de cette requête.
— On a refait ta garde-robe, pourquoi voudrais-tu un…
— Un souvenir de toi lorsque tu vas… que tu vas me… manquer.
Il murmura les derniers mots, comme si ceux-ci lui arrachaient la gorge. Il étalait sa faiblesse, bon sang !
— Oh ! souffla Harry.
Il fronça les sourcils, en réflexion. Puis, ses traits s’adoucirent et s’illuminèrent de mille feux.
— Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait plaisir, rigola-t-il avec légèreté. Va choisir le chandail que tu veux pendant que je range tout ça.
Tom sentit son visage s’éclairer à son tour. Il tourna les talons et alla dans la chambre de son tuteur. Il ouvrit la penderie et inspira profondément. Bon, il devait choisir le chandail qui portait le mieux son parfum. Ses yeux tombèrent sur son tricot rougeâtre avec la lettre « H » dessus. Oui, voilà. Même si l’aspect était douteux, l’odeur, elle, était merveilleuse. Il le plia soigneusement et murmura un sort de stase afin de garder l’intensité du parfum.
— Eh bien, je suis surpris de ton choix, lâcha Harry, maintenant dans la chambre. Je pensais que tu détestais ce chandail.
— Oui… mais c’est aussi toi, alors…
— Tu te rends compte que je te laisse partir avec mon vêtement préféré ? s’exclama Harry en rigolant. Tout ce que je fais pour toi.
Tom laissa un sourire naître sur ses lèvres, puis apporta son bien pour le ranger dans ses bagages. Son cœur était plus calme, sachant qu’il avait un fragment de Harry avec lui. Tom retourna dans la chambre de son tuteur et grimpa dans le lit. Il glissa sous les couvertures, observa un instant son portrait devant tous les autres, un sourire satisfait, puis attendit que Harry le rejoigne entre les draps. Lorsqu’il fut près de lui, Tom se colla sans gêne et l’enroula comme une pieuvre. Habituellement, il attendait que l’homme soit emporté par le sommeil, mais cette fois-ci, il était trop impatient.
Harry demeura silencieux, caressant les cheveux du garçon avec amour. Tom le scruta avec soif, sans s’arrêter. Peu importe ce que pouvait penser Harry, ce soir, c’était le dernier avant son retour pour les vacances et il devait en profiter. Tom nourrissait une profonde obsession pour son tuteur : les prochains mois allaient être difficiles, voire un enfer.
Notes:
Alors, vos impressions ?
J’avoue que recevoir vos commentaires m’encouragerait à écrire la suite. Je n’ai pas encore entamé le chapitre, je suis transparente avec vous.
Comment trouvez-vous l’évolution de la relation entre Tom et Harry ? Qu’espérez-vous voir dans le prochain chapitre ?
Qu’avez-vous préféré dans ce chapitre ?J’ai bien hâte de vous lire.
À la prochaine !
Chapter 7: PREMIÈRE ANNÉE, UN DÉBUT
Notes:
Bonjour chers lecteurs !
Voici le chapitre 7. Il s’agit de la première partie de la première année de Tom. Bon, je l’avoue, en observant le nombre de mots total pour ma fiction à ce moment-ci et me disant que j’en suis seulement à la première année de Tom, je capote un peu. Mon Dieu, combien de mots va faire cette fiction ? Ça n’a aucun sens ! J’en suis presque à 110 000 mots et on n’est même pas encore entré dans la phase « romantique ». J’ai tellement hâte de décrire l’obsession de Tom !!!!!
Bon, j’espère que vous ne vous ennuyez pas trop et que votre patience est encore présente. Je pense que c’est plutôt la mienne qui est mise à rude épreuve.Donc, dans ce chapitre, on voit peu Harry, malheureusement. Mais, on suit Tom et son entrée chez les Serpentard.
Au fait, pardonnez mes fautes. Je ne vois plus rien en me relisant...Je vous souhaite une bonne lecture !
SeverusRiddle
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Chapter Text
CHAPITRE 7
PREMIÈRE ANNÉE, UN DÉBUT
Tom scrutait le Poudlard Express, les yeux plissés. Tous ceux qui le regardaient croyaient observer un enfant calme, serein. Mais la vérité était tout autre. À l’intérieur de cette silhouette, derrière sa cage thoracique, palpitait un cœur à un rythme hallucinant. Un peu comme si le muscle anticipait une séparation, ou plutôt, une déchirure. C’était assez douloureux.
De grands panaches de vapeur s’élevaient dans la gare, enrobant les familles et leurs gamins d’une fumée blanche et collante. Le temps était beau, brillant, bien plus que le ressenti de Tom. Les rayons perçaient le quai pour se déposer sur les visages souriants des élèves habillés de leur robe ou bien de vêtements plus simples, voire à des loques. Enfin, du point de vue de Tom. Celui-ci portait déjà son uniforme confectionné dans un tissu onéreux et à la coupe impeccable. Il avait passé plusieurs minutes à lisser son image ce matin. Après tout, il devait partir sur de bonnes bases pour commencer son année.
Il se tenait droit, le menton haut, et analysait son environnement.
Là, à sa gauche, se trouvait une famille qui sortait du lot — fortunée, à n’en point douter. Ils étaient trois, tous aux cheveux presque blancs, le visage pointu et le nez retroussé. L’enfant était — ou bien allait être — un Serpentard, assurément. Tout dans sa silhouette, jusqu’à son souffle, dégageait richesse et aristocratie. Il était difficile de ne pas les regarder.
Un peu plus loin, une famille nombreuse avec des moyens financiers médiocres s’embrassait avec émotions. Ce groupe aux couleurs hétéroclites agaçait Tom sans qu’il ne sache pourquoi. Peut-être était-ce leur bonheur alors qu’ils étaient si minables, pitoyables ? Cette famille aveuglée semblait vivre dans une autre réalité.
Le regard de Tom se porta sur la foule pour finalement analyser son propre ressenti. Il ne pouvait le nier : il ne se sentait pas bien. Il avait rarement la nausée.
— Tom, il doit rester des compartiments vides, murmura Harry près de lui.
Sa voix se voulait maîtrisée, mais Tom y détectait un léger tremblement. Son cœur se serra à cette constatation : d’un plaisir évident, mais aussi d’une profonde anticipation. Il hocha le menton et s’avança dans la gare, sa valise à la main. Hydre entourait son cou comme un collier, sifflotant doucement à son oreille.
— Hé, regarde ! Un serpent ! s’étonna un gamin dégoûtant en pointant la silhouette de Tom.
Ce dernier lui lança un regard noir, puis porta son attention sur Harry. Celui-ci avait obtenu la permission du directeur de Poudlard pour l’hébergement de la couleuvre. Tom ne pouvait pas apporter Hydre dans les cours et il devait s’assurer qu’elle soit dans son vivarium lors de ses sorties hors du dortoir. Aucune promenade en liberté n’était autorisée.
Le soleil éclairait les cheveux noirs de Harry, créant l’impression d’un halo éthéré autour de sa tête. L’homme était bien habillé : il avait fait un effort. Il portait certes des vêtements simples pour un sorcier de rang supérieur — si l’on comparaît à la famille aristocratique de plus tôt —, mais ceux-ci étaient chics. Tom soupçonnait que son tuteur voulait montrer son dédain aux Sang-Purs, mais aussi faire plaisir à l’enfant en prenant soin de sa présentation en public. Harry était sublime, baigné ainsi dans la lumière de l’astre et dans la vapeur blanchâtre. Inconsciemment, Tom agrippa sa main tiède avec force. Harry lui lança un sourire.
— Prêt ?
Tom crispa la mâchoire, puis tenta à son tour un sourire. Oui, il devait l’être.
Ils arrivèrent près du marchepied, entouré de familles larmoyantes aux adieux. Cette vision tendit davantage Tom. Il sentit une main douce se déposer sur son épaule.
— Tout va bien se passer, Tom, lui souffla Harry. Tu vas être incroyable, n’en doutes pas.
Tom était dans le déni. Il se sentait paralysé, ne voulant pas regarder son tuteur. Il ne pouvait pas le serrer devant tout le monde, dévoiler cette faiblesse qui grandissait en lui. Il devait montrer à ses futurs camarades qu’il était plus élevé qu’eux, ne pas être prisonnier de l’affection d’une personne… même s’il s’agissait de Harry. Peut-être que le temps pouvait se figer à ce moment, empêchant leur séparation et l’éloignement de son tuteur ?
Les poings serrés, Tom plissa le nez, avala de travers et se retourna. Lorsqu’il posa ses yeux sur le visage de l’homme, son cœur se ratatina douloureusement. Harry affichait un sourire tendre, mais triste. Ses fossettes ressortaient grandement, narguant Tom de leur beauté — il rêvait parfois de les caresser du bout de sa langue. Mais le plus délicieux était les iris émeraude qui brillaient de larmes. À ce spectacle, toutes ses résolutions s’effacèrent : Tom entoura Harry de ses bras et enfonça ses doigts dans son dos. Il plongea son nez dans son cou et inspira son parfum, malgré les sifflements mécontents d’Hydre. Des bras tremblants vinrent l’embrasser, répondant à son étreinte.
— Tu vas me manquer, Tom, murmura Harry avec émoi. Mais nous allons nous revoir vite… si tu reviens pour Noël.
Tom fronça les sourcils. Dans quelle dimension préférerait-il rester à Poudlard plutôt que de venir au cottage avec Harry pour les fêtes ? Bien sûr qu’il allait revenir ! Harry en doutait-il ? Tom le serra plus fort, le cœur battant à tout rompre.
— Je vais t’écrire, croassa-t-il, sa bouche près de sa carotide. Souvent. Et tu dois me répondre chaque fois, promis ?
Il glissait ses doigts dans le dos de son tuteur en variant la pression. Ça ressemblait à un massage, mais c’était plutôt une façon pour lui de laisser des traces. Et s’il le lacérait pour marquer son territoire ? La mâchoire tendue, il s’imaginait bien percer la peau tendre de son cou de ses canines. Un doux rire le ramena à la réalité, lui chatouillant les oreilles et faisant bondir son cœur.
— Bien sûr, Tom. Chaque lettre, n’en doute pas.
Tom voulait rester à tout jamais dans les bras de Harry, mais le moment vint pour lui de partir et, avec une certaine agonie, il s’arracha de l’étreinte chaleureuse et addictive de son tuteur. Il monta le marchepied et observa Harry avec intensité. L’homme lui lança un doux sourire, inclina la tête sur le côté, puis poussa son menton vers l’avant. Ce geste se voulait insistant pour partir à la recherche d’un compartiment. Tom cligna des yeux et, le cœur lourd, tourna le dos à Harry.
Le train regorgeait de bruits et d’odeurs nauséabondes. Ça lui rappelait l’orphelinat et, pour le moment, il n’aimait guère cette aventure. Son visage changea et redevint celui de l’enfant d’autrefois. Le menton haut, un léger sourire arrogant aux lèvres, il longea le corridor pour trouver un compartiment libre. Il s’installa près de la fenêtre et, instinctivement, chercha une tête ébouriffée parmi la foule.
Tom crispa les poings : Harry était toujours là, observant le train, lorsqu’un sorcier qui semblait plutôt jeune s’inclina devant lui. Qui était-il ? Des cheveux roux, flamboyants comme le feu, attiraient facilement l’attention. Cette silhouette lui rappelait le rouquin dans le cadre de Harry : Ron. Certes, ce n’était pas lui, mais il y avait quelque chose d’angoissant dans leur ressemblance. De la famille ? Tom sentit des sueurs froides glisser le long de sa colonne. Qui était cet homme, putain ? Soudain, son cœur se comprima : Harry riait.
Il riait. Avec un inconnu.
Le visage collé contre la vitre, Tom scrutait l’échange entre les sorciers, l’envie foudroyante de se lever et de s’interposer entre les deux hommes lorsque la porte du compartiment s’ouvrit.
— Est-ce que ça te dérange que l’on s’installe ici ?
Avec une lenteur affolante, Tom tourna la tête pour assassiner les arrivants du regard. Il s’agissait d’un pauvre garçon rondelet et d’un autre, au nez écrasé.
— Déguerpissez ! siffla-t-il avec dédain.
Le garçon grassouillet recula de peur, puis agrippa son ami afin de sortir du compartiment. La porte claqua et Tom rechercha Harry avec affolement. Il était engagé dans une conversation animée avec l’homme roux. Il gesticulait des mains d’une façon inconnue pour Tom. Jamais il ne l’avait vu agir avec autant d’entrain. Ses fossettes se creusaient dans ses joues colorées d’un certain plaisir. Même de sa distance, Tom distinguait ses pommettes rougissantes… De quoi ? D’amusement ? D’excitation ? De joie ? Son regard émeraude ne se portait plus sur le train, comme s’il avait oublié que Tom y était.
Celui-ci crispa les poings avec une telle force que ses articulations craquèrent. Hydre releva la tête.
— Votre cœur bat vite, petit ssseigneur.
À vrai dire, Tom ne le sentait plus. Était-il encore dans sa poitrine ? Ou bien, peut-être était-il écrasé par un troupeau d’hippogriffes, là, au pied de Harry qui rigolait toujours ! La bouche sèche et la gorge saturée de sable, Tom fixait l’étrange couple sur le quai. Il voulait se lever et agripper Harry pour le ramener à la maison, mais il était paralysé. Son cœur se retenait de tout détruire. Mais pourquoi ? Les autres pouvaient bien tous brûler en enfer…
Le train siffla. Immédiatement, Tom vit son tuteur relever le regard et surveiller le véhicule. Il brandissait un bras dans les airs, comme s’il ne doutait pas que Tom l’observerait à ce moment précis. Et là, Tom cligna des paupières. Harry avait une telle confiance : il était assuré que le garçon braquait les yeux sur lui. Et c’était le cas… Oui, sans hésitation. Harry se sustentait de convictions. Et pourtant, Tom ne nourrissait que la crainte en lui. Alors qu’il détaillait le beau visage de son tuteur, il se questionna sur la normalité de la situation, sur son attachement, sur sa dépendance. Il désirait plus que tout que son obsession soit également celle de Harry. Oui, que Harry soit aussi fou que lui, de lui. Sa main se porta contre sa poitrine douloureuse : son cœur, là, saignait d’une nouvelle avidité. Depuis l’enfance, il rêvait de vie éternelle, mais que serait-elle sans Harry ? Il serra les doigts contre son torse, froissant son uniforme. Harry, Harry, Harry. Serait-ce possible ? Pouvait-il convoiter la présence de son tuteur plus que l’immortalité ? La bouche sèche, il avala de travers. Non, ce qui serait le mieux était une éternité avec Harry, près de lui. Sa poitrine explosa de désir. La bouffée de chaleur qui s’éleva en lui le submergea, l’étourdit. Puis, il entendit une nouvelle fois le sifflet du train, qui s’ébranla sur les rails. Harry devint de plus en plus petit jusqu’à disparaître de son champ de vision.
La réalité le frappa soudainement. L’air, toujours lourd, peinait à pénétrer ses poumons. Son esprit, sans cesse fixé sur Harry, se tourna vers une ombre près de la vitre du compartiment menant au couloir. Tom devait se ressaisir, calmer son cœur et éloigner son tuteur de ses pensées pour le moment, même si cela lui arrachait les entrailles.
Son nouveau combat commençait maintenant.
La porte coulissa une fois de plus. Un garçon, assez grand et au minois séduisant, pénétra les lieux comme s’ils lui appartenaient. Il survola un instant la tête de Tom, un sourire goguenard plaqué au visage, puis prit place sur la banquette. Un Sang-Pur, assurément. D’un simple coup d’œil à ses vêtements, Tom sut que l’adolescent venait d’une famille fortunée. Ses longs cheveux noirs scintillaient au soleil, mais Tom ne put s’empêcher de les comparer à ceux de Harry, qui étaient beaucoup plus sublimes.
Tom demeura silencieux, un air méprisant sur le visage.
Trois autres sorciers, dont le garçon aux cheveux presque blancs aperçu sur le quai plus tôt, pénétrèrent le compartiment, leurs yeux fixés sur Tom.
— Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? C’est qui ? cracha un garçon aux traits rudes et peu seyants. Hé, sors d’ici.
Un long sourire carnassier fendit le beau visage de Tom. Il attendait ce moment depuis longtemps déjà. Soudainement, Harry s’éloigna de ses pensées. Il releva le menton, pencha la tête sur le côté, et scruta ses interlocuteurs d’un œil vif et calculateur.
— Non, claqua-t-il d’un air mauvais.
— Non ? répéta le garçon en fronçant les sourcils et en montrant les dents, tel un chien. Sais-tu à qui tu parles, loupiot ? À l’héritier des Avery !
Celui-ci bomba le torse, provoquant un rire froid et cruel de Tom. Eh bien, voici un camarade qu’il allait devoir remettre tranquillement à sa place. Avery s’avança avec rapidité et attrapa Tom par le collet.
— Alors, tu te pisses dessus, maintenant ?
Non seulement il était idiot, impulsif, mais son langage était… désolant. Le garçon aux cheveux noirs rigola un moment tandis que les deux autres demeuraient silencieux. Malgré son instant d’accablement pour une telle attitude venant d’un Sang-Pur, Tom sentit une profonde colère ramper dans son ventre. Qui osait le toucher ainsi ? C’était répugnant, impardonnable. Les pupilles dilatées, Tom laissa tomber ses yeux sur le poignet du Sang-Pur et chuchota :
— Incendio !
Un feu entoura le bras de son assaillant, brûlant le vêtement chic et dernier cri. Avery lâcha Tom avec vivacité et tenta d’étouffer les flammes de sa main.
— Aidez-moi ! cria-t-il en s’échouant au sol. Ça. ÇA BRÛLE !
L’autre garçon, celui aux cheveux bruns et à la peau de pêche, sortit sa baguette, mais elle glissa de ses doigts. Tom profita de la confusion pour se pencher sur Avery, le visage sombrement satisfait. Sa magie contrôlait les flammes, les maintenant au niveau du poignet, sans lécher le reste des vêtements.
— Alors, qui se pisse dessus, maintenant ? susurra Tom en fixant l’entre-jambes du sorcier. Oh, pas moi, je crois.
Il sortit sa baguette et lança un Aguamenti sur le feu. Un nuage de fumée embrouilla le compartiment, mais disparut assez rapidement. La chemise de Avery était brûlée à la base du bras et des cloques apparaissaient sur sa peau rouge vif. Brûlure au 2e degré. C’était un tableau fascinant.
Tom leva son regard prédateur pour observer l’assistance, puis reprit sa place près de la fenêtre avec une lenteur calculée et digne. Il sortit un livre de sa valise, croisa les jambes et plongea le nez entre les pages.
— Je vous permets de rester, siffla-t-il alors que Hydre glissa de son cou pour venir lui caresser la joue de sa langue. Il ne faudrait pas demeurer en mauvais termes en tant que futurs colocataires Serpentard, n’est-ce pas ?
Il sentit plus qu’il le vit les autres l’étudier avec une certaine crainte, mais aussi une profonde curiosité. Avery se leva, le visage plissé de douleur.
— Avery, claqua Tom avec ordre, va te soigner. Malheureusement, je ne connais pas encore cette branche de la magie. Dommage.
Le sorcier chigna un moment et sortit en trombe, suivi par le garçon à la peau de pêche. Tom feignit l’indifférence, les yeux fixés sur son livre, mais tous ses sens étaient éveillés. Qu’allaient faire les autres ? Abandonneraient-ils le compartiment pour un nouveau ? Bien sûr que non, mais Tom avait établi des limites qu’il contrôlait. Il sourit intérieurement. Les deux autres garçons s’installèrent finalement sur la banquette opposée avec rigidité.
— Alors, quel est ton nom ?
Tom releva un visage impassible et fixa le sorcier qui venait de parler : celui à la tignasse noire.
— Tom Jedusor, dit-il lentement et avec calme. Et vous ?
— Orion Black, renifla-t-il en se vautrant de travers sur la banquette. 3e année à Serpentard. Et lui, continua-t-il en pointant le garçon aux cheveux presque blancs, c’est Abraxas Malefoy. Il entre en première.
Tom hocha la tête, l’esprit calculant rapidement ses choix. La question du sang arriverait assurément. Il ne devait montrer ni hésitation ni sentiments d’infériorité. C’était lui qui menait le navire. Il était plus fort que les autres, plus brillants. Et ce qu’il venait de vivre avec Avery le prouvait.
— Je serai aussi à Serpentard, glissa-t-il d’une voix hautaine. Serons-nous camarades, Malefoy ?
Abraxas le fixa un moment, dévoilant des yeux d’un bleu glacé.
— Assurément, répondit-il d’un ton vaniteux et désagréable. Jedusor, Jedusor… Ça ne me dit rien. Je pensais qu’il n’y avait que des Sang-Purs à Serpentard.
Cette affirmation était destinée à Black, et non à lui.
— Es-tu un Sang-Mêlé ou un Sang-de-Bourbe ? lança Black à son intention.
Tom plissa les yeux, comprenant que « Sang-de-Bourbe » désignait une insulte pour les sorciers Né-Moldus. Harry devait détester cette appellation au plus profond de lui : jamais il ne le tolérerait. Comment réagirait Harry si lui, Tom, utilisait cette insulte ? Le visage profondément déçu de l’homme s’imbriqua dans son esprit. Non, il aimait beaucoup les expressions et les émotions de son tuteur, mais assurément pas celle-là. Son cœur battit de plus belle. Il devait éloigner Harry de ses pensées, au plus vite.
— Sang-Mêlé, répondit Tom sèchement, malgré le risque qu’une telle information soit dévoilée aussi rapidement.
Il étudia la réaction des deux autres, un sourire maintenant moqueur aux lèvres. Heureusement, il ne se sentait pas inférieur malgré le statut de son sang. Et il ne regrettait guère son dévoilement. Mieux valait crever l’abcès immédiatement pour mieux régner ensuite. Pour la première fois, il comprit réellement que cette pensée de pureté du sang avait ses limites, bloquait la réflexion, le raisonnement de l’esprit et amincissait tous les chemins pour l’avenir grandiose qu’il aspirait, c’est-à-dire : gouverner tous les autres. Oui, pour attirer les faveurs des Sang-Purs, Tom devait soulever leur admiration, mais si cette admiration provenait juste de la croyance du sang, c’en était presque décevant. Le défi était immense, certes, mais pas moins challengeant. Et puis, pour gouverner tout le monde, Tom devait s’attirer les faveurs de tous : pas seulement des Sang-Purs, mais bien sûr des Sang-Mêlés et des Né-Moldus. Et quoi de mieux que d’être à la limite de ces derniers avec sa lignée ? L’un de ses pieds baignait chez les Sang-Purs et l’autre chez les Moldus.
— Et vous, des Sang-Purs, déclara Tom avec un rire moqueur, teinté de dédain.
Il devait se montrer supérieur à tout moment.
— Évidemment ! s’exclama Abraxas, les joues gonflées d’indignation.
Oh, un émotif. Tom nota cette caractéristique dans un coin de son esprit. Les Malefoy étaient une famille importante dans la communauté des sorciers. Nombreuses étaient les informations que l’on pouvait apprendre en tendant bien l’oreille sur le chemin de Traverse.
— Tu sembles fier de ton statut sanguin, miroita Tom en étirant son sourire jusqu’à fendre son visage. Mais savais-tu que le pouvoir ne réside pas dans le sang, mais bien ici — il pointa sa tempe d’un geste élégant et assuré —, l’esprit ?
Black renifla et croisa ses bras derrière son crâne.
— Quelles sont ces bêtises ? Ah oui, celles d’un Sang-Mêlé désespéré d’être un Sang-Pur.
Abraxas ricana sous le commentaire. Tom, quant à lui, posa ses yeux sombres sur l’autre garçon. Manifestement, il y avait une certaine puissance magique chez Black, mais elle n’était guère assez pour l’empêcher de plonger dans son esprit. Alors, il n’y alla pas par quatre chemins : il poussa.
Il piqua avec l’envie de lui déchirer la cervelle et fouilla jusqu’à tomber sur des souvenirs personnels, des souvenirs que Black cherchait à cacher, sans succès. Oh, le garçon vivait de la violence au sein de sa famille. Il portait une aversion pour son père qui aimait bien promener ses mains sur lui… Oh, c’était un excellent secret. Un secret puissant, qui lui donnait du pouvoir. Tom se retira.
Il scruta Black avec un visage impassible alors que ce dernier écarquillait les yeux d’épouvante.
— Toi… TOI ! siffla-t-il sans pouvoir développer sa pensée. C’est interdit !
— Tes secrets sont maintenant les miens, le coupa Tom avec assurance, sans détourner les yeux. Je suis certain que tu garderas le mien. Je suis peut-être un Sang-Mêlé, mais je suis puissant. Je sais lorsqu’on me ment, j’utilise déjà la magie sans baguette et, plus encore, j’en ai bien peur. Et pourtant — Tom dévia le regard pour le fixer sur Abraxas, qui se demandait ce qu’il venait de se passer —, je suis un pauvre Sang-Mêlé. Un sang souillé, néanmoins…
Il murmura quelques mots et Abraxas s’envola de quelques centimètres de son banc avant de tomber en pleine face au sol.
— J’excelle dans la magie, susurra-t-il avec suffisance. Laissez-moi vous faire un comparatif : les chiens.
Black ricana, mais Abraxas demeura muet, de plus en plus hypnotisé par la prestance de Tom.
— Les chiens de pures races ont généralement des déficiences au niveau de leur santé alors que les bâtards, eh bien, ils sont résistants et forts. Ils vivent bien souvent plus longtemps. Je me vois un peu comme ça. Mes gênes ne sont peut-être pas comme vos pathétiques préjugés, mais l’important, c’est qu’ils me porteront loin. Si loin que vous regretterez de ne pas vous tenir près de moi lors de mon ascension. À mes yeux, le pouvoir et la longévité sont ce qui me semble le plus important. Mais…
Il garda un moment le silence, satisfait de constater qu’il maintenait les deux garçons sur l’immobilité de ses lèvres.
— Il serait hypocrite de dire que mon ancêtre n’y est pour rien.
— Ton ancêtre ? osa demander Abraxas en se relevant et en replaçant ses cheveux.
Et voilà : Tom venait de planter la graine qui lui donnerait le pouvoir sur les Sang-Purs.
— Oui, susurra-t-il avec arrogance. C’est peut-être pour cela qu’une autre famille puissante m’a pris sous son aile.
À cette révélation, Tom brandit la main pour montrer la bague des Peverell. Immédiatement, il vit les yeux de Black et de Malefoy s’écarquiller avec intensité.
— L’emblème des Peverell ? souffla Black, maintenant sous l’emprise de Tom. C’est… impossible, cette famille est éteinte.
Tom garda un visage impassible, mais son esprit brûlait devant ces réactions. Mais comment ça : éteinte ? Il était vrai que Harry était le seul, mais pourquoi n’était-il pas connu ?
— C’est un mensonge, siffla Tom avec une raideur qu’il peinait à cacher. Mon tuteur est bien réel. J’ai pénétré moi-même dans son coffre à Gringotts.
Abraxas ouvrit la bouche, curieux. Mais Tom leva la main.
— Pour mon propre ancêtre, vous le saurez en temps et lieu. Seulement si je peux vous compter parmi mes alliés.
Black renifla, mais Abraxas se rapprocha de Tom, les yeux un peu plus lumineux. Tom lui offrit alors un sourire, un petit cadeau pour l’amadouer encore plus, puis plongea le nez dans son livre. Orion Black allait être plus difficile à convaincre, mais l’année ne faisait que commencer. Le temps : voilà son plus grand allié.
888
Tom se tenait devant un tabouret sur lequel reposait un chapeau. Il était vieux et rapiécé. Il n’osait imaginer son odeur, ne voulant qu’un parfum : celui de Harry. Mais… ce n’était pas le temps. Il ordonna à ses pensées de revenir au moment présent.
Un grand homme, à la barbe et aux cheveux auburn, portait entre ses mains un rouleau de parchemin. Il semblait puissant : Tom le sentait de sa place. Sa magie tourbillonnait autour de lui, dense et piquante. Était-ce lui : Albus Dumbledore ? Harry lui avait parlé de cet homme et de ce que l’on racontait à son propos : le sorcier le plus puissant de sa génération. Mais, cette force n’était rien comparativement à celle de Harry. Tom réalisa que son tuteur dénigrait bien souvent ses prouesses, mais… il était extraordinaire. Son cœur battit la chamade. Son corps lui démangeait : il était en manque. C’était la première fois qu’il était séparé de Harry aussi longuement. Il voulait le toucher ! Tom crispa les poings : il devait se concentrer.
C’était le moment de la répartition et Tom avait hâte d’en terminer, de plus en plus incapable de se tenir parmi la foule d’élèves autour de lui. Alors que les noms se faisaient appeler, il scruta ce plafond étrange montrant la météo. Puis, ses yeux examinèrent les milliers de chandelles flottantes et la hauteur des fenêtres. Oui, Poudlard était grandiose, magnifique même. Le genre d’endroit désiré pour un orphelin ambitieux et espérant quitter un orphelinat. Un foyer rêvé pour l’enfant qu’il était avant Harry.
Oui, avant.
Tom avait une maison, un petit cottage rempli de souvenirs et de parfum de cuisine. Un endroit chaleureux, décoré avec amour, regorgeant de l’odeur de Harry. Rien ne pourrait remplacer cet endroit, pas même un château. Dans une autre vie, peut-être, mais pas celle-ci. Et bon sang que Tom avait hâte de retrouver les draps de son tuteur.
— Abraxas Malefoy !
Le garçon blond, debout près de Tom depuis leur rencontre dans le train, lui lança un sourire gêné et s’avança vers le tabouret. Une fois le Choixpeau devant les yeux, l’objet attendit deux minutes avant de se fendre et crier : « SERPENTARD ! » Abraxas, l’expression suffisante, se leva et inclina la tête vers Tom.
— Je te garde une place.
Tom grogna intérieurement. En voilà un qui allait être collant. Mais, c’était pour la bonne cause, n’est-ce pas ?
Deux personnes suivirent, un pour Poufsouffle et l’autre pour Serdaigle. Enfin, son nom fut cité.
— Tom Elvis Jedusor !
Il s’avança avec confiance, un léger sourire aux lèvres, et croisa les yeux de Dumbledore. Ceux-ci l’étudiaient avec une certaine intensité, bien plus que tous les autres adultes. Il érigea ses barrières mentales : cet homme n’était pas un ami. Pas pour lui.
Il détourna le regard et prit place sur le tabouret. À peine le chapeau eût-il effleuré ses cheveux que celui-ci entonna : « SERPENTARD ! » À cette annonce, il n’y avait aucun doute que le sang de Salazar en personne coulait dans ses veines. Avec une politesse feinte, il inclina le menton devant Dumbledore et se leva pour rejoindre la table colorée de vert aux réactions mitigées.
Immédiatement, il vit Abraxas brandir le bras dans sa direction et Tom, soupirant mentalement, le retrouva. Le poids de la compagnie le pesait déjà, mais ce garçon était une arme parfaite pour pénétrer l’esprit des Serpentard. Il ne pouvait pas l’ignorer. Tom s’installa près de Malefoy avec prestance. Il sentait de nombreux regards braqués sur lui, mais les laissa couler contre sa silhouette avec un profond amusement. Peu importe ce que pensaient les autres de lui, la seule opinion significative était celle de Harry.
Oui, Harry.
Certes, il voulait briller aux yeux de tous afin d’escalader le sommet de la puissance, mais il se fichait de le faire au détriment des autres. Alors, que ce soit avec amour ou bien avec haine, l’important était de grimper tout en haut de la chaîne alimentaire. Bien entendu, il serait plus évident d’y parvenir en entrant dans les bonnes grâces de la majorité. C’était logique et quelque peu ennuyeux, car Tom allait devoir revêtir de nombreux masques.
Un regard lui perça le crâne. Avec une lenteur délibérée et condescendante, Tom tourna le visage pour scruter Avery, qui affichait un air de pur dédain. Sa lèvre supérieure remontait jusqu’à révéler ses dents et son dégoût. Néanmoins, le garçon demeurait silencieux. Un sourire suffisant étira la bouche de Tom alors que ses yeux glissaient sur le poignet maintenant guéri de Avery. Il releva ses iris sombres, moqueurs. Puis, il attendit, pénétrant les pupilles de son interlocuteur sans toutefois pousser son esprit contre le sien. L’envie ne manquait pas, mais Tom jugeait plus prudent de mener ses pions lentement, tel un serpent sournois et rusé. Avery détourna finalement le regard, le visage rouge de colère.
— Je suis vraiment curieux de connaître ton ancêtre, souffla doucement Abraxas près de Tom. Tu sais, le Choixpeau a seulement effleuré ta tête avant de faire son choix. Tes qualités… en tant que Serpentard — Tom entendait presque « tes qualités en tant que simple Sang-Mêlé » — semblent incroyables.
Tom allongea le bras et entreprit de se servir un pain alors que le dernier élève transférait à Gryffondor.
— Évidemment, répliqua-t-il pendant qu’il évaluait les visages scrutateurs autour de lui. Peu importe que mon sang soit mélangé, mon esprit, lui, est brillant. Je pense que la supériorité réside plutôt dans la question des gènes. Après tout, le sang n’est peut-être qu’une partie du corps humain alors que les gènes sont de l’information essentielle à l’humain, selon Wilhelm Johannsen.
Abraxas fronça les sourcils de curiosité. Le sourire étiré, Tom remercia mentalement Harry de lui avoir déniché des revues scientifiques très pointues pour appuyer ses discours passionnés sur l’invalidité du sang dans la puissance magique. Il revoit encore ses fossettes se creuser alors qu’il lui tendait les bulletins : « Regarde ces articles, Tom, avait-il dit de sa voix chaleureuse en lui remettant de vieux bouts de papier jaunis, les scientifiques Moldus ont découvert que certaines qualités se transmettent par ce qu’ils appellent des gènes. Ce n’est pas le sang qui décide de ce que tu es ou de ce que tu peux devenir, comme je n’arrête pas de te dire. Même un enfant issu de Moldus peut avoir un potentiel incroyable. Ou un Sang-Mêlé tel que toi ! » Tom s’était plongé dans la lecture avec intérêt, bien entendu. Puis, il avait longuement réfléchi à ses découvertes pour se préparer au mieux à Poudlard. Pour manipuler avec davantage de talent son entourage afin de se faire accepter comme Sang-Mêlé chez les Serpentard, mais aussi pour faire plaisir à Harry. Oui, toujours Harry. Depuis, Tom n’avait pas pu nier que les informations scientifiques étaient intéressantes et pleines de sens. Malgré le goût de cendre qu’il avait en bouche à cette petite pensée, oui, il devait avouer que les Moldus pouvaient être intelligents…
Toutefois, Tom possédait plus : l’intellect, mais aussi la magie.
— Des gènes ? questionna Abraxas avec incompréhension. Tu as déjà mentionné ce mot dans le train. Je… ne le connais pas.
— Oh ! se moqua Tom avec la ferme intention de mettre de l’avant son esprit supérieur à l’ensemble de la table. Les gènes sont… disons, des unités qui transmettent les traits d’une génération à l’autre. Des gènes diversifiés diminuent les limitations dues à la consanguinité magique, voire sanguine.
Tom se pencha alors vers Malefoy avec l’air d’un prédateur particulièrement sûr d’obtenir sa proie, de le mettre dans son rang comme futur sbire.
— Peu importe le statut sanguin, ce sont les gènes qui comptent. Ceux de ma lointaine lignée sont excellents, certes, mais peut-être que le mélange à un Moldu a fortifié les miens afin d’améliorer ma future lignée et mieux la remonter, pour la rendre plus forte. Et si le groupe sanguin était créé par les gènes ? Imagine seulement ça, ne serait-il pas logique qu’au final, ce soit les gènes qui prédominent ? Tout ?
Abraxas écarquilla les yeux comme victime de la foudre.
— Mais, se désola Tom avec drame dans un soupir exaspéré, vous, les sorciers, naviguez dans des idées quelque peu… en retard, n’étudiez pas la science. Quel dommage ! Je ne suis pas surpris de voir vos esprits si… asséchés.
— Que dis-tu ? s’exclama une jeune fille près de Tom. Je…, s’arrêta-t-elle lorsque Tom la scruta de ses deux abysses.
L’inconnue possédait de grands yeux bleus et des cheveux frisés comme un caniche. Son maintien et sa façon de se coiffer amélioraient son apparence. Or, la jeune fille n’était guère jolie. Par contre, sa magie pétillait autour d’elle, bien plus que celle de Malefoy. Immédiatement, Tom sut qu’il pouvait la charmer : c’était évident. Alors qu’il ouvrait la bouche, le directeur claqua de ses mains et de nombreux plats apparurent sur les tables.
— Bon appétit ! Une fois vos ventres bien remplis, j’exposerai les règles de Poudlard, s’exclama le professeur Dippet en caressant sa longue barbe grise, les traits creusés par l’âge.
C’était un vieil homme qui semblait craquer de toutes ses articulations. Tom parcourut rapidement les mets devant lui et décida de se servir de cette salade, celle près de sa nouvelle victime, afin de révéler la bague à son doigt. Le bijou brilla sous la lumière des bougies, exposant l’emblème des Peverell. Immédiatement, il vit de nombreux regards s’étonner du joyau et un lourd silence tomba autour de lui.
— Je dis, poursuivit Tom en ignorant volontairement la nouvelle atmosphère et plongeant ses yeux dans ceux de la jeune fille, que des études démontrent que les gènes sont la signature d’une personne. Les gènes sont le fondement de ce que nous sommes — pas le sang. Ce n’est donc pas le sang qui importe, puisque celui-ci est peut-être en partie le résultat des gènes.
— Mais alors, lança Orion Black, qui venait de se rapprocher de Tom pour prendre place face à lui, les paupières plissées, même s’il s’agit d’une question de gènes, cela revient à la même chose que le sang.
Tom pencha la tête sur le côté — comme le faisait si souvent Harry —, un grand sourire aux lèvres.
— Explique-moi, dit-il alors qu’il se servait du ragoût en exposant une nouvelle fois l’emblème des Peverell à son doigt.
— Suivant ta logique, de meilleurs gènes entraîneraient donc un meilleur sang, un sang pur. Et les gènes doivent être meilleurs chez les sorciers, puisque nous manions la magie.
— Eh bien, c’est là que tu te trompes, répondit Tom en demeurant respectueux dans son ton, faisant face à une famille puissante sous les feux de la rampe.
Près de la moitié de la table écoutait la conversation, il devait user de sagesse et de ruse pour cacher son mauvais caractère.
— Les gènes sont héréditaires, mais utiliser les mêmes gènes sur de longues périodes peut provoquer des défaillances chez l’humain : augmentation du risque de maladie, folie mentale, déformation congénitale, etc. L’intérêt de mélanger les gènes est de les solidifier, de les faire perdurer. Et vous, Sang-Purs, êtes minimes dans la société. Vous mélangez votre sang, ou plutôt, vos gènes, depuis tellement de générations entre les mêmes familles qu’un jour, vous diminuerez votre propension à la magie, à la puissance et à la longévité.
Orion crispa les poings, mais demeura silencieux, son esprit en ébullition. Sans même y pénétrer, Tom voyait qu’il avait touché une corde sensible : il avait cru comprendre, en s’informant sur la lignée des Black, que la folie ravageait sa famille, se mariant entre eux. Orion était donc potentiellement réceptif à ses explications. Ce qui était parfait, car Tom semait le doute. C’est ce qu’il voulait. Il n’était pas un biologiste, ne sachant le pourcentage de vérité derrière ses mots, mais il pouvait user de sa langue d’or pour manipuler les esprits autour de lui. C’était si plaisant. S’il arrivait à faire douter les Sang-Purs de leur suprématie sur les Sang-Mêlés et les Né-Moldus, pour ensuite les faire accepter cette différence un pas à la fois, Tom marquerait des points dans toutes les sphères. Ainsi, il pourrait un jour gouverner.
— Je ne te crois pas, cracha Avery à bonne distance, le visage plissé de rage. Tu n’es qu’un Sang-de-Bourbe ! Tu dis n’importe quoi, juste pour justifier ta présence chez les Serpentard !
Tom étira son sourire, le rendant maintenant vicieux.
— Rectification qui importe peu : je suis un Sang-Mêlé. Et pour répondre à ton affirmation : ça ne m’étonne pas, dit-il. Ton esprit est étroit, comme tes gènes sont faibles.
Avery se leva de son siège avec fureur, renversant son jus de citrouille dans son assiette. Le silence retomba dans la Grande Salle, les regards braqués sur le garçon. Bien vite, le visage rouge de honte, il quitta la table pour franchir les grandes portes.
— Ne dit-on pas que la vérité fait mal ? ricana Tom, soulevant quelques rires autour de lui.
C’était déjà bien de pouvoir faire réagir des personnes dans son sens en cette première journée. Bientôt, tous seront sous sa coupe.
— Alors, marmonna la jeune fille de plus tôt, tu aimes les Moldus ?
Tom plissa les yeux.
— Je tolère ceux qui usent de leur esprit, répliqua-t-il avec fermeté. Qu’en penses-tu ?
— Je… Eh bien oui, dit-elle en se mordant la lèvre inférieure. La maison Serpentard mise sur la ruse, l’ambition. Avoir de l’esprit est donc fondamental pour être assis ici.
Tom empoigna son verre et le leva devant lui.
— Je ne peux qu’être en accord avec toi, dit-il avant de siroter une gorgée.
— Alors, commença Orion, le visage écrasé dans la paume de sa main, le coude sur la table, parle-moi de ton père adoptif, ce Peverell.
Tom crissa des dents avec force.
— Mon tuteur, corrigea-t-il avec une politesse feinte. Harry Peverell est mon tuteur seulement, pas mon père. Je suis sous sa garde, car il sentait un grand pouvoir en moi, un pouvoir que je devais apprendre tôt à contrôler.
Des chuchotis s’élevèrent près de lui, mais manifestement, Tom restait le centre de l’attention. Il adorait ça, pour le moment du moins. Il fabriquait son image, pierre par pierre. Mais il savait que bientôt, il aurait besoin de calme.
— Eh bien, pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler de lui ? Les Peverell sont légendaires, parmi les familles les plus rares après celle de Merlin ! Et maintenant, comme s’il tombait du ciel, ton tuteur le serait ?
Tom réfléchissait à vive allure. Les Sang-Purs avaient une connaissance approfondie des familles et de leur héritage. La situation était effectivement étrange. Même le livre des généalogies acheté chez Barjow et Beurk montrait un arbre particulier des Peverell : Harry rejoignait Ignotus par des pointillés comme s’il n’avait pas de parents… Mais, les gobelins le reconnaissaient comme un Peverell : jamais ces créatures ne toléreraient un imposteur dans l’un des coffres les plus fortunés de la banque. Tom devait noter ces renseignements dans son journal du moment qu’il serait dans sa chambre. Harry… était une telle énigme.
— Je serais curieux que tu m’expliques ce que tu connais des Peverell, Black.
Orion l’observa avec supériorité et moquerie.
— Eh bien, eh bien, il semblerait que ton esprit manque d’informations.
Tom se mordit l’intérieur de la bouche avec force, mais garda un visage impassible, lisse de son courroux. Putain de prétentieux ! S’il pouvait lui arracher la langue et la lui faire avaler pour l’obliger de se taire à jamais !
— Je n’ai que 11 ans, se moqua-t-il alors, les traits séduisants. Il serait idiot si je confirmais tout savoir. Mais, ma longévité sera tellement plus grande que la majorité des Sang-Purs que j’ai bien du temps devant moi pour cultiver mon esprit allumé, et non troublé par la folie. Et donc, poursuivit Tom avec froideur, le menton maintenant appuyé dans sa paume, je pensais que tu aimerais m’enseigner de ton savoir pour que je puisse faire de même à mon tour, mais je peux très bien choisir une autre personne.
Tom tourna son visage vers Malefoy, qui l’étudiait avec une certaine admiration derrière ses pupilles.
— Dis-moi ? La folie est-elle incrustée dans tes gènes, Abraxas ? Peux-tu répondre à mes questions ?
Il fit roucouler son prénom sur sa langue, ce qui provoqua un rougissement chez le sorcier.
— Oui, je peux. La folie ne teinte pas encore ma famille, ricana ce dernier en jetant un coup d’œil à Orion, dont les épaules tremblaient de fureur.
— Bien, susurra Tom d’un sourire satisfait en poursuivant son repas.
888
Dès que les règlements de l’école furent énumérés par le directeur, Tom parcourut les couloirs de Poudlard avec les nouveaux de son année et descendit dans les cachots où se trouvait la salle commune des Serpentard. Le préfet, du nom de Mathias Travers, lui révéla le mot de passe, une fois qu’ils furent devant un long mur entouré de flambeaux. Ils pénétrèrent les lieux et Tom cligna quelques fois des paupières, le visage impassible.
Tout était en pierre, avec des draperies argentées et vertes. De grands tapis recouvraient le sol à certains endroits alors que des serpents ornaient les murs et les colonnes parsemant la salle commune. Un feu ronflait dans les âtres. Des divans s’éparpillaient un peu partout, tout comme des tables de travail avec des chaises et des poufs.
Tom aimait bien ce qu’il voyait, mais son cœur se serra. S’il n’avait pas connu le cottage, et surtout Harry, Poudlard aurait été une bénédiction. Mais, en ce moment, il aurait aimé pénétrer la chambre de son tuteur pour y gorger ses poumons de son odeur. Même les couleurs chaleureuses qu’affectionnait Harry lui manquaient.
— Vous, les petits nouveaux, lança Travers avec force, faisant sursauter certains, sachez que les règlements internes de Serpentard diffèrent de toutes les autres maisons. Nous sommes fières d’être dans la maison du grand Salazar. Ici, à Serpentard, nous réglons nos différends à l’interne ! claqua-t-il d’un regard féroce. Aucune pleurnicherie ne sera tolérée au sein de nos murs. Le seul professeur que nous acceptons, nous, les serpents, est notre directeur de maison : Horace Slughorn, aussi professeur de potions. Parfois, lorsque les conflits perdurent, il intervient auprès de nous. MAIS ! Nous préférons régler nos problèmes dans l’intimité de la salle commune.
— De quelle façon ? questionna un garçon à la carrure assez impressionnant pour son âge.
— Oh, de plusieurs façons, ricana Travers, mais les plus populaires : le procès et les duels.
Soudain, Tom sentit son cœur palpiter d’excitation. Il aimait déjà le fonctionnement de la maison, leur fourberie. Les temps allaient peut-être être difficiles dans les débuts, mais il se voyait déjà à la tête de tous et tirer les ficelles comme il le souhaitait.
— Bien, suivez-moi, je vais vous montrer vos chambres. Contrairement aux autres maisons, nous, ici, à Serpentard, nous tolérons deux élèves par chambre. On n’est pas une commune, mais des partenaires. Nous ne sommes pas aussi turbulents que les Gryffondor, aussi indécis que les Poufsouffle et aussi déconnectés que les Serdaigle. Nous, nous sommes avides et pleins d’ambition. Pour ça, n’est-il pas important de cacher nos petits secrets ?
Tom sentit une main lui agripper la manche de sa robe de sorcier. Il retint son sifflement.
— Hé, veux-tu que l’on partage notre chambre ? demanda Abraxas avec espoir.
Honnêtement, Tom n’en avait pas envie. En fait, il aurait préféré être seul, mais… il ne pouvait pas. Alors, mieux valait être avec Malefoy. Il se tourna vers lui, un sourire charmant peint sur ses lèvres.
— Oui, merci de la proposition.
Ils suivirent Travers jusqu’à un long corridor. Puis, Tom poussa la porte d’une chambre, Abraxas sur ses talons. Lorsqu’ils la pénétrèrent, Tom fut heureux d’être à l’avant, car ses yeux s’écarquillèrent : là, devant lui, se trouvaient plusieurs fenêtres avec une coloration étrange, d’un vert profond. Des silhouettes noires et lointaines dansaient, voire ondulaient, dans ce qui semblait être le néant.
Sans même connaître la réponse, Tom comprit qu’ils étaient sous le lac de Poudlard. Harry savait-il ce détail ?
— Quel lit préfères-tu ? demanda Abraxas alors qu’il s’approchait de l’ombilic de la pièce pour observer les meubles plutôt que le fond de l’eau.
— Celui-là, pointa Tom.
Ledit lit était en retrait près de la fenêtre. Immédiatement, ses valises apparurent sur son matelas. Il s’avança et s’installa en prenant bien soin de protéger ses effets avec des sorts complexes qu’il avait appris dans des livres de la bibliothèque de Harry. Puis, il libéra le vivarium d’Hydre, qu’il peaufina avec de la végétation et des minerais.
— Tu as un reptile ? s’étonna Abraxas en observant les nouveaux meubles près du lit de Tom. Je croyais que c’était interdit.
— Harry a écrit à Dippet pour lui parler de ma couleuvre. Il a accepté étant donné que Hydre est avec moi depuis plusieurs années.
À son nom, le serpent glissa de son cou où elle était demeurée camouflée et descendit lentement le long du bras de son maître.
— Je sssuis fatiguée, dit-elle longuement. Merci, jeune ssseigneur.
Tom resta muet, préférant encore taire son don de Salazar. Après tout, Hydre pourrait peut-être espionner Malefoy un moment avant qu’il détermine s’il pouvait compter sur sa loyauté.
— Elle est vraiment jolie, chuchota Abraxas en scrutant la couleuvre.
Tom approuva silencieusement et alla sous la douche. Lorsqu’il revint, il fouilla dans son coffre, puis grimpa sur son lit, tirant les rideaux argentés pour l’intimité. Après plusieurs sorts de silence, Tom sortit son nécessaire à écrire.
Plume en main, il plissa le nez.
Cher Harry,
J’y suis enfin. Le trajet a bien été. Il n’y a pas grand-chose à raconter. Poudlard est réellement magnifique, je dois le reconnaître. Le plafond de la Grande Salle regorge d’une puissante magie, ancienne. Je le sens. Savais-tu que le dortoir des Serpentard se trouvait sous le lac ? On peut observer les eaux troubles dans les chambres. Je crois que tu aimerais.
Comme tu le comprends, je suis bien à Serpentard. Le Choixpeau n’a pas hésité une seule seconde. J’en suis fier.
Hydre est bien installée dans son vivarium, elle dort déjà.
Comment a été le retour à la maison ? Je t’ai vu discuter avec un homme roux sur le quai de la gare. Qui était-il ? Tu lui parlais avec agitation. Le connaissais-tu avant aujourd’hui ? Il m’a fait penser à ton ami, Ron, si je me souviens bien. As-tu bien mangé ? J’espère que tu prends ton temps pour couper les aliments, tu n’arrêtes pas de te blesser. Je sais que tu lèves les yeux en ce moment, mais tu ne fais jamais attention.
J’attends ta réponse rapidement.
Tom.
Il se relut plusieurs fois, se retenant d’écrire le vrai fond de sa pensée et de ses accusations. Qui était l’homme roux ? Il espérait que c’était seulement une relation de passage, de celle où l’on est poli pour entrer dans le moule de la société et qu’on oubliait une fois la porte de la maison franchie. D’ailleurs, il allait devoir trouver la volière pour acheminer sa lettre. Demain, il devrait s’en faire une priorité. Mais pour l’instant, il déposa le parchemin sous son oreiller et sortit le pull rouge de son tuteur. Il leva le sort de stase et serra avec étroitesse le vêtement contre son torse, le visage plongé dans la laine douce et odorante. Bon sang qu’il adorait le parfum de Harry. Plus les années passaient et plus quelque chose bougeait dans son ventre du moment qu’il inspirait tout ce qui concernait Harry. Si seulement il pouvait emprisonner à jamais son parfum… il s’imaginait même le boire pour en imprégner son âme.
Le nez plongé dans les vieilles mailles et sa bouche collée contre le tissu, Tom ferma les yeux et s’endormit.
888
Le premier jour, Tom avait analysé son environnement comme s’il s’agissait d’un ennemi. Il devait tout retenir et devenir le plus tôt possible indépendant. Heureusement, les fantômes et les armures indiquaient les chemins avec empressement. Dès les premières lueurs du matin, Tom avait grimpé à la volière et avait envoyé sa lettre avec le cœur serré, la mâchoire tendue. Il avait observé le hibou — il avait choisi le plus robuste en espérant qu’il arriverait rapidement au cottage — disparaître le long de l’horizon. Puis, il était descendu dans la Grande Salle pour son repas.
Abraxas l’avait rejoint, quelque peu outré de sa disparition. Tom avait plissé le nez de dégoût un instant, mais avait gardé son calme. Puis, les cours avaient débuté.
Il adorait ça. En fait, s’il le pouvait, il resterait continuellement dans les classes : le temps passait plus vite et c’était dans ces moments que son esprit oubliait partiellement Harry. La magie le fascinait. S’il avait été honnête avant son entrée à Poudlard, il aurait avoué ressentir une certaine inquiétude sur ses capacités en magie, mais elle s’était bien vite effacée : il était bien au-dessus des autres, même des Sang-Purs, dont Abraxas.
Harry avait fait un bon travail d’enseignement. Tom réussissait tous les sorts du premier coup, sans difficulté. Le soir arriva rapidement et Tom, dans son lit, recueillit Hydre pour lui murmurer le résumé de sa journée. Elle dormit avec lui et le chandail de Harry.
888
Tom observait les hiboux pénétrés la Grande Salle. Il les scrutait plutôt, le cœur palpitant jusque dans sa gorge. Il tentait de garder un visage calme, puisqu’il n’était pas seul, mais une tempête tourbillonnait en lui. Puis, il le vit. Le volatile fondit sur lui, un grand paquet entre les pattes. Tom attrapa l’emballage avant que celui-ci ne frappe son jus de citrouille et ne l’éclabousse.
Le présent, enrobé de papier kraft, avait un certain poids. Curieux et empressé, Tom déballa son présent avec une sérénité apparente.
— Oh, ton tuteur t’envoie bien rapidement un cadeau, s’étonna Abraxas alors qu’il gonflait ses joues en observant le paquet, puis finalement le ciel à la recherche d’un hibou.
Tom étira un sourire, satisfait de provoquer ainsi de la jalousie, ce qui était bien nouveau pour lui. À l’orphelinat, il était toujours le dernier à recevoir des cadeaux, bien souvent des miettes. Lorsqu’il ouvrit la boîte, il découvrit une lettre, puis finalement, des cannelés. D’un geste presque tremblant, il déchira l’enveloppe et lut son contenu, une fois assuré que personne n’observait son courrier.
Cher Tom,
Mes sincères félicitations pour ta répartition. La maison Serpentard vient d’accueillir un redoutable élément. Je pense que ton directeur de maison t’aimera particulièrement : un esprit vif, brillant et rusé. Toutes les qualités souhaitées chez les serpents.
J’ai cru entendre les rumeurs comme quoi le dortoir des Serpentard se trouvait sous le lac. Ça doit être réellement fabuleux. J’avoue être intrigué des fenêtres. Hydre doit elle aussi aimer.
J’admets que le cottage est bien différent sans toi. Mon regard a tendance à te chercher alors que je sais pertinemment que tu es à Poudlard. Hier, j’ai cuisiné beaucoup trop de cannelés pour me changer les idées. Je sais que tu les adores : j’espère que ce petit geste te fera plaisir. La majorité des desserts à Poudlard seront trop sucrés à ton goût. Tu songeras à moi en les mangeant ?
L’homme que tu sembles décrire est Léon Prewett. Il m’a abordé, car il pensait que j’étais une autre personne sur le moment. C’était la première fois que je le voyais. Mais tu as raison, il m’a aussi fait penser à Ron. J’ai bien aimé parler à Léon.
Oui, je mange bien et je prends soin de moi, Tom. C’est moi le tuteur, pas toi. Alors, s’il te plaît, concentre-toi plutôt sur les cours et tes devoirs à l’avenir. Même si ton inquiétude me touche, je demeure un adulte qui peut prendre soin de lui-même.
Tu me diras comment sont les cours avec Albus Dumbledore. Il semblerait être un grand sorcier.
Harry
Tom relut plusieurs fois sa lettre, s’attardant sur certains passages, dont son préféré : « J’admets que le cottage est bien différent sans toi. Mon regard a tendance à te chercher alors que je sais pertinemment que tu es à Poudlard. » Ces deux phrases faisaient battre le cœur de Tom. Par contre, du moment que ses yeux croisaient le nom de Léon Prewett, son sang bouillonnait. Comment Harry pouvait-il immédiatement se lier d’amitié avec une autre personne à peine quelques minutes de séparation ? Ses mains tremblaient, si crispées qu’elles froissèrent même le doux parchemin entre elles. Tom inspira profondément, lança un sort de lissage sur le papier et le plia avec précaution. Cette lettre trouverait refuge dans un coffre qu’il obtiendrait éventuellement.
Tom engloutit un cannelé. Il le dégusta en pensant aux yeux émeraude de Harry, à ses pommettes saillantes, mais surtout à ses deux fossettes, qui le narguaient sans cesse.
888
Le temps bougeait étrangement. Du moment que l’esprit de Tom se plongeait dans un sujet portant sur la magie, il ne voyait pas les heures, voire les jours, s’écouler. Mais, hors de l’enseignement, ses pensées vagabondaient continuellement vers l’absence de Harry. Chaque soir, il respirait son pull rouge avec avidité et étourderie derrière l’intimidé de ses rideaux. Il n’oubliait jamais de lancer son sort de stase afin de mieux conserver son odeur. Il redoutait le moment où le chandail ne se transformerait en rien de plus qu’un amas de laine.
Abraxas le suivait à la trace. Ses yeux regorgeaient d’une certaine admiration, certes depuis ses discours étranges sur le sang et les gènes, mais surtout depuis que Tom excellait sans aucune exception dans tous les cours. Rapidement, il était devenu le chouchou des professeurs. Le seul qui gardait une réserve à son égard était Albus Dumbledore. Celui-ci n’était pas injuste envers sa personne, mais son regard pétillait bien moins lorsqu’il se déposait sur Tom. Le garçon avait bien observé ce changement, aussi minime fût-il, et se demanda à quel point Dumbledore pouvait lire la noirceur de son âme.
Dans la salle commune de Serpentard, des rumeurs circulaient à son propos : aussi bienveillantes qu’effrayantes. Certains Sang-Purs, dont Avery, le traitaient de Sang-de-Bourbe alors que d’autres, voyaient en lui un mystère à percer, une énigme qui permettrait de toucher une certaine forme de pouvoir.
Tom pouvait déjà se vanter d’avoir certains éléments autour de lui. Malefoy, pour commencer, venant d’une puissante famille de Sang-Purs, puis la jeune fille aux cheveux frisés comme un caniche, du nom de Esmée Shafiq. Elle sillonnait les alentours de Tom comme un papillon attiré par la lumière. Tom la laissait faire : après tout, elle était assez douée en magie et montrait une puissance assez étonnante.
Orion Black, quant à lui, demeurait discret. Tom avait appris qu’il avait un cousin, Alphard Black, presque du même âge, mais aussi une sœur, Lucretia Black. Les trois se tenaient souvent ensemble dans la salle commune, puis observaient les autres avec arrogance. Tom sentait qu’Orion le surveillait, mais qu’en lui brûlait une vive curiosité qu’il cherchait à repousser. Orion ne nourrissait pas avec autant d’énergie les valeurs de sa famille, il s’agissait d’une certaine façade.
Le groupe qui retenait l’attention de Tom était celui d’Avery : Rosier, Travers, Nott et Carrow. Tous suivaient Tom du regard, à tout moment de la journée. Ce dernier sentait que quelque chose se tramait, mais il n’arrivait pas à trouver laquelle. Tout ce qu’il pouvait faire était de bien protéger ses effets personnels et de surveiller ses arrières. Il ne maîtrisait pas encore Protego comme il le voulait, mais ce sort était habituellement réservé aux cinquièmes années. Par contre, Tom doutait fortement qu’une attaque physique, voire magique, ne survienne : Avery allait agir dans l’ombre, sans conteste.
888
Cher Harry,
Tu sais, tu peux toi aussi m’écrire. Tu n’es pas obligé d’attendre qu’une lettre de ma part te parvienne. Ne me force pas à le dire, tu sais ce que je ressens en voyant que je suis le seul à écrire. Tiens-tu seulement à moi ? Comment est ton quotidien ? Que fais-tu ? Avant, je pouvais te suivre du regard. Là, tu es trop loin. J’ai besoin que tu m’écrives plus souvent.
On est déjà en octobre et je peux seulement compter dix lettres à ton actif. Dix ! Ce n’est pas assez. Tu devrais m’écrire tous les jours, en fait.
Voilà, c’est maintenant la règle. J’attends une lettre de ta part chaque jour.
Ne me déçois pas,
Tom
888
Cher Tom,
Une lettre tous les jours ? Ne trouves-tu pas que tu exagères ? En y repensant bien, si je t’ai écrit dix lettres, c’est que toi aussi tu m’en as écrit dix (bon, nous sommes maintenant à onze). Si on considère qu’il y a environ quatre semaines et quelques jours par mois et que nous sommes au milieu d’octobre, on peut estimer à environ deux lettres par semaine. Je pense que c’est raisonnable, Tom.
Je vais me répéter : tu me manques tous les jours. Ta couverture préférée est demeurée à ta place, près du feu. Je la caresse du bout des doigts chaque fois que je passe près d’elle. Il m’arrive de mettre un couvert de trop à la table et, bien souvent, je le laisse là et je mange en pensant à toi. Je fais le ménage de ta chambre toutes les semaines en respectant, bien entendu, ton intimité sans rien déplacer.
Tom, tu me manques, mais je sais que tu es à ta place. Tu dois travailler fort. Arrête de penser à l’adulte que je suis et concentre-toi sur tes amis. Tu m’as bien dit que tu t’étais lié d’amitié avec Abraxas et Esmée, n’est-ce pas ? Je trouve ça formidable. Passe du temps avec eux, mais ne fais pas trop de mauvais coups.
J’ai hâte de te voir,
Harry
888
Harry souffla un long moment, puis se frotta les tempes d’une main. Tom était si expressif dans ses lettres, ça en était déroutant. Certes, le garçon avait montré une grande ouverture à son endroit au fil des années, mais le voir ainsi, transcris dans des mots encrés, c’était étonnant.
Il ne pouvait nier qu’une chaleur bienfaisante le submergeait à chaque missive reçue. Il les lisait avec un doux sourire, regrettant de ne plus être à Poudlard et de manquer ces moments de la vie de Tom. Était-ce ce que tout parent ressentait à l’égard de leur enfant lors des entrées scolaires ? Sûrement, Harry ne faisait pas exception à la règle. Mais écrire tous les jours, c’était exagéré. Il ne pouvait pas nourrir cet attachement frôlant étrangement l’obsession.
Harry se recula sur sa chaise, le regard dans le vide. Non, Tom pouvait être hanté par bien des trucs, dont la magie, l’immortalité, la grandeur… mais pas de lui. Oui, il se savait important pour le garçon, mais bientôt, Tom allait se détacher de lui à n’en point douter, comme tout adolescent. C’était inévitable et normal.
Or, à cette pensée, Harry sentit son cœur se serrer. Un jour, il allait se retrouver seul dans son immortalité, sans Tom, à errer dans le néant. Et pourquoi ? Une vie qu’il ne vivait pas pour lui-même. Il mettait tellement de choses derrière lui. Il faisait tant de sacrifices que c’en était pathétique. Avait-il seulement eu une vraie relation amoureuse ? Lui, enchaîné dans son corps de 17 ans ?
Un rire moqueur s’échappa de sa gorge. Cho Chang avait été un désastre. Il l’avait trouvée jolie, avait ressenti des papillons dans le ventre un moment, mais sans plus. La Serdaigle et lui étaient complètement différents. Bien vite, il avait réalisé que Cho n’avait été qu’un béguin passager.
Et Ginny ?
Son cœur, cette fois-ci, se serra davantage. Ginny avait été comme une sœur pour lui dès leur première rencontre, mais il avait appris à voir au-delà de cette façade. La jeune fille était fougueuse, jolie, brillante et… ressemblait étrangement à sa mère, Lily.
Harry se frotta une fois de plus le front, troublé par ses pensées.
Il ne doutait pas avoir nourri des sentiments profonds pour Ginny Weasley, mais maintenant qu’elle n’était plus là, il se questionnait sur le fondement de ceux-ci. Avait-il espéré obtenir une famille en la fréquentant ? Elle était gentille et Harry adorait les Weasley. Peut-être qu’inconsciemment, il souhaitait s’unir à tous les Weasley et non juste à Ginny. Il l’avait aimée, certes, mais à quel point ?
Et puis, c’était tout. Voilà à quoi ressemblaient ses piètres expériences amoureuses. Des échanges de baisers, sans plus. Harry soupira et laissa retomber mollement sa main contre sa cuisse. La seule fois qu’il crut ressentir une pointe minime de désir fut lors de son premier voyage dans le temps. Et encore, il ne voulait pas y penser ! Son existence était liée à Tom Jedusor, à sa rédemption. Peu importe ses propres souhaits, ça attendrait des années, voire des décennies avant de se les autoriser.
Harry sursauta : un hibou cogna contre la fenêtre de sa chambre. Il se leva avec rigidité et ouvrit la fenêtre. Non, ça ne pouvait pas encore être une lettre de Tom, il venait d’en recevoir une ! Il paya l’oiseau et observa ce que le volatile déposa devant lui : un journal.
Depuis le départ de Tom, Harry s’était abonné à la Gazette afin de se tenir informé sur les activités dans le monde des sorciers. Il profita du hibou pour lui attacher sa lettre et l’envoya à Poudlard. Puis, il prit la Gazette et s’installa près de l’âtre dans le salon pour y jeter un œil.
Sa gorge se noua.
La lignée des Peverell, réellement éteinte ?
Selon une source fiable interrogée sur le chemin de Traverse, un homme, dans la fleur de l’âge, aurait affirmé être un Peverell lors de ses courses. Il porterait même à son index l’emblème de sa famille. Vous savez, le dessin représentant les Reliques de la Mort. Notre informateur n’a pas voulu nous révéler le prénom de l’homme, ni son apparence, ni la nature de sa visite dans l’échoppe plus ou moins douteuse que je garderai anonyme, mais cette lignée, que l’on croyait éteinte depuis plusieurs années, ne semblerait guère l’être.
Un réel mystère ! Les gobelins, toujours aussi peu affables, refusent de m’accorder une entrevue pour démêler le tout.
Une famille aussi puissante ne peut qu’attirer l’attention de Grindelwald, surtout lorsque l’on connaît son obsession pour cette fable pour enfants. Le Seigneur des Ténèbres concentre son intérêt à l’extérieur du Royaume-Uni, mais en demeurera-t-il ainsi ? J’ai bien peur que nos jours futurs se transforment en quelque chose de plus sombre et incertain.
N’hésitez pas à communiquer avec moi si vous obtenez de plus amples informations.
Ce sujet, j’en fais mon affaire !
Rina Polurma
Harry avala de travers : ça sentait mauvais.
Les membres tremblants, il se leva et sortit à l’extérieur de la maison. Il descendit le petit chemin jusqu’à la rue et observa les alentours, presque en quête d’une soudaine apparition de Grindelwald. Lentement, il reporta son attention sur son foyer et brandit les mains devant lui. Avec des mouvements fluides et circulaires, il récita doucement :
— Salveo maleficia, Protego totalum, Cave inimicum.
Il répéta plusieurs fois les sorts et s’assura de leur efficacité. Ainsi, le cottage serait protégé pour un moment jusqu’à ce qu’il recommence tout le processus. Grindelwald ne devait pas le trouver. En fait, le mieux était de rester inconnu pour le sorcier, mais c’était impossible : pas en prenant le nom Peverell. La Mort avait insisté pour l’appropriation de cet héritage, lui, le Maître de la Mort.
Harry se pinça le nez. C’était si difficile de tout gérer. Peut-être aurait-il été mieux de graisser davantage la patte de Caractacus Beurk lors de sa visite pour se taire à jamais ? Est-ce que cela aurait changé la donne ? Harry en doutait fortement : Caractacus aurait jacassé, peu importe le montant. Et de toute façon, Tom révélerait bien son nom, n’est-ce pas ? Le garçon allait assurément utiliser le nom Peverell pour tisser une toile autour de ses camarades Serpentard et Harry, eh bien, ne pouvait pas lui en vouloir.
D’un soupir las, il reprit le chemin de la maison maintenant camouflée et s’installa au piano avec l’intention de tout oublier le temps d’une mélodie.
888
— Jedusor, murmura Abraxas près de lui, un journal entre les mains, regarde, on parle de ton tuteur.
Tom sentit son cœur se serrer alors qu’il fronçait les sourcils à la mention de Harry. Avec presse, ses yeux tombèrent sur la Gazette que Malefoy glissait devant lui, sur la table. Aucune photo ne figurait sur l’article, mais le titre attirait l’attention, à n’en point douter. Il survola les mots de cette Rina Polurma avec curiosité.
Depuis sa visite à Gringotts, plus précisément du coffre des Peverell, Tom sut que son tuteur était plus puissant qu’il ne laissait paraître. Une telle richesse évoquait des secrets, un pouvoir. Et depuis son arrivée à Poudlard, Tom avait plusieurs fois remarqué ses camarades Serpentard reluquer sa bague à l’index. Il le sentait : il y avait une curiosité, mais aussi une convoitise derrière tous ces regards.
Des chuchotements s’élevèrent près de Tom. Il vit des personnes, certaines même des autres maisons, le pointer du doigt. Juste ces réactions démontraient quelque chose d’obscur, des informations qui lui glissaient entre les mains. Mais quoi ? Une certaine colère enfla dans son estomac. Pourquoi Harry faisait-il tant de mystère ? Pourquoi tout le monde pensait-il que la lignée était éteinte depuis des années ? Les poings crispés, Tom déchira l’article et le plia soigneusement. Une fois de plus, son journal gonflerait d’importantes données.
— Abraxas ? susurra Tom en plongeant ses yeux dans ceux du garçon. Explique-moi ce que tu sais sur les Peverell ?
— Ça va me faire plaisir, mais pourquoi ne demandes-tu pas à ton tuteur ? N’est-il pas à même de mieux répondre ? voulut-il savoir en plissant le front d’incompréhension.
Tom étira un sourire sans joie, tout en crissant des dents.
— Harry est bien secret, je dois l’avouer, répliqua-t-il avec difficulté. C’est pour me protéger.
Malefoy leva les yeux au plafond, en réflexion.
— Oui, je pense que je peux comprendre, approuva-t-il. Les Peverell sont une très ancienne famille de Sang-Purs. Leur nom — jusqu’à ce jour, du moins — avait disparu faute de postérité mâle. Les derniers enfants seraient tous morts d’une bien triste façon, sauf Ignotus.
À la mention de ce nom, Tom plissa les yeux. À quel point les coïncidences pouvaient-elles exister ? Le nom de Harry était relié en pointillé à Ignotus dans le livre de généalogie acquis par Tom.
— Savais-tu que l’histoire de cette famille est liée à celle des Reliques de la Mort ? Plusieurs sorciers sont devenus fous à rechercher lesdites reliques pour obtenir la vie éternelle et la puissance.
Tom sentit son cœur défaillir un moment. Cette fable pour enfant avait-elle véritablement poussé des sorciers sur un chemin aussi dérisoire ? Il fallait dire que lui-même avait eu un intérêt particulier pour ce récit, de là à y rêver la nuit les yeux ouverts. Mais il avait mis de côté cette histoire de reliques, ne voulant guère engraisser ses songes chimériques. Peut-être devrait-il revoir ses convictions ?
— Bien sûr, il y a Grindelwald qui semble alimenter une curiosité sans bornes pour ce conte, poursuivit Abraxas en baissant la voix et en observant les alentours comme s’il craignait d’être surpris. Puis, j’ai entendu dire que Dumbledore en personne avait étudié le sujet, y nourrissant même une certaine obsession.
À cette révélation, Tom releva le menton et chercha ledit professeur à la grande table. Celui-ci sirotait son thé tout en dépliant un exemplaire de la Gazette du sorcier. Ainsi, cet homme aussi croyait à ces fables ? Vraiment ? Tom ne pouvait ignorer cette information : des fouilles s’imposaient. Harry devait lui cacher des choses ! Il pouvait revoir son tuteur répondre à ses questions, le soir de la lecture du conte, avec un certain malaise et une certaine dérision. Sur le moment, Tom avait été plutôt subjugué par le sujet, mais en y réfléchissant plus, oui, Harry avait montré une angoisse particulière…
— Et cette information provient d’une source fiable ? demanda froidement Tom en étudiant Dumbledore du regard alors que ses pensées se tournaient vers Harry.
— Oui, de mon propre père : c’est un collectionneur et il a longtemps nourri un intérêt singulier pour les reliques. Malgré cet intérêt, jamais il n’a pu mettre la main sur l’une d’elles. Il échange parfois des théories avec d’autres sorciers passionnés par le sujet. Cette communauté est peut-être petite, mais elle pétille encore dans les ténèbres.
Dumbledore leva la tête. Tom croisa son regard, mais ne dévia pas les yeux. L’altercation visuelle perdura un instant lorsqu’une masse heurta avec force le crâne de Tom. Les sourcils froncés, le nez plissé sous la colère, il observa son assaillant.
— Oh, pardon, Sang-de-Bourbe ! ricana Avery en s’écartant avec désinvolture.
Son rire persista un moment alors qu’il s’éloignait avec Rosier près de lui. Malefoy était tendu, ne sachant que faire, en proie à la crainte de ses choix. Tom pouvait sentir son hésitation comme un parfum de peur.
— Un jour, il rampera à mes pieds, cracha Tom, la mâchoire crispée. Tu ferais mieux d’être avec moi à ce moment-là.
Et sans un mot de plus, Dumbledore bien loin dans ses pensées, il partit silencieusement vers son premier cours de la journée.
888
Galatea Têtenjoy, professeure de Défense contre les forces du Mal, observait la classe derrière des paupières plissées. Elle était assez âgée, le dos courbé par la lourdeur des années. Tom frissonna un moment. Il était préférable de mourir de vieillesse plutôt que par tragédie, mais… il était préférable de ne pas mourir du tout. Penser quitter un jour son corps, ne plus respirer, ne plus réfléchir, ne plus sentir Harry… C’était un véritable cauchemar.
— Alors, qui oserait se mouiller un peu ? Un Gryffondor, peut-être ?
Tom papillonna des yeux avant de lever la main : il rêvait rarement en cours et devait se ressaisir.
— Ah Tom ! Toujours toi. Peut-être devriez-vous laisser une chance à vos camarades pour répondre, le taquina Têtenjoy, étirant ses lèvres plissées.
— Je ne pense pas être responsable du silence des autres, professeure, répliqua-t-il en baissant le bras. Ni de leur inactivité mentale, songea-t-il avec dédain.
— Allez, répondez à cette question. Disons… Mlle Londubat ?
Une jeune fille au visage lunaire écarquillait les yeux alors que ses joues devinrent aussi bouillantes que le soleil.
— Je… C’est que… quelle était la question ? hésita-t-elle en fermant les paupières de honte.
— Bon sang, soupira Têtenjoy en pinçant l’arête de son nez. Comment voulez-vous un jour vous défendre contre l’ennemi si vous n’ouvrez pas les oreilles en classe ? Nommez-moi un sortilège qui vous permettrait de désarmer votre assaillant.
— Je… Hum…
— Tom, vous pouvez répondre, claqua Têtenjoy avec lassitude.
— Expelliarmus.
Tom s’empêcha — avec une extrême difficulté — de scruter Augusta Londubat d’un œil narquois. C’était une véritable idiote. Mais il devait faire attention à son image, évidemment.
— Bien, 5 points pour Serpentard. Maintenant, je vais vous montrer la base de ce sort, qui peut paraître simple au premier abord, mais qui ne l’est pas.
Un dessin apparut sur le tableau à l’avant de la classe et Tom s’empressa de le consigner dans son propre livre de notes.
Le reste du cours se déroula sans anicroche. Tom aimait beaucoup la Défense contre les forces du Mal. Mais, il désirait se plonger un peu plus dans les « forces du Mal » plutôt que dans la « défense ». À Poudlard, tout était nouveau pour lui. Il dénichait à peine la bibliothèque. À sa première entrée, il avait écarquillé les yeux de convoitise. Des millénaires d’informations s’entassaient dans la poussière. Une seule vie n’était pas suffisante pour tout consulter. Depuis cette découverte, il s’était donné comme mission d’y passer le plus de temps possible afin d’engraisser sa cervelle. L’endroit était d’ailleurs idéal pour lire plus profondément sur, ce que les autres appelaient, le côté obscur de la magie.
Le cours maintenant terminé, Tom emballait ses livres et partit vers son autre salle de classe. Abraxas le suivait de près, ce qui embêtait un peu moins Tom : il s’y était habitué. Il le voyait comme son larbin, ce qui facilitait sa tolérance à sa présence. Ce qu’il ne tolérait pas, c’est qu’on l’appelle Tom. C’était Jedusor pour tous, sauf Harry. Lorsqu’il entra en Métamorphose, son regard croisa instantanément celui de Dumbledore. Depuis le jour de la parution de l’article sur les Peverell, Tom sentait les yeux de l’homme avec de plus en plus d’insistance. Il se savait analysé, bien plus qu’à sa répartition.
Il prit place à l’arrière, désirant mettre une grande distance entre son professeur et lui.
— Au dernier cours, débuta Albus, nous avons étudié comment métamorphoser une souris en tabatière. Maintenant, nous allons l’appliquer.
L’homme agita sa baguette magique et des souris en cage apparurent devant tous les élèves.
— Bien, je vous laisse commencer.
Tom soupira un moment, puis brandit sa baguette en murmurant le sortilège. Immédiatement, sa souris devint une jolie tabatière en or, avec des motifs serpentant aux extrémités. Du coin de l’œil, il observa Abraxas peiner avec l’exercice, comme la majorité des étudiants. Tom croisa les bras avec calme et scruta Dumbledore zigzaguer entre les bureaux pour aider les élèves.
Même de sa place, il sentait la magie de l’homme tourbillonner autour de lui. Sa signature rappelait un peu le feu, mais bleuté, telle la glace. C’était assez divergent comme sensation. Est-ce que tous les sorciers ressentaient la magie autour d’eux ? Jamais il n’avait posé la question. Peut-être était-ce particulier chez certains, non ?
Il se pencha près de Malefoy qui pointait avec désespoir sa baguette sur la truffe de la souris.
— Sens-tu la magie autour de toi ? demanda-t-il en scrutant le visage pâle du garçon.
— Quoi ? marmonna-t-il en levant les yeux.
La mâchoire crispée, Tom répéta la question.
— Non, que racontes-tu ? Je sens ma propre magie couler en moi, mais pas celle des autres. Pourquoi ?
Avec lenteur, Tom s’appuya contre le dossier de sa chaise et croisa les bras.
— J’aime bien réfléchir, Abraxas. Je me demandais donc si la chose était possible. Disons que si je te touche, comme ça — Tom déposa la pulpe de son doigt sur le dessus de la main du garçon —, je sens ta magie.
Malefoy écarquilla les yeux, hébété.
— Que… que ressens-tu ?
— Hum, quelque chose d’indéfini, comme de l’eau. Quelque chose qui hésite à être vapeur, liquide ou solide.
Tom étira ses lèvres devant le regard perdu du sorcier.
— Ressens-tu ma magie, Abraxas ?
Celui-ci secoua la tête, l’air toujours aussi confus.
— Eh bien, peut-être que le fait que je sois un Sang-Mêlé m’apporte de véritables avantages. Qu’en penses-tu ? Je réussis parfaitement mes sorts et je semble avoir plusieurs qualités qui font défaut aux autres.
Abraxas plissa le nez, la mâchoire crispée.
— Pas ta modestie, je dois dire, claqua-t-il rapidement, les joues gonflées d’indignation.
Tom le regarda avec froideur, mais il changea bien vite son expression. Il devait faire attention. Il se fichait bien de se mettre les humains à dos dans le passé, mais ici, dans son véritable monde, celui de la magie, il devait franchir lentement les étapes. Il avait confiance en ses capacités, mais les Sang-Purs étaient des êtres très fiers : trop remettre en doute leurs valeurs revenait à creuser sa propre tombe. Oui, il pouvait le faire, mais à des moments judicieux. Abraxas ne lui était pas encore totalement fidèle.
Pour se faire, il devait créer une… amitié. Ou du moins, lui faire croire. Il devait user de velours, mais garder cette poigne de supériorité.
— Je ne faisais qu’énoncer des faits que j’observe, dit-il doucement. Si je détiens réellement de telles capacités, c’est donc de mon devoir d’enseigner aux autres. Aimerais-tu cela, Abraxas ? En échange, tu me transmettras à ton tour tout ce que j’ignore.
Les joues du sorcier dégonflèrent et ses yeux pétillèrent.
— Oui, c’est une excellente idée.
Lorsque Dumbledore annonça la fin du cours, Tom se leva, mais se figea rapidement à la voix du professeur.
— Un mot, monsieur Jedusor.
Celui-ci fronça les sourcils. Depuis quand Dumbledore le retenait-il à la fin d’un cours ? Surtout lorsqu’il était le premier à réussir ses exercices ?
Il s’avança lentement vers l’avant. Lorsque le dernier élève quitta la classe, Dumbledore posa ses yeux sur lui. Même s’ils pétillaient de curiosité, ils n’étaient pas froids, mais prudents.
— Assoyez-vous, lui indiqua Albus alors qu’une chaise glissait jusqu’à lui. Jamais nous n’avons pris un temps pour discuter.
Tom doubla de vigilance. Il prit place sur l’assise et demeura silencieux.
— Du thé ? Un bonbon au citron ?
— C’est bientôt l’heure du repas, je préfère m’abstenir.
Albus hocha le menton, puis se servit lui-même une tasse.
— Alors, comment se déroulent vos cours ? Votre adaptation à Serpentard se passe-t-elle bien ?
Tom sentit immédiatement la magie du professeur caresser son esprit avec prudence. Il leva ses barrières et les renforça avec vigueur. Cet homme maîtrisait la legilimancie, tout comme lui. C’était un combat perdu pour Dumbledore, si celui-ci demeurait discret sans user de force.
— Bien, répondit Tom en affichant un air poli. Poudlard est magnifique. J’ai hâte de découvrir tous ses secrets.
— Tu as beaucoup de facilité dans tes cours, poursuivit Albus avec un sourire aux lèvres. Pas juste en Métamorphose, mais aussi en Défense, en Potions, en Sortilège… C’est très impressionnant pour un enfant adopté.
Tom se raidit, mais tâcha de ne pas le montrer. Dumbledore voulait amener le sujet sur Harry, c’était certain. Était-ce parce qu’il savait qu’il était un Peverell ? Que cherchait-il ?
— J’ai toujours été ainsi : j’apprends vite, comme une éponge qui absorbe l’eau.
— Oui, l’image convient très bien, rigola Albus. Cette bague est-elle un cadeau de votre père ?
— Harry n’est pas mon père ! s’exclama Tom avec dureté.
Bon sang ! Il perdait rarement le contrôle, mais chaque fois qu’on lui disait que Harry était son paternel, ça soulevait quelque chose de profond en lui. Ça lui faisait mal ! Il voulait que Harry soit bien des choses, sauf ça. Et là, il venait de tomber dans le piège de Dumbledore tel un idiot sans cervelle.
— Pardonnez-moi, s’étonna toutefois Albus en déposant sa tasse, je croyais que… — Harry, c’est bien ça ? — était la personne vous ayant adopté.
Tom plissa le nez.
— Oui, mais il est mon tuteur et non mon père.
Dumbledore l’observa par-dessus ses lunettes en demi-lune : il semblait chercher à comprendre la réaction de Tom, à saisir le refus d’une telle appellation.
— Un enfant adopté possède des parents adoptifs, expliqua Albus. Une mère adoptive ou un père adoptif.
Les mains de Tom se crispèrent avec force. Pourquoi insistait-il là-dessus ? Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ?
— Harry est bien jeune pour être perçu comme un père, mais je le remercie de sa bonté et de sa présence dans ma vie, conclut Tom en se levant et voulant quitter cet affreux endroit.
Dumbledore se hissa à son tour, les paupières plissées, les yeux rivés sur la bague à son index.
— Je suis heureux d’entendre ça. Vous avez une chance incroyable d’avoir été adopté par le seul Peverell existant, n’est-ce pas ? Un enfant aussi doué que vous devez avoir la meilleure éducation qui soit. Nombreux sont les sorciers qui aimeraient discuter avec votre tuteur. Je dois dire que je fais partie de ceux-ci.
Les dents serrées, Tom inclina le menton.
— Je transmettrai vos souhaits à Harry. Sur ce, bonne journée.
Tom tourna les talons et sortit de la classe avec le cœur lourd. Jamais Harry ne devait entrer en contact avec Dumbledore : Tom ne le sentait pas. Non, définitivement, il détestait cet homme qui cherchait à s’immiscer entre lui et son tuteur. Pour une raison obscure, certes, mais déjà de trop.
888
C’était le week-end. Tom, assis sur son lit, enlaçait le chandail de Harry. Il devait se lever, visiter la bibliothèque, mais le cœur n’y était pas. Plusieurs jours s’étaient écoulés — décembre déjà entamé — et Tom ne recevait que deux lettres par semaine. Il avait pourtant signifié à Harry de lui écrire tous les jours, mais ce dernier ne s’était pas conformé à son désir.
Au début, Tom avait augmenté ses envois, obligeant son tuteur à lui répondre. Or, Harry écrivait une seule lettre pour trois ou quatre missives de sa part. Le nez enfui dans la laine, Tom bouillait de plusieurs émotions : la colère, ça allait de soi, mais aussi de tristesse, de crainte, mais d’une vive envie de toucher Harry. Il lui manquait tellement, jamais Tom n’avait ressenti un sentiment aussi déchirant que celui-là. Sauf peut-être la fois où son tuteur s’était enfermé dans sa chambre et s’était évanoui au sol.
Malgré tout le mal que se donnait Tom pour cacher sa dépendance à Harry aux autres Serpentard, Abraxas avait remarqué son attachement, attachement que seul Tom savait être une profonde obsession.
— Tu écris souvent à ton tuteur, avait-il lâché un matin où la neige voltigeait au plafond de la Grande Salle.
Tom avait gardé un visage impassible alors qu’il se servait un simple toast.
— Et alors ? avait-il répondu, les dents serrées.
Avery, non loin de là, avait pris un malin plaisir à observer l’échange. Tom l’avait scruté avec suffisance, avant de faire exploser son verre de jus de citrouille à la figure. Il lui avait lancé un sourire ironique, puis avait reporté son attention sur son repas, en mémorisant le courroux sur les traits grossiers du garçon.
— Alors, avait hésité Abraxas en ayant assisté au pouvoir de Tom, je n’écris pas aussi souvent à mes parents. Tu sembles avoir une relation particulière avec ton tuteur.
Tom avait soulevé son verre, le regard dans le vague.
— C’est le cas, avait-il décidé de répondre.
Il ne servait à rien de cacher ce fait. Il devait beaucoup à Harry, il ne pouvait ternir la lumière qu’il représentait.
— Mais il refuse de réagir à l’une de mes questions, avait-il ajouté. Donc, j’insiste.
Ce n’était pas tout à fait vrai. En fait, Harry refusait de répondre à plusieurs d’entre elles. Depuis cet échange, Tom avait diminué l’envoi de missives, le faisant dans le plus grand secret.
Toujours le nez collé au parfum de Harry, Tom, bien caché derrière les rideaux de son lit, réfléchissait au sujet de sa prochaine lettre, mais ses pensées furent interrompues par Abraxas qui débarqua dans la chambre, éméché.
— Jedusor ! J’ai vu Rosier intercepter ton courrier.
Quoi ? L’instinct submergea Tom. Il s’extirpa de son lit, tirant les rideaux avec force. Sa magie bouillonnait autour de lui. Comment pouvait-on oser toucher à une lettre de Harry ? D’ailleurs, il s’agirait de la première missive écrite de la propre initiative de son tuteur !
— Montre le chemin, Abraxas !
Ils dévalèrent dans la salle commune, mais Malefoy emprunta le chemin qui menait vers les cachots. Tom cherchait à maîtriser ses émotions, mais c’était difficile. Il ne voulait que ruiner la personne ayant volé son courrier et lire les mots de Harry. Alors qu’il montait dans le Grand Hall, Tom grinça entre ses dents :
— Explique-moi ce qu’il s’est passé.
Abraxas lui jeta un coup d’œil, le visage inquiet. Tom devait avoir l’air affreux en ce moment : son joli minois devait se plisser sous le courroux.
— J’allais prendre mon repas lorsque Rosier a balancé une lettre devant moi avec ton nom bien visible sur l’enveloppe. Il a rigolé en disant qu’il allait répondre à ton tuteur à ta place et est parti vers la volière.
Tom s’arrêta soudainement, les sourcils froncés, alors que sa main agrippa le collet de Malefoy pour l’empêcher d’avancer, telles les serres d’un aigle.
— Mon nom était bien visible ? répéta-t-il froidement.
Abraxas se retourna et observa Tom, confus.
— Oui, une écriture cursive et élégante.
Le cerveau de Tom analysa rapidement le contexte. En quelques secondes, il dressa un portrait de la situation. Putain d’enfoiré ! Il tourna les talons pour reprendre le chemin de sa chambre.
— Jedusor ! La volière n’est pas dans cette direction.
— Idiot, c’était un piège ! cracha-t-il sans se retourner.
Avery devait être l’investigateur de la mise en scène. Rosier devait lui faire croire détenir une lettre de Harry, car, après tout, il avait montré cette faiblesse devant les autres. Il a été exposé et, tel un digne Serpentard, Avery avait profité de cette faille pour lui faire du mal. Rosier s’occupait donc de créer la diversion auprès d’Abraxas. Il devait s’assurer d’éloigner non seulement Malefoy, mais aussi Tom de la chambre. Ainsi, l’accès était libre…
Mais que pouvait bien vouloir Avery dans son dortoir ? Tom ne marchait plus, il courait. Sa magie voltigeait autour de lui telle une tempête, reflétant son état émotionnel. Lorsqu’il entra dans la salle commune, plusieurs élèves s’écartèrent de Tom, lésé par sa magie. Celui-ci ne voyait plus rien : seulement son objectif. Il franchit enfin le seuil de sa chambre et se paralysa.
L’horreur s’infiltra dans ses poumons, glissant le long de sa trachée pour retomber dans son œsophage jusqu’à ses entrailles. Son coffre avec ses effets était demeuré intouché, puisque les sorts de Tom étaient puissants, infaillibles pour la majorité des élèves, mais là, sur son lit, se trouvait le pull de Harry. Ou du moins, ce qu’il en restait. Il était détricoté, à moitié brûlé, impossible à réparer.
Les jambes tremblantes, Tom s’avança vers la scène de crime. Il n’y avait aucun autre bris, uniquement le chandail, le seul objet de Tom accessible.
— Jedusor ? Ça va ? demanda Abraxas en entrant à son tour dans la pièce.
Tom agrippa le cadavre du vêtement et le porta à son nez. Le parfum de Harry n’y était plus : que l’odeur de la laine brûlée. Ses mains tremblèrent affreusement. Tom sentit la noirceur de son âme s’étirer autour de lui.
— Quelqu’un a touché à tes affaires ? C’est impossible, tu protèges si bien ton coffre.
Les pensées de Tom tourbillonnaient, le corps à nouveau paralysé. Il voulait faire du mal autour de lui, il désirait arracher les ongles d’Avery, doigt après doigt. Il aspirait ensuite à les lui faire avaler et l’enfermer dans une pièce sombre avec des milliers de serpents, l’obligeant à gratter la pierre devant lui de ses mains ensanglantées, sans ongles, jusqu’à l’os.
Abraxas s’arrêta près de lui.
— On n’a touché qu’à ce chandail, heureusement, souffla ce dernier avec soulagement. Ce n’était pas un très beau pull.
La magie de Tom claqua. Abraxas voltigea contre le mur avant de s’effondrer au sol, étourdi.
— On ne touche pas à mes affaires, siffla Tom avec une si grande haine que les lumières de la chambre clignotèrent étrangement et qu’un vent se souleva, faisant battre les rideaux de leur lit dans tous les sens.
— Ssseigneur ! Je sssais qui, entendit-il alors.
Hydre, enroulée sur elle-même dans son vivarium, dressait sa tête triangulaire vers le garçon. Tom atteignit son amie en deux mouvements, plongeant la main dans sa maison pour la recueillir.
— Qui ? cracha-t-il. Dis-moi qui a osé toucher le chandail de Harry !
Il était aveuglé par la colère.
— Ils étaient deux et ssse parlaient entre eux : Traversss et Avery.
Il le savait ! Avec rage, Tom se tourna vers Abraxas, toujours au sol, et lui siffla au nez :
— Va me chercher Avery ! Maintenant !
Malefoy écarquilla les yeux, le visage blême et effrayé. Pourquoi ne bougeait-il pas ? Ne comprenait-il pas que l’ordre était imminent ?
— Pardon ? Je… ne comprends pas.
— Va chercher Avery, maintenant ! cracha Tom.
Abraxas se releva avec difficulté, tituba sur ses pieds, puis courut finalement hors de la chambre. Tom comprit qu’il lui avait d’abord parlé en Fourchelang, ayant perdu la maîtrise de soi. Un secret révélé bien plus tôt que prévu, mais c’était peut-être pour le mieux. Il changerait les choses pour l’avantager. Et peut-être même que ce moment était arrivé.
Il ferma les yeux, cherchant à contrôler la tempête en lui. Hydre, maintenant autour de son cou, agissait comme une ancre pour lui. Sa présence l’aidait à ramener sa logique au premier plan. Il sortit sa baguette et la caressa de sa main libre. Il devait montrer à ce Sang-Pur qui dominait.
La porte s’ouvrit, laissant Avery, Rosier et Travers franchir le seuil. Étonnamment, Abraxas s’avança vers Tom et s’inclina avec respect. Puis, il s’éloigna pour observer la scène.
D’un mouvement du poignet, Tom claqua la porte et la verrouilla. Puis, d’un coup de baguette, le chandail non seulement de Avery, mais aussi de Rosier et Travers, se fit trancher sur le devant du thorax. L’entaille atteignit même leur peau, assez pour que le sang perle près de la lésion. Des cris de douleur s’élevèrent comme une douce mélodie aux oreilles de Tom.
— Comment osez-vous détruire mes biens ? tonna Tom en coupant une nouvelle fois les élèves devant lui.
— Arrête ! Bon sang, tu es fou ! siffla Avery en s’éloignant de Tom.
— C’est plutôt toi qui es fou de t’en prendre à moi de la sorte !
— Tu n’as aucune preuve de notre implication ! cracha Travers alors qu’il brandissait un sort contre Tom.
Celui-ci le para avec efficacité et facilité pour un élève de première année.
— Oh que si ! éructa-t-il. Votre machination aurait pu être incroyablement rusée, mais les pièces du puzzle étaient bien trop faciles à assembler. Hydre n’a que confirmé ma théorie.
Avery, Rosier et Travers regardèrent Tom avec horreur, mais aussi confusion. D’un autre mouvement de main, Tom projeta un maléfice cuisant sur Avery seulement. Ce dernier s’échoua au sol, sifflant de douleur. Sa main touchée par le sort gonfla jusqu’à devenir aussi ronde qu’une orange sanguine. Rosier et Travers reculèrent avec crainte, observant Tom avec un regard neuf et effrayé.
À ce moment, Tom savait le portrait qu’il montrait à ses interlocuteurs : celui d’un jeune élève, certes, mais étrangement doué pour la magie, bien plus avancé que les cinquièmes années. Parfait, il allait bouger ses pions : c’était une bonne occasion au vu de la réaction de Malefoy plus tôt. Il glissa sa main près de son cou et recueillit Hydre avec douceur.
— Je vous présente Hydre, susurra-t-il. C’est ma compagne, une amie loyale. Elle observe pour moi et me communique les écarts.
Avery, toujours au sol, répliqua :
— C’est impossible… Il faut être Fourchelang pour parler aux serpents. Et tout le monde sait que seuls les descendants de Salazar Serpentard le peuvent. Or, continua-t-il avec scepticisme, les Gaunt n’ont plus aucun descendant, étant tombés dans la folie.
— Oh, tu entends Hydre ? Il semblerait qu’il soit impossible pour moi d’être un Fourchelang ? C’est drôle non ? Puisque, à mon avis, je communique efficacement avec toi.
Du moment que les sifflements s’extirpèrent de ses lèvres, Tom étudia avec un plaisir malsain les réactions de tous. Avery devint aussi pâle qu’un drap. Rosier, quant à lui, lâcha sa baguette au sol. Et Travers s’appuya contre le mur le plus proche.
— Je suis le descendant de Salazar Serpentard, tonna Tom avec envergure. Son sang coule dans mes veines, mais plus important encore, ce sont mes gènes qui m’octroient ma puissance ! Je ne possède pas la folie des Gaunt, fort heureusement. Et bientôt, je m’élèverai pour corroborer vos idées les plus brillantes, mais en offrant aussi le meilleur au monde des sorciers.
Cette fois-ci, Avery observait Tom avec étonnement, puis avec fascination. Il en oubliait sa main blessée et se releva pour approcher le garçon si jeune, mais si doué. Tom attendait, le visage impassible, mais intérieurement, il jubilait. Tom comprit que grâce à son adoption et à Harry, il avait obtenu toutes les cartes en main pour mieux exploiter les Serpentard. En aurait-il été ainsi s’il était encore chez Wool ? Certainement pas. Avery aurait été un pion plus difficile à manipuler, mais voilà qu’il le fit : il inclina poliment le menton vers l’avant.
— Pardonne-moi, dit-il de façon presque révérencieuse. Je… J’ai été odieux.
Tom hocha la tête.
— Les choses sont maintenant réglées. J’aimerais que vous gardiez secrètes mes origines. Pour le moment, du moins. Je veux voir qui mérite réellement mon respect. Il serait dommage qu’un simple nom influence un changement d’allégeance, n’est-ce pas ?
Avery tressaillit, comme les autres dans la pièce.
— Je veux Black à mes côtés, mais on y arrivera en temps et lieu. Est-ce clair ? Puis-je vous faire confiance ?
— Oui, répondit immédiatement Abraxas, suivi par les autres.
— Bien.
888
Tom tournoyait dans son lit, des sueurs froides glissant dans le dos. Le sommeil le fuyait, il n’arrivait pas à fermer l’œil. Les derniers événements lui revenaient sans cesse en tête, mais ce n’était pas ces pensées délicieuses qui l’empêchaient de dormir, mais plutôt le fait qu’il n’avait pas pu se fondre dans le parfum de Harry.
Il devait… Il était en manque !
Recroquevillé dans son lit, Tom serra les mâchoires. En cet instant, il ne voulait que maudire Harry pour être entré dans sa vie. Il se sentait si démuni sans lui. Comment avait-il pu survivre avant de le rencontrer ? Il ne comprenait plus comment son esprit pouvait fonctionner auparavant lorsqu’il était émotionnellement instable comme en ce moment. Il se retourna. Il… ne pouvait pas demander à Harry une autre pièce de vêtement. Si ? Il aurait l’air ridicule.
Non, il ne le ferait pas.
888
— Dors-tu bien ? entendit Tom alors qu’il se servait une tasse de café.
Non, bien sûr que non ! Il ne dormait pas bien ! Cela faisait des nuits qu’il tournait sans arrêt dans les draps de son lit. Derrière cette question, il percevait plutôt : tu as l’air affreux. Il était toujours aussi bien coiffé, mais ses cernes creusaient un peu plus son visage de jour en jour.
Il n’avait pas osé demander un vêtement à Harry. Cela reviendrait à lui avouer que son pull qu’il affectionnait tant était en cendres. Certes, le chandail était hideux, mais il connaissait l’importance que Harry lui accordait et… cela signifiait que ses beaux yeux verts seraient remplis de tristesse. Et cette tristesse serait causée par Avery. Tom détestait qu’une émotion chez Harry soit soulevée par les autres : il n’y avait que lui à pouvoir le faire.
— Je lis beaucoup, répondit Tom en plissant ses yeux vers Abraxas.
Ce n’était pas un mensonge. Tom avait emprunté de nombreux bouquins sur la magie de l’esprit, approfondissant ses connaissances sur l’occlumancie et la legilimancie. Il devait protéger son esprit de Dumbledore et surtout, affiner son pouvoir pour déchiffrer celui des autres sans se faire repérer. C’était facile avec les Moldus, mais chez les sorciers, c’était différent.
Plus que deux semaines avant les vacances de Noël et il pourrait enfin dormir sereinement.
— J’ai… j’ai écrit à mes parents, bégaya Abraxas alors que Tom observait Dumbledore converser avec Slughorn.
Celui-ci adorait Tom, qui excellait en potions. Mais il avait parfois la langue bien pendue et Tom anticipait les mouvements de Dumbledore. Son professeur de Métamorphose cherchait quelque chose, mais n’avait pas tenté de rediscuter avec le garçon depuis la dernière fois.
— Ils sont très intrigués par toi et par ton tuteur, lui avoua Malefoy.
Tom plongea son sombre regard dans celui du sorcier. Immédiatement, il le sentit se tendre.
— Je n’ai rien révélé sur tes origines, lui assura-t-il. Mais j’ai laissé entendre que tu avais une lignée prometteuse et que tu avais été éduqué par un Peverell. Ils aimeraient bien que tu passes prendre le thé un jour.
Un sourire naquit sur les lèvres de Tom.
— Oui, avec plaisir. Peut-être cet été ?
Les yeux d’Abraxas s’illuminèrent à cette proposition.
— Bien.
888
Dans la salle des potions, Tom embouteillait sa concoction. Il était plus que satisfait, malgré son sommeil déficient. Il rangea ses effets et transporta son travail au bureau de Slughorn. L’homme l’appréciait beaucoup. Il était évident que Slughorn était le genre de personne adorant collectionner : Tom s’y reconnaissait… Mais contrairement à lui, c’était les personnalités, et non les objets.
Plusieurs fois, Slughorn avait conversé avec lui sur ses intérêts et ses notions. Tom y répondait avec un ton agréable même si son esprit lui disait de tordre le sorcier devant lui pour retrouver le calme. Slughorn pouvait lui être utile, bien plus que les autres professeurs. Il était non seulement un Serpentard gravitant parmi les Sang-Purs, mais possédait réellement plusieurs connaissances élevées dans la société magique.
— Tom, mon cher, susurra Slughorn avec enthousiasme, je vois que ta potion est encore parfaite ! Tu es un vrai prodige, je dois le dire.
— Vous êtes trop flatteur, monsieur, lui sourit Tom en papillonnant des yeux, alors qu’il détestait entendre son prénom sur une autre langue que celle de Harry. C’est grâce à votre enseignement si je suis aussi doué.
— Charmeur, va ! rigola-t-il en se tenant le ventre. Vous me semblez fatigué, je dois le dire. Des problèmes de sommeil ?
Une fois de plus, Tom se mordit l’intérieur de la bouche. Il devrait étudier les charmes afin de trouver un sort pour camoufler ses stupides cernes.
— Oui, dit-il en hochant la tête. Mais ça va passer.
— Que pourrait bien accaparer votre esprit ainsi ? Vous excellez dans vos examens et je vois que vous attirez les Serpentard comme des mouches. Vous devenez peu à peu notre petite vedette ! Vous m’en voyez fort fier !
Slughorn babillait comme un enfant, étourdissant Tom qui ne voulait que partir. Mais il demeurait présent, le sourire figé aux lèvres.
— Peut-être votre retour à la maison ? Noël est toujours un moment réjouissant ! Vous devez avoir hâte de retrouver votre pè… tuteur.
Tom fronça les sourcils. Tiens donc, Slughorn s’était retenu d’émettre une erreur commise par nombreuses personnes. Comment pouvait-il savoir son dédain à propos du fait que l’on dise que Harry était son père ? Ce n’était sûrement pas les Serpentard, à moins que cela leur apporte quelque chose, mais depuis son altercation avec Avery, Tom était certain que son pouvoir grandissait au sein de la maison. Non, l’information devait provenir de Dumbledore…
Tom ne releva pas cette hésitation.
— Oui, j’ai hâte de retourner à la maison, dans mes affaires. C’est agréable de partager une chambre avec un comparse, mais j’aime beaucoup l’intimité de mon petit havre. Et la discussion par hibou est hasardeuse. J’ai omis beaucoup de choses dans mes lettres à Harry.
— Ce fameux Harry Peverell, comme je caresse l’idée de lui parler ! s’enflamma Slughorn à l’horreur de Tom. Dumbledore me disait l’autre jour que vous aviez une famille particulière.
Tom crispa les poings. Juste le nom de Harry attirait l’attention, il devrait s’y faire. Cela n’empêchait pas que Harry lui appartenait, à lui seulement. Tom ferma les yeux, plissa le front. Il devait voir Harry le plus rapidement possible. Les vacances n’arriveraient jamais assez vite.
— Le professeur Dumbledore vous a-t-il dit autre chose ? Il semble fort curieux à ce propos.
Slughorn se leva et épousseta ses vêtements.
— Non. Juste d’être fier d’avoir un élève aussi talentueux que vous dans ma maison, avec une famille portant un nom aussi reconnu.
Tom hocha le menton. Slughorn ne mentait pas. Dumbledore était donc prudent.
— Merci pour la discussion, professeur. Je dois aller à la bibliothèque.
— Bien, mon cher, les livres sont la connaissance !
Une fois près de la sortie, Slughorn l’arrêta un instant.
— Au fait, Tom, vous disiez plus tôt qu’il était difficile de communiquer par hibou. Avez-vous déjà entendu parler du Miroir à Double Sens ? Cela vous permet de discuter avec une personne possédant elle aussi un tel miroir.
Tom se retourna, le cœur près de l’explosion. Il était heureux de son éloignement, car ses lèvres tremblaient.
— Le Miroir à Double Sens ? Me permettrait-il d’entendre mon interlocuteur et de le voir ?
— Oui, tout à fait. C’est toutefois assez onéreux et difficile à trouver. Je m’informerai pour vous, Tom. J’ai plusieurs contacts à mon actif.
Et Slughorn lui fit un clin d’œil.
888
Malgré le nez plongé dans son livre, Tom ne lisait pas. Il réfléchissait, anticipait. Le train roulait depuis des heures, le rapprochant de plus en plus de la maison. D’un œil extérieur, il paraissait calme, mais ses émotions tourbillonnaient en lui. Un véritable chaos. Il avait si hâte de voir Harry. Mais il lui en voulait aussi.
Ses dernières lettres étaient plus courtes, comme s’il évitait de lui parler. Tom avait cherché à comprendre ce changement, mais jamais Harry ne lui avait révélé quoi que ce soit. Celui-ci lui posait plutôt des questions sur le déroulement de son quotidien à l’école, espérant tout connaître de son horaire, de ses expériences. Tom aussi voulait s’informer sur les journées de son tuteur. Il peinait déjà à savoir que Harry pouvait exister loin de lui.
— Alors, Jedusor ? Des projets pour les vacances ?
Tom n’observa pas son interlocuteur qui était Orion Black. Celui-ci se rapprochait peu à peu du garçon, mais avec prudence.
— Étudier et relaxer, répondit Tom avec ennui.
En fait, il prévoyait de se rassasier de Harry. Peu importe les projets, il voulait fixer et toucher son tuteur.
— Ça semble inintéressant, avoua Orion en reniflant. Ma famille va donner un bal. Peut-être qu’un jour, y seras-tu ?
Tom l’ignora, la tête de plus en plus creuse. Il comptait les minutes alors que ses mains tournaient machinalement les pages de son bouquin. Ce n’était pas bien grave, il pourrait reprendre sa lecture près de son foyer au cottage.
— Ça serait plaisant, poursuivit Abraxas près de Tom.
Le paysage défilait, les flocons voltigeaient. Et enfin, le train ralentit, mais le cœur de Tom précipita plutôt sa cadence. Le quai fit son apparition et parmi les vapeurs tourbillonnantes, une silhouette se découpait dans le lointain. Sans même voir son visage, Tom sut qu’il s’agissait de Harry.
Tom put enfin respirer librement.
Notes:
Et puis ? Comment trouvez-vous cela ? Sérieusement, perdez-vous votre intérêt pour cette histoire ? Je ne peux pas détailler toutes les années de Tom, ça va être sérieusement long. Y a-t-il un moment que vous avez préféré ?
Bref, merci pour vos commentaires. Je les lis tous. Malheureusement, il semblerait que je ne puisse pas répondre à tout le monde, mais chaque fois que quelqu’un m’écrit, ça me fait du bien. Ça me rappelle aussi que je change un peu le quotidien d’une personne en la faisant rêver. Bon, rêver sombrement, mais tout de même… ^^'
Merci encore à ceux qui sont toujours présents pour me lire.
À la prochaine !

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